{N}1,{/}1: Bien des livres de la Bible prennent soin de montrer que les \u00e9v\u00e9nements ou les personnages dont ils parlent s'enracinent dans l'histoire pass\u00e9e, car toute la Bible tire sa force d'une continuit\u00e9 de l'histoire et d'une fid\u00e9lit\u00e9 de Dieu \u00e0 ses promesses. Cle sens de cette "g\u00e9n\u00e9alogie", ou liste d'anc\u00eatres. Matthieu pr\u00e9f\u00e8re dire, comme les livres de la Bible: livre des origines.
Cette liste contient 42 noms arrang\u00e9s en trois s\u00e9ries de 14 noms, un chiffre symbolique pour les Juifs. Ce n'est pas, bien entendu, une liste compl\u00e8te.
J\u00e9sus est fils d'Abraham, le p\u00e8re des croyants; Dieu lui avait promis que toutes les nations se rassembleraient autour de sa race. J\u00e9sus est aussi le fils de David, et tous savaient que le Sauveur serait un descendant de David.
Nous trouvons les noms de la premi\u00e8re s\u00e9rie dans Ruth 4,18-22. Ceux de la suivante, qui sont les rois fils de David, ont leur histoire dans le Livre des Rois. La Bible ne dit rien des descendants de Zorobabel (Esd ch 3 et 4).
La liste arrive jusqu'\u00e0 Joseph, le p\u00e8re adoptif de J\u00e9sus. Parmi les Juifs, cette adoption suffisait pour que J\u00e9sus soit tenu pour fils de David, comme Joseph.
Quatre des noms inclus dans cette liste appartiennent a des femmes mentionn\u00e9es dans la Bible: Thamar, qui a tout fait pour garder la b\u00e9n\u00e9diction de Dieu (Gen 38); Rahab, une prostitu\u00e9e \u00e9tran g\u00e8re (Jos 2), Ruth, une autre \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la conduite exemplaire, et la veuve d'Urie, la belle Bethsab\u00e9e, qui avait partag\u00e9 le p\u00e9ch\u00e9 de David.
Tout cet arri\u00e8re-plan annonce discr\u00e8tement celui qui vient pour sauver les p\u00e9cheurs et ouvrir le royaume d'Isra\u00ebl aux multitudes du monde pa\u00efen. Le Sauveur est la fleur et le fruit de notre terre tout autant que de la race \u00e9lue (Is 45,8). Dieu avait amen\u00e9 le peuple juif \u00e0 ce point de maturit\u00e9 humaine et religieuse o\u00f9 la venue et la pr\u00e9dication de J\u00e9sus prendrait tout son sens.
J\u00e9sus arrive au terme d'une tr\u00e8s longue histoire marqu\u00e9e par la souffrance et le p\u00e9ch\u00e9, mais aussi par l'esp\u00e9rance et la gr\u00e2ce. Nous aussi, nous sommes solidaires du Christ par le sang avant de l'\u00eatre par la foi. Notre histoire moderne, et celle de nos familles, pr\u00e9parent le second av\u00e8nement du Christ.
Dans Luc 3,23 nous trouvons une autre g\u00e9n\u00e9alogie de J\u00e9sus qui, cette fois, cherche \u00e0 faire ressortir sa solidarit\u00e9 avec toute la race humaine.

{N}1,{/}18: On a pu noter le tournant du verset 16: J\u00e9sus n'est pas fils de Joseph. Le paragraphe qui commence entend rappeler que J\u00e9sus est \u00e0 la fois le descendant l\u00e9gitime de David, gr\u00e2ce \u00e0 Joseph, et le Fils de Dieu, con\u00e7u de l'Esprit Saint par une m\u00e8re vierge.
Ces phrases courtes et presque timides ne font qu'esquisser le myst\u00e8re de Marie, la vierge par qui la vie terrestre monte vers Dieu pour s'offrir en hommage. Un messager traverse la nuit; dialogue de paroles silencieuses: le monde s'ouvre \u00e0 la pr\u00e9sence dynamique de Dieu. En ce qui concerne la virginit\u00e9 de Marie, voir Lc 1,26.
Marie avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e en mariage. Chez les Juifs, les fian\u00e7ailles donnaient d\u00e9j\u00e0 tous les droits de la vie conjugale; cependant la femme continuait \u00e0 vivre chez ses parents et sous leur tutelle, sans droits r\u00e9els et sans libert\u00e9 vraie. Une femme appartenait n\u00e9cessairement \u00e0 un homme, soit \u00e0 son p\u00e8re, soit \u00e0 son mari, soit au fils a\u00een\u00e9 si elle \u00e9tait veuve. Marie \u00e9tait donc d\u00e9j\u00e0 la femme de Joseph, mais elle ne serait sous sa tutelle que lorsqu'il l'aurait re\u00e7ue chez lui (v 20 et 24).
La virginit\u00e9 de Marie allait contre toute la mentalit\u00e9 juive, qui mettait au premier plan la f\u00e9condit\u00e9. Pour Joseph cependant, accepter cette situation n'\u00e9tait pas chose impensable. Car \u00e0 cette \u00e9poque, chez les Juifs, certains du parti des ess\u00e9niens vivaient le c\u00e9libat comme des moines.
Joseph pensait la renvoyer discr\u00e8tement. L'\u00e9vangile ne pr\u00e9cise pas pourquoi il le faisait, ni si Marie elle-m\u00eame l'avait mis au courant. En tout cas il est difficile d'imaginer Joseph doutant de la fid\u00e9lit\u00e9 de Marie; ni elle ni lui n'\u00e9taient de ceux qui trahissent, et il le savait.
Dans l'\u00e9vangile l'intervention de l'ange n'est pas pour rassurer Joseph, mais pour l'informer de son r\u00f4le dans le plan de Dieu: Tu lui donneras le nom de J\u00e9sus et tu le recevras comme ton fils. Joseph \u00e9tait un descendant de David, et J\u00e9sus, adopt\u00e9 par Joseph, serait un descendant l\u00e9gitime de David. Il est tr\u00e8s probable que Marie n'appartenait m\u00eame pas \u00e0 la tribu de Juda, qui \u00e9tait celle de David, mais que, comme sa cousine Elisabeth, elle appartenait \u00e0 une famille de pr\u00eatres de la tribu de L\u00e9vi.
Tu lui donneras le nom de J\u00e9sus. J\u00e9sus est la forme fran\u00e7aise de Yeshu'a qui signifie Sauveur, un nom juif tr\u00e8s proche de celui que portait Josu\u00e9. Et ce nom disait d'avance ce que serait l'enfant.
Matthieu cite une proph\u00e9tie d'Isa\u00efe (Is 7,14) qui annonce d\u00e9j\u00e0 le myst\u00e8re de J\u00e9sus: descendant de David et pr\u00e9sence de Dieu sur terre. Emmanuel, Dieu avec nous, C'est une fa\u00e7on de rappeler le myst\u00e8re de sa personne. J\u00e9sus n\u00e9 de Marie dans le temps, est le Fils unique du P\u00e8re, n\u00e9 de Dieu dans l'\u00e9ternit\u00e9, et il n'y a pas de place pour deux p\u00e8res. C'est ainsi que la paternit\u00e9 adoptive de Joseph recouvre et prot\u00e8ge un myst\u00e8re.

