{N}1,{/}3: Cette premi\u00e8re page de la lettre aux Eph\u00e9siens est, dans la Bible, la meilleure expression globale du myst\u00e8re chr\u00e9tien. Elle \u00e9quilibre, d'une certaine fa\u00e7on, la grande pr\u00e9sentation de Paul aux Romains, pr\u00e9sentation qui semblait centrer trop uniquement l'oeuvre de Dieu sur la trag\u00e9die de l'homme p\u00e9cheur. La lettre aux Eph\u00e9siens, comme l'Evangile de Jean, parle d'une re-cr\u00e9ation du monde l\u00e0 o\u00f9 la lettre aux Romains utilisait des termes plus juridiques: dette et r\u00e9paration du p\u00e9ch\u00e9.
B\u00e9ni soit Dieu! Paul commence g\u00e9n\u00e9ralement ses lettres par une formule de louange et d'action de gr\u00e2ces. Mais la pri\u00e8re ici se prolonge: il proclame le plan myst\u00e9rieux de Dieu tel qu'il l'a compris dans une r\u00e9v\u00e9lation (3,3).
Sa d\u00e9cision myst\u00e9rieuse (9). En r\u00e9alit\u00e9 Paul dit ce myst\u00e8re: mais ce terme d\u00e9signait alors une d\u00e9cision ou une doctrine secr\u00e8te. Ici Paul nous parle du dessein de Dieu cr\u00e9ateur: son plan s'enracine dans le myst\u00e8re des trois Personnes divines.
Nous savons que le Fils et l'Esprit proc\u00e8dent de Dieu le P\u00e8re, les trois n'\u00e9tant qu'un seul Dieu. Mais, en plus de cette communication et de cet \u00e9panchement de vie en Dieu, avant la cr\u00e9ation du monde, Dieu le P\u00e8re a voulu communiquer ses richesses, en dehors de lui, \u00e0 des \u00eatres cr\u00e9\u00e9s. C'est l\u00e0 l'origine de toute l'histoire humaine. Dieu a voulu que des enfants (5) se multiplient autour de son Fils unique et en lui, capables de recevoir son Esprit et de le lui rendre. Ils reviendront \u00e0 lui \u00e0 la fin de l'histoire, rassembl\u00e9s en un seul corps (10).
Dieu nous a choisis dans le Christ (4). Remarquer l'expression dans le Christ que nous avons comment\u00e9e dans 1Co 1,4. Toute cr\u00e9ature vient de Dieu \u00e0 travers ce Fils en qui Dieu contemple sa propre richesse. Nous sommes tels que Dieu nous a aim\u00e9s en lui, et nous sommes en lui, de quelque fa\u00e7on, d\u00e8s le commencement.
Mais aussi, en nous cr\u00e9ant libres, Dieu sait que notre libert\u00e9 est fragile: nous aurons du mal \u00e0 lui donner une r\u00e9ponse filiale. Comment revenir \u00e0 Dieu, au coeur de son myst\u00e8re, sans mourir \u00e0 soi-m\u00eame? Toute l'histoire ne pourra \u00eatre que continuelle mort et r\u00e9surrection, pour les peuples comme pour les personnes. Mais la Sagesse divine a pr\u00e9vu que le Fils viendrait au milieu de nous, avec sa croix et sa r\u00e9surrection, afin de nous manifester l'amour du P\u00e8re (5). Et bien entendu, l\u00e0 o\u00f9 vient le Fils, l'Esprit sera communiqu\u00e9: v.7 et 13.
Nous sommes rachet\u00e9s par son sang (7). Cela ne veut pas dire que le Christ verse son sang pour satisfaire et payer son P\u00e8re offens\u00e9 par le p\u00e9ch\u00e9. Paul fait allusion \u00e0 une loi biblique: le rachat d'un esclave se signait par le sang (Ex 21,6).
Marqu\u00e9s de l'Esprit (13). Les Juifs \u00e9taient marqu\u00e9s dans la chair, comme d'un "cachet", par la circoncision. Ce rite certifiait leur appartenance \u00e0 Dieu. Pour leur part, les Chr\u00e9tiens re\u00e7oivent l'Esprit qui agit en eux: c'est de lui que viennent la foi, l'esp\u00e9rance et l'amour, les diverses formes de service, le don de la connaissance, les miracles et les gu\u00e9risons. Ces dons sont la preuve la plus \u00e9vidente qu'ils sont devenus enfants de Dieu. Ces dons sont aussi un avant-go\u00fbt de toutes les merveilles que Dieu nous r\u00e9serve.
Paul distingue deux moments: le plan de Dieu dans l'\u00e9ternit\u00e9 (1-10), et sa r\u00e9alisation dans le temps (11-14). Les deux derni\u00e8res strophes correspondent \u00e0 ces deux \u00e9tapes de l'histoire sainte:
-_Dieu nous a mis \u00e0 part (11). Paul parle en son nom et au nom du peuple juif choisi pour \u00eatre le peuple de Dieu.
-_Vous aussi... (13). Ici, Paul se r\u00e9f\u00e8re aux Chr\u00e9tiens d'origine grecque (et pa\u00efenne), d\u00e9j\u00e0 nombreux dans ces communaut\u00e9s d'Eph\u00e8se.
