{N}1,{/}1: Paul, ap\u00f4tre par d\u00e9cision de Dieu... \u00e0 l'Eglise de Dieu qui est \u00e0 Corinthe... avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de J\u00e9sus Christ. Par ces trois expressions, Paul d\u00e9fend son autorit\u00e9 en tant qu'ap\u00f4tre, et il invite les Corinthiens \u00e0 se souvenir qu'ils font partie d'une plus vaste r\u00e9alit\u00e9, l'Eglise universelle, qui est l'Eglise unique du Christ et qui surpasse les groupes particuliers.
Appel\u00e9s \u00e0 \u00eatre saints. Vous devez devenir saints, mais vous l'\u00eates d\u00e9j\u00e0. Car saint, dans le sens biblique, s'applique \u00e0 une personne ou une chose appartenant \u00e0 Dieu. Les baptis\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s \u00e0 Dieu et forment partie du peuple qui appartient \u00e0 Dieu. L'Eglise n'est ni plus ni moins que l'assembl\u00e9e des saints.
L'appel de Dieu ne leur permet pas de rester ce qu'ils \u00e9taient. Leur conscience s'accommodait fort bien des normes morales de leur milieu: qu'il s'agisse de la vie en Eglise, de la morale sexuelle, des expressions de la vie religieuse, l'appel de Dieu leur demande de renoncer \u00e0 une certaine vision de l'existence \u00e0 partir de "ce qui est naturel". Il va leur falloir s'orienter, tant bien que mal, vers un id\u00e9al de vie qui est contenu dans la personne m\u00eame du Christ..
Dans le Christ. Paul emploie une pr\u00e9position qui doit se traduire selon les cas: dans, par ou avec. "Dans le Christ" a donc plusieurs sens:
-_Nous sommes fils et filles de Dieu, cr\u00e9\u00e9s \u00e0 l'image du Fils unique, et Dieu nous aime "dans le Christ", ne faisant qu'un avec lui.
-_Le P\u00e8re nous sauve "dans le Christ", c'est-\u00e0-dire par tout son plan centr\u00e9 sur le Christ.
-_Faisant partie du corps du Christ, nous vivons "en J\u00e9sus Christ" et nous recevons son Esprit.
Le mot "chr\u00e9tien" qui avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 la premi\u00e8re fois \u00e0 Antioche pour d\u00e9signer les disciples de J\u00e9sus (Ac 11,26), n'\u00e9tait pas encore tr\u00e8s habituel; "dans le Christ" veut parfois dire: chr\u00e9tien. Ainsi, "se marier dans le Christ" signifie se marier chr\u00e9tiennement.

{N}1,{/}4: Voyez l'action de gr\u00e2ces de Paul aux versets 4-9: quelle certitude des richesses pr\u00e9sentes dans une communaut\u00e9 o\u00f9 tout est loin d'\u00eatre parfait! Lui-m\u00eame vous gardera fermes (v. 8). L'esp\u00e9rance qui maintient le tonus de la foi, c'est celle du retour du Christ. La premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration chr\u00e9tienne pensait \u00eatre t\u00e9moin de sa venue glorieuse pour juger le monde et prendre avec lui les siens: 1Th 4,13.
Paul nous montre donc comment proc\u00e9der quand nous r\u00e9visons les attitudes de notre groupe apostolique, de notre vie conjugale. Au lieu de nous d\u00e9courager en voyant seulement le mal, ou de nous accuser mutuellement, la premi\u00e8re chose \u00e0 faire est de prendre conscience de tout ce que nous avons en commun.

{N}1,{/}10: La division des croyants est le premier p\u00e9ch\u00e9 de l'Eglise. Divers ap\u00f4tres (voir 12,28) sont pass\u00e9s par la communaut\u00e9. Beaucoup en ont profit\u00e9 pour affirmer leur propre "identit\u00e9" en se r\u00e9clamant de l'un plut\u00f4t que de l'autre: la vanit\u00e9 et le besoin de s'affronter y ont trouv\u00e9 leur compte.
Soyez unis, ayez un m\u00eame esprit et une m\u00eame fa\u00e7on de voir (v. 10) comme dans une famille unie. Paul s'adresse \u00e0 une communaut\u00e9 de personnes qui se connaissent; m\u00eame si l'on y trouve ma\u00eetres et esclaves, ils partagent une m\u00eame culture et vivent en famille. Les choses sont diff\u00e9rentes quand l'Eglise rassemble de nombreuses personnes de milieux tr\u00e8s diff\u00e9rents. L'unit\u00e9 ne s'obtiendra pas en ignorant les in\u00e9galit\u00e9s; il faudra que tous reconnaissent les obstacles qui, dans la vie quotidienne, les s\u00e9parent. L'Eglise ne peut pas \u00eatre un rassemblement de personnes qui volontairement ne parlent pas de ce qu'elles sont ni de leur propre infid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l'Evangile.

{N}1,{/}17: Le Christ ne m'a pas envoy\u00e9 pour baptiser. Au moment o\u00f9 l'Eglise se replie sur elle-m\u00eame, Paul lui rappelle sa mission: devons-nous d'abord pr\u00eacher l'Evangile ou nous disputer pour les postes de guides et ministres de la communaut\u00e9?
M\u00eame si ces chr\u00e9tiens de Corinthe ne sont pas de grands intellectuels, en bons Grecs qu'ils sont, ils aiment les beaux discours et ils veulent para\u00eetre cultiv\u00e9s. A cette \u00e9poque, dans tout l'Empire Romain, les gens sont \u00e0 la recherche de doctrines \u00e9sot\u00e9riques, et un certain nombre dans l'Eglise voient dans la foi le moyen d'acc\u00e9der \u00e0 un savoir sup\u00e9rieur. Paul va donc leur dire que toute la sagesse chr\u00e9tienne est contenue dans la Croix.
Sinon la croix du Christ perdrait tout son sens (17). La croix doit \u00eatre pr\u00e9sente dans le message que nous pr\u00eachons et dans la mani\u00e8re dont nous le pr\u00eachons.
Aux Juifs qui attendaient un roi glorieux, Paul pr\u00e9sentait un crucifi\u00e9 qui n'avait pas lib\u00e9r\u00e9 son pays, et ils en \u00e9taient scandalis\u00e9s. Aujourd'hui encore la non-violence active du chr\u00e9tien, sa fa\u00e7on de lutter honn\u00eatement et sans haine sont un scan dale pour beaucoup qui les croient inefficaces et trop lentes pour r\u00e9soudre nos probl\u00e8mes.
De m\u00eame, pour l'\u00e9vang\u00e9lisation, il nous co\u00fbtera toujours de travailler avec des moyens pauvres dans un monde soumis aux m\u00e9dias, de devoir compter sur la gr\u00e2ce de Dieu parce que nous sommes faibles, sans titre et sans prestige. Il nous en co\u00fbtera de rappeler dans nos communaut\u00e9s la pauvret\u00e9 de J\u00e9sus et d'\u00eatre critiqu\u00e9s par ceux qui sont \u00e0 l'aise dans le monde.
Regardez ceux que Dieu a appel\u00e9s (v. 26). L'Eglise de Corinthe est faite de gens simples: c'est sa richesse. Tous ont leur place et leur mission dans l'Eglise, mais les communaut\u00e9s pauvres ont un r\u00f4le essentiel. Dieu compte sur les pauvres pour \u00e9vang\u00e9liser les riches, et m\u00eame la hi\u00e9rarchie.

{N}2,{/}1: Je me sentais faible, j'avais des craintes. Paul devait se sentir bien faible lorsque pour la premi\u00e8re fois il apportait l'Evangile \u00e0 une cit\u00e9 grecque brillante, habitu\u00e9e \u00e0 l'esclavage et \u00e0 l'immoralit\u00e9. Nous \u00e9prouvons les m\u00eames sentiments dans l'\u00e9vang\u00e9lisation du monde moderne; se pr\u00e9parer est important, mais qu'appelons-nous: se pr\u00e9parer? Apprendre comment pr\u00e9senter le message est moins important qu'en avoir fait l'exp\u00e9rience. Paul nous invite \u00e0 accepter le myst\u00e8re de la croix et \u00e0 y trouver la force de l'Esprit.
Ce fut une d\u00e9monstration d'Esprit et de puissance (voir 1Th 1,5): les miracles et les signes de l'Esprit, la force de la pri\u00e8re et de la souffrance. L'Esprit n'est communiqu\u00e9 qu'apr\u00e8s l'agonie et la mort de J\u00e9sus. Mais, avec l'Esprit, nous pouvons tout esp\u00e9rer. Les gu\u00e9risons et les miracles ne servent \u00e0 rien (le diable les utilise \u00e0 ses fins) s'ils ne confirment pas la foi en celui qui agit par les humbles et qui est pr\u00e9sent chez les pauvres.

