{N}1,{/}5: Tite devait organiser les Eglises de Cr\u00e8te et y \u00e9tablir des responsables dans chaque ville.
Nous ignorons si le titre d'\u00e9piscope ou \u00e9v\u00eaque (qui signifie: inspecteur) se donnait \u00e0 tous les anciens (les presbytres), ou s'il \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ceux qui faisaient un travail plus effectif. Apr\u00e8s un certain temps, il n'y eut plus qu'un seul \u00e9v\u00eaque, responsable de toute la communaut\u00e9 et sup\u00e9rieur aux anciens. Les ap\u00f4tres \u00e9tant morts, ces \u00e9v\u00eaques furent leurs successeurs et gouvern\u00e8rent l'Eglise avec -th\u00e9oriquement - la m\u00eame autorit\u00e9.
Ce que Paul dit ici des conditions n\u00e9cessaires pour \u00eatre presbytre ou \u00e9v\u00eaque, rappelle ce que nous trouvons dans 1Timoth\u00e9e. Remarquons cependant les points suivants:
-_Homme d'une seule femme. Il n'\u00e9tait pas n\u00e9cessaire bien s\u00fbr d'\u00eatre mari\u00e9; mais comme on consacrait des hommes d'un certain \u00e2ge, habituellement ils \u00e9taient mari\u00e9s. Les Eglises orientales catholiques pratiquent encore aujourd'hui l'ordination des hommes mari\u00e9s. La lettre envisage ici le cas fr\u00e9quent des chr\u00e9tiens qui avaient divorc\u00e9 et s'\u00e9taient remari\u00e9s plusieurs fois quand ils \u00e9taient encore pa\u00efens.
-_Il doit \u00eatre au-dessus de tout reproche, non seulement lui, mais \u00e9galement sa famille. Son aptitude \u00e0 pr\u00e9sider est essentielle \u00e0 sa vocation, et de fait il ne sera pas accept\u00e9 par la communaut\u00e9 si son entourage donne un mauvais t\u00e9moignage.
-_Il doit \u00eatre accueillant. L'Eglise est communion plus qu'organisation. Tout le monde doit \u00eatre accueilli et se sentir \u00e0 l'aise chez le presbytre ou chez l'\u00e9v\u00eaque. D'autre part, il doit accueillir les fr\u00e8res et les responsables venus d'autres r\u00e9gions afin d'assurer l'unit\u00e9 et la communion entre les diverses communaut\u00e9s. L'\u00e9quilibre humain de cet "\u00e9v\u00eaque" est donc aussi partie de sa vocation: il ne peut \u00eatre un homme de caract\u00e8re mal \u00e9quilibr\u00e9 dont les interventions blessent, dont l'autorit\u00e9  ignore les r\u00e8gles \u00e9l\u00e9mentaires du savoir-vivre et du respect des personnes: on a souvent reproch\u00e9 \u00e0 des responsables de l'Eglise d'avoir la foi, mais de ne pas savoir agir humainement.
Le paragraphe 1,12-16 est une mise en garde contre le retour \u00e0 une religion de pratiques et abstinences inspir\u00e9e de la Loi juive. Tout est pur pour ceux qui sont purs: dans l'esprit de Mt 15,11 et Rm 14,20. Cela ne voudra jamais dire que nos intentions (les n\u00f4tres sont toujours pures!) justifient nos actes; ce serait oublier que l'arbre (le d\u00e9sir qui nous pousse \u00e0 agir) se juge aux fruits qu'il produit, lesquels ne sont pas justifiables s'ils vont contre la volont\u00e9 de Dieu manifest\u00e9e par la Loi.