Le temps de la pl\u00e9nitude est donc arriv\u00e9, c'est-\u00e0-dire le moment o\u00f9 l'\u00e9vangile est proclam\u00e9 \u00e0 tous les hommes, pour que tous re\u00e7oivent les dons de l'Esprit.
Cette page pr\u00e9cise quelques points essentiels de la foi.
Il d\u00e9cidait d\u00e8s ce moment (5). Nous retrouvons ici l'\u00e9quivalent de ce que Paul a affirm\u00e9 dans Romains 8,29-30. Nous ne pouvons pas passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du terme "pr\u00e9destination". Beaucoup ont utilis\u00e9 ce terme de fa\u00e7on diff\u00e9rente de Paul. Alors que Paul pr\u00e9sente une d\u00e9cision du P\u00e8re destin\u00e9e \u00e0 communiquer \u00e0 d'autres l'amour infini qui se vit en Dieu, on en est venu beaucoup plus tard \u00e0 parler d'un Dieu s\u00e9v\u00e8re et froid qui d\u00e9cide gratuitement (ou m\u00eame par caprice) qui sera sauv\u00e9 et qui ne le sera pas (rappelons-nous l'\u00e9poque du Jans\u00e9nisme). Voir \u00e0 ce sujet PREDESTINATION dans Rm 9.
Il nous est impossible de comprendre comment nous sommes libres si Dieu nous conna\u00eet dans l'\u00e9ternit\u00e9. Nous ne devons pas pour autant partager les doutes et l'angoisse de ceux qui se croient soumis \u00e0 un destin ou \u00e0 une redoutable "volont\u00e9 de Dieu". En r\u00e9alit\u00e9 nous sommes "soumis" \u00e0 un amour et \u00e0 des b\u00e9n\u00e9dictions (3) qui n'attendent que notre r\u00e9ponse. (Voir com. de Rm 9).
Paul ne parle de condamnation pour personne; il affirme seulement que Dieu fait preuve d'un amour sp\u00e9cial pour ceux qu'il appelle \u00e0 devenir membres du Christ. La Bible parle peu de l'amour de Dieu pour les non-croyants, mais nous devons le comprendre \u00e0 la lumi\u00e8re de l'amour qu'il nous a montr\u00e9 en nous conduisant jusqu'au Christ. 
Bien des Chr\u00e9tiens se choquent lorsqu'on leur dit ainsi qu'ils ont re\u00e7u plus que d'autres, que la v\u00e9rit\u00e9 leur a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e comme nulle part ailleurs: ne serait-ce pas plus honn\u00eate et plus humble de penser que toutes les religions ont leur v\u00e9rit\u00e9? Oui, en un sens toutes ont une v\u00e9rit\u00e9, mais douter de cette gr\u00e2ce unique qu'est la connaissance de Dieu dans le Christ, c'est renier toute la r\u00e9v\u00e9lation de la Bible.
Dieu nous a choisis dans le Christ (4). Bien des auteurs chr\u00e9tiens ont parl\u00e9 comme si, au commencement, Dieu avait cr\u00e9\u00e9 l'homme sans envisager sa chute et que le Christ n'\u00e9tait venu que pour sauver le p\u00e9cheur perdu. Ce n'est pas ce que Paul dit ici: d\u00e8s le commencement la venue du Christ et le don de l'Esprit, tout comme les lois de la vie et le cours de l'histoire, \u00e9taient myst\u00e9rieusement li\u00e9s \u00e0 l'ordre qui existe en Dieu lui-m\u00eame.
Le Bien-aim\u00e9 (6) est toujours le premier pour Dieu. De m\u00eame pour nous: le souci de "nous sauver" ne peut pas \u00eatre la base de notre foi. Ce serait tout aussi \u00e9go\u00efste que de pratiquer sa religion pour rester en bonne sant\u00e9. Le Fils nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la Gloire du P\u00e8re et comment lui-m\u00eame revenait au P\u00e8re: il voulait nous tirer de notre \u00e9go\u00efsme, m\u00eame de l'\u00e9go\u00efsme religieux: Jn 17 et Ph 2,9.

{N}1,{/}15: On m'a dit comment vous vivez la foi et l'amour pour nos fr\u00e8res. Paul se r\u00e9jouit de la foi des Eph\u00e9siens, mais plus que tout, il prie pour qu'ils aient l'esp\u00e9rance: elle sera la source de leur dynamisme. Il d\u00e9crit les pas de l'esp\u00e9rance: conna\u00eetre le P\u00e8re, appr\u00e9cier l'h\u00e9ritage r\u00e9serv\u00e9 aux saints, comprendre avec quelle force Dieu agit pour nous amener \u00e0 la r\u00e9alisation de cette esp\u00e9rance.