{N}2,{/}6: Paul n'a jamais voulu passer pour un sage ni \u00e9blouir ses auditeurs. Cependant il parle de sagesse avec les parfaits.
A cette \u00e9poque certaines religions appelaient parfaits ceux qui avaient re\u00e7u une doctrine secr\u00e8te r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une \u00e9lite. Dans l'Eglise aussi certains se consid\u00e9raient comme appartenant \u00e0 une classe sup\u00e9rieure de croyants par suite des dons de l'Esprit qu'ils avaient re\u00e7us, surtout s'ils \u00e9taient capables de parler beaucoup des choses de la foi.
Mais Paul leur oppose ses propres dons en tant que proph\u00e8te et ap\u00f4tre. Il est capable d'enseigner ces v\u00e9rit\u00e9s essentielles qui n'ont pas besoin de beaucoup de paroles, mais ne peuvent \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9es que par ceux qui ont fait l'exp\u00e9rience du Dieu vivant. Et quels sont ces secrets? C'est d'abord ce que Dieu est avec nous et ce que Dieu veut nous donner (vv. 7 et 12).
La foi chr\u00e9tienne nous propose ce qu'aucune doctrine humaine, aucune religion ne peut nous donner. Parfois, nous comparant avec ceux qui suivent hors du christianisme une voie spirituelle, il nous semblerait que sous des mots diff\u00e9rents nous disons la m\u00eame chose. C'est en partie vrai pour ce qui est de nos attitudes et de nos choix dans la vie, mais n'ayons pas peur de confesser les richesses que Dieu nous a donn\u00e9es dans le Christ: son Esprit nous livre ce que nul autre n'a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9.
Cette connaissance n'est pas d'abord intellec tuelle, elle est un don de l'Esprit qui fait m\u00fbrir en nous la v\u00e9rit\u00e9 unique. Mais il est tr\u00e8s difficile de rendre compte d'une exp\u00e9rience vraiment spirituelle. On ne peut parler de sagesse qu'\u00e0 ceux qui ont atteint un certain niveau spirituel. C'est pourquoi Paul dit aux Corinthiens que la plupart d'entre eux ne sont pas en mesure de le critiquer.
Celui qui ne conna\u00eet que la raison (v. 14). Paul dit:"l'homme psychique", et il entend par l\u00e0 celui qui ne dispose que de son exp\u00e9rience humaine et des lumi\u00e8res de sa raison: celui-l\u00e0 n'atteint pas la v\u00e9rit\u00e9 du Christ (Rm 7,14). Au contraire, l'homme spirituel (ne pas confondre avec l'intellectuel) sait par exp\u00e9rience ce qui concerne Dieu.
L'homme spirituel juge de tout et personne ne peut le juger (v. 15). Celui qui voit ne peut pas convaincre un aveugle de l'existence des couleurs. Cependant il les voit et il sait avec certitude que si l'autre ne les voit pas, ce n'est pas parce que les couleurs n'existent pas. Il en est de m\u00eame pour l'homme "spirituel" par rapport \u00e0 l'homme "naturel".

{N}3,{/}1: Tel un bon architecte, j'ai pos\u00e9 le fondement. Paul fondait les Eglises et d'autres ensuite les visitaient et les organisaient: ap\u00f4tres, proph\u00e8tes ou ma\u00eetres qui pr\u00eachaient et encourageaient les fid\u00e8les. Paul n'\u00e9tait pas jaloux; mais il pouvait arriver que le visiteur cherche son propre succ\u00e8s, oubliant que l'Eglise n'appartient qu'\u00e0 Dieu. De leur c\u00f4t\u00e9, les croyants ne manquaient pas de comparer les ap\u00f4tres entre eux et beaucoup le faisaient avec une grande ignorance de ce qu'est la t\u00e2che apostolique.
Le feu permettra de voir ce que vaut le travail de chacun (13). Une image riche en suggestions. Pour Paul comme pour ses lecteurs, le jour du jugement \u00e9tait tout proche: tous pensaient que Dieu allait d\u00e9truire et purifier le monde par le feu. Dans cette perspective, Paul dit que tout ce qui, dans l'Eglise, n'a pas \u00e9t\u00e9 b\u00e2ti selon la volont\u00e9 de Dieu sera d\u00e9truit par le feu (que de projets apostoliques qui n'\u00e9taient que rideau de fum\u00e9e, combien de tonnes de documents juste bons pour le feu!).
Servir le Christ sans avoir des intentions vraiment pures, ce n'est pas assez pour m\u00e9riter l'enfer, bien s\u00fbr, mais il faudra souffrir une purification personnelle.
Ce texte appuie la croyance au purgatoire, c'est-\u00e0-dire une purification douloureuse \u00e0 l'heure de la mort pour tous ceux dont la transformation par l'Esprit de Dieu sera rest\u00e9e \u00e0 mi-chemin (voir commentaires de Mt 5,21).

{N}3,{/}16: Ne savez-vous pas que vous \u00eates le temple de Dieu? Le Christ est d\u00e9sormais le seul temple v\u00e9ritable en qui r\u00e9side la pl\u00e9nitude de Dieu (Jn 2,19; Col 2,9). Le Temple de Dieu est aussi l'Eglise dans laquelle agit l'Esprit de Dieu. Le Temple de Dieu, c'est aussi le foyer croyant, ce sont tous ceux en qui habite l'Esprit de Dieu: voir 6,19.

{N}3,{/}18: Tout est \u00e0 vous et vous \u00eates au Christ. Voici une parole d\u00e9cisive sur la libert\u00e9 chr\u00e9tienne.
Des philosophes ont affirm\u00e9 que les hommes avaient invent\u00e9 Dieu \u00e0 partir de leur propre mis\u00e8re, lui attribuant tout ce qui leur manquait pour \u00eatre grands et heureux. En lui rendant hommage, ils se sentaient identifi\u00e9s \u00e0 sa grandeur, oubliant ainsi leur propre pauvret\u00e9. Il y a l\u00e0 une part de v\u00e9rit\u00e9: les gens sont heureux quand leurs idoles, chanteurs ou sportifs, ont et font ce qui leur reste interdit. De la m\u00eame fa\u00e7on ils se font tuer pour des causes qui ne sont pas les leurs et font l'article pour ceux qui les exploitent.
Mais un chr\u00e9tien se m\u00e9fie des idoles: il s'oblige \u00e0 exister et \u00e0 penser par lui-m\u00eame: m\u00eame dans l'Eglise il est face \u00e0 Dieu sans autre interm\u00e9diaire que le Christ, et il r\u00e9pugne au culte des personnalit\u00e9s.

{N}4,{/}8: Les Corinthiens se sentent riches de leur foi, riches de leurs dons spirituels. Les voil\u00e0 bien avanc\u00e9s sur le chemin de la connaissance et, entre gens qui s'y entendent, ils sourient charitablement de Paul, ce pauvre pr\u00e9dicateur juif.
L'ap\u00f4tre conna\u00eet la m\u00e9diocrit\u00e9 et le manque d'intelligence de ses adversaires; mais il accepte qu'ils se moquent de lui. Ils le prennent pour un fou et, il l'est, en un certain sens: c'est avec cette folie qu'il les a conduits au Christ.

{N}5,{/}1: Paul sait qu'un tel p\u00e9cheur ne se repentira pas avant d'avoir bu toute l'amertume de son p\u00e9ch\u00e9. C'est pourquoi la communaut\u00e9 doit demander qu'il soit frapp\u00e9 dans sa personne, dans ses biens (voir le sens de livr\u00e9 \u00e0 Satan dans Job 1,12; 2,6).
Cette "excommunication" n'a pas seulement une valeur sociale: que la communaut\u00e9 cesse d'avoir des rapports avec lui. Ce que l'Eglise lie sur terre sera tenu pour li\u00e9 dans le ciel (Mt 18,18)). Si elle a agi dans la foi, Dieu enverra des \u00e9preuves qui seront un avertissement pour la communaut\u00e9 et la voie du repentir pour le p\u00e9cheur.
Dehors le vieux levain (7). Les croyants sont d\u00e9j\u00e0, en un sens tr\u00e8s r\u00e9el, ressuscit\u00e9s avec le Christ. De m\u00eame que les Juifs utilisaient des azymes (des pains sans levain) pour c\u00e9l\u00e9brer la P\u00e2que, les chr\u00e9tiens doivent \u00eatre comme des azymes, c'est-\u00e0-dire que leur conduite doit \u00eatre sans tache, s'ils veulent c\u00e9l\u00e9brer dignement leur P\u00e2que, la r\u00e9surrection du Christ. J\u00e9sus avait compar\u00e9 le royaume de Dieu au levain qui fait lever toute la p\u00e2te. Paul reprend la m\u00eame image, mais pour d\u00e9signer cette fois la contagion du mal. 
Je ne parlais pas des non-chr\u00e9tiens (10). Paul dit: de ceux de ce monde. Le croyant n'a pas peur de vivre parmi les p\u00e9cheurs, puisque lui-m\u00eame, le premier, est p\u00e9cheur (1Jn 1,8-9) et qu'il est disciple du Christ qui a mang\u00e9 avec les p\u00e9cheurs, tout en leur disant leurs v\u00e9rit\u00e9s. Mais il n'accepte pas de vivre en communaut\u00e9 d'Eglise avec ceux qui s'endurcissent dans leur p\u00e9ch\u00e9 et refusent de r\u00e9parer un scandale public.
Je n'ai pas \u00e0 juger ceux du dehors (c'est-\u00e0-dire \u00e9trangers \u00e0 l'Eglise). J\u00e9sus nous a montr\u00e9 la voie \u00e0 suivre, mais nous ne pouvons pas demander aux non-croyants de nous comprendre et d'accepter la vision chr\u00e9tienne de la r\u00e9conciliation, de la vie sexuelle ou de l'avortement, puisque leur conscience n'accepte pas encore les crit\u00e8res de l'Evangile. Nous ne pourrons qu'\u00eatre t\u00e9moins de la lumi\u00e8re, sans condamner ceux qui ne peuvent nous entendre.

