{N}1,{/}5: Ce chapitre nous montre le Christ sup\u00e9rieur aux anges, parce qu'il est le Fils de Dieu. Voir la m\u00eame pol\u00e9mique dans Col 1,15-20 et Ep 1,2-23. Avant la naissance de J\u00e9sus, le Fils \u00e9tait en Dieu, rayonnement de la Gloire du P\u00e8re, Dieu de Dieu, lumi\u00e8re de lumi\u00e8re, image invisible du Dieu invisible, Verbe ou Expression de l'\u00eatre secret de Dieu (Jn 1,1-14)
Cette comparaison de J\u00e9sus avec les anges peut nous surprendre (comme dans Ep 1 et Col 1). Mais, pour les croyants de ce temps, il suffisait de contempler la nature pour sentir, au-del\u00e0 de l'harmonie et de la splendeur de la cr\u00e9ation, la pr\u00e9sence active d'\u00eatres cosmiques qu'ils appelaient des anges, ceux qui r\u00e9partissaient les richesses divines. Dans la mesure m\u00eame o\u00f9 tout l'Ancien Testament avait lutt\u00e9 contre les dieux de la nature, Dieu \u00e9tait rest\u00e9 tr\u00e8s haut au-dessus. Si l'on s'abstenait m\u00eame de prononcer son nom, c'\u00e9tait une raison de plus pour voir l'action des esprits c\u00e9lestes dans les manifestations continuelles de la providence divine en notre faveur.
M\u00eame quand on rappelait le pass\u00e9 d'Isra\u00ebl, on leur attribuait beaucoup de choses: c'\u00e9tait un ange qui avait appel\u00e9 Mo\u00efse, et non pas Dieu lui-m\u00eame. C'\u00e9taient les anges qui lui avaient donn\u00e9 la Loi (voir 2,2). Nous-m\u00eames, si nous avons quelque id\u00e9e du myst\u00e8re de Dieu, cela nous d\u00e9concerte de penser que nous puissions entrer en communion avec lui: voyez combien de gens aujourd'hui cherchent un contact avec des puissances spirituelles, \u00e0 un \u00e9chelon certes tr\u00e8s inf\u00e9rieur. Il fallait donc r\u00e9affirmer que J\u00e9sus, qui n'est pas un ange mais a \u00e9t\u00e9 l'un de nous, les d\u00e9passe tous.
C'est toi, Seigneur... (10). Attention \u00e0 la fa\u00e7on de discuter: d\u00e8s le commencement de l'Eglise les ap\u00f4tres attribuent au Christ tous les textes o\u00f9 la Bible disait: Seigneur. En fait, le mot Seigneur qu'ils lisaient dans le texte grec traduisait "Yahv\u00e9" du texte h\u00e9breu. Ils attribuent donc consciemment au Christ un tr\u00e8s grand nombre de paroles qui s'adressaient \u00e0 Yahv\u00e9-Dieu dans l'Ancien Testament. Ceci suffirait pour d\u00e9truire ce qu'on entend dire encore aujourd'hui: que seulement avec le temps on a consid\u00e9r\u00e9 J\u00e9sus comme le Fils de Dieu et pleinement Dieu, et que les ap\u00f4tres dans les commencements le voyaient seulement comme un Messie.

{N}2,{/}5: L'auteur vient de r\u00e9affirmer la divinit\u00e9 du Christ, mais tout aussit\u00f4t il va prendre dans l'Ancien Testament d'autres textes qui parlent de l'homme, du "fils d'homme" comme on dit en h\u00e9breu, et cette fois encore il les applique au Christ. C'est que dans le dessein de Dieu, l'Homme et le Christ, c'est tout un. Tout ce qu'il a \u00e9t\u00e9, la gloire o\u00f9 il est parvenu, nous sommes appel\u00e9s \u00e0 les partager.
Le monde nouveau (5). En fait, le texte dit: le monde \u00e0 venir. Mais il ne s'agit pas ici de l'avenir ou de la fin du monde: c'est le temps nouveau et d\u00e9finitif qui commence avec la r\u00e9surrection du Christ, celui qui est appel\u00e9 les derniers temps en 1Tim 4,1. Le monde nouveau est celui o\u00f9 se trouve le Christ ressuscit\u00e9, et il est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 notre port\u00e9e: un croyant qui vit dans l'Esprit fait constamment l'exp\u00e9rience de r\u00e9alit\u00e9s qui ne sont pas de notre terre, m\u00eame si au d\u00e9but il n'en est pas conscient.
Toute l'histoire de J\u00e9sus est donc \u00e0 la fois la sienne et la n\u00f4tre. Il a jug\u00e9 bon de rendre parfait par la souffrance celui qui se chargeait de leur salut (10). Il n'y a pas d'autre chemin que celui de la croix pour lib\u00e9rer les hommes: ceux qui veulent lib\u00e9rer leurs fr\u00e8res devront \u00eatre \u00e9prouv\u00e9s. Il n'y a pas d'autre chemin pour m\u00fbrir, qu'il s'agisse des personnes ou des peuples.