C'est cette esp\u00e9rance qui a fait craquer l'immobilisme des soci\u00e9t\u00e9s antiques. Paul vivait dans un monde o\u00f9 l'esp\u00e9rance \u00e9tait vue comme une maladie. Tout projet de transformer les hommes passait pour une illusion, et c'est ainsi que les espoirs de la science naissante ont \u00e9t\u00e9 alors vite \u00e9touff\u00e9s. Les croyants, au contraire, faisaient dans leur vie l'exp\u00e9rience d'une r\u00e9surrection. Dans les pays chr\u00e9tiens est n\u00e9e la certitude d'un destin commun de l'humanit\u00e9 (le mot "humanit\u00e9" alors n'existait pas). La conscience d'\u00eatre une personne au sens le plus profond de ce mot s'est affermie peu \u00e0 peu, et c'est ce qui a remis en marche l'histoire, pour ne plus s'arr\u00eater. Comme on s'\u00e9tonne de voir dans notre monde tant de Chr\u00e9tiens qui croient, mais qui ont si peu d'esp\u00e9rance, et qui ne savent pas qu'ils portent l'espoir du monde!
Bien au-dessus de toute Principaut\u00e9 (2l). A l'\u00e9poque de Paul, ni les Juifs ni les Chr\u00e9tiens ne doutaient que le monde soit gouvern\u00e9 par des puissances surnaturelles, des "anges". Ils les appelaient: Principaut\u00e9s, Autorit\u00e9s, Puissances, et Paul nous dit ici: tous ces pouvoirs sont inf\u00e9rieurs au Christ. Maintenant, nous nous exprimons diff\u00e9remment; mais nous voyons l'univers soumis aux lois de la nature, aux forces de la vie, sans oublier ni les inconscients, ni les pr\u00e9jug\u00e9s collectifs, ni non plus les agents invisibles du mal. Jusqu'\u00e0 la venue du Christ, ces forces gouvernaient le monde, emp\u00eachant l'homme d'atteindre sa vraie mesure: voir Ga 3,23.
Dieu a tout mis sous ses pieds (22). Cela veut dire qu'en ressuscitant, l'Homme-Dieu est devenu le centre de l'univers. Notre Credo le dit avec des mots qui font plus ancien: "J\u00e9sus est assis \u00e0 la droite de Dieu".
Tout sous ses pieds, mais non l'humanit\u00e9. Paul ajoute aussit\u00f4t: il l'a constitu\u00e9 t\u00eate de l'Eglise. Le Christ agit diff\u00e9remment dans deux domaines: dans le monde o\u00f9 il est le centre invisible mais efficace de notre histoire; dans l'Eglise dont il est la t\u00eate, et o\u00f9 il peut d\u00e9ployer toutes les richesses de Dieu dans l'Esprit.

{N}2,{/}1: Le chemin des hommes sans le Christ conduit \u00e0 la mort.
De nous-m\u00eames, nous allions droit au ch\u00e2timent (3): il n'y a pas \u00e0 chercher plus loin une affirmation plus claire de ce que nous appelons le p\u00e9ch\u00e9 originel. Il ne s'agit pas d'une faute commise avant nos p\u00e9ch\u00e9s personnels et en plus de ces p\u00e9ch\u00e9s dont nous sommes responsables. C'est une faille qui ressort de l'ensemble de nos actes, de notre condition humaine; c'est le passif de notre vie dans la mesure o\u00f9 Dieu ne nous  reprend pas en mains. La Gen\u00e8se (ch.2-3) place dans le pass\u00e9 un r\u00e9cit du p\u00e9ch\u00e9 originel, tout comme elle place dans le pass\u00e9 un r\u00e9cit de la cr\u00e9ation: c'est une fa\u00e7on de s'exprimer qui correspond \u00e0 la culture de ces temps lointains. Mais en fait, aussi bien notre cr\u00e9ation par Dieu (ici, le v.10) que notre r\u00e9volte contre lui font partie de notre r\u00e9alit\u00e9 quotidienne.
Dans le Christ il nous a ressuscit\u00e9s (6). Dans un premier sens, c'est un fait qu'une conversion est ressentie comme une r\u00e9surrection. Mais Paul veut dire aussi: rien ne pourra arr\u00eater le plan d'amour du P\u00e8re qui voit au-del\u00e0 du temps et qui nous a d\u00e9j\u00e0 ressuscit\u00e9s avec le Christ. Nous sommes "assis au ciel avec lui", c'est-\u00e0-dire, que nous sommes s\u00fbrs de triompher.

{N}2,{/}11: Autre aspect de la condition humaine sans le Christ: la mort va de pair avec les divisions. Avant le Christ les hommes \u00e9taient divis\u00e9s et ne connaissaient pas notre P\u00e8re commun. Comme ils n'\u00e9taient pas m\u00fbrs pour une union rapide dans la vraie foi, Dieu en a tenu compte lorsqu'il a pr\u00e9par\u00e9 la venue du Christ. Il a choisi un peuple et, pour \u00e9viter que les erreurs des pa\u00efens ne contaminent les siens, il les a s\u00e9par\u00e9s par une loi leur interdisant de cohabiter avec les autres peuples: voir Mc 7,24 et Actes 10,1.
Il y avait donc, dans le temple de J\u00e9rusalem, loin du sanctuaire, une cour ouverte aux pa\u00efens, et pr\u00e8s du sanctuaire, une autre r\u00e9serv\u00e9e aux Juifs, avec un mur entre les deux. Cette ligne de division \u00e9tait l'image de toutes les barri\u00e8res que le Christ allait renverser.