{N}2,{/}1: D\u00e8s les premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations chr\u00e9tiennes, des r\u00e9cits populaires cherchaient \u00e0 dire tout ce qu'on ne savait pas de J\u00e9sus, ce qui n'\u00e9tait pas dans l'Evangile. Et cela ressemblait beaucoup aux histoires juives sur l'enfance d'Abraham ou de Mo\u00efse. L'\u00e9toile des mages et le massacre des enfants de Bethl\u00e9em sont sortis tout droit de l\u00e0, et il est inutile aujourd'hui de se pencher sur les tables astronomiques pour retrouver quelque com\u00e8te venue \u00e0 cette \u00e9poque.
Dans ce chapitre, donc, Matthieu reprend ces histoires sans s'inqui\u00e9ter le moins du monde de leur tr\u00e8s douteuse authenticit\u00e9. Il s'en sert pour montrer comment J\u00e9sus revit \u00e0 sa fa\u00e7on ce qu'a v\u00e9cu son peuple. De l\u00e0 ces dix citations de l'Ancien Testament avec chaque fois: "ainsi devait s'accomplir". C'est une fa\u00e7on de dire qu'il faut relire les textes. Ils parlaient du peuple, et d\u00e9j\u00e0 ils annon\u00e7aient J\u00e9sus: en un certain sens il vivrait ce qu'avait v\u00e9cu son peuple: marches, recherche, joies et deuils, mais avec lui tout prendrait un sens nouveau.
Les Mages \u00e9taient les pr\u00eatres respect\u00e9s de la religion de Zoroastre, astrologues et devins de surcro\u00eet. Ici ils repr\u00e9sentent les religions \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la Bible. Les pr\u00eatres juifs et les chefs du peuple de Dieu ne re\u00e7oivent pas la nouvelle de la naissance de J\u00e9sus, mais Dieu la r\u00e9v\u00e8le \u00e0 certains de ses amis du monde pa\u00efen. Cette le\u00e7on vaut pour tous les temps: J\u00e9sus est le Sauveur de tous les peuples et non seulement de ceux qui font partie de l'Eglise. 
Ici l'\u00e9toile nous sugg\u00e8re que Dieu appelle chacun de nous \u00e0 partir de ce qu'il est et de ce qui l'ins pire. Il appelle les p\u00eacheurs apr\u00e8s leur p\u00eache; et c'est par une \u00e9toile qu'il fait venir les astrologues. Quel que soit le chemin, il aboutira \u00e0 celui qui est le rayonnement de Dieu.

{N}2,{/}13: Ce r\u00e9cit de la fuite en Egypte et du massacre des innocents vient souligner la solidarit\u00e9 de J\u00e9sus avec les souffrances pass\u00e9es et pr\u00e9sentes de son peuple. Elles sont rappel\u00e9es par les deux citations des proph\u00e8tes Os\u00e9e et J\u00e9r\u00e9mie.
J\u00e9sus fera le chemin de la terre d'exil \u00e0 la Terre Promise, et il conna\u00eetra l'angoisse comme l'ont connue ses anc\u00eatres. La pers\u00e9cution commence avec sa naissance et continuera jusqu'\u00e0 sa mort.
Cet H\u00e9rode n'est pas pire que les dirigeants de toute \u00e9poque qui tiennent aux privil\u00e8ges du pouvoir plus qu'ils ne cherchent \u00e0 servir. Mais quelle que soit la quantit\u00e9 de sang vers\u00e9e, les ennemis de l'Evangile ne pourront \u00e9touffer l'Eglise ni contrecarrer les plans de Dieu.
La tradition de l'Eglise a toujours affirm\u00e9 que ces enfants, massacr\u00e9s \u00e0 la place de J\u00e9sus sans l'avoir voulu, avaient aussi partag\u00e9 sa gloire sans l'avoir m\u00e9rit\u00e9e. Elle nous invite ainsi \u00e0 penser que le myst\u00e9rieux amour de Dieu enveloppe des millions d'enfants massacr\u00e9s et des centaines de millions d'autres tu\u00e9s avant d'avoir vu le jour. Que penser de tant de possibilit\u00e9s \u00e9cras\u00e9es? Ce sont les personnes et les soci\u00e9t\u00e9s responsables de ce d\u00e9sastre qui en subissent les cons\u00e9quences et placent au plus profond d'elles-m\u00eames des germes de mort. Mais Dieu tient en main toutes les destin\u00e9es, il les conna\u00eet d'avance, et nul ne peut, en supprimant une vie, limiter ses g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9s.

{N}2,{/}19: Le retour \u00e0 Nazareth. Ainsi se terminent ces r\u00e9cits qui sont comme une pr\u00e9face \u00e0 l'Evangile. Ils annoncent la mission du Christ: sauveur m\u00e9connu par les siens, poursuivi par le pouvoir, il se tournera vers les nations pa\u00efennes. J\u00e9sus devait passer trente ans dans ce petit village de Galil\u00e9e, consid\u00e9r\u00e9e par les Juifs de Jud\u00e9e comme une province \u00e0 moiti\u00e9 \u00e9trang\u00e8re et pa\u00efenne: 4,15; c'est l\u00e0 qu'il grandit et travaille comme charpentier (Mc 6,3) alors que le monde attend son salut.