C'est sur la croix du Christ que nous devons d\u00e9couvrir l'amour du P\u00e8re pour son Fils, puisqu'il ne l'a pas condamn\u00e9 \u00e0 souffrir parmi les hommes, mais appel\u00e9 \u00e0 devenir par la souffrance le Sauveur et le mod\u00e8le de tous les hommes.
Il a voulu partager avec eux (14). Dieu se sert de la solidarit\u00e9 humaine pour nous sauver. Le Christ nous sauve en partageant la chair et le sang, et le destin des hommes. De m\u00eame, nous sommes sauv\u00e9s lorsque nous acceptons cette d\u00e9pendance et solidarit\u00e9. Travailler c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te avec les autres, souffrir et nous r\u00e9jouir avec eux est la condition pour les sauver. Nous r\u00eavons tous d'\u00e9chapper \u00e0 cette condition humaine, \u00e0 cette d\u00e9pendance si forte dans bien des quartiers urbains: nous avons l'impression que, plus ind\u00e9pendants, notre personnalit\u00e9 se d\u00e9velopperait. Ce n'est peut-\u00eatre qu'une illusion; la d\u00e9pendance dans les d\u00e9tails de la vie quotidienne est le moyen par lequel Dieu d\u00e9sire que nous prenions en charge la race humaine. 

{N}3,{/}1: Il \u00e9tait tout normal de comparer J\u00e9sus avec Mo\u00efse, puisqu'il n'y a pas plus grand que lui dans tout l'Ancien Testament. Mais en fait, l'auteur ne s'arr\u00eate qu'\u00e0 l'exp\u00e9rience faite par le peuple de Mo\u00efse: les H\u00e9breux, avaient parcouru le d\u00e9sert \u00e0 la recherche de la terre que Dieu leur promettait, et beaucoup n'avaient pas support\u00e9 cette \u00e9preuve.
Par Mo\u00efse, Dieu les invitait \u00e0 entrer dans un monde nouveau. Mais ils ne voyaient pas qu'il leur fallait se hausser jusqu'\u00e0 une vie toute autre. D\u00e8s que leurs difficult\u00e9s s'estompaient, ils cessaient de d\u00e9sirer la terre promise. Les croyants d'aujourd'hui sont \u00e0 leur tour en marche, tendus vers le repos que Dieu nous offre. La premi\u00e8re fois, c'\u00e9tait Mo\u00efse, le serviteur de Dieu, qui guidait son peuple comme responsable de sa maison. Maintenant, c'est le Fils. Ils pensaient trouver le repos dans une terre qui leur appartiendrait. Mais le vrai repos, c'est la communion avec Dieu que nous atteignons par la foi, avec l'entr\u00e9e dans la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne.
Cette lettre rappellera plusieurs fois l'avertissement aux migrants h\u00e9breux dans le d\u00e9sert: Si vous pouviez aujourd'hui \u00e9couter sa voix! La route est longue et le marcheur se fatigue quand les difficult\u00e9s ont refroidi l'enthousiasme des premiers jours. Soutenus par la parole de Dieu, nous continuons d'esp\u00e9rer ce que Dieu a promis, mais qui pour nous reste invisible.
Le r\u00e9cit de la cr\u00e9ation parlait du repos de Dieu apr\u00e8s avoir cr\u00e9\u00e9 le monde: l'univers et l'histoire atteindront de m\u00eame un terme, tout retournera \u00e0 Dieu. La peine et le travail de l'homme sur terre l'am\u00e8nent \u00e0 son vrai repos qui est de partager le bonheur de Dieu.

{N}4,{/}14: Pour les Juifs, le grand-pr\u00eatre, quels que soient ses d\u00e9fauts personnels, \u00e9tait la personne consacr\u00e9e qui prot\u00e9geait le peuple du ch\u00e2timent m\u00e9rit\u00e9 par ses p\u00e9ch\u00e9s. Le peuple n'avait pas seulement besoin de chefs pour le gouverner, mais aussi d'avocats devant Dieu, et la Bible disait qu'Aaron, le fr\u00e8re de Mo\u00efse et le premier pr\u00eatre des Juifs, avait \u00e9t\u00e9 l'un de ces avocats. Ses successeurs, les grands-pr\u00eatres, remplissaient le m\u00eame r\u00f4le.
C'est cette id\u00e9e qui est d\u00e9velopp\u00e9e ici: le grand- pr\u00eatre est le repr\u00e9sentant des hommes devant Dieu; il doit conna\u00eetre par exp\u00e9rience leur faiblesse, mais il lui faut aussi \u00eatre accept\u00e9 par Dieu. C'est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que le Christ est \u00e0 la perfection. Oublier que J\u00e9sus est homme parmi les hommes est aussi grave pour la foi que d'oublier qu'il est le Fils de Dieu.
Il est bon de contempler le r\u00f4le du Christ, le grand-pr\u00eatre, au moment o\u00f9 l'Eglise nous rappelle que tous les fid\u00e8les sont associ\u00e9s au r\u00f4le sacerdotal du Christ. Nous devons repr\u00e9senter l'humanit\u00e9 devant Dieu; c'est pour cela que nous sommes consacr\u00e9s \u00e0 Dieu. Quand nous c\u00e9l\u00e9brons l'eucharistie, en m\u00eame temps que l'offrande de notre propre vie, nous pr\u00e9sentons tout le travail et la vie du monde \u00e0 Dieu. Dans l'eucharistie, nous remercions Dieu au nom de tous. Et dans la vie de tous les jours, nous devons \u00eatre les instruments de la gr\u00e2ce de Dieu pour ceux qui vivent et travaillent avec nous.