J\u00e9sus enseigne la coexistence jusqu'alors interdite. Mis en croix par les Juifs et les pa\u00efens, il surmonte la haine de tous par son amour qui pardonne et, une fois ressuscit\u00e9, il rassemble tous les hommes en lui. Tout comme la croix est faite de deux barres, l'une verticale vers le ciel, et l'autre horizontale vers les extr\u00e9mit\u00e9s de la terre, de m\u00eame la paix s'\u00e9tend dans deux directions: vers Dieu et vers les hommes. Il a r\u00e9concili\u00e9 avec Dieu les deux peuples devenus un seul corps. Il touchait ainsi les deux aspects d'un m\u00eame p\u00e9ch\u00e9: la violence entre les hommes, et notre indiff\u00e9rence envers Dieu.
Le Christ les a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9unis: que nous le voulions ou non, l'Evangile d\u00e9truira toutes les diff\u00e9rences entre les hommes.
Dans un m\u00eame Esprit (18). Seul l'Esprit permet que chacun se r\u00e9alise dans la communion avec les autres. L'unit\u00e9 dans l'Eglise n'est pas l'uniformit\u00e9: les croyants ne sont pas mis dans un m\u00eame moule. Il n'est pas question d'avoir les m\u00eames options sur les probl\u00e8mes humains; nous avons le droit de ne pas penser la foi de la m\u00eame mani\u00e8re pourvu que nous acceptions tout ce que dit le Credo. L'Esprit accorde \u00e0 chaque personne de se r\u00e9aliser en v\u00e9rit\u00e9, tout en \u00e9tant "en communion" avec les autres croyants. C'est ainsi que na\u00eet "l'homme nouveau" qui n'est pas le produit d'une politique ou d'une id\u00e9ologie, mais l'oeuvre de Dieu: comme le dit Paul, il s'agit d'une nouvelle cr\u00e9ation.
Vous \u00eates de la maison de Dieu (19). Dans le langage de la Bible, cela veut dire: appartenir \u00e0 la famille de Dieu. De l\u00e0, Paul passe \u00e0 une autre image: vous \u00eates la maison, le vrai temple de Dieu. La communaut\u00e9 des croyants est, ou plut\u00f4t se convertit en un temple de Dieu.
Cette vision grandiose de l'Eglise et de notre unit\u00e9 dans l'Eglise \u00e9tonnera peut-\u00eatre bien des chr\u00e9tiens d'aujourd\u00b4hui qui sentent plus habituellement leurs responsabilit\u00e9s vis-\u00e0-vis du monde qu'il faut rendre vivable. Mais de quel Esprit serons-nous porteurs, et ferons-nous l'oeuvre de Dieu, si nous ne sommes pas appuy\u00e9s par une communaut\u00e9?  M\u00eame si bien des choses, dans la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, nous semblent \u00e9trang\u00e8res, ce serait un mauvais signe que nous ne puissions y reconna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 qui manque \u00e0 nos amis incroyants et sans laquelle nous perdrions notre raison de vivre.

{N}3,{/}1: Prisonnier du Christ. Paul \u00e9crit cette lettre de sa prison de Rome, mais il ne dit pas: prisonnier \u00e0 cause du Christ. Il est prisonnier du Christ, car il ne peut pas \u00e9chapper \u00e0 son emprise continuelle, ni \u00e0 l'apostolat que Dieu a inscrit dans sa destin\u00e9e (1Co 9,16).
Paul revient sur ce qu'il a m\u00e9dit\u00e9 en prison, ce qui lui semble le plus nouveau dans l'oeuvre du Christ. C'est le "myst\u00e8re", ou plan de Dieu, appelant tous les hommes \u00e0 devenir un seul corps, sans distinction de races. J\u00e9sus avait proclam\u00e9 cette \u00e9galit\u00e9 (Mt 20), mais il avait fallu plusieurs interventions divines pour convaincre ses premiers disciples (en particulier Actes 10).
Les Principaut\u00e9s du ciel (10): voir le commentaire de Ga 3,23 et Ep 1,21. Ce ne serait pas d\u00e9former la pens\u00e9e de Paul que de dire que les directeurs des multinationales, les pr\u00e9sidents et les grands de ce monde vont d\u00e9couvrir, gr\u00e2ce \u00e0 l'Eglise, le vrai visage de Dieu qui manifeste sa gloire dans ses pauvres et dans ses saints (2Th 1,10). Mais il faudrait parler aussi po\u00e9tiquement de l'\u00e9tonnement de la nature enti\u00e8re, en d\u00e9couvrant o\u00f9 aboutit son travail gigantesque apr\u00e8s des milliards d'ann\u00e9es. Paul se voit tout pr\u00e8s du terme, et nous bien plus encore en ce si\u00e8cle o\u00f9 se pr\u00e9cipitent les prises de conscience au niveau de l'humanit\u00e9 enti\u00e8re.