{N}2,{/}21: Il sera appel\u00e9 Naz\u00f4r\u00e9en. Matthieu joue sur ce mot qui \u00e9voque nezer ou rameau (Is 11,1) et nazir  (Nb 6). Il y avait \u00e0 l'\u00e9poque des groupes religieux qui pr\u00eachaient et baptisaient, tout comme Jean Baptiste, et on les consid\u00e9rait comme des nazirs; J\u00e9sus \u00e9tait \u00e0 la fois nezer et nazir.
Beaucoup se demandent ce que J\u00e9sus a fait entre l'\u00e2ge de douze ans, quand on l'a remarqu\u00e9 dans le Temple (Lc 2,41), et l'\u00e2ge de trente ans ou plus, lorsqu'il commence son minist\u00e8re public. Certains charlatans profitent du silence de l'Evangile pour imaginer J\u00e9sus en Inde apprenant la magie et l'art de faire des miracles aupr\u00e8s des fakirs, ou  m\u00eame mieux en visite aupr\u00e8s des extra-terrestres! Il est facile d'inventer n'importe quoi.
Rappelons d'abord que l'\u00e9vangile n'est pas une biographie de J\u00e9sus, un r\u00e9cit de sa vie de sa naissance \u00e0 sa mort. L'\u00e9vangile pr\u00e9tend seulement nous dire les paroles les plus importantes de J\u00e9sus, et les faits et gestes qui ont \u00e0 voir avec son message de salut. Les \u00e9vangiles de Marc et de Jean commencent avec le bapt\u00eame de J\u00e9sus par Jean-Baptiste, qui marque le d\u00e9but de sa pr\u00e9dication. Plus tard, Matthieu et Luc ont voulu y ajouter comme une pr\u00e9face avec les r\u00e9cits de l'enfance pour nous aider \u00e0 comprendre le secret de sa personne.
Ensuite, lisons Matthieu 13,54-56. Lorsque les gens de Nazareth s'\u00e9tonnent des miracles de J\u00e9sus, ils ne disent pas: "Il est rest\u00e9 longtemps \u00e0 l'\u00e9tranger, c'est sans doute l\u00e0-bas qu'il a appris!" Ils se demandent plut\u00f4t: Qu'est-ce qui est arriv\u00e9 au fils du charpentier? Nous qui le connaissions depuis si longtemps, nous n'attendions pas cela. 
Troisi\u00e8mement, essayons de comprendre que la parole de Dieu est en m\u00eame temps une parole humaine. Les proph\u00e8tes sont des hommes qui ont fait des exp\u00e9riences fortes et qui ont quelque chose \u00e0 dire. Leurs paroles viennent d'eux-m\u00eames tout autant que de l'Esprit de Dieu. J\u00e9sus ne pourrait pas communiquer la parole de Dieu s'il n'avait pas, en tant qu'homme, une connaissance exceptionnelle du coeur humain. Les ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 Nazareth n'ont pas \u00e9t\u00e9 des ann\u00e9es perdues. J\u00e9sus a fait sienne la culture de son peuple, v\u00e9cu les \u00e9v\u00e9nements qui touchaient sa nation; il a fait l'exp\u00e9rience du travail manuel, des relations humaines, de la souffrance et de l'oppression. J\u00e9sus ne pouvait \u00eatre notre sauveur sans tout cela; c'est \u00e0 son exp\u00e9rience humaine autant que divine, que ses paroles doivent leur accent de v\u00e9rit\u00e9.

{N}3,{/}1: Nous venons de dire que le vrai d\u00e9but de l'Evangile est la pr\u00e9dication de Jean Baptiste. Ici Matthieu compare J\u00e9sus et Jean, le bapt\u00eame de Jean et celui de J\u00e9sus. Voir commentaires de Mc 1,1 et Lc 3.
Par ce bapt\u00eame J\u00e9sus s'identifie avec son peuple, plus pr\u00e9cis\u00e9ment avec ce monde des gens sans titre qui sont all\u00e9s entendre un appel \u00e0 la conversion. C'est pour lui l'occasion d'une exp\u00e9rience religieuse profonde qui rappelle celle des grands proph\u00e8tes. Ce que dit la voix? Elle donne \u00e0 J\u00e9sus sa mission, il sera Fils et serviteur du P\u00e8re (Ps 2 et Is 42,1). 