{N}6,{/}1: Nous portons les richesses de Dieu dans des "vases de terre" (2Co 4,7). Comme notre vie de tous les jours est loin de ce que nous pr\u00e9tendons \u00eatre: enfants de Dieu ren\u00e9s de l'Esprit! Qu'en pensent les membres de notre propre fa mille, qu'en pensent nos voisins de palier? Paul ne peut que montrer la contradiction entre le m\u00e9pris des croyants pour la fausse "justice" de ce monde, leur renoncement aux biens de ce monde, et le fait d'avoir ensuite des proc\u00e8s entre eux. Que faire? R\u00e9gler leurs diff\u00e9rends de la fa\u00e7on qu'indique l'Evangile (Mt 18,15), dans la mesure o\u00f9 il y a r\u00e9ellement communaut\u00e9? Que ce serait beau de suivre l'Evangile \u00e0 la lettre: Mt 5,40!

{N}6,{/}12: Tout m'est permis. Paul avait s\u00fbrement prononc\u00e9 ces mots et certains les r\u00e9p\u00e9taient pour justifier leur mauvaise conduite. Aussi Paul compl\u00e8te et pr\u00e9cise: Tout n'est pas bon pour moi.
Les aliments sont pour l'estomac: sans doute aussi r\u00e9p\u00e9tait-on ces mots pour dire que le libre usage du sexe est chose toute naturelle. Mais Paul ajoute aussit\u00f4t: le corps est pour le Seigneur. 
Paul distingue entre ce qui est purement biologique dans le corps et ce qui met en jeu toute la personne humaine. Boire et manger sont des n\u00e9cessit\u00e9s de "l'estomac" (on dirait maintenant: corporelles). Mais dans l'union sexuelle on donne "son corps", et quand Paul ici parle du corps au sens h\u00e9bra\u00efque du mot, il faut comprendre: "la personne": on se donne soi-m\u00eame. Pr\u00e9cis\u00e9ment, ceux qui appartiennent au Christ ne peuvent pas se donner \u00e0 une prostitu\u00e9e.

{N}7,{/}1: Paul se retrouve avec le m\u00eame probl\u00e8me qui l'avait amen\u00e9 \u00e0 intervenir en 1Th 4. Pour les Juifs, le crit\u00e8re de toute moralit\u00e9 se trouvait dans les commandements de la Loi: on ne se demandait pas trop dans quelle mesure ces commandements refl\u00e9taient un ordre \u00e9ternel ou seulement la fa\u00e7on de penser d'un temps et d'une culture. Etait p\u00e9ch\u00e9 ce que la Loi, interpr\u00e9t\u00e9e par la communaut\u00e9 religieuse, condamnait. Mais les Grecs, les pa\u00efens, ne connaissaient pas cette Loi. Paul rappelle les commandements en mati\u00e8re sexuelle (5,11 et 6,10; Ep 5,3), comme J\u00e9sus l'avait fait (Mc 7,21), mais il se garde bien d'en faire le seul crit\u00e8re de ce qui est bon et mauvais. Pour lui, ce qui oblige le chr\u00e9tien \u00e0 contr\u00f4ler, et m\u00eame \u00e0 freiner tr\u00e8s fortement ses instincts, c'est sa vie "dans le Christ", une vie qui r\u00e9pond \u00e0 un appel de Dieu plus qu'elle n'ob\u00e9it aux exigences de la nature.
Paul se retrouve avec le m\u00eame probl\u00e8me qui l'avait amen\u00e9 \u00e0 intervenir en 1 The 4. Pour les Juifs, le crit\u00e8re de toute moralit\u00e9 se trouvait dans les commandements de la Loi. Etait p\u00e9ch\u00e9 ce que la Loi, interpr\u00e9t\u00e9e par la communit\u00e9 religieuse, condamnait. Mais les Grecs, les pa\u00efens, ne connaissaient pas cette Loi. Paul rappelle les commandements en mati\u00e8re sexuelle (5,11 et 6,10; Ep 5,3), comme J\u00e9sus l'avait fait (Mc 7,21), mais il se garde bien d'en faire le seul crit\u00e8re de ce qui est bon et mauvais. Pour lui, ce qui oblige le chr\u00e9tien \u00e0 contr\u00f4ler, et m\u00eame \u00e0 freiner tr\u00e8s fortement l'exercice de la sexualit\u00e9, c'est sa vie "dans le Christ", une vie qui r\u00e9pond \u00e0 un appel de Dieu plus qu'elle n'ob\u00e9it aux exigences de la nature.
La fa\u00e7on de r\u00e9pondre de Paul nous int\u00e9resse particuli\u00e8rement aujourd'hui dans la crise universelle de la morale. Depuis des si\u00e8cles, par n\u00e9cessit\u00e9, la sexualit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 vue avant tout comme le moyen de procr\u00e9er: \u00e0 partir de l\u00e0 on a cherch\u00e9 quelle \u00e9tait la loi naturelle ordonnant sexe, plaisir et procr\u00e9ation. C'est vrai que sexualit\u00e9 et mariage trouvent leur fin dans la procr\u00e9ation et la famille, mais aujourd'hui, dans la psychologie du couple, l'union n'est pas d'abord pour procr\u00e9er, m\u00eame si la procr\u00e9ation est d\u00e9sir\u00e9e. L'\u00e9volution culturelle et la promotion f\u00e9minine ont fait de l'union sexuelle, pour un nombre toujours plus grand de couples, le lieu d'un \u00e9change humain exceptionellement profond.
Dans le m\u00eame temps, la lib\u00e9ration des personnes - et celle des femmes qui portent tout le poids de la maternit\u00e9 - a jet\u00e9 le doute sur les normes morales ant\u00e9rieures dans la mesure o\u00f9 on les voyait li\u00e9es \u00e0 un temps et \u00e0 une culture. Les divers pays se voivent oblig\u00e9s de prendre en compte les relations pr\u00e9maritales, l'homosexualit\u00e9, l'avortement d\u00e9cid\u00e9 par la m\u00e8re, le choix de la maternit\u00e9 sans mariage.
Les chr\u00e9tiens ont des r\u00e9f\u00e9rences religieuses que les autres n'ont pas pour affronter cette mise en cause de la moralit\u00e9. Mais s'ils n'ont pas d'autre motivation que l'existence d'une loi naturelle valable pour tous, il faudra des discussions longues plus que convaincantes pour parler d'une sexualit\u00e9 qui se limite \u00e0 la procr\u00e9ation, et seulement \u00e0 l'int\u00e9rieur du mariage. Ils devront donc faire ce que fait Paul: sans oublier les lois inscrites d\u00e9j\u00e0 dans l'Ancien Testament, reconnues par les ap\u00f4tres et la tradition de l'Eglise jusqu'\u00e0 nos jours, on redira que la conduite sexuelle du chr\u00e9tien ob\u00e9it d'abord \u00e0 une logique de la foi en J\u00e9sus-Christ. On cherchera moins \u00e0 d\u00e9finir ce qui est "bien" ou "mal", qu'\u00e0 montrer o\u00f9 doit nous aboutir l'exercice et l'exp\u00e9rience de l'amour et de la sexualit\u00e9.
Proclamer des principes moraux sur la sexualit\u00e9 sans r\u00e9v\u00e9ler d'abord la dignit\u00e9 \u00e9minente de notre humanit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 la ressemblance de Dieu, et ensuite consacr\u00e9e au Christ par le bapt\u00eame et la conversion, c'est vouloir r\u00e9colter les fruits sans avoir plant\u00e9 l'arbre.