{N}3,{/}14: Je me mets \u00e0 genoux... Paul passe tout naturellement de son expos\u00e9 \u00e0 la pri\u00e8re. Tel est le chemin de l'homme int\u00e9rieur (16) qui ne se contente pas de penser \u00e0 Dieu ou de parler de lui, comme s'il \u00e9tait un objet. L'Esprit pr\u00e9serve en lui la conscience de cette Pr\u00e9sence qui lui donne la vie. Comme le disait sainte Th\u00e9r\u00e8se: "Je porte partout le coeur de mon Dieu, et le Dieu de mon coeur".
Le P\u00e8re origine de toute patrie, de toute famille c\u00e9leste, car patrie vient de P\u00e8re (15). Notre soci\u00e9t\u00e9 a beaucoup d\u00e9valoris\u00e9 "le p\u00e8re", tout comme la patrie, avec l'obsession d'une autorit\u00e9 qui \u00e9toufferait la personnalit\u00e9 de ses enfants. Paul n'en est pas l\u00e0: il s'\u00e9merveille devant celui qui seul est sans origine. Le P\u00e8re est la source de l'\u00eatre divin, de lui \u00e9manent l'ordre et le myst\u00e8re des Personnes divines. C'est de lui encore que l'univers tient ses richesses. Et Paul, qui vient d'\u00e9voquer la destin\u00e9e commune de tous les peuples, rappelle que chacun d'eux (il dit exactement: chaque famille) a re\u00e7u de lui "son nom", c'est-\u00e0-dire son identit\u00e9 et sa dignit\u00e9.
Sans doute faut-il reconna\u00eetre que ce mot p\u00e8re n'a plus le m\u00eame sens qu'il avait au temps de Paul, lorsque le p\u00e8re se taillait la meilleure part de l'autorit\u00e9 et du respect. Maintenant que la femme trouve enfin dans beaucoup de milieux sa pleine place dans la famille et la soci\u00e9t\u00e9, nous serions tent\u00e9s de parler des parents et non du p\u00e8re. Ce n'est pourtant pas par hasard que Dieu s'est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans une culture, celle des h\u00e9breux, o\u00f9 Dieu \u00e9tait une figure masculine. Il ne les a jamais laiss\u00e9 imiter leurs voisins qui associaient toujours les d\u00e9esses et les dieux. Il n'a rien fait pour leur montrer Dieu, ou la Divinit\u00e9, comme la Grande M\u00e8re, ce qui a \u00e9t\u00e9 le cas en bien des peuples. M\u00eame si la Bible dit que Dieu unit en lui toutes les richesses de l'amour paternel et maternel (Is 49,14), elle s'en tient au mot "P\u00e8re". Ce faisant elle insiste sur la libert\u00e9 et l'initiative de Dieu en tout ce qu'il fait: l'univers, et nous-m\u00eames, nous ne sommes pas sortis de Dieu comme une "\u00e9manation", comme produits tout naturellement dans le sein de la Toute-Puissance divine. Tout a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cision lucide et cr\u00e9atrice.
Une autre raison plaidait plus fortement encore pour le maintien du mot "P\u00e8re", et c'est le fait que toute l'oeuvre de Dieu dans le monde aboutit dans la Bible \u00e0 un mariage, celui de Dieu et de la race humaine par l'interm\u00e9diaire du Christ. L'humanit\u00e9 et l'Eglise occupent la place de l'\u00e9pouse dans le couple humain, alors que Dieu est le mod\u00e8le ultime de l'\u00e9poux.
La famille, avec l'autorit\u00e9 des parents, est la base de la soci\u00e9t\u00e9, et de m\u00eame la paternit\u00e9 a sa place dans l'Eglise: la succession des \u00e9v\u00eaques et l'autorit\u00e9 d'une hi\u00e9rarchie qui ne d\u00e9pend pas d'une votation \u00e0 la base, font partie d'un ordre divin. Une soci\u00e9t\u00e9 qui ignore le p\u00e8re ou qui m\u00e9prise le mariage, est tout aussi aberrante que des "Eglises spontan\u00e9es".
L'amour du Christ qui d\u00e9passe toute connaissance (19). Paul pense certainement \u00e0 l'amour que le Christ lui a manifest\u00e9 et continue de lui manifester personnellement \u00e0 la mesure m\u00eame de ses \u00e9preuves. La connaissance et l'exp\u00e9rience de cet amour d\u00e9passent tout ce que personne jamais n'a imagin\u00e9. Mais l'\u00e9tude, et les livres, et les disciplines de m\u00e9ditation n'y suffisent pas. Il nous sera donn\u00e9 gratuitement, par initiative de Dieu, sur le chemin de l'amour dont le Christ s'est fait le mod\u00e8le et le centre.

{N}4,{/}1: Paul revient ici sur un probl\u00e8me important pour des communaut\u00e9s dont le style \u00e9tait encore tr\u00e8s libre, ce serait le cas de dire: tr\u00e8s charismatique, puisque l'on comptait beaucoup sur l'action impr\u00e9visible de l'Esprit \u00e0 travers les charismes des divers membres. Il faut que chacun, avec sa vocation propre, travaille \u00e0 la construction du corps unique. Et Paul \u00e9num\u00e8re avec enthousiasme tout ce que nous avons en commun, gr\u00e2ce au Christ et \u00e0 l'action de son Esprit. Ce qui se construit n'est pas simplement un temple (voir chapitre 2,l9-22), c'est le Corps du Christ ou l'Homme Parfait form\u00e9 par les millions de membres pr\u00e9sents et futurs de l'humanit\u00e9.