{N}4,{/}1: Le commentaire de cet \u00e9v\u00e9nement se trouve en partie dans l'\u00e9vangile de Luc (4,1-13).
J\u00e9sus est donc Fils de Dieu au sens que ce mot avait en ce temps: il est envoy\u00e9 comme roi, proph\u00e8te et sauveur, et il le sait. Mais de quelle fa\u00e7on va-t-il l'\u00eatre, et comment Dieu va-t-il agir vis-\u00e0-vis de ce fils? C'est cela m\u00eame qui va \u00eatre mis en question, et qui va s'\u00e9clairer au travers de l'\u00e9preuve. L'\u00e9preuve allait \u00eatre pr\u00e9sente tout au long du minist\u00e8re de J\u00e9sus: les opposants allaient lui demander des signes, des miracles, et ses propres disciples lui demanderaient de s'occuper davantage de lui-m\u00eame. C'est cette \u00e9preuve permanente qui nous est pr\u00e9sent\u00e9e ici dans les trois tentations. Mais l'\u00e9vangile place intentionnellement cette \u00e9preuve au d\u00e9sert tout au d\u00e9but de son texte, et il nous affirme que J\u00e9sus a vaincu l'esprit du mal avant m\u00eame de commencer sa mission.
Il resta quarante jours et quarante nuits sans manger. Ce temps de quarante jours (qui repr\u00e9sentent symboliquement les quarante semaines pass\u00e9es par l'enfant dans le sein de sa m\u00e8re, la pr\u00e9paration pour une nouvelle naissance) se trouvait d\u00e9j\u00e0 dans la vie de Mo\u00efse et d'Elie: Ex 24,18; 1R 19,8. Ce je\u00fbne est pour J\u00e9sus ce qu'avait \u00e9t\u00e9 pour Abraham la demande de sacrifier son fils, et pour Mo\u00efse l'affaire du veau d'or. Dans un moment de pleine lucidit\u00e9, quand J\u00e9sus se sentait spirituellement affermi par son je\u00fbne, le diable a essay\u00e9 de le convaincre qu'il \u00e9tait impossible d'accomplir sa mission par les moyens que Dieu  proposait.
Chose \u00e9trange, l'Evangile nous pr\u00e9sente cette rencontre de J\u00e9sus et du tentateur (c'est le sens du mot: Diable), comme une discussion entre ma\u00eetres de  la  Loi \u00e0  partir de textes bibliques, sans doute pour nous faire sentir que m\u00eame les textes bibliques peuvent nous \u00e9garer si l'esprit d'ob\u00e9issance \u00e0 Dieu nous manque.
Les trois tentations rappellent celles du peuple h\u00e9breu au d\u00e9sert (Ex 16,2; Ex 17,1; Ex 32). Aux eaux de Mara il murmure contre Dieu qui le m\u00e8ne par un chemin difficile; ensuite il met Dieu \u00e0 l'\u00e9preuve: "Pourra-t-il faire quelque chose pour nous?" Finalement, il \u00e9change Dieu, sa gloire, pour un autre dieu qu'il s'est fait \u00e0 sa mesure: c'est  le veau d'or. Et J\u00e9sus r\u00e9pond en citant trois textes du Deut\u00e9ronome, un livre qui s'attarde sur les  r\u00e9bellions du peuple de Dieu au d\u00e9sert. La parfaite ob\u00e9issance du Fils s'oppose aux infid\u00e9lit\u00e9s du peuple. 
J\u00e9sus sort vainqueur de l'\u00e9preuve, mais apr\u00e8s lui l'Eglise devra aussi affronter ces tentations. Elle peut \u00eatre tent\u00e9e de satisfaire les d\u00e9sirs des hommes au lieu de leur offrir le vrai salut. J\u00e9sus nous enseigne \u00e0 \u00eatre forts contre les ruses du diable en nous servant, comme lui, de la parole de Dieu. 
Les anges s'approchent et ils le servent. Apr\u00e8s avoir repouss\u00e9 les tentations, J\u00e9sus est dans la paix totale. La puret\u00e9 de son coeur lui donne acc\u00e8s \u00e0 un monde spirituel, invisible mais aussi r\u00e9el que les choses et les \u00eatres qui nous entourent. Etant Fils de Dieu, il est roi parmi les esprits qui servent son  P\u00e8re.

{N}4,{/}17: Le Royaume des Cieux est l\u00e1. Les Juifs en ce temps-l\u00e0 ne pronon\u00e7aient pas le nom de Dieu, et tr\u00e8s souvent ils disaient \u00e0 la place: "Les Cieux" (voir le commentaire de 5,1). Le Royaume des Cieux est le Royaume de Dieu. Dieu vient r\u00e9gner parmi nous, c'est-\u00e0-dire que d\u00e8s maintenant nous recevons le salut d\u00e9finitif.
Convertissez-vous. Le verbe utilis\u00e9 par la Bible signifie "prendre un autre chemin", mais cela peut se comprendre de bien des mani\u00e8res. Dans la bouche de Jean-Baptiste, il voulait dire: se d\u00e9tourner de ses p\u00e9ch\u00e9s. Pour J\u00e9sus la "conversion" est le d\u00e9but d'une vie nouvelle \u00e0 partir d'un changement int\u00e9rieur: elle est l'oeuvre de l'Esprit en nous.