{N}7,{/}10: Ici Paul commence \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 diff\u00e9rentes questions que les Corinthiens lui ont pos\u00e9es par \u00e9crit. Les premi\u00e8res traitent du mariage et de la chastet\u00e9. L'essor de la vie chr\u00e9tienne avait encourag\u00e9 l'estime de la chastet\u00e9, mais il pouvait s'y m\u00ealer des vues moins chr\u00e9tiennes. Dans le monde grec, en effet, certaines doctrines consid\u00e9raient comme mauvais et impur tout ce qui nous attache au corps et \u00e0 la mati\u00e8re. Ainsi, pour certains, on ne devait pas s'engager dans les liens du mariage, quitte \u00e0 se d\u00e9dommager avec les prostitu\u00e9es.
Paul ne dit pas tout sur le mariage, il pr\u00e9cise simplement la place que la chastet\u00e9 peut y garder. Par tout leur \u00eatre consacr\u00e9 par le bapt\u00eame, les \u00e9poux chr\u00e9tiens appartiennent au Christ et, de ce fait, ils ne peuvent pas se laisser dominer par ce que le corps r\u00e9clame. C'est l'amour et non le sexe qui fait la loi.
Mais l'appel du sexe est l\u00e0 (v. 2). Paul dit exactement: "A cause de la porneia, que chacun prenne...". Cette porneia peut signifier prostitution, unions ill\u00e9gitimes, et bien des choses "porno" ( le mot vient d'ailleurs de ce terme grec utilis\u00e9 par Paul). Paul se r\u00e9f\u00e8re probablement \u00e0 l'attrait sexuel, force qui se r\u00e9volte contre nos projets moraux (comme la r\u00e9volte de la chair en Rm 7,21). Il ne dit pas de se marier "pour \u00e9viter l'inconduite", mais "parce que" le sexe est une r\u00e9alit\u00e9 qui sait imposer ses exigences.
Beaucoup sont choqu\u00e9s de ce que Paul ne parle pas de l'aspect positif de la sexualit\u00e9 au service de l'amour, mais il ne faut pas oublier que vingt si\u00e8cles nous s\u00e9parent de lui. A l'\u00e9poque de Paul, chez les Grecs, on consid\u00e9rait comme un id\u00e9al de se partager: une \u00e9pouse pour les enfants, une amie pour l'amour et des prostitu\u00e9es pour le plaisir. Ici, par contre, Paul pr\u00e9sente la vie sexuelle comme un engagement de toute la personne humaine (6,13) et non comme "l'oeuvre de la chair": voil\u00e0 qui n'est pas n\u00e9gligeable.
Le christianisme allait r\u00e9v\u00e9ler la dignit\u00e9 du mariage et de l'amour conjugal; ce n'est qu'au douzi\u00e8me si\u00e8cle cependant, que l'on prendra cons cience dans les pays chr\u00e9tiens de la grandeur de l'amour dans le couple. Ce qui est r\u00e9volutionnaire ici, c'est le rappel de l'\u00e9galit\u00e9 des droits du mari et de sa femme, selon la parole de J\u00e9sus: Mc 10,1-12.
Autrement Satan pourrait vous faire tomber (5). N'oublions pas ces paroles \u00e0 propos du contr\u00f4le des naissances. Paul dit que sauf le cas d'une gr\u00e2ce sp\u00e9ciale, il n'est pas bon de s'abstenir de relations conjugales pendant trop longtemps.
A ceux qui sont mari\u00e9s, je donne cet ordre (10). On lit ensuite aux autres, je dis (12) et Paul revient aux personnes mari\u00e9es. Il faut donc comprendre qu'au verset 10 Paul s'adresse \u00e0 ceux dont le mariage est reconnu par l'Eglise, et qu'au verset 12 il s'agit de ceux qui continuent \u00e0 vivre avec une personne \u00e0 laquelle ils \u00e9taient unis avant leur bapt\u00eame et qui n'est pas devenue pour autant membre de l'Eglise.
Si elle s'est s\u00e9par\u00e9e (11). Paul r\u00e9affirme la position de J\u00e9sus (Mt 5,32; 19,1). La loi fondamentale qui fait du mariage un engagement jusqu'\u00e0 la mort est une loi de Dieu: Je donne cet ordre, non pas moi, mais le Seigneur (10). Voir aussi Ep 5,22.
Si celui qui n'est pas croyant (15). Paul fait une exception pour ceux qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9s au moment de leur conversion et de leur bapt\u00eame. Car avec le bapt\u00eame une autre vie commence et le nouveau chr\u00e9tien retrouve sa libert\u00e9 si l'autre partie n'accepte pas sa conversion. Paul loue le d\u00e9sir du croyant mari\u00e9 de convertir son conjoint, mais il peut \u00eatre pr\u00e9f\u00e9rable de se s\u00e9parer avec, bien entendu, la possibilit\u00e9 de trouver un conjoint chr\u00e9tien. Il convient de ne pas oublier que Paul parlait dans un monde pa\u00efen o\u00f9 le divorce \u00e9tait l\u00e9gal et accept\u00e9 de tous.
Vos enfants sont d\u00e9j\u00e0 sanctifi\u00e9s (14). Paul dit aussi ils ne seraient pas purs, utilisant ce mot dans le sens que lui donnaient les Juifs: enfants qui ne participent pas encore des privil\u00e8ges du peuple de Dieu. N'est-ce pas une erreur de penser que les enfants de parents chr\u00e9tiens sont pour Dieu des \u00e9trangers tant qu'ils n'ont pas \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9s? La gr\u00e2ce les a d\u00e9j\u00e0 touch\u00e9s par la tendresse, les attentions et les pri\u00e8res de leurs parents. N'utilisons pas des arguments faux quand nous invitons avec raison les parents chr\u00e9tiens \u00e0 ne pas retarder le bapt\u00eame de leurs enfants.

{N}7,{/}17: Que chacun vive dans la condition o\u00f9 il \u00e9tait (17). Paul r\u00e9pond \u00e0 la soif de d\u00e9passement social, toujours actuelle. Gens libres et esclaves se c\u00f4toyaient, souvent vivaient dans les m\u00eames maisons; ce n'\u00e9tait pas toujours une distinction de riches et de pauvres. Paul veut simplement relativiser une ambition qui d\u00e9vore bien des vies et fait oublier tout le reste. Paul met la libert\u00e9 int\u00e9rieure au-dessus des libert\u00e9s reconnues, et il voit que poss\u00e9der le Christ est la richesse supr\u00eame.
M\u00eame si tu peux te lib\u00e9rer, vis dans le pr\u00e9sent. Il y a des conditions de travail et de vie sociale qui nous emp\u00eachent de faire la volont\u00e9 de Dieu et d'\u00eatre vraiment libres. Mais on oublie vite que chaque situation sociale comporte sa part d'esclavage. La qualit\u00e9 de vie ne se confond pas avec un travail mieux pay\u00e9, surtout si on la juge selon les crit\u00e8res de l'Evangile. Dans un monde que nous disons inhumain, notre esclavage d\u00e9pend en grande partie de nos d\u00e9sirs irraisonn\u00e9s et de notre r\u00e9ponse docile aux suggestions de la propagande.

{N}7,{/}25: Nouvelle question \u00e0 laquelle Paul doit r\u00e9pondre. A Corinthe, ville de mauvaise r\u00e9putation o\u00f9 des milliers de prostitu\u00e9es vivaient autour du temple d'Aphrodite, selon les coutumes pa\u00efennes, la nouvelle communaut\u00e9 d\u00e9couvrait le chemin de la virginit\u00e9. Choisir la chastet\u00e9 "pour le Royaume de Dieu" (Mt 19,12) ce n'est pas d'abord vouloir gagner temps et libert\u00e9 pour une oeuvre apostolique: c'est prendre un chemin qui ouvre \u00e0 l'amour de Dieu de nouvelles possibilit\u00e9s. Paul d\u00e9fend ce choix qu'il a fait lui-m\u00eame: si le Christ, \u00e0 qui nous nous sommes consacr\u00e9s par le bapt\u00eame, est personne vivante et pr\u00e9sente, s'il est l'Epoux (Mc 2,19), ce choix est valable, m\u00eame s'il est aussi \u00e9trange pour le monde que la pauvret\u00e9 volontaire. 
La r\u00e9ponse de Paul d\u00e9borde la question: le temps s'est raccourci. Il y a l\u00e0 beaucoup plus que l'attente d'un prompt retour du Christ, famili\u00e8re aux premiers chr\u00e9tiens. La venue de J\u00e9sus a raccourci le temps dans un sens figur\u00e9: on ne peut plus s'installer dans le monde pr\u00e9sent comme auparavant, quand on ne voyait pas plus loin: on est enti\u00e8rement tourn\u00e9 vers ce qui vient. Le chr\u00e9tien vit dans le pr\u00e9sent, mais tout ce \u00e0 quoi il tient est dans l'apr\u00e8s. Ne cherchons donc pas \u00e0 discuter avec Paul comme s'il raisonnait sur les valeurs du monde pr\u00e9sent: il ne fait pas de la th\u00e9ologie, mais il parle comme quelqu'un d\u00e9j\u00e0 habit\u00e9 par le Christ.
Paul fait alors observer que tous les engagements chr\u00e9tiens introduisent un \u00e9l\u00e9ment de division pour ceux qui voudraient ne pas s'\u00e9loigner de la logique propre de leur bapt\u00eame, vu comme une cons\u00e9cration totale au Christ. La vie conjugale ou familiale peut apporter bien des entraves \u00e0 la libert\u00e9 spirituelle et aux d\u00e9sirs apostoliques: d'o\u00f9 les paroles de J\u00e9sus en Mc 10,29.

{N}7,{/}36: Quelqu'un peut se sentir g\u00ean\u00e9... (36). On pourrait aussi traduire: "Quelqu'un peut se sentir g\u00ean\u00e9 vis-\u00e0-vis d'une jeune vierge". Dans ce cas, Paul ferait allusion \u00e0 des essais de vie religieuse qui, de fait, ont exist\u00e9 dans l'Eglise primitive. Certains partageaient leur maison avec une jeune fille qui aurait pu \u00eatre leur fianc\u00e9e, et tous deux consacraient leur virginit\u00e9 au Seigneur. Paul alors les inviterait \u00e0 abandonner un tel engagement s'ils ne se sentent pas capables de garder la chastet\u00e9.