Ce fut l\u00e0 son sacrifice, fait de grands cris et de larmes (7). Dans la Bible, ces termes s'emploient pour exprimer la fervente pri\u00e8re des enfants de Dieu opprim\u00e9s: ils crient si fort vers le Seigneur qu'il les \u00e9coute. Ainsi, la veille de sa mort, J\u00e9sus s'identifie avec tous ceux qui souffrent et qui ne veulent pas mourir.

{N}5,{/}11: Vous devriez \u00eatre des ma\u00eetres (12). Il y a diff\u00e9rentes \u00e9tapes dans le d\u00e9veloppement de la foi. On ne peut pas recommencer \u00e0 faire les premiers pas. Faire partie de l'Eglise pendant des ann\u00e9es sans que progressent notre foi et notre exp\u00e9rience de Dieu, c'est vieillir et devenir incapable de progr\u00e8s.
En peu de mots (6,1-3), cette lettre nous donne les bases de l'enseignement chr\u00e9tien en ce temps:
Enseignement sur les bapt\u00eames (2). C'\u00e9tait peut-\u00eatre une exposition des diff\u00e9rents chemins offerts aux hommes en recherche d'une religion. Il y avait des bapt\u00eames juifs, le bapt\u00eame de Jean et aussi le bapt\u00eame chr\u00e9tien. Mais c'\u00e9tait peut-\u00eatre aussi une instruction sur le bapt\u00eame et le don de l'Esprit. Pour nous, habituellement les choses sont claires: il y a un bapt\u00eame, et ensuite, \u00e0 la confirmation, nous recevons plus sp\u00e9cialement les dons de l'Esprit. Mais \u00e0 cette \u00e9poque, les choses n'\u00e9taient pas si \u00e9videntes: on parlait facilement de plusieurs bapt\u00eames, bapt\u00eame d'eau, bapt\u00eame de l'Esprit.
L'imposition des mains (6,2). C'\u00e9tait le nom primitif de la confirmation.
Ces premi\u00e8res le\u00e7ons faisaient ressortir le caract\u00e8re dramatique de la vie humaine: il n'y a que deux chemins oppos\u00e9s qui aboutissent tous deux au jugement. Si quelqu'un ne se d\u00e9cide pas pour la route menant au Christ, il perd sa vie.
Une fois illumin\u00e9s (4). Dans l'Eglise primitive, le bapt\u00eame \u00e9tait souvent appel\u00e9 "illumination". Non seulement parce que les cat\u00e9chum\u00e8nes avaient \u00e9t\u00e9 instruits dans la foi, mais aussi parce que cette foi accueillie avait renouvel\u00e9 leur vue du monde et jusqu'\u00e0 leur personnalit\u00e9. D'ailleurs le Seigneur accorde souvent une exp\u00e9rience tangible de sa pr\u00e9sence \u00e0 celui qui entre dans l'Eglise apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9 de tout son coeur dans un chemin de conversion. La m\u00eame exp\u00e9rience peut se retrouver chez ceux qui participent \u00e0 des retraites.
Cette exp\u00e9rience sera \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 travers des figures grandioses en 12,18-24.
Ceux qui ont go\u00fbt\u00e9 le don surnaturel (4). A propos de ce terme, rappelons que, jusqu'\u00e0 ces derniers si\u00e8cles, tout le monde croyait que la terre \u00e9tait le centre de l'univers. Pour nos anc\u00eatres, le ciel formait comme une vo\u00fbte au-dessus de la terre, et au-del\u00e0 de la vo\u00fbte se trouvait le monde c\u00e9leste. On pensait que Dieu y r\u00e9sidait avec ceux qui partagent sa gloire.
Ainsi, les choses supra-c\u00e9lestes \u00e9taient \u00e9galement surnaturelles au sens o\u00f9 nous le disons maintenant, c'est-\u00e0-dire divines. C'est pourquoi dans cette lettre nous disons surnaturel l\u00e0 o\u00f9 la lettre dit: supra-c\u00e9leste (3,1; 8,5; 9,23; 11,16), parce qu'il s'agit de r\u00e9alit\u00e9s divines dont nous faisons d\u00e9j\u00e0 l'exp\u00e9rience sur terre.
Une ancre jet\u00e9e au-del\u00e0 du rideau (19). Dans le Temple de J\u00e9rusalem, seul le grand-pr\u00eatre entrait dans le "Saint des Saints", ou lieu tr\u00e8s-saint, s\u00e9par\u00e9 de la salle ant\u00e9rieure par un rideau. C'est l'image du ciel, l'authentique saint des saints o\u00f9 J\u00e9sus seul est entr\u00e9. Nous restons de l'autre c\u00f4t\u00e9, mais notre esp\u00e9rance est d\u00e9j\u00e0 au ciel: il ne s'agit pas d'une illusion humaine, mais d'un ardent d\u00e9sir qui nous vient de Dieu, incapable de nous tromper. Nous arriverons certainement l\u00e0 o\u00f9 nous avons mis notre espoir.