J\u00e9sus de Nazareth a v\u00e9cu une seule fois sa vie d'ob\u00e9issance jusqu'\u00e0 la mort. Mais, devenu par sa r\u00e9surrection la T\u00eate de l'humanit\u00e9, il souffre en tous lieux; il travaille dans tous les domaines de l'activit\u00e9 humaine; il donne sa vie de toutes les fa\u00e7ons possibles; il r\u00e9unit en lui toutes les formes de l'amour et il vit dans ses membres toute la diversit\u00e9 de l'existence humaine. En lui, c'est Dieu lui-m\u00eame qui fait, comme il l'avait d\u00e9sir\u00e9, l'exp\u00e9rience de la vie de cr\u00e9ature.
Alors, nous ne serons plus des enfants (14). Paul laisse entendre que les Eph\u00e9siens sont encore des enfants, au moins de temps en temps, quand ils se laissent influencer par n'importe quel courant d'opinion. Il les invite \u00e0 se convertir en une communaut\u00e9 solide, capable de se diriger selon la v\u00e9rit\u00e9 et de se construire par l'amour. Nous aussi, nous devrons nous demander dans quelle mesure nous avons pass\u00e9 l'\u00e2ge o\u00f9 des "fid\u00e8les" attendent constamment qu'on pense pour eux, qu'on les guide et qu'on les pousse.

{N}4,{/}17: Le vieil homme et l'homme nouveau. Cette image de Paul oppose deux genres de vie qui coexistent dans toute soci\u00e9t\u00e9 et, dans un certain sens, en chacun de nous. La conversion ne nous a pas install\u00e9s dans un \u00e9tat de perfection: m\u00eame si nous sommes en paix avec Dieu en un sens tr\u00e8s r\u00e9el (Rm 5,1) l'unit\u00e9 n'est pas faite en nous. Nous exp\u00e9rimentons des tentations et des luttes; nos d\u00e9cisions petites et grandes nous m\u00e8nent dans une des deux directions: soit le vieil homme, ruin\u00e9 sans espoir et esclave de son \u00e9go\u00efsme, soit une personne transfigur\u00e9e par l'amour.
L'homme selon Dieu (24). Dieu a cr\u00e9\u00e9 l'homme \u00e0 son image, mais celui qui est vraiment cette image, c'est le Christ ressuscit\u00e9, vainqueur du p\u00e9ch\u00e9 et de la mort. Ici comme ailleurs dans la Bible, l'Homme, c'est \u00e0 la fois le Christ et l'humanit\u00e9, et c'est chacun de nous, \u00e0 sa place dans le "Corps". Tout ce que nous admirons dans le Christ est aussi pour nous.
Le v\u00eatement blanc que les adultes rev\u00eatent au bapt\u00eame signifie le changement de vie qu'ils ont inaugur\u00e9. Ce renouvellement peut aussi avoir lieu apr\u00e8s une retraite, ou lorsque Dieu, de fa\u00e7on impr\u00e9vue, nous fait abandonner une vie chr\u00e9tienne routini\u00e8re et sans ambitions pour "rev\u00eatir le Christ" avec une foi red\u00e9couverte.
Paul indique imm\u00e9diatement quelques exigences morales de ce renouvellement quotidien: franchise, sobri\u00e9t\u00e9, propret\u00e9 du langage et de l'imagination. La foi chr\u00e9tienne ne nous permet pas de vivre insouciants comme dans ces religions orientales du temps de Paul o\u00f9 l'on parlait de renaissance et de connaissance des myst\u00e8res, mais on ne disait rien de l'esclavage du sexe et de la malhonn\u00eatet\u00e9 dans la vie sociale. 
Vieil homme, homme nouveau, correspond \u00e0 d'autres formules de Paul: vivre selon la chair, ou selon l'Esprit (Rm 8,5); enfants des t\u00e9n\u00e8bres ou de la lumi\u00e8re (Ep 5,8); esclaves du p\u00e9ch\u00e9 ou personnes libres dans le Christ (Ga 5,1).
N'attristez pas l'Esprit Saint. Cette expression est facile \u00e0 comprendre si nous pensons \u00e0 la tristesse que nous \u00e9prouvons chaque fois que nous rejetons une bonne id\u00e9e, un d\u00e9sir de mieux agir: tristesse de l'esprit "Saint" qui nous le sugg\u00e9rait, tristesse de notre esprit qui sait ce que nous avons perdu.

{N}5,{/}1: Nous trouvons ici quelques \u00e9l\u00e9ments d'un nouveau genre de vie, comme c'\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas dans le passage pr\u00e9c\u00e9dent.
Imiter Dieu qui aime les bons et les m\u00e9chants (Mt 5,48). Nous avons un mod\u00e8le plus visible dans le Fils qui, par amour pour nous, s'est fait chemin, lumi\u00e8re et vie (Rm 5,6-11).