{N}8,{/}1: Nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 pluraliste, o\u00f9 beaucoup ne partagent pas notre foi, et nous nous demandons parfois si nous pouvons prendre part \u00e0 des activit\u00e9s contraires \u00e0 notre foi. Par exemple, comment vivre avec des parents ou des voisins d'une religion diff\u00e9rente? Ou, que fera une femme lorsque son mari ne partage pas ses scrupules sur le contr\u00f4le des naissances? Peut-on adh\u00e9rer \u00e0 un parti dans lequel beaucoup sont contre l'Eglise? C'est le m\u00eame genre de probl\u00e8mes que Paul rencontre \u00e0 propos des viandes sacrifi\u00e9es aux idoles.
La discussion commenc\u00e9e dans ce chapitre aura sa conclusion dans le paragraphe 10,23-11,1, car Paul s'\u00e9loignera pas mal du sujet dans le chapitre 9.
Dans les temples pa\u00efens, dans un local attenant au temple, on faisait un banquet avec la viande des animaux sacrifi\u00e9s. Il arrivait que des chr\u00e9tiens soient invit\u00e9s \u00e0 de tels banquets par leurs amis pa\u00efens. Dans d'autres cas, lorsqu'ils d\u00eenaient chez des amis ou des voisins, on leur offrait des viandes provenant de sacrifices. Bien des viandes vendues sur les march\u00e9s provenaient \u00e9galement de ces sacrifices.
Paul ne veut pas que les chr\u00e9tiens vivent comme des fanatiques en marge de leur soci\u00e9t\u00e9. S'il y a p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 sacrifier aux idoles, la viande sacrifi\u00e9e n'en est pas devenue impure pour autant: les idoles n'existent pas et donc n'y ont rien chang\u00e9. Par ailleurs J\u00e9sus avait dit: "Ce n'est pas ce qui entre par la bouche d'un homme qui peut le souiller, mais ce qui sort de son coeur" (Mc 7,15).
La connaissance nous enfle, pendant que l'amour construit (1). Un croyant inform\u00e9 peut consommer cette viande, puisqu'il sait qu'il n'y a pas p\u00e9ch\u00e9; mais il doit respecter l'opinion d'autrui et \u00e9viter de scandaliser ceux qui ne peuvent pas comprendre ses raisons.
Au verset 8,2 il est probable que les mots entre parenth\u00e8ses ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9s au texte. Paul oppose la connaissance que l'on peut acqu\u00e9rir de Dieu, o\u00f9 l'on sait des choses, \u00e0 une autre beaucoup plus vraie, que Dieu donne \u00e0 celui qui aime, o\u00f9 tout jaillit dexp\u00e9rience de Dieu proche et aimant.
Aux versets 7, 10, 11 et 12, Paul parle de ceux dont la conscience est faible, c'est-\u00e0-dire h\u00e9sitante ou non lib\u00e9r\u00e9e. Il s'agit de ceux dont la formation religieuse est insuffisante ou mauvaise. Ils pensent qu'il y a p\u00e9ch\u00e9 quand ce n'est pas le cas; ou ils sont faibles et font comme les autres malgr\u00e9 les reproches de leur conscience.
Si l'un d'eux te voit install\u00e9 dans le salon du temple (10). Ici il y a quelque chose de plus grave. Certains dans la communaut\u00e9 sont d\u00e9j\u00e0 dans la ligne que Jean d\u00e9noncera dans l'Apocalypse (2,23), ceux qu'on appellera plus tard les "Nicola\u00eftes". Ils se veulent tr\u00e8s ouverts et r\u00e9pugnent \u00e0 toute rupture avec leur milieu: ils pensent meilleur de ne rien montrer de leurs convictions et finalement on ne verra plus de quelle v\u00e9rit\u00e9 ils sont porteurs et t\u00e9moins. Au chapitre 10,14-22, Paul dira nettement qu'un chr\u00e9tien ne peut pas participer \u00e0 un tel banquet dans le temple m\u00eame. Pour l'instant il ne le dit pas ouvertement; mais il montre que ce serait tr\u00e8s choquant.

{N}9,{/}1: N'avons-nous pas le droit de manger? Paul demande aux Corinthiens de ne pas toujours user de leur droit de manger des viandes sacrifi\u00e9es aux idoles, et il se donne lui-m\u00eame en exemple. Il montre comment il a renonc\u00e9 \u00e0 son droit d'\u00eatre r\u00e9tribu\u00e9 par l'Eglise. Normalement la communaut\u00e9 nourrissait l'ap\u00f4tre qui lui rendait visite, et s'occupait aussi de la femme-soeur qui l'accompagnait et le servait (5), comme \u00e7'avait \u00e9t\u00e9 le cas pour J\u00e9sus (Lc 8,2). Paul ne demandait pas cette aide et vivait de son propre travail (Ac 18,3).
Je le fais par contrainte (16). Comme pour J\u00e9r\u00e9mie (Jr 1), le Christ Dieu s'est impos\u00e9 \u00e0 Paul lors de son appel.
Je me suis fait tout \u00e0 tous (22). Paul donne le ton aux ap\u00f4tres de tous les temps. Les mouvements apostoliques insistent pour que leurs membres connaissent bien leur milieu et les probl\u00e8mes de leurs contemporains. Ainsi les chr\u00e9tiens engag\u00e9s doivent partager la vie et les aspirations humaines de leurs compagnons en tout ce qui n'implique pas le p\u00e9ch\u00e9. Comme Paul, c'est en devenant "Grec avec les Grecs", non seulement en apparence, mais en r\u00e9alit\u00e9, qu'ils pourront dire simplement et en toute v\u00e9rit\u00e9, leur foi au Christ; ils offriront ainsi \u00e0 ceux dont ils partagent la vie quotidienne, la possibilit\u00e9 de trouver un jour leur place dans l'Eglise. D\u00e8s lors ce sera la vie tout enti\u00e8re du nouveau converti, avec tout ce qui en lui est li\u00e9 \u00e0 sa culture et \u00e0 son milieu, qui sera renouvel\u00e9 par la foi.

{N}9,{/}24: Paul se pr\u00e9pare \u00e0 dire aux Corinthiens qu'ils ne peuvent, en aucun cas, participer \u00e0 un culte idol\u00e2trique. Il pr\u00e9sente deux raisons pour justifier cette attitude ferme qui leur para\u00eetra sans doute trop rigoureuse:
-_on ne gagne pas une comp\u00e9tition sans efforts et sans sacrifices;
-_la Bible nous montre comment Dieu punit ceux qui suivent les idoles.
Les concurrents s'imposent une dure discipline (25). Nous devons, nous aussi, renoncer \u00e0 bien des choses qui ne sont pas mauvaises si nous voulons \u00eatre vraiment libres. Nous avons besoin de discipline pour l'alcool, le tabac, ou le temps que nous passons devant la t\u00e9l\u00e9vision. Alors que le monde voudrait nous transformer en consommateurs et spectateurs, nous devons \u00eatre les acteurs du salut, le sel du monde.
Je vais traiter durement mon corps. Paul dit je et pense: "vous".
Le deuxi\u00e8me paragraphe nous rappelle l'exemple d'Isra\u00ebl (voir Ex 32; Nb 21).
Le rocher \u00e9tait le Christ (4). Selon la tradition  juive que Paul a re\u00e7ue des rabbins, le rocher dont il est question dans Exode 17,5 suivait les Isra\u00e9lites dans leurs d\u00e9placements. Paul ne demande pas de croire \u00e0 cette l\u00e9gende, mais il la mentionne parce qu'il y voit une image du Christ pr\u00e9sent dans son Eglise.

{N}10,{/}14: Le pain que nous partageons est communion au corps du Christ (16). Paul reparlera de l'eucharistie: 11,18. Cette communion myst\u00e9rieuse avec le Christ, rencontre de chacun avec le Ressuscit\u00e9, fait de nous tous un seul corps.
Nous devenons un seul corps: cela ne veut pas dire seulement que nous nous sentons plus unis, mais que le Christ ressuscit\u00e9 nous unit tous en lui et, ainsi, peut agir dans la communaut\u00e9 avec une force nouvelle.

{N}10,{/}23: Une idole n'est rien dans la r\u00e9alit\u00e9 (8,4). De fait, l'idole n'est rien de plus que du bois ou de la pierre sculpt\u00e9s. Mais les Juifs pensaient - et Paul le dit aussi - que le culte rendu aux idoles s'adresse finalement aux d\u00e9mons. Quand les gens se laissent entra\u00eener par des vents de folie, ou sacrifient \u00e0 leurs idoles ce dont leur famille a besoin pour vivre, il est bien \u00e9vident qu'ils servent le d\u00e9mon. Tout est permis, mais tout n'est pas profitable (23). Ici, Paul tire des conclusions pratiques de ce qu'il pr\u00e9sentait dans 8,1-13. En dehors des cas que nous venons de voir, o\u00f9 le croyant se refuse \u00e0 participer directement au mal, la r\u00e8gle de conduite sera de rechercher le bien de tous et de respecter la conscience des autres.

{N}11,{/}1: Est-il important qu'une femme mette un voile pour prier \u00e0 l'\u00e9glise? Les traditions m\u00e9diterran\u00e9ennes l'exigeaient, et peut-\u00eatre cette coutume nouvelle venait-elle des "religions \u00e0 myst\u00e8res". Dans un paragraphe ant\u00e9rieur (9,20) Paul a dit qu'il s'\u00e9tait fait tout \u00e0 tous. Mais ici, nous remarquons qu'il n'avait pas toujours un regard juste sur les coutumes contraires aux traditions juives. Il n'appr\u00e9ciait gu\u00e8re la plus grande libert\u00e9 en public des femmes grecques.
Paul laisse parler sa culture juive, tr\u00e8s masculine (m\u00eame dans la Bible, voir Qo 7,28 et Sir 25), et il r\u00e9p\u00e8te les arguments des ma\u00eetres juifs (5 - 10) difficilement compr\u00e9hensibles pour nous qui font allusion \u00e0 Gen\u00e8se 6,2. Mais tout \u00e0 coup il s'aper\u00e7oit qu'il est en train de nier l'\u00e9galit\u00e9 proclam\u00e9e par J\u00e9sus, et il essaye de revenir en arri\u00e8re (11,12). A voir la mani\u00e8re dont Paul termine, il devait se rendre compte du peu de force de son raisonnement. Croyait-il vraiment que les anges, charg\u00e9s de l'ordre dans le monde, seraient choqu\u00e9s de voir la lib\u00e9ration des femmes (10)?
Cependant, ne m\u00e9prisons pas ces traits de lumi\u00e8re que Paul nous jette: les anges participent au culte chr\u00e9tien (Mt 18,10 et Ap 5,8; 8,3); m\u00eame notre tenue ext\u00e9rieure est \u00e0 sa fa\u00e7on une participation active au culte eucharistique.