{N}7,{/}1: Trois fois d\u00e9j\u00e0 l'auteur a cit\u00e9 le verset du Psaume 110 qui mentionne Melquis\u00e9dek, et maintenant il entreprend de montrer comment ce qui est dit de cet homme l\u00e9gendaire proph\u00e9tise une r\u00e9forme radicale du sacerdoce. N'oublions pas que cette lettre s'adresse \u00e0 des pr\u00eatres juifs, descendants d'Aaron; ils \u00e9taient pr\u00eatres de p\u00e8re en fils et pensaient que ce privil\u00e8ge durerait toujours. Mais il leur est dit que Dieu lui-m\u00eame avait annonc\u00e9 leur remplacement.
Nous pouvons admirer la mani\u00e8re dont cet \u00e9pisode de Melquis\u00e9dek, qui occupe si peu de place dans la Bible (Gn 14,18 et Psaume 110,4), est ici approfondi pour prouver, avec une logique irr\u00e9futable, que le Christ devait changer toute la religion d'Isra\u00ebl. Dans l'introduction de cette lettre, nous avons mentionn\u00e9 qu'Apollos, un \u00e9vang\u00e9lisateur de l'Eglise primitive, en \u00e9tait sans doute l'auteur. Ses dons de proph\u00e8te sont \u00e9vidents ici.
L'Eglise au d\u00e9but n'avait pas d'autre Bible que l'Ancien Testament. Ce livre pourtant ne semblait pas laisser \u00e0 J\u00e9sus une grande place. La t\u00e2che des proph\u00e8tes chr\u00e9tiens fut de montrer comment la Bible conduisait au Christ. Non seulement ils r\u00e9futaient les arguments des Juifs, mais plus encore ils cr\u00e9aient, avec l'aide de l'Esprit, l'interpr\u00e9tation chr\u00e9tienne de l'Ancien Testament.
Quand les chr\u00e9tiens lisent l'Ancien Testament maintenant, ils ne peuvent plus le consid\u00e9rer comme font les Juifs qui y voient leur propre histoire sur la terre de Palestine et en attendent une r\u00e9alisation que J\u00e9sus a \u00e9cart\u00e9e. Pour nous la v\u00e9rit\u00e9 de l'Ancien Testament a sa cl\u00e9 dans la personne de J\u00e9sus: sans lui le livre ne rejoint plus le message de Dieu.
Melquis\u00e9dek est bien l\u00e0 dans la Bible, mais comment y est-il venu? En fait, les textes qui le mentionnent sont tardifs: sans doute ont-ils \u00e9t\u00e9 \u00e9crits deux si\u00e8cles avant J\u00e9sus pour servir la cause des Maccab\u00e9es. On ne pardonnait pas \u00e0 ces gouvernants d'avoir usurp\u00e9 la charge de grands pr\u00eatres alors qu'ils \u00e9taient d'une famille sacerdotale ordinaire. L'histoire de Melquis\u00e9dek voulait justifier le souverain qui, comme lui, \u00e9tait roi et pr\u00eatre \u00e0 la fois. Donc des textes \u00e9crits pour justifier une dictature; mais en fait ils atterrissent dans la Bible, ils sont re\u00e7us comme parole de Dieu; et voici qu'ils disent ce \u00e0 quoi on n'avait pas pens\u00e9: une des ironies de la Parole de Dieu!

{N}8,{/}1: Dans le peuple d'Isra\u00ebl, l'institution des pr\u00eatres - et du grand pr\u00eatre - \u00e9tait tellement li\u00e9e \u00e0 l'alliance de Dieu avec son peuple qu'on ne pouvait pas la remettre en cause sans remettre en cause le lien m\u00eame qui unissait Isra\u00ebl \u00e0 son Dieu. Et cela, personne n'aurait os\u00e9 le faire. Pourtant l'auteur cite un texte capital de J\u00e9r\u00e9mie annon\u00e7ant une nouvelle alliance avec son peuple. Quand nous parlons d'alliance, nous parlons de la fa\u00e7on dont Dieu nous traite et de la fa\u00e7on pour nous de le traiter. C'est cela m\u00eame que J\u00e9r\u00e9mie avait dit: Dieu se ferait conna\u00eetre aux croyants d'une fa\u00e7on personnelle, et ce ne serait plus pour eux un devoir que de l'aimer car ils l'auraient pr\u00e9sent \u00e0 tout moment. On connaissait cette parole de J\u00e9r\u00e9mie, mais on y faisait peu attention: n'avait-il pas parl\u00e9 pour plus tard, beaucoup plus tard? Mais ici l'auteur dit: Avec J\u00e9sus, nous avons cette nouvelle alliance.
Lui aussi doit avoir quelque chose \u00e0 offrir (3). Le paragraphe 1-5 attire notre attention sur le sacerdoce que le Christ exerce maintenant dans le monde de Dieu. Quel rapport cela a-t-il avec les eucharisties que nous c\u00e9l\u00e9brons chaque jour ou chaque dimanche?
