{N}1,{/}1: Foi, charit\u00e9, esp\u00e9rance (3). Pour nous, l'esp\u00e9rance passe quelquefois inaper\u00e7ue entre la foi et l'amour. Ici l'esp\u00e9rance a une double dimension:
-_Ceux qui esp\u00e8rent supportent les \u00e9preuves et les pers\u00e9cutions avec patience et pers\u00e9v\u00e9rance. C'est pourquoi Paul dit: foi, pers\u00e9v\u00e9rance et amour. Comme dans l'Evangile, l'esp\u00e9rance n'est pas un optimisme facile, c'est la capacit\u00e9 de durer face aux \u00e9preuves.
-_Ceux qui esp\u00e8rent attendent le retour glorieux du Christ qui jugera ce monde et nous emm\u00e8nera dans l'autre. Il nous sauvera du ch\u00e2timent qui se pr\u00e9pare (10). Paul dit en r\u00e9alit\u00e9: la Col\u00e8re qui se pr\u00e9pare. Dans la Bible la Col\u00e8re d\u00e9signe les crises et les trag\u00e9dies qui jalonnent l'histoire et dans lesquelles le proph\u00e8te (ou le croyant) reconna\u00eet un jugement et un ch\u00e2timent de Dieu. Ce m\u00eame mot se lit entre autres en Lc 21,23 et Rm 1,18. A l'\u00e9poque, les croyants pensaient que le jugement dernier \u00e9tait imminent et qu'ils seraient t\u00e9moins du retour du Christ.
Notre Bonne Nouvelle n'est pas rest\u00e9e en paroles (5). Il y avait eu de nombreux signes, miracles et autres manifestations \u00e0 Thessalonique: Dieu les avait multipli\u00e9s peut-\u00eatre en pr\u00e9vision des pers\u00e9cutions, parce que bient\u00f4t manqueraient les personnes capables d'assurer une formation. Mais en fait, on ne peut pas proclamer l'Evangile sans que Dieu fasse quelque chose pour le confirmer: J\u00e9sus a critiqu\u00e9 ceux qui venaient \u00e0 lui pour voir des miracles, mais il en a fait tout au long de son minist\u00e8re. Ne disons pas: je n'ai pas besoin de miracles pour croire. L'homme \u00e9tant ce qu'il est, nous aurons un tout autre enthousiasme si nous voyons que Dieu est l\u00e0, \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s, faisant l'incroyable pour appuyer sa parole.
Vous nous avez imit\u00e9s (6). L'attitude de celui qui pr\u00eache confirme la v\u00e9rit\u00e9 du message. Paul reviendra plusieurs fois sur ce point au cours de cette lettre: il s'est montr\u00e9 saint, bon et honn\u00eate messager, pr\u00eat \u00e0 donner sa propre vie (2,8).

{N}2,{/}1: Comme la maman qui joue avec son b\u00e9b\u00e9 (7): c'est la tendresse de Paul. Ensuite, Paul leur rappelle son travail et l'\u00e9nergie qu'il a d\u00e9pens\u00e9e pour les convaincre, les formant et les reprenant individuellement. La conversion d'une seule personne exige beaucoup de pers\u00e9v\u00e9rance et de luttes de la part de l'ap\u00f4tre.
La Col\u00e8re que Paul mentionne en 2,16 signifie une d\u00e9cision de la justice divine qui pr\u00e9pare un ch\u00e2timent. Il ne s'agit pas ici du peuple juif dans son ensemble ni du peuple juif dans le futur, comme certains fondamentalistes ont voulu le croire, mais des Juifs et des Jud\u00e9o-chr\u00e9tiens qui pers\u00e9cutent Paul et ne cessent de paralyser sa pr\u00e9dication aux pa\u00efens. Un jugement de Dieu va les atteindre de fa\u00e7on imminente.

{N}3,{/}1: Que le Seigneur fasse grandir l'amour que vous avez les uns pour les autres et pour tous (12). L'amour se manifeste d'abord \u00e0 l'int\u00e9rieur de la communaut\u00e9, et ensuite il peut s'\u00e9tendre \u00e0 tous les hommes.
Ici se manifeste la constante pr\u00e9occupation de Paul. Sa mission apostolique ne lui permet pas de rester dans une communaut\u00e9 et il va toujours de l'avant, laissant derri\u00e8re lui sa t\u00e2che inachev\u00e9e. Il doit de ce fait confier les nouveaux baptis\u00e9s \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu, laquelle ne supprime, ni la libert\u00e9 des convertis, ni l'oeuvre du tentateur dans le monde. Vous saviez d\u00e9j\u00e0 que c'est notre lot (3).