{N}11,{/}17: Paul passe sans transition \u00e0 l'eucharistie, le coeur de l'assembl\u00e9e chr\u00e9tienne. Ce texte repr\u00e9sente probablement le plus ancien t\u00e9moignage concernant la "C\u00e8ne du Seigneur"; il date de l'ann\u00e9e 55. La communaut\u00e9 se r\u00e9unissait et, apr\u00e8s le repas durant lequel on chantait les Psaumes, le pr\u00e9sident commen\u00e7ait l'action de gr\u00e2ces. Il rappelait alors la derni\u00e8re C\u00e8ne de J\u00e9sus et ses paroles qui consacraient le pain et le vin, apr\u00e8s quoi tous pouvaient communier au m\u00eame pain et aux coupes.
Dans 10,16 Paul rappelait deux aspects de la C\u00e8ne du Seigneur:
-_c'est la communion au corps et au sang du Christ;
-_c'est l\u00e0 que se renforcent les liens de charit\u00e9 qui nous unissent: nous formons un seul corps.
Ici nous retrouvons ces deux aspects:
-_Chacun prend les devants pour son propre repas: pour ne pas avoir \u00e0 partager avec de plus pauvres, ou pour \u00e9viter la compagnie de certaines personnes. On peut imaginer que les groupes se sont form\u00e9s spontan\u00e9ment et occupent diverses pi\u00e8ces de la m\u00eame maison: de fait, chacun s'est retrouv\u00e9 avec ceux de son propre milieu. Peut-\u00eatre les riches sont-ils dans une pi\u00e8ce o\u00f9 le buffet est mieux garni, pendant que les pauvres sont dans la cour.
-_D'autres s'enivrent et, par cons\u00e9quent, ils ne sont pas en \u00e9tat de recevoir le corps du Christ.
-_S'il ne reconna\u00eet pas le corps... (29). Le mot corps a ici une double signification, car le p\u00e9ch\u00e9 est double:
-_On ne traite pas le pain consacr\u00e9, l'eucharistie, avec le respect d\u00fb au corps du Christ: on ne distingue pas entre le pain ordinaire et le pain consacr\u00e9.
-_On ne tient pas compte de ses fr\u00e8res dans la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique. On ne reconna\u00eet pas ce corps du Christ que forment les chr\u00e9tiens (12,12).
L'eucharistie est le vrai centre de la vie de l'Eglise, laquelle est avant tout une communion. L'Eglise n'est pas seulement un instrument pour \u00e9vang\u00e9liser, elle a aussi pour mission d'\u00eatre le lieu o\u00f9 nous pouvons exp\u00e9rimenter notre union au Christ et entre nous.
Vous proclamez la mort du Seigneur (26). Les eucharisties c\u00e9l\u00e9br\u00e9es chaque jour dans le monde entier et sous toutes les latitudes se succ\u00e8dent d'heure en heure et de minute en minute, rappelant que la mort du Christ remplit l'univers et le temps jusqu'\u00e0 son retour.
L'histoire ne peut s'arr\u00eater. Ce n'est pas seulement ni d'abord le progr\u00e8s technique qui nous pousse en avant, mais bien plut\u00f4t les exigences de justice n\u00e9es de la mort d'un innocent (et Dieu est l'Innocent), qui remettent sans cesse en cause l'ordre \u00e9tabli. Cette mort ne nous permet ni paix, ni repos. L'Eglise rappelle la mort du Christ, non pas pour s'ancrer dans le pass\u00e9, mais pour que de nouvelles \u00e9nergies surgissent \u00e0 chaque instant de ce sacrifice, aussi bien pour discerner que pour r\u00e9concilier - et pour r\u00e9veiller en nous l'amour reconnaissant.
Plusieurs d'entre vous sont malades (30). Nombreux sont les signes que nous donne le Seigneur pour nous avertir: parfois la maladie ou m\u00eame des morts \u00e9tonnantes; mais plus souvent encore, la faiblesse et l'an\u00e9mie spirituelle de l'Eglise. Si nous respections seulement les exigences d'une c\u00e9l\u00e9bration digne de l'eucharistie, l'Eglise se transformerait.

{N}12,{/}1: Remarquons l'ordre que suit Paul: l'Esprit vient apr\u00e8s le Verbe-Fils. Les dons spirituels distribu\u00e9s aujourd'hui sont les fruits du myst\u00e8re de mort et r\u00e9surrection que J\u00e9sus a v\u00e9cu.
Dans l'Eglise de Corinthe, le Saint Esprit r\u00e9v\u00e8le sa pr\u00e9sence par les dons spirituels qu'il communique aux croyants. Tous s'\u00e9merveillent lorsque l'un d'eux, saisi par l'Esprit, se met \u00e0 louer Dieu avec des paroles que personne ne comprend. Mais ils ressentent davantage la pr\u00e9sence de Dieu quand un proph\u00e8te d\u00e9voile \u00e0 l'un d'entre eux ce qui se passe en lui, ou quand il communique un message particulier de Dieu pour tel ou tel, ou pour la communaut\u00e9.
Paul intervient de deux mani\u00e8res: d'abord pour mettre de l'ordre. Dans l'exaltation fr\u00e9n\u00e9tique de leurs f\u00eates, les pa\u00efens perdaient la ma\u00eetrise d'eux-m\u00eames; le Saint Esprit au contraire nous rend plus responsables. Quand un exalt\u00e9 en arrivait \u00e0 dire des choses insens\u00e9es ou choquantes, c'\u00e9tait bien la preuve qu'il n'\u00e9tait pas inspir\u00e9.
Paul montre diff\u00e9rents aspects des dons de l'Esprit (on les appelle aussi charismes ):
Ce sont des dons: c'est \u00e9vident s'il s'agit d'op\u00e9rer des miracles. Mais ce sont aussi des minist\u00e8res, ou services, comme c'est le cas pour la direction de la communaut\u00e9. Enfin ce sont des oeuvres de Dieu.
Si Paul disait seulement que ces minist\u00e8res proviennent du Christ, on pourrait penser que tout dans l'Eglise passe par ceux qui dirigent au nom du Christ et qui sont parfois consid\u00e9r\u00e9s comme ses "vicaires". Mais ces dons et ces minist\u00e8res sont tout autant l'oeuvre de l'Esprit. L'Esprit souffle o\u00f9 il veut; il multiplie ses dons et ses inspirations parmi les simples fid\u00e8les et il renouvelle l'Eglise sans trop tenir compte des opinions et des projets de la hi\u00e9rarchie. La mission des ministres (\u00e9v\u00eaques, pr\u00eatres ou la\u00efcs) n'est pas seulement de diriger, mais aussi de discerner l'action de l'Esprit dans les personnes et dans la communaut\u00e9.
Il r\u00e9partit les dons propres \u00e0 chacun (11). L'Esprit donne ce dont l'Eglise a besoin en un lieu et en un moment pr\u00e9cis. C'est pourquoi, \u00e0 partir de ce texte, nous apprenons quels \u00e9taient les soucis - diff\u00e9rents des n\u00f4tres - de l'Eglise de ce temps. Maintenant l'Esprit rappelle \u00e0 l'Eglise sa mission dans le monde. Les meilleurs parmi les croyants poss\u00e8dent des dons spirituels qui, sans produire apparemment de miracles, se manifestent par une vie f\u00e9conde et exemplaire. Mais dans les premiers temps, comme en terrain de mission, les nouveaux convertis d\u00e9couvraient d'abord les merveilles que Dieu accomplissait parmi eux.
Paroles de sagesse qui indiquent une attitude \u00e0 prendre. Paroles de connaissance qui r\u00e9v\u00e8lent une chose cach\u00e9e, ou ce que Dieu va faire. La foi (pas au sens o\u00f9 nous le disons habituellement, mais comme en Mc 11,22) qui rend certain que Dieu veut faire quelque chose et permet de demander un miracle. C'est ainsi que l'Eglise d\u00e9couvrait la pr\u00e9sence de Dieu en elle ainsi que la puissance issue de la mort et de la r\u00e9surrection du Christ.
Un seul Esprit... un seul Seigneur... un seul Dieu. Dieu est la source de tous les dons et le mod\u00e8le de tout ce qui vit et existe, car c'est en lui d'abord que se concilient la diversit\u00e9 et l'unit\u00e9.

{N}12,{/}12: Une longue comparaison avec le corps humain aide \u00e0 comprendre comment nous devons, dans l'Eglise, nous compl\u00e9ter et nous respecter les uns les autres.
Il n'y a pas de v\u00e9ritable communaut\u00e9 sans que chacun participe activement \u00e0 la vie de cette communaut\u00e9, mettant ses talents au service de tous. M\u00eame le moins dou\u00e9 peut avoir des richesses qui se r\u00e9v\u00e9leront en temps voulu. M\u00eame ses mis\u00e8res peuvent devenir la richesse du groupe qui l'accueille. D\u00e8s que nous vivons dans la foi, l'Esprit \u00e9veille en nous de nouvelles forces; si nous savons nous montrer attentifs aux personnes, \u00e9veiller chacun au sens de sa dignit\u00e9 et de sa responsabilit\u00e9, nous verrons surgir dans l'Eglise de nombreuses initiatives, fruits de l'Esprit. Il serait trop long de rappeler le mal fait \u00e0 l'Eglise jusque dans nos jours par la passivit\u00e9 des fid\u00e8les dans un syst\u00e8me trop cl\u00e9rical.
A la fin du paragraphe, Paul \u00e9tablit un ordre d'importance parmi les dons. Nous avons d'abord, non pas ce qui semble plus miraculeux, le plus extraordinaire, mais ce qui est le plus n\u00e9cessaire pour le d\u00e9veloppement de l'Eglise.
Il nomme d'abord les ap\u00f4tres, qui ne sont pas seulement les douze choisis par J\u00e9sus, mais ceux qui, comme eux, et accept\u00e9s par eux, fondent de nouvelles communaut\u00e9s ou gouvernent celles qui existent d\u00e9j\u00e0. Ensuite viennent les proph\u00e8tes, qui ne transmettent pas seulement des paroles de Dieu, mais qui, gr\u00e2ce \u00e0 leurs dons de foi et de sagesse, parlent avec force et affermissent la communaut\u00e9. Les dons du parler en langues viennent tout \u00e0 la fin, alors qu'\u00e0 Corinthe ceux qui le poss\u00e9daient croyaient avoir atteint le ciel.