Rejeter tout ce qui fait honte et ne se fait que dans l'obscurit\u00e9. Il est vrai que bien des choses qui faisaient honte sont devenues normales aujourd'hui pour beaucoup de gens: le seront-elles pour celui qui cherche la lumi\u00e8re et la regarde en face, dans le Christ? Le t\u00e9moignage d'un seul chr\u00e9tien qui vit dans la lumi\u00e8re, bien plus celui d'une communaut\u00e9, suffit \u00e0 condamner ce qui passait pour normal (v.13).
Etre plus raisonnables et responsables dans notre vie. Ces jours ne sont pas favorables (16): ce qui veut dire que si nous ne savons pas juger et choisir, le courant des \u00e9v\u00e9nements quotidiens nous maintiendra dans la m\u00e9diocrit\u00e9 ou nous conduira au mal. Tout change lorsqu'un croyant, un couple, un groupe "s'\u00e9veillent" et consacrent chaque jour, ou chaque semaine, un moment pour d\u00e9couvrir la volont\u00e9 de Dieu sur eux.
Plus d'exc\u00e8s de vin! (18). Nous avons besoin de stimulants; il n'est pas mauvais d'exp\u00e9rimenter parfois des \u00e9tats seconds o\u00f9 l'on se sent joyeux, lib\u00e9r\u00e9 de soi-m\u00eame, o\u00f9 la glace se brise et les langues se d\u00e9lient: la Bible fait l'\u00e9loge du vin. Mais il est impossible d'\u00e9prouver en m\u00eame temps l'ivresse qui nous vient de l'Esprit, et celle qui provient de l'alcool, des drogues et des diversions dangereuses. A chaque instant nous devons faire des choix.
Chantez... rendez gr\u00e2ces! (19). Eprouvez le r\u00e9confort de l'Esprit, trouvez-le dans une exp\u00e9rience communautaire.

{N}5,{/}23: Dans le passage 5,21-6,9, Paul r\u00e9p\u00e8te plus ou moins ce qu'il avait \u00e9crit dans la lettre aux Colossiens (3,18-4,1). Ici pourtant, il a tellement en t\u00eate le r\u00f4le du Christ comme t\u00eate du "corps", de l'humanit\u00e9 sauv\u00e9e, qu'il va d\u00e9velopper de fa\u00e7on inattendue le sens du mariage dont il n'avait dit qu'un mot en Col 3,18.
Soumises \u00e0 leurs maris comme au Seigneur... (22). Ce n'est pas Paul qui, de la part de Dieu, demande \u00e0 la femme d'\u00eatre soumise: c'est la soci\u00e9t\u00e9 d'alors qui le demandait. Et Paul lui dit: "Soumets-toi comme au Seigneur", puisqu'il vient de demander de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale (21) que nous vivions notre ob\u00e9issance, o\u00f9 que ce soit, comme un hommage rendu au Christ.
Donc, m\u00eame si la fa\u00e7on de s'exprimer de Paul refl\u00e8te la culture de son temps face au mariage, il n'y a pas  lieu de m\u00e9priser son enseignement au nom du f\u00e9minisme. Il y a eu et il y a des mod\u00e8les culturels diff\u00e9rents en ce qui concerne la relation de l'homme et de la femme dans le mariage. De nos jours, les mod\u00e8les sont diff\u00e9rents pour les pays \u00e9conomiquement d\u00e9velopp\u00e9s et pour le tiers-monde, pour les classes moyennes et pour les classes populaires. Mieux encore, c'est chaque couple qui doit d\u00e9couvrir son \u00e9quilibre et comment se prendront les initiatives selon l'autorit\u00e9 naturelle et les capacit\u00e9s de chacun.
Dans tous les cas, qu'on prenne la d\u00e9cision ou qu'on la suive, on ne se sentira pas pour autant sup\u00e9rieur ou inf\u00e9rieur, puisque l'id\u00e9al pour chacun est de se faire serviteur: Mc 9,35. Paul dit: Le mari est la t\u00eate, mais \u00eatre la t\u00eate n'est pas la m\u00eame chose que de parler en chef. S'il est vrai que le Christ a autorit\u00e9 du fait qu'il est la V\u00e9rit\u00e9 de Dieu (ce que le mari n'est pas pour sa femme), Paul pr\u00e9f\u00e8re montrer qu'il s'est fait le sauveur de sa partenaire, l'humanit\u00e9 baptis\u00e9e.
Paul indique ce qui est essentiel dans l'amour conjugal lorsqu'il rappelle la parole de l'Ecriture: L'homme laissera... (31). Il applique cette parole \u00e0 l'union de Dieu et de l'humanit\u00e9 dans le Christ, le "Bien-aim\u00e9" (Mc 2,19). Car le mariage contient un myst\u00e8re, c'est-\u00e0-dire, un tr\u00e9sor divin qui n'\u00e9tait pas compr\u00e9hensible avant que le Christ ne vienne. Quand on dit que le mariage est un sacrement, cela ne veut pas dire d'abord qu'il y a une c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 l'\u00e9glise: cela signifie qu'\u00e0 travers le mariage et les couples qui vivent l'amour "selon le Christ", le myst\u00e8re de l'amour de Dieu se manifeste parmi les hommes. C'est l\u00e0, au milieu de nous, le signe de l'alliance que Dieu a conclue avec l'humanit\u00e9, comme l'\u00e9poux avec son \u00e9pouse: une alliance d'amour, de fid\u00e9lit\u00e9, de f\u00e9condit\u00e9. 