{N}5,{/}1: J\u00e9sus gravit la montagne. Matthieu place ce discours de J\u00e9sus en quelque endroit des collines qui bordent le lac de Tib\u00e9riade. Mais il parle bien d'une montagne pour rappeler le Mont Sina\u00ef o\u00f9 Mo\u00efse avait re\u00e7u la Loi (Ex 19). C'est que, dans ce premier "Discours de J\u00e9sus" (voir l'Introduction), Matthieu le pr\u00e9sente comme le Ma\u00eetre qui donne \u00e0 Isra\u00ebl et \u00e0 tous les hommes la Loi nouvelle et d\u00e9finitive.
La formule: mais moi je vous dis... reviendra 6 fois pour souligner l'opposition entre la Loi de Mo\u00efse et la nouvelle loi.
Mais, il ne faut pas nous tromper sur le sens de ce mot: la Loi. La Loi, ce ne sont pas d'abord des commandements : c'est l'enseignement de Dieu. Ce sont en premier lieu les d\u00e9clarations de Dieu qui ont fait d'Isra\u00ebl son peuple particulier, appel\u00e9 \u00e0 une mission dans le monde. 
Heureux! Ce premier paragraphe nous pr\u00e9sente le nouveau peuple de Dieu \u00e0 qui est donn\u00e9e la Loi. La Loi avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e aux "enfants d'Abraham et d'Isra\u00ebl" que Mo\u00efse avait fait sortir d'Egypte. Bien des textes disaient: "Heureux es-tu, Isra\u00ebl", c'est-\u00e0-dire: tu as bien de la chance d'avoir \u00e9t\u00e9 choisi, et c'est un grand privil\u00e8ge pour toi que d'\u00eatre le peuple de Dieu; heureux es-tu car c'est \u00e0 toi que Dieu a confi\u00e9 ses paroles (Dt 33,29; Ps 144,15; Ba 4,4).
Et voici que d'embl\u00e9e l'Evangile nous parle d'un autre peuple de Dieu. Non plus le peuple des 12 tribus, avec sa terre, sa langue, ses fronti\u00e8res et ses ambitions nationales, mais le peuple de ceux que Dieu va chercher \u00e0 travers toutes les nations. Et qui sont-ils, ces \u00e9lus qui doivent se consid\u00e9rer bien heureux d'un tel appel? Ce sont les pauvres, ce sont ceux qui pleurent, ce sont ceux qui bien des fois ont \u00e9t\u00e9 tent\u00e9s de maudire leur sort, leurs fautes et leurs propres contradictions.
Ici Matthieu nous pr\u00e9sente huit B\u00e9atitudes, alors que Luc 6,20-26 n'en a que trois (les pauvres, ceux qui ont faim, ceux qui pleurent). Mais l\u00e0 n'est pas l'important, car elles ne d\u00e9veloppent, en fait, qu'un seul et m\u00eame th\u00e8me. La diff\u00e9rence principale entre Matthieu et Luc vient du fait que leurs B\u00e9atitudes s'adressent \u00e0 deux groupes diff\u00e9rents.
Luc nous les pr\u00e9sente comme J\u00e9sus les a proclam\u00e9es. Il s'adressait \u00e0 des gens du peuple, et il leur parlait comme l'un d'entre eux. Il leur parlait sans d\u00e9tours et sans nuances, comme les proph\u00e8tes: Vous, les pauvres, \u00eates les premiers \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier des promesses de Dieu.
Matthieu, par contre, se tourne vers son auditoire chr\u00e9tien. L'Eglise s'\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00e9tendue, et ses communaut\u00e9s r\u00e9unissaient les milieux les plus divers : esclaves, gens simples et riches. Et Matthieu, d'une certaine fa\u00e7on, contemple les merveilles que Dieu a r\u00e9alis\u00e9es en eux lorsqu'il met dans la bouche de J\u00e9sus ces paroles de f\u00e9licitation: Heureux ceux qui ont re\u00e7u mon esprit, car ils verront Dieu. Et il ajoute \u00e0 sa liste les artisans de paix et les coeurs purs.
Ainsi Luc indique \u00e0 qui doit \u00eatre pr\u00each\u00e9 d'abord l'Evangile: aux groupes sociaux moins consid\u00e9r\u00e9s et qui ont plus de difficult\u00e9s. Matthieu, par contre, en m\u00eame temps qu'il nous rappelle notre vocation, nous montre comment nous rendre dignes de Dieu qui nous a choisis.
Ceux qui sont dits heureux ne le sont pas parce qu'ils souffrent: l'expression sonnerait mal. Ils le sont parce qu'on leur ouvre le Royaume.
Le Royaume des Cieux est \u00e0 eux (3), et aussit\u00f4t apr\u00e8s: ils poss\u00e9deront la terre. La contradiction n'est qu'apparente.
D'abord, il faut comprendre le terme Cieux selon son usage \u00e0 l'\u00e9poque de J\u00e9sus. Par suite de leur extr\u00eame respect de Dieu, les Juifs ne pronon\u00e7aient pas son nom: ils le d\u00e9signaient par d'autres mots comme les Cieux, la Gloire, la Puissance. Le Royaume des Cieux veut dire litt\u00e9ralement le Royaume de Dieu, tout comme le P\u00e8re des Cieux veut dire: Dieu le P\u00e8re. Dans la bouche de J\u00e9sus le Royaume des Cieux ne d\u00e9signe pas, habituellement, la r\u00e9compense qui nous est promise apr\u00e8s la mort (c'est alors le Royaume du P\u00e8re), mais le Royaume de Dieu qui vient \u00e0 nous sur terre avec J\u00e9sus.
Il faut de m\u00eame donner \u00e0 la terre son vrai sens. Cette terre, pour la Bible, c'\u00e9tait celle de Palestine, car c'est l\u00e0 que Dieu venait sauver son peuple. Et l'Evangile, \u00e0 son tour, n'oppose pas le mat\u00e9riel au spirituel: en fait, le terme "spirituel" ne para\u00eet nulle part dans tout l'\u00e9vangile. Quand Dieu parlait par les proph\u00e8tes, il promettait \u00e0 son peuple un monde o\u00f9 tous leurs besoins seraient satisfaits: des banquets bien arros\u00e9s (Is 25,6), une vie longue, de l'eau pour arroser la terre, la lib\u00e9ration de toutes les oppressions, un royaume de justice. Mais plus que tout cela, Dieu vivrait parmi les hommes et il leur communiquerait son Esprit: Ils seront mon peuple et je serai leur Dieu (Ez 37,24).
De m\u00eame, dans les B\u00e9atitudes, le Royaume de Dieu est en m\u00eame temps la terre de Palestine promise aux enfants d'Abraham et la terre o\u00f9 r\u00e8gne la paix car Dieu y est pr\u00e9sent. Ceux qui ont faim de justice recevront en m\u00eame temps le pain et la saintet\u00e9 de Dieu, parce que dans la Bible justice signifie aussi: \u00eatre tels que Dieu voudrait nous voir.
Et c'est ainsi que J\u00e9sus nous dit que nous serons rassasi\u00e9s ou consol\u00e9s. Notre consolation sur terre est de savoir et de voir que Dieu nous aime et s'occupe de nous et comment en d\u00e9pit de tout, il renverse la situation des opprim\u00e9s. C'est aussi de savoir que, m\u00eame quand il semble ne pas entendre nos pri\u00e8res, notre croix a un sens et un but. Enfin, ce n'est pas rien de savoir que dans l'autre vie Dieu nous donnera plus que tout ce que nous pouvons esp\u00e9rer ou m\u00e9riter.
Jusqu'\u00e0 la venue de J\u00e9sus on avait attendu. J\u00e9sus nous dit qu'un nouvel \u00e2ge a commenc\u00e9: Dieu est parmi nous et son Royaume est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 pour ceux qui ont le coeur pur, c'est-\u00e0-dire que leurs d\u00e9sirs ont \u00e9t\u00e9 purifi\u00e9s: ils verront Dieu.
Heureux... les pers\u00e9cut\u00e9s. Comme Luc, Matthieu d\u00e9veloppe cette derni\u00e8re b\u00e9atitude, car, o\u00f9 que nous soyons, nous ne pouvons pas vivre l'Evangile sans souffrir pers\u00e9cution.

{N}5,{/}13: J\u00e9sus vient de d\u00e9signer ceux qui entrent au Royaume, il va leur rappeler leur mission. L'Eglise est sel et lumi\u00e8re. Pour les Juifs, le sel n'\u00e9tait pas d'abord ce qui donne du go\u00fbt, mais ce qui conserve les aliments. L'alliance de Dieu avec les pr\u00eatres \u00e9tait alliance de sel car elle devait durer toujours (Nb 18,19). Les disciples de J\u00e9sus sont donc le sel de la terre si, gr\u00e2ce \u00e0 eux, le monde reste dans l'alliance avec Dieu. Ils doivent maintenir l'aspiration \u00e0 la vraie justice et ne jamais permettre que les soci\u00e9t\u00e9s humaines se contentent de leur m\u00e9diocrit\u00e9.
Enfants de lumi\u00e8re: Ep 5,8; 1Th 5,4; 1P 2,12.