{N}13,{/}1: Je vais vous montrer le chemin par excellence (12,31). Paul dit aux Corinthiens, \u00e9blouis par tout ce qui est extraordinaire ou merveilleux, que rien n'\u00e9gale l'amour v\u00e9ritable.
Amour ou charit\u00e9? Au d\u00e9but les deux mots avaient le m\u00eame sens, mais au fil des ann\u00e9es, "charit\u00e9" en est venue souvent \u00e0 d\u00e9signer l'aum\u00f4ne, oubliant que le don ne contient pas n\u00e9cessairement l'amour. D'autre part, pour beaucoup aujourd'hui, le mot "amour" est li\u00e9 aux relations sexuelles, dans un sens souvent tr\u00e8s \u00e9troit.
Ce qui importe, ce n'est pas de parler de charit\u00e9 ou d'amour, mais de dire en quoi ils consistent: c'est ce que Paul fait ici.
Je peux bien parler. Il est plus important d'aimer que de faire des miracles, que de faire beaucoup pour autrui ou de se sacrifier pour une cause (ce qui peut se faire parfois sans amour).
L'amour ne passera pas (8). L'amour est la seule chose que nous emporterons avec nous \u00e0 la fin de la vie.
Quand j'\u00e9tais enfant. D\u00e9j\u00e0 Paul \u00e9bauche ce qu'il expliquera au chapitre 15 quand il parlera de notre vie apr\u00e8s la R\u00e9surrection. De m\u00eame que la chenille doit se d\u00e9faire tout enti\u00e8re pour devenir papillon (il ne suffit pas qu'il lui pousse des ailes), et de m\u00eame que les jeux de l'enfant n'ont plus aucun sens pour l'adulte, de m\u00eame toute notre vie actuelle: travail, \u00e9tude et amours, connaissance de Dieu et du monde, vie d'Eglise, ne sera plus qu'un pass\u00e9 oubli\u00e9. Paul a connu un amour de Dieu qui l'envahissait, passait \u00e0 travers lui et divinisait ses moindres d\u00e9sirs, et il sait que cela, c'est d\u00e9j\u00e0 la possession de Dieu, et c'est de l'\u00e9ternel: l'amour ne passera pas.
La foi, l'esp\u00e9rance et l'amour (13). Paul unit souvent ces trois "vertus", ces trois mouvements de l'\u00e2me chr\u00e9tienne. Il ne le fait nulle part plus clairement qu'ici. Il n'y a pas d'amour authentique sans la foi et l'esp\u00e9rance.
Le plus grand des trois est l'amour. On se sert parfois de cette d\u00e9claration de Paul pour fausser ce qui est sp\u00e9cifiquement chr\u00e9tien. Certains  disent: "Je fais du bien \u00e0 mon prochain, que peut-on me demander d'autre?" Mais il serait  facile souvent de prouver que cet "amour" est bien p\u00e2le, limit\u00e9 et impur. C'est un "amour" o\u00f9 l'amour divin est si peu chez lui qu'il ne transforme pas notre vie. Il nous aurait fallu d'abord l'esp\u00e9rance au sens chr\u00e9tien, qui est une passion pour les choses d'\u00e9ternit\u00e9.
L'amour atteindra la perfection quand nous serons en pr\u00e9sence de Dieu: Je conna\u00eetrai comme je suis connu. Tant que nous ne voyons pas Dieu, l'amour ne peut tenir toutes ses promesses, de sorte que nous devons grandir par la foi et la connaissance de la parole de Dieu. Et il nous faudra l'esp\u00e9rance, qui est pers\u00e9v\u00e9rance dans le chemin de J\u00e9sus pauvre, libre, fid\u00e8le dans les \u00e9preuves.

{N}14,{/}1: Il semble que les assembl\u00e9es des Corinthiens manquaient un peu d'ordre. On devait prendre la parole sans la demander, m\u00eame les femmes... et Paul les invite \u00e0 se taire. Ceux qui avaient des dons spectaculaires se croyaient sup\u00e9rieurs aux autres et ne respectaient pas l'ordre le plus \u00e9l\u00e9mentaire. Certains voulaient passer pour des croyants inspir\u00e9s et faisaient ou disaient des choses \u00e9tranges, parfois m\u00eame scandaleuses.
Paul r\u00e9tablit l'ordre. Il compare l'Eglise, ou la communaut\u00e9, \u00e0 un b\u00e2timent qui se construit, et il donne la priorit\u00e9 \u00e0 ce qui "\u00e9difie". Construire, c'est agir de sorte que les autres deviennent meilleurs et qu'ils soient plus unis. Ce qui est le plus efficace, c'est la charit\u00e9, et non pas les miracles ou le parler en langues. C'est pourquoi Paul vient de souligner que la charit\u00e9 est le don supr\u00eame. Les actions extraordinaires ne signifient pas n\u00e9cessairement la saintet\u00e9; Dieu peut se servir de n'importe qui, p\u00e9cheurs, non-chr\u00e9tiens, pour le bien de ses enfants. La v\u00e9rit\u00e9 d'un groupe religieux ne repose pas sur le fait que ses pr\u00e9dicateurs gu\u00e9rissent les malades, remplissent des stades ou \u00e9merveillent les foules. Sa v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9pend de sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l'enseignement des ap\u00f4tres tel que nous le trouvons dans l'Eglise.
Les esprits de la proph\u00e9tie ob\u00e9issent aux proph\u00e8tes (32). Ce qui vient des hommes se m\u00eale toujours \u00e0 ce qui en eux vient de l'Esprit: on n'est pas cristal transparent pour la lumi\u00e8re divine. Ceux qui se croient inspir\u00e9s doivent faire tr\u00e8s attention \u00e0 ne pas m\u00ealer leurs vues personnelles \u00e0 ce qui leur est donn\u00e9 par l'Esprit. Aucune inspiration ne nous autorise \u00e0 ne pas tenir compte de nos fr\u00e8res ou des autorit\u00e9s l\u00e9gitimes.
Les versets 34-35 ont scandalis\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but par leur duret\u00e9 contre les femmes: dans certains textes anciens ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s. S'ils sont bien de Paul, il faut les entendre comme 11,1-16. L'ap\u00f4tre \u00e9tait infaillible quant \u00e0 la foi, mais aucune d\u00e9cision touchant l'organisation de l'Eglise, qu'elle vienne de Paul ou d'un autre qui n'est pas Paul, n'est au-dessus de la critique et irr\u00e9vocable, m\u00eame dans le cas o\u00f9 elle serait \u00e0 un moment donn\u00e9 ordre du Seigneur (37).

{N}15,{/}1: Avons-nous ici la r\u00e9ponse \u00e0 une derni\u00e8re question des chr\u00e9tiens de Corinthe? Bien des Grecs pensaient qu'\u00e0 la mort l'\u00e2me immortelle quitte le corps et reste seule, peut-\u00eatre admise au paradis des \u00e2mes, peut-\u00eatre retournant au grand r\u00e9servoir des \u00e2mes pass\u00e9es ou \u00e0 revenir, oubliant tout son pass\u00e9 v\u00e9cu sur terre. D'autres disaient (comme bon nombre de chr\u00e9tiens aujourd'hui), que tout finit avec la mort: voir 1Th 4,13. Paul va donc rappeler que la foi en la r\u00e9surrection est au coeur du message chr\u00e9tien.
Je vous rappelle l'Evangile. C'est bien ici qu'il faut parler de Bonne Nouvelle, car l'inconnu de la mort est et a toujours \u00e9t\u00e9 le grand fardeau de la vie humaine (Sir 40,1).
Comment peut-on dire qu'il n'y a pas de r\u00e9surrection? (12). Paul part de la r\u00e9surrection de J\u00e9sus comme d'un fait, puis il en tire les cons\u00e9quences: notre propre r\u00e9surrection. 
Nous entendons parfois dire, m\u00eame par des croyants, que la r\u00e9surrection de J\u00e9sus n'est pas un fait historique. C'est vrai dans ce sens que c'est une r\u00e9alit\u00e9 qui \u00e9chappe au domaine de l'histoire. Nous la connaissons et nous y croyons parce qu'il y a des t\u00e9moins, et l'histoire ne proc\u00e8de pas autrement. Cependant il y a une grande diff\u00e9rence: les t\u00e9moignages sur lesquels s'appuie l'histoire portent sur des choses dont nous pouvons avoir une id\u00e9e par ailleurs: une guerre, la rencontre de certaines personnes, une invention. Par contre, pour la r\u00e9surrection de J\u00e9sus, les t\u00e9moins ne peuvent parler que d'apparitions de J\u00e9sus ou de rencontres avec lui. C'est \u00e0 partir de ces rencontres o\u00f9 J\u00e9sus se montrait \u00e0 eux dans la transfiguration de tout son \u00eatre qu'ils  ont cru et qu'ils ont t\u00e9moign\u00e9: J\u00e9sus \u00e9tait entr\u00e9 dans une vie totalement nouvelle, dont nous ne pouvons avoir aucune id\u00e9e, il partageait le pouvoir m\u00eame de Dieu.
Ici donc il nous faut croire, non seulement ce qu'ils ont vu, mais aussi ce qu'ils ont cru et qui peut seulement \u00eatre cru. Et ceci d\u00e9passe totalement la d\u00e9marche historique. Mais cela  n'emp\u00eache absolument pas que la r\u00e9surrection et la glorification de J\u00e9sus soit un fait (voir com. de Mc 16).
Je vous ai transmis... (3). Il ne s'agit pas d'un conte, d'un "mythe" comme il y en avait tant chez les Grecs, histoires pleines de sagesse qui r\u00e9v\u00e9laient un ordre du monde, un sens de la vie, mais finalement n'\u00e9taient que des histoires. Certains aujourd'hui parlent le m\u00eame langage. Ils disent: Peu importe ce qui s'est pass\u00e9, les \u00e9vangiles ne s'int\u00e9ressent pas directement \u00e0 ce qu'est devenu J\u00e9sus, pour eux l'important est que des \u00e9v\u00e9nements \u00e9tranges aient rendu courage aux disciples et leur aient donn\u00e9 l'espoir d'une autre vie. Mais Paul, pr\u00e9cis\u00e9ment dit tout le contraire: la r\u00e9surrection de J\u00e9sus est un fait.