{N}4,{/}1: Si nous nous sommes donn\u00e9s au Christ, cela doit bien nous faire une vie diff\u00e9rente de celle d'avant. Les Juifs qui se faisaient baptiser avaient une solide base morale avec les lois de l'Ancien Testament. En revanche, les pa\u00efens n'avaient de r\u00e8gles morales que celles en vigueur dans leur soci\u00e9t\u00e9. La chastet\u00e9, entre autres, leur \u00e9tait tout \u00e0 fait \u00e9trang\u00e8re. 
Paul r\u00e9agit fortement: La volont\u00e9 de Dieu est que vous deveniez saints, que vous n'ayez pas de relations sexuelles ill\u00e9gitimes. Face \u00e0 ce que les hommes consid\u00e8rent comme exigences de leur nature, il y a d'autres exigences dues au simple fait que Dieu nous a appel\u00e9s et nous a mis sur un chemin de divinisation (Paul dit: sanctification). Paul reprendra le m\u00eame argument avec d'autres termes dans 1Co 6,12-20. Ici, dans les versets 4-8, Paul pense certainement \u00e0 l'adult\u00e8re et aux relations avec les prostitu\u00e9es. Si Paul s'adressait \u00e0 des jeunes chr\u00e9tiens, il inclurait certainement les relations pr\u00e9matrimoniales.
Paul ne cesse de dire que nous sommes libres vis-\u00e0-vis de la Loi, mais il r\u00e9affirme certaines lois morales fortement inscrites dans la Bible. Il passe par-dessus les r\u00e8gles liturgiques, les coutumes propres au peuple juif, les souvenirs du pass\u00e9, tout ce qui maintenait les croyants dans une religion d'ob\u00e9issance \u00e0 des lois. Mais il r\u00e9affirme des r\u00e8gles morales fondamentales qui valent en tout temps et tout lieu, surtout lorsqu'on est entr\u00e9 avec l'Evangile dans l'\u00e2ge de la majorit\u00e9 spirituelle.
Ensuite Paul donne un avertissement sur lequel il reviendra \u00e0 la fin de cette lettre (5,14): que tous travaillent. La communaut\u00e9 est perturb\u00e9e par certains croyants plus enclins \u00e0 montrer leur foi enthousiaste qu'\u00e0 travailler. Ils vivent, avec leurs palabres, au crochet des fr\u00e8res chez qui ils s'installent; ils discr\u00e9ditent l'Eglise aux yeux des pa\u00efens. Paul, comme tout bon Pharisien, \u00e9tait en mesure de gagner sa vie par un travail manuel. Il n'aurait pas compris qu'un croyant ne poss\u00e8de pas une qualification et ne soit pas capable de se trouver un travail, bien ou mal consid\u00e9r\u00e9 et pay\u00e9.

{N}4,{/}13: Vous ne pouvez pas vous affliger comme font les autres. Les Chr\u00e9tiens de Thessalonique n'ont gu\u00e8re de formation. Pendant des ann\u00e9es, ils ont accept\u00e9 une destin\u00e9e o\u00f9 tout finit \u00e0 la mort; maintenant, ils se r\u00e9veillent chaque jour avec l'esp\u00e9rance d'\u00e9chapper \u00e0 la mort: le Christ reviendra bient\u00f4t et les emm\u00e8nera au Royaume du ciel. Ils s'inqui\u00e8tent donc pour ceux des leurs qui sont d\u00e9j\u00e0 morts et que le Christ ne pourra donc emmener avec lui.
Ceux qui se sont endormis. Ceux qui sont morts ne sont pas vraiment morts, mais endormis: "cimeti\u00e8re" veut dire lieu de repos. Ils attendent le retour du Christ et la r\u00e9surrection.
Nous serons enlev\u00e9s avec eux dans les nuages (17). Paul suppose que ses lecteurs et lui seront vivants lors du retour du Christ et il d\u00e9crit l'\u00e9v\u00e9nement selon les sch\u00e9mas culturels de l'\u00e9poque: n'oublions pas que jusqu'au temps de Galil\u00e9e, tous les hommes ont pens\u00e9 que le ciel \u00e9tait un lieu dans l'univers, tr\u00e8s haut au-dessus de nous, et que Dieu, bien qu'il soit esprit, y \u00e9tait de quelque mani\u00e8re.
Nous serons d\u00e9finitivement avec le Seigneur. L\u00e0 est l'essentiel, et qui est toujours vrai, m\u00eame lorsqu'on a renonc\u00e9 \u00e0 voir J\u00e9sus descendant sur un beau nuage au son des trompettes c\u00e9lestes. Nous avons d\u00e9j\u00e0 quelque exp\u00e9rience de la pr\u00e9sence du Seigneur dans notre vie terrienne et terreuse, mais alors il n'y aura plus rien que cette pr\u00e9sence et cette joie.
Ce bref message d'esp\u00e9rance laisse dans l'ombre des questions essentielles sur la r\u00e9surrection des morts. Paul reviendra plus tard et avec beaucoup plus d'ampleur sur ce point dans 1Co 15. L\u00e0 il montrera que la r\u00e9surrection est d'abord une transformation de tout notre \u00eatre par les \u00e9nergies qui \u00e9manent du Christ ressuscit\u00e9.
R\u00e9confortez-vous les uns les autres (18). La mani\u00e8re de c\u00e9l\u00e9brer les enterrements dans l'Eglise doit r\u00e9conforter la famille du mort et r\u00e9affirmer la foi en la r\u00e9surrection. Il n'y a pas de place pour des expressions de d\u00e9sespoir que J\u00e9sus lui-m\u00eame a d\u00e9sapprouv\u00e9es (voir Mc 5,40), compr\u00e9hensibles chez ceux qui consid\u00e8rent la s\u00e9paration comme d\u00e9finitive. Une messe d'enterrement sans rien de spectaculaire, o\u00f9 l'on sent la fervente pri\u00e8re de la communaut\u00e9 et d'une famille en paix, a toujours un impact sur les incroyants. 