{N}2,{/}1: Ici sont rappel\u00e9s les devoirs des fid\u00e8les selon leur situation dans la vie. Dans la soci\u00e9t\u00e9 de ce temps, bien plus simple que la n\u00f4tre, tout se r\u00e9duisait \u00e0 esclaves ou libres, hommes ou femmes, jeunes ou vieux. De nos jours, il faudrait demander \u00e0 chacun de regarder de plus pr\u00e8s ses responsabilit\u00e9s dans la vie.
L'insistance est mise sur le fait que nous devons porter des fruits: le paragraphe suivant va dire que si le Christ lui-m\u00eame s'est sacrifi\u00e9 pour nous, un tel sacrifice ne doit pas rester st\u00e9rile.
La grande g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Dieu, notre Sauveur, est apparue au grand jour (11). La lettre revient sur l'essence du message chr\u00e9tien: il nous r\u00e9v\u00e8le un don de Dieu; il doit produire bont\u00e9 et r\u00e9conciliation et faire sortir les hommes de l'\u00e9go\u00efsme qui les paralyse.
Il a donn\u00e9 pour nous sa propre vie (14). Comme dans Ep 5,25 et 1Co 11,25, le sacrifice de J\u00e9sus est d'abord pour purifier ceux qui formeront son peuple. A partir de notre conversion, c'est en contemplant J\u00e9sus que peu \u00e0 peu nous abandonnerons tout ce qui en nous est mal et violence.
Elle nous enseigne \u00e0 renoncer \u00e0 la vie sans Dieu (12). Dieu nous am\u00e8ne \u00e0 purifier nos actions et notre coeur.
-_Sobri\u00e9t\u00e9, et sens de nos responsabilit\u00e9s.
-_Justice avec les autres, en \u00e9tant d'abord juste devant Dieu.
-_Saintet\u00e9: ici, au sens de sinc\u00e9rit\u00e9 dans le service de Dieu.

{N}3,{/}1: En parlant \u00e0 la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration chr\u00e9tienne, Paul avait soulign\u00e9 la transformation de celui qui a \u00e9t\u00e9 converti: devenir chr\u00e9tien signifiait d'abord une rupture. Mais au cours de la g\u00e9n\u00e9ration suivante, tandis que l'Eglise s'\u00e9tablissait dans les diverses provinces de l'empire romain, l'espoir d'un retour imminent du Christ s'\u00e9tait estomp\u00e9: si la vie du monde et de l'Eglise se prolongeait, il fallait que le Chr\u00e9tien donne l'exemple d'une vie ordonn\u00e9e et juste. Comme l'ob\u00e9issance \u00e9tait alors le soutien de la vie familiale et sociale, Paul insiste pour que l'ob\u00e9issance du chr\u00e9tien vienne du coeur.
Il sera facile de parler de contradictions dans l'enseignement du Nouveau testament, ou d'opportunisme: ici, loyaut\u00e9 sociale et vertus familiales; ailleurs, ignorer jusqu'\u00e0 son p\u00e8re et sa m\u00e8re. De fait l'un ne s'oppose pas \u00e0 l'autre. Ob\u00e9issance venant du coeur tant que cela ne s'oppose pas \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, mais refus de toute d\u00e9pendance lorsqu'une autorit\u00e9 humaine pr\u00e9tend remplacer Dieu, ignorant la conscience et les droits des personnes.
Il reste qu'ici on insiste sur les vertus sociales; il en \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 de m\u00eame dans 2,5; 2,10 et aussi 1Tm 2,2 et 2,11.

{N}3,{/}8: On peut traduire indiff\u00e9remment par "sectes" ou par "h\u00e9r\u00e9sies" le mot que Paul emploie ici (10): ce sont deux aspects d'un mot grec qui signifie: s\u00e9lection. Au lieu d'accepter la foi telle que l'Eglise la transmet, l'h\u00e9r\u00e9tique choisit ce qui, personnellement, lui semble le plus important et le meilleur. Il rejette une partie du message et, avec ses disciples, il abandonne l'Eglise pour former son propre groupe. En pr\u00e9f\u00e9rant son propre jugement \u00e0 la doctrine de l'Eglise, il perd l'attitude profonde de la foi et d\u00e9truit l'unit\u00e9 du Corps du Christ, m\u00eame s'il a su pr\u00e9server la majeure partie du message.