{N}5,{/}17: Ici commence la pr\u00e9sentation de la nouvelle Loi. Nous sommes loin de ce qu'on cherche souvent dans une religion: des pratiques \u00e0 observer, des je\u00fbnes, des pri\u00e8res et des bonnes oeuvres par lesquelles on m\u00e9rite le salut. J\u00e9sus n'en parlera gu\u00e8re car la Bible s'est d\u00e9j\u00e0 longuement \u00e9tendue \u00e0 ce sujet, et l'\u00e9tude m\u00eame de la Bible montre que ces lois et pratiques sont toujours li\u00e9es \u00e0 une certaine culture, et qu'elles doivent s'adapter avec le temps. 
La Loi (18): ce mot d\u00e9signait parfois toute la religion d'Isra\u00ebl. La Loi et les Proph\u00e8tes: c'\u00e9tait une mani\u00e8re de d\u00e9signer toute la Bible.
Toute la Loi doit se r\u00e9aliser (18). Ici, J\u00e9sus ne parle pas des commandements. Il affirme que la religion de l'Ancien Testament \u00e9tait une \u00e9tape provisoire, mais n\u00e9cessaire de l'histoire du salut. Les proph\u00e9ties devaient se r\u00e9aliser; de m\u00eame les rites et les sacrifices de cette religion qui exprimaient, \u00e0 leur mani\u00e8re, le myst\u00e8re du p\u00e9ch\u00e9 et de la mis\u00e9ricorde devaient s'\u00e9clairer en la personne de J\u00e9sus.
C'est ainsi que pour nous l'observation des lois de la Bible n'est pas une fin en soi. Mais elles sont des expressions de l'amour vrai et elles en sont les garde-fous. En ob\u00e9issant \u00e0 ces lois, nous deviendrons capables d'une disponibilit\u00e9 \u00e0 l'Esprit qui nous m\u00e8nera beaucoup plus loin. C'est ainsi que nous d\u00e9couvrirons une "justice" ou perfection bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle des canonistes de ce temps qu'\u00e9taient les scribes et pharisiens (5,20).
Au moment o\u00f9 il va nous enseigner une nouvelle mani\u00e8re de comprendre la Loi de Dieu, J\u00e9sus nous met en garde contre la tentation de facilit\u00e9. Beaucoup pourraient mal interpr\u00e9ter les paroles de J\u00e9sus et dire: Tant mieux, avec lui pas d'obligations, la religion devient facile! C'est pourquoi J\u00e9sus pr\u00e9cise que celui qui \u00e9carte un des plus petits commandements n'entrera pas dans le Royaume. Il en est de m\u00eame pour tous ceux qui trouvent des pr\u00e9textes pour excuser leur paresse: Ces commandements ne sont pas si importants! J\u00e9sus montre l'esprit de la Loi \u00e0 ceux qui se sont d\u00e9j\u00e0 soumis \u00e0 une loi.

{N}5,{/}21: Ici commencent les oppositions: Vous avez entendu... mais moi je vous dis. Cette formule va se r\u00e9p\u00e9ter six fois. J\u00e9sus fait allusion \u00e0 la lecture biblique qui se faisait chaque sabbat dans les synagogues; de m\u00eame que dans l'Eglise aujourd'hui, chaque semaine avait ses lectures assign\u00e9es. On \u00e9coutait le texte h\u00e9bra\u00efque ou sa traduction en aram\u00e9en, la langue parl\u00e9e, et les dirigeants de la synagogue ou les invit\u00e9s de passage faisaient le commentaire. J\u00e9sus s'\u00e9tait fait conna\u00eetre en prenant la parole dans ces assembl\u00e9es, et il est probable qu'il a dit bien des fois: Vous venez d'entendre, et moi je vous dis, car "il parlait avec autorit\u00e9" (Mt 7,29).
J\u00e9sus ne remet pas en cause les exigences de la Bible, il ne se contente pas non plus d'en faire le commentaire; la loi du Christ, c'est un appel \u00e0 la purification du coeur, c'est-\u00e0-dire de nos intentions et de nos d\u00e9sirs. C'est une lucidit\u00e9 nouvelle qui na\u00eet d'un regard jet\u00e9 sur Dieu. Quand nous nous tournons vers le P\u00e8re (et c'est l\u00e0 la grande nouveaut\u00e9: imiter Dieu-P\u00e8re: 5,48), nous d\u00e9couvrons combien les crit\u00e8res humains de la  moralit\u00e9 sont imparfaits.
N'appelons pas p\u00e9ch\u00e9 seulement ce qui se voit et se condamne. Mes p\u00e9ch\u00e9s sont toutes ces mauvaises pens\u00e9es et d\u00e9sirs que j'entretiens en moi et qui produisent de mauvaises actions quand l'occasion se pr\u00e9sente. J\u00e9sus reviendra bien des fois sur ce point: 12,34.
Jusqu'\u00e0 ce que tu aies restitu\u00e9 le dernier centime. De la m\u00eame fa\u00e7on, r\u00e9parer le mal ne signifie pas simplement rendre ce que j'ai pris. Je dois aussi me demander pourquoi je me laisse entra\u00eener par n'importe quel d\u00e9sir, et comment je pourrai affermir ma volont\u00e9. Nous reconnaissons parfois que nous aimons Dieu tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9ment, et que nous ne pers\u00e9v\u00e9rons gu\u00e8re dans le bien; c'est le r\u00e9sultat de nombreuses ann\u00e9es de p\u00e9ch\u00e9s et d'erreurs. Nous avons trouv\u00e9 le moyen de les oublier mais nous n'avons pas r\u00e9par\u00e9 les d\u00e9g\u00e2ts qu'ils ont faits en nous.
Si nous ne sommes pas purifi\u00e9s ici-bas, nous le serons \u00e0 la mort: l'Eglise appelle cette purification: le "Purgatoire". La transformation qui devra alors s'op\u00e9rer en nous (1Co 15,51) ne pourra se faire sans que l'Esprit ait br\u00fbl\u00e9 (Mt 3,11) les racines du mal jusqu'\u00e0 la derni\u00e8re poussi\u00e8re.