{N}5,{/}1: Le Christ vient de nuit, et les croyants sont enfants de la lumi\u00e8re. Il y a l\u00e0 toute une parabole. Ceux qui suivent leurs mauvais instincts appartiennent aux t\u00e9n\u00e8bres, ils se cachent pour faire le mal. Au contraire, les enfants de la lumi\u00e8re sont sans reproche, transparents devant Dieu, et n'ont rien \u00e0 lui cacher. Le non-croyant dort impr\u00e9voyant, tandis que le croyant veille: il aime prier la nuit comme s'il attendait avec le jour la venue du Christ.
Quant \u00e0 ceux qui sont morts, ils ne sont pas vraiment morts, mais endormis (10), pr\u00eats \u00e0 se r\u00e9veiller lorsque le Seigneur viendra.
Donnez-vous du courage les uns aux autres et grandissez dans l'unit\u00e9 (11). L'Eglise est la communaut\u00e9 vraie dont le croyant a besoin pour grandir dans la foi et pour surmonter les \u00e9preuves. Dans les difficult\u00e9s, l'aide des fr\u00e8res sera un signe de l'amour de Dieu et du Christ qui jamais ne manque, comme le mentionne la premi\u00e8re ligne de la lettre.
Selon le v.12, apr\u00e8s seulement trois mois d'\u00e9vang\u00e9lisation, cette communaut\u00e9 avait d\u00e9j\u00e0 ses responsables.

{N}5,{/}19: N'\u00e9teignez pas l'Esprit (19). Une communaut\u00e9 comme celle-ci, avec peu de traditions et d'enseignements \u00e9crits, d\u00e9pendait des interventions de l'Esprit. Certains de ces Chr\u00e9tiens devaient avoir le charisme de proph\u00e8tes et recevoir des communications au cours des assembl\u00e9es eucharistiques. C'est pourquoi Paul demande de profiter de ces messages spirituels, mais non sans les avoir examin\u00e9s, comme il le rappellera dans 1Co 14. Il y a l\u00e0 un jeu d\u00e9licat: la communaut\u00e9 se soumet \u00e0 l'Esprit qui parle par le proph\u00e8te, mais elle doit - et ses dirigeants doivent - juger si c'est vraiment l'Esprit de Dieu.
Qu'il garde sans tache tout votre esprit, votre \u00e2me et votre corps (23). Ni les Juifs, ni la plupart des Grecs n'entraient dans notre d\u00e9finition de l'homme: corps et \u00e2me. Ils parlaient \u00e0 la fois de "l'\u00e2me", qui donne la vie au corps et s'occupe des activit\u00e9s mat\u00e9rielles, et de "l'esprit", qui appartient au monde de Dieu (ou au ciel des id\u00e9es).
La fa\u00e7on de parler de Paul, comme celle des grands spirituels chr\u00e9tiens, appuie cette conception. Quand Paul parle de la vie profonde des croyants, il n'emploie pas le terme "\u00e2me", mais "esprit". L'homme n'est pas face \u00e0 Dieu comme nous le sommes face \u00e0 un interlocuteur, se regardant de l'ext\u00e9rieur: il faudrait comprendre cette relation \u00e0 partir de celle qui unit des \u00eatres qui s'aiment et, de quelque fa\u00e7on, vivent l'un dans l'autre.
Selon la Bible, l'Esprit de Dieu se r\u00e9partit, s'insinue, s'adapte, se fait notre esprit sans cesser d'\u00eatre un et d'\u00eatre lui-m\u00eame. Notre esprit n'est pas une partie de nous-m\u00eames, il est nous, et il est notre ouverture \u00e0 Dieu. Notre \u00e2me s'exprime de diverses mani\u00e8res, dans le r\u00eave par exemple. Par contre, nous ne d\u00e9couvrons notre esprit qu'\u00e0 la mesure de notre exp\u00e9rience de Dieu. C'est seulement lorsque nous verrons Dieu que nous saurons en v\u00e9rit\u00e9 ce que nous sommes.