Dans 1 Co 11,23-26, Paul unit \u00e9troitement les eucharisties d'aujourd'hui \u00e0 la mort de J\u00e9sus, laquelle appara\u00eet vraiment comme "le" sacrifice. Il donne ainsi l'orientation qui a pr\u00e9valu dans toute l'Eglise d'Occident: pour nous, la messe est li\u00e9e plus que tout au crucifix qui est au-dessus de l'autel. Ici par contre, nous sommes invit\u00e9s \u00e0 regarder vers ce "culte c\u00e9leste" que le Christ c\u00e9l\u00e8bre dans la gloire, l\u00e0 o\u00f9 se rencontrent le monde de l'\u00e9ternit\u00e9, avec tous les \u00e9lus rassembl\u00e9s en Dieu, et le monde du temps o\u00f9 ils se succ\u00e8dent, chacun en son temps. L'Apocalypse de Jean nous invitera de m\u00eame \u00e0 regarder vers cette liturgie c\u00e9leste, et c'est la pens\u00e9e qui domine dans la liturgie de l'Eglise Orientale. Il ne s'agit pas d'opposer, mais de d\u00e9couvrir les multiples richesses de la foi.
Son service liturgique est bien sup\u00e9rieur (6). Son service consiste \u00e0 r\u00e9concilier les hommes avec Dieu et entre eux dans la v\u00e9rit\u00e9. Son "bapt\u00eame a \u00e9t\u00e9 une mort r\u00e9elle, et de m\u00eame pour son "eucharistie": rien de ce qui fait une belle liturgie o\u00f9 nul, bien s\u00fbr, ne risque sa vie.
Notre service liturgique \u00e0 nous, sur la terre, est glorieux dans la mesure o\u00f9 nous essayons de nous associer \u00e0 la parfaite louange de Dieu dans son "ciel". Il est le soleil de notre semaine, mais, sauf le cas d'un charisme sp\u00e9cial, il n'est pas l'essentiel de la vie chr\u00e9tienne sur terre. Ici-bas nous devrons suivre les pas de J\u00e9sus qui n'a pas envi\u00e9 les pr\u00eatres de son temps, mais s'est us\u00e9 et est mort pour r\u00e9concilier les hommes et les r\u00e9concilier avec Dieu. Ceux qui veulent rejoindre J\u00e9sus sur ce terrain seront facilement calomni\u00e9s ou pers\u00e9cut\u00e9s.

{N}9,{/}1: Le chapitre 8 a \u00e9tabli que J\u00e9sus remplace les pr\u00eatres du peuple de Dieu, et qu'avec son "sacerdoce" c'est notre relation avec Dieu qui a chang\u00e9. Le chapitre 9 compare le culte c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans le Temple de J\u00e9rusalem et le nouveau culte c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par le Christ pr\u00eatre.
Le sacrifice offert par le Christ, sa mort, n'a pas \u00e9t\u00e9 comme les anciens sacrifices, pour apaiser la col\u00e8re de Dieu. Sa mort a \u00e9t\u00e9 son t\u00e9moignage final et sa fa\u00e7on de semer parmi les hommes ce qu'ils ne voulaient pas recevoir; c'est avec ce t\u00e9moignage qu'il s'est remis entre les mains de son P\u00e8re.
Sachant qui \u00e9tait l'auteur de cette lettre et \u00e0 qui elle s'adressait, nous comprenons qu'il veuille \u00e9tablir un rapport entre le sang de J\u00e9sus et celui des victimes offertes dans le Temple puisque, pour eux, ces choses \u00e9taient tr\u00e8s importantes. Mais aujourd'hui, nous avons le droit de relier le sang et la mort du Christ \u00e0 la mort de tous les innocents qui sont tu\u00e9s \u00e0 cause de leur t\u00e9moignage \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas pour J\u00e9sus (Mt 23,35): leur sang aussi est sacr\u00e9 (Ap 6,9).
{C}LE PRETRE UNIQUE ET LES "PRETRES"{/}
J\u00e9sus est le Pr\u00eatre unique, et nous parlons de pr\u00eatres dans l'Eglise. Il faut y voir clair, surtout quand, un peu partout, le sacerdoce est en crise.
Il y avait en latin un mot, "sacerdotes", qui d\u00e9signait aussi bien les groupes de pr\u00eatres au service des dieux romains que les pr\u00eatres du peuple juif. Lorsque l'Eglise a commenc\u00e9, pas un instant elle n'a pens\u00e9 \u00e0 des pr\u00eatres de ce genre, personnages sacr\u00e9s qui avaient le privil\u00e8ge de s'approcher de Dieu pour offrir des sacrifices. Seul le Christ \u00e9tait "sacerdos", et l'Eglise n'avait que des "presbytres", c'est-\u00e0-dire des anciens, le m\u00eame titre que les Juifs utilisaient pour leurs responsables de communaut\u00e9s. Or voici qu'aujourd'hui, de presbytre est venu pr\u00eatre, et ce mot a retrouv\u00e9 le sens de l'ancien "sacerdos" qu'on avait \u00e9cart\u00e9..