{N}15,{/}20: De ce fait, un fait que nous acceptons en partageant la foi des ap\u00f4tres, Paul passe \u00e0 une question qui nous touche au vif: y a-t-il pour nous une esp\u00e9rance?
Tous meurent en Adam (22). Voir le commentaire de Rm 5,12 concernant Adam et le Christ. Les mythes des diverses religions projetaient dans le pass\u00e9 sur quelque personnage myst\u00e9rieux notre propre condition, mais ils ne pouvaient que donner un sens \u00e0 la vie, non la changer. Au contraire, la foi nous dit que ce que le Fils de Dieu fait homme a v\u00e9cu parmi nous, il l'a v\u00e9cu pour nous tous. Il faut oublier ici notre vision individualiste dans laquelle chacun vit son propre destin: pour Dieu, toute l'aventure de la cr\u00e9ation et du salut, c'est celle d'Adam, \u00e0 la fois un et multiple, et un homme qui est lui-m\u00eame l'Homme, J\u00e9sus, l'a v\u00e9cue pleinement pour nous tous.
Ceux qui se sont endormis... (20). Paul, comme les premiers chr\u00e9tiens, parle de "s'endormir" plut\u00f4t que de "mourir", afin d'exprimer mieux l'attente de la r\u00e9surrection. Notre mot "cimeti\u00e8re" signifie: dortoir.
Alors il remettra le Royaume \u00e0 son P\u00e8re (24). Encore ici m\u00e9fions-nous des images simplistes. Rappelons-nous qu'il n'y a qu'un seul Dieu. Le Fils ici, c'est le Verbe de Dieu fait homme qui a pris sur ses \u00e9paules toute la seconde partie de l'histoire du monde. Lui qui est \u00e9ternellement en retour vers le P\u00e8re dont il na\u00eet, il fait rentrer dans l'\u00e9ternit\u00e9 de Dieu toute la cr\u00e9ation. Il n'y aura pas de recommencement de l'histoire. Dieu sera tout en tous, nous recevrons Dieu de Dieu et nous aurons tout, devenant enfin nous-m\u00eames. Cela, bien s\u00fbr, d\u00e9passe tout ce que nous pouvons concevoir, mais Paul nous l'affirme: il n'y aura plus de mort (26). Jean dira la m\u00eame chose dans l'Apocalypse (21,4). 
Que veulent ceux qui se font baptiser pour les morts? (29). Il est probable que certains croyants s'inqui\u00e9taient pour leurs parents, morts sans avoir re\u00e7u l'annonce de l'Evangile, et se faisaient baptiser en leur nom. Paul ne dit pas ce qu'il pense de cette pratique. Il s'en sert seulement pour r\u00e9affirmer la r\u00e9surrection.

{N}15,{/}35: Comment est cette r\u00e9surrection des morts? (35). Voil\u00e0 bien la question que nous nous posons souvent: nous voudrions imaginer, conna\u00eetre, ce que nous serons alors. Mais comment l'homme pourrait-il imaginer, conna\u00eetre, ce monde nouveau qui se pr\u00e9pare pourtant d\u00e8s aujourd'hui: n'est-il pas comme un enfant encore enferm\u00e9 dans cet univers clos qu'est le sein de sa m\u00e8re, et qui chercherait \u00e0 imaginer le monde dans lequel il va \u00eatre projet\u00e9?
Paul ne peut qu'\u00e9clairer ce myst\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 des comparaisons.
Ce que tu s\u00e8mes... J\u00e9sus avait parl\u00e9 du grain que l'on s\u00e8me (Jn 12,24). Avec cet exemple, il rejetait les imaginations primitives que certains gardent peut-\u00eatre: les cadavres sortiraient de leurs tombes comme on le voit sur les fa\u00e7ades de nos cath\u00e9drales... Comme pour l'\u00e9pi, le corps ressuscit\u00e9 ne sera pas la recomposition de notre corps actuel.
La chair, ce n'est pas toujours la m\u00eame chair (39). Paul nous rappelle que le m\u00eame mot d\u00e9signe souvent des choses diff\u00e9rentes bien qu'elles aient un certain rapport entre elles. Du temps de Paul, tout comme aujourd'hui, le mot "corps" s'appliquait \u00e0 bien des choses; ainsi le soleil et les \u00e9toiles \u00e9taient appel\u00e9s "corps c\u00e9lestes". Il en va de m\u00eame pour bien des sortes de "lumi\u00e8re". C'est pourquoi, quand on parle de ressusciter "avec son corps", il ne s'agit ni de la m\u00eame forme, ni de la m\u00eame vie, mais de la m\u00eame personne.
Tout comme l'\u00e9pi sort du grain de bl\u00e9, ce sera la m\u00eame personne marqu\u00e9e par tout ce qui l'a fait se d\u00e9passer (le Christ ressuscit\u00e9, avec raison, a voulu montrer les marques de sa passion dans son corps glorieux). Puisque l'homme ne se fait pas seul, mais en union et relation avec les autres, nous conna\u00eetrons jusqu'au plus profond de leur personne transfigur\u00e9e, ceux que nous avons davantage aim\u00e9s sur terre et qui nous ont le plus aid\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper nos richesses.
Un corps spirituel (44). La r\u00e9surrection vient de l'int\u00e9rieur, c'est comme une transfiguration. Et chacun aura le corps qu'il m\u00e9rite, le corps qui exprime le mieux ce qu'il est devenu et ce qu'il est en Dieu. Tout cela n'est-il pas le plus beau que nous puissions esp\u00e9rer, beau dans sa logique m\u00eame? Mais, est-ce certain? Paul l'affirme avec toute l'\u00e9vidence de la foi. Aucune raison ne peut prouver la foi: seule l'exp\u00e9rience du travail de l'Esprit qui d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent nous transfigure, peut jour apr\u00e8s jour nous donner, plus quintuition, une certitude de o\u00f9 nous allons. 
D\u00e9composition... incorruptible (50). C'est l'opposition entre ce qui ne peut que pourrir et se d\u00e9faire, et le d\u00e9finitif, inalt\u00e9rable, qui est propre du monde o\u00f9 est Dieu (Rm 8,21). Mais nos choix p\u00e8sent sur notre capacit\u00e9 de sentir et d'esp\u00e9rer: dans la mesure o\u00f9 l'on a choisi de jouir de la pr\u00e9sente vie, il est difficile de croire \u00e0 cet autre monde.
Si nous ne mourons pas tous (51). Paul croit que le Christ va bient\u00f4t revenir; partant de cette supposition, et parlant de ceux qui seront encore en vie lors du retour du Christ, il ne dit pas qu'ils "iront au ciel" avec lui (ce serait une image tr\u00e8s mat\u00e9rielle), mais qu'ils seront transfigur\u00e9s comme nous l'avons dit un peu plus haut.
Le terrestre... le c\u00e9leste... (45-49). Nous avons tous un double h\u00e9ritage: par nature nous sommes solidaires de la race humaine figur\u00e9e par Adam l'homme animal et terrestre; mais nous appartenons aussi \u00e0 cette communaut\u00e9 humaine qui se forme myst\u00e9rieusement autour du Christ, lequel est esprit source de vie et vient du ciel. Le bapt\u00eame ne nous a pas fait passer de l'un \u00e0 l'autre. Si fid\u00e8les que nous soyons, notre Adam continuera de grandir et de se faire plus pesant, avec ses faiblesses et tentations, mais en m\u00eame temps se fortifiera en nous l'homme int\u00e9rieur, ce foetus de l'homme c\u00e9leste, en attente de sa vraie naissance.

{N}16,{/}1: En ce qui concerne cette collecte, voir Rm 15,25 et 2Co ch 8 et 9. Le "dimanche" (Paul dit: le premier jour de la semaine): voir Ac 20,7. D\u00e8s le d\u00e9but, l'Eglise des ap\u00f4tres avait remplac\u00e9 le sabbat de Mo\u00efse et des Juifs par le jour qui suit, celui-l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 J\u00e9sus est ressuscit\u00e9.
Derri\u00e8re la liste des souvenirs \u00e0 transmettre, nous devinons quelque chose de ces premiers croyants de qui nous avons re\u00e7u la foi. On peut voir que, malgr\u00e9 leurs faiblesses, les chr\u00e9tiens de Corinthe forment une v\u00e9ritable Eglise, puisque c'est une communaut\u00e9 dont beaucoup sont actifs et essayent de r\u00e9soudre ensemble les probl\u00e8mes de leur vie "en J\u00e9sus Christ."