{N}5,{/}27: Tu ne commettras pas d'adult\u00e8re. Pour beaucoup, la fid\u00e9lit\u00e9 conjugale est une loi pesante et d\u00e9mod\u00e9e, qu'on se contente d'admirer chez les autres. J\u00e9sus replace la fid\u00e9lit\u00e9 parmi les lois du monde int\u00e9rieur, dans lequel Dieu, Le Fid\u00e8le, vient r\u00e9gner.
Si ton oeil droit (29). Il faut noter l'opposition: ta main, ou ton oeil, et "toi". Sachez renoncer \u00e0 tout, dira J\u00e9sus, et ici il pr\u00e9cise: jusqu'\u00e0 votre int\u00e9grit\u00e9 physique. S'\u00e9panouir, se sentir bien dans sa peau, que valent ces crit\u00e8res? Chacun pense: "Je veux vivre ma vie"; et pour justifier l'avortement on dira: "Chaque femme dispose de son corps". J\u00e9sus r\u00e9pond que la vraie vie est ailleurs et que le vrai moi se cr\u00e9e en acceptant des mutilations de l'existence pr\u00e9sente.
Est-ce qu'il s'agit seulement de sacrifier ce qui nous entra\u00eenerait \u00e0 une faute grave? La parole de J\u00e9sus va plus loin. On a beau se plaindre de la vie et du monde, on se conserve \u00e0 tout prix pour en jouir. Et si c'\u00e9tait cela le vrai p\u00e9ch\u00e9 et la vraie chute, cette peur du risque, et de sacrifier sa vie pour r\u00e9pondre \u00e0 l'appel de Dieu?
Et J\u00e9sus parle d'un enfer du feu parce qu'il n'y a rien de pire que cela: une vie qui n'aura rien enfant\u00e9, et le moi de l'\u00e9ternit\u00e9, qui aura avort\u00e9.

{N}5,{/}31: Celui qui renvoie sa femme... Voir les commentaires de Mc 10,1; Mt 19,2.
Cette parole de J\u00e9sus vient ici comme un exemple des d\u00e9cisions courageuses qu'un chr\u00e9tien peut \u00eatre appel\u00e9 \u00e0 prendre. Dieu demande parfois des sacrifices h\u00e9ro\u00efques, et ceux qui ne choisissent pas la voie \u00e9troite perdent une part de l'Evangile.
Sauf pour infid\u00e9lit\u00e9. Dans ce cas, les plus anciens textes chr\u00e9tiens enseignaient que l'on pouvait divorcer, mais pas se remarier.
Sauf pour infid\u00e9lit\u00e9. Il faut dire que le texte grec de l'\u00e9vangile n'est pas clair. On peut aussi traduire: except\u00e9 en cas d'union ill\u00e9gitime. Dans ce cas, Matthieu ferait une exception pour de nombreux chr\u00e9tiens - anciens pa\u00efens - qui, en entrant dans l'Eglise, ont dissous leur union ill\u00e9gitime et renvoy\u00e9 leur partenaire (voir 1Co 7,12-16).

{N}5,{/}33: Bien des gens invoquent le nom de Dieu n'importe quand. Si nous parlons de lui de fa\u00e7on si l\u00e9g\u00e8re, c'est parce que nous ne sentons pas le poids de sa pr\u00e9sence. Quel manque de respect que de prendre Dieu \u00e0 t\u00e9moin de notre sinc\u00e9rit\u00e9, alors que nous ne savons m\u00eame pas tout ce qu'il y a en nous de faux et d'impur!
Tout le reste vient du d\u00e9mon, et de la pr\u00e9ocupation pour se d\u00e9fendre et se justifier aux yeux des autres. Les enfants de Dieu laissent au P\u00e8re le soin de leur r\u00e9putation et de leur personne. La v\u00e9rit\u00e9 se saura toujours, et nous honorons le P\u00e8re quand nous nous contentons simplement de donner notre t\u00e9moignage (voir aussi Mt 23,16; Jc 5,12).

{N}5,{/}38: OEil pour oeil, dent pour dent. Nous le lisons dans la Bible parce que, dans le contexte d'alors, c'\u00e9tait une saine maxime (Dt 19,18-21). Elle pr\u00e9tendait mettre une limite \u00e0 la soif de vengeance et rappelait aux juges, et \u00e0 la collectivit\u00e9  elle-m\u00eame, le devoir de d\u00e9fendre ses membres contre ceux qui abusent du faible.
Ne r\u00e9siste pas au m\u00e9chant. J\u00e9sus nous demande de jeter sur l'adversaire le m\u00eame regard qu'il peut jeter sur nous: lequel est le m\u00e9chant?
Pr\u00e9sente encore l'autre joue: sors le premier de l'engrenage de la violence. Comme au judo, d\u00e9concerte l'autre en faisant pr\u00e9cis\u00e9ment le geste qu'il n'attendait pas: peut-\u00eatre alors se rendra-t-il compte qu'il se trompait. J\u00e9sus ne doute pas que ce renoncement \u00e0 la violence et \u00e0 nos int\u00e9r\u00eats obligera le P\u00e8re \u00e0 se manifester et \u00e0 prendre notre d\u00e9fense; n'oublions pas qu'il veut nous amener \u00e0 "voir Dieu" agissant dans notre vie.
Si quelqu'un t'impose une corv\u00e9e. J\u00e9sus parle \u00e0 un peuple d'agriculteurs humili\u00e9s et opprim\u00e9s par les troupes \u00e9trang\u00e8res. Leur r\u00e9action habituelle est la soumission r\u00e9sign\u00e9e qui dissimule la haine et attend la revanche. Mais \u00e9taient-ils capables \u00e0 cette heure l\u00e0 d'\u00e9couter un tel conseil? J\u00e9sus voyait d\u00e9j\u00e0 vers quelle trag\u00e9die le peuple s'acheminait.