Ce n'est pas l'effet du hasard. D\u00e8s le quatri\u00e8me si\u00e8cle l'Eglise avait repris pour son compte ce terme sacerdos, l'homme du sacr\u00e9 et l'homme consacr\u00e9. Pourquoi ce retour en arri\u00e8re?
Pour une part, les temps avaient chang\u00e9: on \u00e9tait pass\u00e9 de l'Eglise des catacombes \u00e0 un christianisme reconnu par les autorit\u00e9s, avec des "peuples chr\u00e9tiens" encadr\u00e9s par un clerg\u00e9 organis\u00e9 (voir le commentaire de Nombres 4).
Mais il y avait aussi des raisons profondes. On savait que l'Eglise n'est pas une soci\u00e9t\u00e9 humaine et que son organisation doit refl\u00e9ter l'ordre m\u00eame qui est en Dieu. Les \u00e9v\u00eaques devaient donc incarner l'autorit\u00e9 des ap\u00f4tres choisis par J\u00e9sus. Ils \u00e9taient \u00e0 leur tour t\u00e9moins officiels du Christ et guidaient l'Eglise sans avoir \u00e0 se plier aux volont\u00e9s de la majorit\u00e9; en cela ils maintenaient dans l'Eglise le principe de la paternit\u00e9 (voir commentaire de Eph 3,14). Par ailleurs l'Eglise consid\u00e9rait l'ordination des pr\u00eatres et des \u00e9v\u00eaques comme un sacrement: ils n'\u00e9taient pas des fonctionnaires qui assument un service pour un temps, et pour une partie de leur temps, gardant pour eux l'autre part de leur vie, comme pourrait le faire croire le terme "ministres". Leur responsabilit\u00e9 dans l'Eglise \u00e9tait ins\u00e9parable d'un attachement et d'une cons\u00e9cration de leur personne au Christ.
Les ministres successeurs des ap\u00f4tres \u00e9taient donc pr\u00eatres en un certain sens, mais il \u00e9tait difficile que ces deux termes fort oppos\u00e9s fassent bon m\u00e9nage. Il leur fallait exercer une autorit\u00e9 spirituelle et ne pas accepter qu'elle soit soulign\u00e9e par des marques ext\u00e9rieures que ni J\u00e9sus ni ses ap\u00f4tres n'avaient accept\u00e9es. Ils devaient veiller \u00e0 ce que leur autorit\u00e9 reconnue ne serve pas notre aspiration inn\u00e9e \u00e0 avoir le dernier mot, ou \u00e0 nous distinguer des autres, ou \u00e0 nous faire servir. Il leur fallait \u00eatre des ma\u00eetres de la foi, mais non pas d\u00e9cider pour les autres; \u00eatre des entra\u00eeneurs, et non les interm\u00e9diaires oblig\u00e9s entre Dieu et les baptis\u00e9s.
C'\u00e9tait l\u00e0 demander quelque chose d'impossible, si ce n'est par l'imitation du Christ pr\u00eatre: le renoncement \u00e0 soi jusqu'\u00e0 la mort.
Ces chapitres nous remettent sous les yeux ce qu'a \u00e9t\u00e9 le pr\u00eatre unique, tr\u00e8s loin des liturgies de la terre. Par le fait m\u00eame ils nous aident \u00e0 reconna\u00eetre le sacerdoce du Christ dans tous les baptis\u00e9s qui "ne font pas la messe", \u00e0 la mesure de leur engagement dans la vie de l'Eglise, que ce soit dans l'apostolat, la pr\u00e9dication, le service du prochain - ou tout simplement dans une vie silencieuse ou dans la souffrance.

{N}10,{/}1: Toute l'insistance dans ces paragraphes (10,1-18) sera sur le passage d'une religion o\u00f9 tout est toujours \u00e0 recommencer, \u00e0 un nouvel \u00e9tat o\u00f9 l'on est dans le d\u00e9finitif. Il y a l\u00e0 un aspect de la foi chr\u00e9tienne qui n'est pas facile \u00e0 accepter. Sommes-nous seuls dans le d\u00e9finitif au milieu de tant de religions qui toutes pr\u00e9tendent \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9? Sommes-nous dans le d\u00e9finitif quand tous les jours nous retombons dans les m\u00eames fautes? Sommes-nous dans le d\u00e9finitif lorsque le t\u00e9moignage chr\u00e9tien dans le monde est si loin de convaincre? Personne ne r\u00e9pondra \u00e0 nos doutes sur ce point: nous n'en viendrons \u00e0 bout que si, personnellement, nous entrons plus avant dans l'exp\u00e9rience chr\u00e9tienne.
Sinon ils seraient purifi\u00e9s d\u00e8s la premi\u00e8re fois (2): si on multiplie les sacrifices pour le pardon, cela prouve qu'aucun ne les lib\u00e9rait du p\u00e9ch\u00e9. Mais nous, ne recevons-nous pas bien souvent le sacrement du pardon? Comment donc affirmer que le sacrifice du Christ nous a lib\u00e9r\u00e9s?