Comme le Christ a aim\u00e9 l'Eglise. Il nous a trouv\u00e9s p\u00e9cheurs, et il a pris sur lui jusqu'aux derni\u00e8res cons\u00e9quences de notre p\u00e9ch\u00e9: il a donn\u00e9 sa vie pour nous purifier. Ici se manifeste la qualit\u00e9 premi\u00e8re de l'amour chr\u00e9tien, la fid\u00e9lit\u00e9. Le don r\u00e9ciproque des \u00e9poux est d\u00e9finitif, et \u00e0 partir de l\u00e0, chacun fera de son mieux pour sauver l'autre et pour l'aider \u00e0 s'\u00e9panouir et \u00e0 \u00eatre meilleur. Le couple parfait n'est pas celui qui vit sans probl\u00e8mes dans une commune m\u00e9diocrit\u00e9, mais celui o\u00f9 chacun provoque l'autre \u00e0 donner le meilleur de soi-m\u00eame.
Il l'a baign\u00e9e dans l'eau et la Parole (voir Jc 1,18-21 et Jn 15,3). Bien que l'eau vers\u00e9e soit n\u00e9cessaire, il est encore plus important pour nous d'accueillir la Parole de Dieu qui nous communique la vie.
Bien des jeunes fuient le mariage, en partie par peur du risque (la fid\u00e9lit\u00e9 totale est bien une fa\u00e7on de "perdre sa vie": Mc 8,35), en partie parce qu'ils consid\u00e8rent que leur amour n'int\u00e9resse qu'eux-m\u00eames. Paul nous montre que l'amour du Christ pour nous, si personnel soit-il, n'oublie jamais son amour pour tous ceux qui font partie de son corps. C'est un exemple: les chr\u00e9tiens mari\u00e9s sont invit\u00e9s \u00e0 prendre leur place dans la transformation du monde par le rayonnement de leur amour et leur engagement au service des autres.

{N}6,{/}1: Paul rappelle aux enfants que Dieu leur demande l'ob\u00e9issance, et aux parents qu'ils ne doivent pas n\u00e9gliger leurs devoirs d'\u00e9ducateurs (voir commentaire de Si 30,1-2). Les parents ont la t\u00e2che difficile d'acheminer leurs enfants vers la vraie libert\u00e9, leur apprenant d'abord \u00e0 ob\u00e9ir \u00e0 une loi, \u00e0 servir et non \u00e0 se faire servir, \u00e0 partager au lieu de r\u00e9clamer. Ensuite ils leur montreront comment suivre les appels de l'Esprit, bien au-del\u00e0 de ce que l'ambiance consid\u00e8re bien ou mal.
Paul rappelle aux esclaves leur noblesse: vivre selon sa conscience et non selon le principe du "pas vu, pas pris", c'est le premier pas vers une v\u00e9ritable lib\u00e9ration.

{N}6,{/}10: Paul a dit ce qu'il avait \u00e0 dire; que signifie maintenant cette invitation \u00e0 \u00eatre forts, o\u00f9 Paul emprunte ses images \u00e0 la vie militaire? Serait-ce parce que ces Chr\u00e9tiens de la province d'Eph\u00e8se ne lui paraissent pas assez forts? Voyez les versets 18-20: Paul les invite, sans le dire, \u00e0 comparer leur situation avec la sienne. Libres ou esclaves, c'\u00e9taient dans l'ensemble de petites gens des cit\u00e9s proches d'Eph\u00e8se. Soumis de longue date \u00e0 un Empire romain qui leur avait impos\u00e9 sa paix, ils n'avaient pas de grands probl\u00e8mes. On n'\u00e9tait pas riche, mais on se contentait de peu. Sous le ciel m\u00e9diterran\u00e9en la lumi\u00e8re \u00e9tait belle et la nature amie. Ils \u00e9taient venus \u00e0 la foi dans un moment o\u00f9 cela ne co\u00fbtait gu\u00e8re de le faire, que feraient-ils le jour o\u00f9 l'Empire se mettrait en travers et o\u00f9, d'un seul coup, ils deviendraient le groupe des mauvais, responsables de tout ce qui va mal?
C'est pourquoi Paul les avertit: la paix n'est que provisoire, car le d\u00e9mon attend son heure (11 et 16). Ce d\u00e9mon n'est pas seulement celui qui s'insinue dans les consciences, il a partie li\u00e9e avec les forces actives dans le monde (v. 12: voir 1,20 et 3,10). C'est le diable dont l'Apocalypse d\u00e9voilera les strat\u00e9gies. Et il leur demande de prier avec pers\u00e9v\u00e9rance: contre le mal, seules les armes que le Christ nous a laiss\u00e9es sont efficaces: v\u00e9rit\u00e9, justice, foi, Parole de Dieu... Et si r\u00e9ellement ils croient avoir trouv\u00e9 le salut, qu'ils se d\u00e9m\u00e8nent un peu pour \u00e9vang\u00e9liser (v.15).