Il faudra dire que tous les sacrements que nous recevons - et le pardon re\u00e7u dans l'Eglise - ne sont jamais que l'application au moment pr\u00e9sent de ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait une fois pour toutes. Pour un baptis\u00e9, il n'y a plus aucun rite, engagement, nouveau bapt\u00eame (bapt\u00eame avec beaucoup d'eau, bapt\u00eame "de l'Esprit",...) qui puisse lui donner ce qu'il n'aurait pas encore: il a tout en J\u00e9sus. Jean n'h\u00e9site pas \u00e0 dire que celui qui est dans le Christ ne p\u00e8che pas (1 Jn 3,6): il ne commet pas le p\u00e9ch\u00e9 qui conduit \u00e0 la mort (1 Jn 5,l7). Ce ne sont que les p\u00e9ch\u00e9s produisant une rupture totale avec le Christ - en fait, la mise au panier de notre id\u00e9al -  qui nous ram\u00e8nent \u00e0 notre ancienne situation de mort. N'allons pas penser qu'un chr\u00e9tien passe continuellement du p\u00e9ch\u00e9 mortel \u00e0 la gr\u00e2ce.

{N}10,{/}19: Les paragraphes 10,19-39 tirent la conclusion de ce qui vient d'\u00eatre dit: si nous sommes entr\u00e9s dans le d\u00e9finitif, attention au vrai p\u00e9ch\u00e9, qui serait de perdre l'esp\u00e9rance. Le vrai p\u00e9ch\u00e9 est de perdre le go\u00fbt de ce dont nous avons d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u quelque chose: le seul rem\u00e8de est d'avancer. Rappelons ce mot de saint Gr\u00e9goire: on d\u00e9sire les biens de ce monde quand on ne les a pas, quand on les a on s'en fatigue; on ne d\u00e9sire pas les joies spirituelles tant qu'on ne les a pas, dans la mesure o\u00f9 on les a on les d\u00e9sire.
Ne manquons pas nos assembl\u00e9es (25). Notre esp\u00e9rance est bien malade, et c'est pourquoi nous trouvons des raisons pour manquer la c\u00e9l\u00e9bration du dimanche, ou l'assembl\u00e9e de la communaut\u00e9 \u00e0 laquelle nous appartenons. Si cela se g\u00e9n\u00e9ralise, la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne se d\u00e9sint\u00e8gre. Quant \u00e0 nous, qui ne sommes pas des anges, allons-nous vivre du Christ si nous n'avons pas de communaut\u00e9? Nous aurons beau \u00eatre pr\u00e9sents avec des personnes qui ne partagent pas notre foi dans des activit\u00e9s excellentes de tout genre, il nous manquera l'essentiel pour \u00eatre parmi eux les t\u00e9moins de ce qu'ils ne connaissent pas.
Encore un peu (37). Ceci vient de Habaquq 2,3: le jugement de Dieu est proche. L'auteur de la lettre a peut-\u00eatre voulu faire allusion \u00e0 la crise qui allait bient\u00f4t d\u00e9truire la nation juive.

{N}11,{/}1: Les doutes ont raison de celui qui s'isole. Pourquoi ne pas regarder ceux qui nous ont devanc\u00e9s, non pas l'un ou l'autre, mais cette masse de t\u00e9moignages: tout ne peut pas \u00eatre illusion.
La foi, c'est s'accrocher \u00e0 ce qu'on esp\u00e8re, c'est la certitude de choses qu'on ne voit pas. Les exemples choisis montrent que la foi ne peut pas rester au niveau des convictions intimes. L'important est d'agir selon la foi et de prendre des d\u00e9cisions inspir\u00e9es par la foi. C'est pourquoi ce chapitre pr\u00e9sente tant d'exemples bibliques d'hommes et de femmes qui ont tout risqu\u00e9 pour leur foi. Sans la foi, nous ne comprenons pas l'ob\u00e9issance d'Abraham et sa confiance en Dieu contre tout espoir, et pas davantage Mo\u00efse abandonnant un avenir ais\u00e9 pour l'impossible t\u00e2che de conduire le peuple. Sa foi l'a fait agir dans le pr\u00e9sent comme s'il voyait l'invisible (27).
Il n'est pas si simple de dire ce que croit la foi, ce qu'elle esp\u00e8re et ce qu'elle ne d\u00e9sire pas: les exemples apport\u00e9s montrent des attitudes tr\u00e8s vari\u00e9es. H\u00e9nok a cherch\u00e9 Dieu, No\u00e9 a pr\u00e9par\u00e9 l'avenir du monde \u00e0 la veille d'une catastrophe, les uns ont v\u00e9cu sur terre sans chercher \u00e0 s'y installer, d'autres ont donn\u00e9 leur vie pour d\u00e9fendre une patrie terrestre. Mais toujours il y a eu la certitude que Dieu voulait faire quelque chose avec eux: leur vie serait f\u00e9conde, de quelque fa\u00e7on que ce soit. On notera le contraste au verset 35: quelques uns, gr\u00e2ce \u00e0 la foi, ont obtenu de Dieu la r\u00e9surrection d'un fils mort (1 R 17,23), mais d'autres ont eu la foi au point de choisir aujourd'hui la torture et la mort, pour avoir droit - plus tard - \u00e0 une r\u00e9surrection.
Cette s\u00e9lection des h\u00e9ros de la foi fait la place belle aux chefs, aux hommes courageux de toute sorte qui ont voulu lib\u00e9rer et servir leur peuple. Ce faisant, ils \u00e9taient, peut-\u00eatre inconsciemment, \u00e0 la recherche de la vraie patrie. Combien de gens aujourd'hui, peut-\u00eatre mal-croyants et \u00e0 l'\u00e9cart des Eglises, qui sont de fait sur la route de la cit\u00e9 de Dieu quand ils se sacrifient pour pr\u00e9parer l'avenir du monde: ce sont les H\u00e9breux du monde moderne et Dieu n'a pas honte de s'appeler leur Dieu (16).
Ces h\u00e9ros de la foi sont morts sans avoir vu ce que Dieu promettait, beaucoup semblent avoir \u00e9chou\u00e9, mais leurs successeurs d\u00e9couvrent que ce sont eux qui ont b\u00e2ti l'histoire authentique. L'auteur s'adresse \u00e0 des Chr\u00e9tiens et il leur dit: nous sommes des hommes de foi et nous sauverons notre \u00e2me. Comprenons: nous r\u00e9aliserons pleinement tout ce qui est en nous, et nous atteindrons ce que Dieu nous r\u00e9servait dans son \u00e9ternit\u00e9.

{N}12,{/}1: Trois consid\u00e9rations pour rester ferme dans l'\u00e9preuve:
-_Penser \u00e0 J\u00e9sus et \u00e0 ses souffrances.
-_Penser \u00e0 la communion des saints.
-_Penser que l'\u00e9preuve nous vient du P\u00e8re.
Le P\u00e8re des esprits (9). Dans Nombres 16,22, Mo\u00efse prie le Dieu des esprits de tous les hommes: c'est une mani\u00e8re de dire que puisque Dieu conna\u00eet les hommes en profondeur, il conna\u00eet leur mis\u00e8re et ne peut pas les punir trop s\u00e9v\u00e8rement.

{N}12,{/}14: Apr\u00e8s cette longue invitation \u00e0 vivre de foi, l'auteur voudrait passer \u00e0 des choses plus pratiques (v.14-15), mais aussit\u00f4t il revient sur le don exceptionnel qu'est la foi au Christ. Il rappelle \u00e0 ses lecteurs l'exp\u00e9rience qu'ils ont faite lorsqu'ils ont \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9s et ont re\u00e7u les dons de l'Esprit.
Vous avez en acc\u00e8s au Mont Sion (22). Cette montagne sur laquelle J\u00e9rusalem est construite \u00e9tait pour les Juifs l'image de la ville c\u00e9leste. Mais justement, au moment de leur bapt\u00eame, les croyants ont fait \u00e0 des degr\u00e9s divers une exp\u00e9rience authentiquement "c\u00e9leste". Et ils l'ont faite dans un contexte communautaire o\u00f9 ils ont pris conscience de ce qu'est l'Eglise sainte. Il sont entr\u00e9s dans la famille de Dieu, des saints et des anges. Peut-\u00eatre ont-ils su quelque chose de ce centre myst\u00e9rieux o\u00f9 se d\u00e9cide le destin du monde et o\u00f9 se trouve J\u00e9sus lui-m\u00eame. Il ne faudra pas oublier plus tard les exp\u00e9riences qui ont \u00e9t\u00e9 faites dans les temps de lumi\u00e8re.

{N}13,{/}1: La foi est grande, mais elle se vit dans les d\u00e9tails de la vie journali\u00e8re. Les pers\u00e9cut\u00e9s \u00e0 qui cette lettre est adress\u00e9e n'ont pas besoin d'entreprendre de nouvelles t\u00e2ches. Ils manifesteront leur foi par une vie honn\u00eate et g\u00e9n\u00e9reuse. Il leur faudra aussi accepter leur situation de marginalis\u00e9s, partageant les humiliations de J\u00e9sus.
J\u00e9sus a souffert hors des murs de la ville sainte (12). Le texte dit: "hors du campement", expression qui rappelait le s\u00e9jour au d\u00e9sert mais d\u00e9signait le Temple et la ville sainte. La Bible exigeait que les victimes offertes pour le pardon des p\u00e9ch\u00e9s soient br\u00fbl\u00e9es en dehors du lieu sacr\u00e9: c'\u00e9tait pour montrer que les p\u00e9ch\u00e9s du peuple \u00e9taient transf\u00e9r\u00e9s sur les victimes, puis on les chassait pour enlever le mal et le p\u00e9ch\u00e9 du peuple. Ce rituel annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 ce qui s'est pass\u00e9 pour J\u00e9sus, lequel est mort hors des murs de J\u00e9rusalem.
On peut en tirer une autre le\u00e7on: les fid\u00e8les doivent quitter le lieu sacr\u00e9, c'est-\u00e0-dire, une vie confortable et bien consid\u00e9r\u00e9e pour chercher le royaume de justice si d\u00e9laiss\u00e9. Le croyant conteste le monde pr\u00e9sent; lui n'est pas de ce monde, et il refuse d'en profiter comme si c'\u00e9tait la patrie d\u00e9finitive.