{N}5,{/}43: Tu aimeras ton prochain. Nous voici arriv\u00e9s \u00e0 la derni\u00e8re des oppositions entre Loi ancienne et loi nouvelle. L'Ancien Testament parlait d'aimer le prochain, et il s'agissait de solidarit\u00e9 entre les membres du peuple de Dieu. Avec l'Evangile il s'agit de beaucoup plus que d'un \u00e9largissement: c'est l'entr\u00e9e dans un monde totalement diff\u00e9 rent. La solidarit\u00e9 \u00e0 l'int\u00e9rieur du groupe s'appuie sur un instinct inscrit dans la nature. Mais les groupes sociaux n'existent et ne trouvent leur identit\u00e9 qu'en s'opposant \u00e0 d'autres.
Tu ne feras pas de cadeau \u00e0 ton ennemi. Cela ne se trouve pas tel quel dans la Bible, mais on en a l'\u00e9quivalent en divers endroits (Dt 7,2). Parlant des ennemis de la nation et non des ennemis personnels, il est demand\u00e9 de se m\u00e9fier d'eux, de ne pas les aider et m\u00eame de les exterminer, plut\u00f4t que de partager leurs erreurs.
Si aujourd'hui, en bien des pays, on comprend que l'amour du prochain n'a pas de fronti\u00e8res, il faut bien reconna\u00eetre que c'est l\u00e0 un fruit de l'Evangile: J\u00e9sus nous a ouvert l'esprit sur l'amour du prochain qui prend pour mod\u00e8le l'amour universel du Dieu P\u00e8re. Il suffit d'ouvrir un journal pour voir que cet amour du prochain, quel qu'il soit, et m\u00eame s'il appartient \u00e0 un groupe social, ou national, ou religieux en lutte contre le n\u00f4tre, reste \u00e9tranger \u00e0 la plupart, m\u00eame des croyants en pays chr\u00e9tiens. Quand nous comprenons que chaque personne a sa place dans ce monde et que Dieu dirige tout pour le b\u00e9n\u00e9fice de tous, nous voyons comme Dieu et nous sommes parfaits comme le P\u00e8re est parfait. "Parfaits", en un sens tr\u00e8s r\u00e9el, bien que gardant beaucoup d'imperfections.
Aimez vos ennemis: Mc 12,31; Lc 10,27; Rm 13,9; Ga 5,14; Rm 12,20; Lc 23,34; Ac 7,60; Rm 12,14; Ep 5,21.

{N}6,{/}1: Apr\u00e8s les six oppositions ("mais moi, je vous dis..."), Matthieu nous donne trois exemples d'un autre secret sans lequel nous ne verrons pas Dieu: agir pour lui seul, sans vouloir que qui que ce soit le sache, et de telle fa\u00e7on que nous-m\u00eames l'aurons aussit\u00f4t oubli\u00e9.
Ceux qui jouent la com\u00e9die. L'expression va revenir trois fois \u00e0 propos des bonnes actions, de la  pri\u00e8re et du je\u00fbne. On traduit souvent par "hypocrites" un mot grec employ\u00e9 ici, qui d\u00e9signe de fa\u00e7on plus large ceux qui seulement cherchent \u00e0 para\u00eetre, ou qui sont superficiels et ne veulent rien approfondir.
Il est peut-\u00eatre difficile de ne pas jouer la com\u00e9die pour les autres, mais il est bien plus difficile de faire le bien sans se regarder soi-m\u00eame: c'est pourtant le secret qui nous fait entrer dans les secrets de Dieu.

{N}6,{/}5: La valeur de la pri\u00e8re n'est ni dans le nombre des paroles, ni dans la simple r\u00e9p\u00e9tition de formules. Elle est surtout dans notre attitude int\u00e9rieure de foi et d'amour pour Dieu. Nous devons essayer de centrer notre esprit et notre coeur sur Dieu, P\u00e8re et ami, un Dieu qui nous aime et nous attend toujours pour partager un moment de silence. Prier, ce n'est pas parler beaucoup, ni vouloir imposer notre volont\u00e9 \u00e0 Dieu, mais abandonner notre vie entre les mains aimantes du P\u00e8re.

{N}6,{/}9: J\u00e9sus donne le Notre P\u00e8re \u00e0 ses disciples comme la pri\u00e8re parfaite qui vient du coeur des enfants de Dieu, parce qu'elle exprime ce qu'ils doivent demander, dans l'ordre o\u00f9 ils doivent le d\u00e9sirer. En r\u00e9alit\u00e9 nous avons deux textes du Notre P\u00e8re, car Luc en donne un texte plus court (11,1). Beaucoup pensent que Matthieu donne une formule un peu \u00e9largie et mieux compos\u00e9e qui se serait impos\u00e9e d\u00e8s la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration chr\u00e9tienne, mais ce n'est pas du tout s\u00fbr. Dans Matthieu il y a douze vers qui forment sept demandes: deux chiffres parfaits. Trois (nombre de Dieu) qui se rapportent \u00e0 Dieu, quatre (chiffre de la terre) qui nous concernent.
Les contemporains de J\u00e9sus employaient le mot Ciel pour d\u00e9signer Dieu parce qu'ils ne devaient pas prononcer son nom. De m\u00eame J\u00e9sus dit: P\u00e8re qui es au Ciel, c'est-\u00e0-dire: Dieu P\u00e8re.
Nous aussi nous continuons de parler du Ciel pour d\u00e9signer un autre monde, une autre r\u00e9alit\u00e9 immat\u00e9rielle qui n'est pas en haut ni en bas, mais o\u00f9 Dieu est tout, et o\u00f9 il partage tout ce qu'il est avec ceux qui l'aiment. En nous tournant vers le P\u00e8re qui est aux cieux, nous ne voulons pas dire qu'il est loin, ou tr\u00e8s au-dessus de nous. Nous essayons seulement d'\u00e9lever notre esprit vers lui. Nous reconnaissons que nos paroles ne sont pas dignes de lui, que nos pr\u00e9occupations sont \u00e9go\u00efstes et limit\u00e9es quand nous les comparons \u00e0 l'ampleur de ses pens\u00e9es et \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de son amour. Nous tourner vers lui et l'appeler notre P\u00e8re nous est devenu naturel, mais c'est un privil\u00e8ge de ceux que J\u00e9sus a enseign\u00e9s.
La Bible parle de Dieu et aussi du Nom de Dieu. Toute la cr\u00e9ation n'est qu'une manifestation de Dieu. Il remplit cet univers, mais l'univers ne contient pas Dieu et Dieu n'est pas dans un endroit d\u00e9termin\u00e9. Donc nous parlons de son Nom pour d\u00e9signer sa pr\u00e9sence active, son \u00e9clat, sa splendeur qui recouvre tout. C'est un peu comme mettre une distance entre ce que nous savons de lui et ce qu'il est.
Que ton Nom soit sanctifi\u00e9! Que ton nom soit connu et proclam\u00e9 saint! Que ta splendeur et ta g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 se voient en tous ceux qui deviennent tes enfants (5,16). Que ceux qui gardent tes paroles accueillent ta pr\u00e9sence et tes richesses. Selon Jean, le P\u00e8re d\u00e9sire implanter en nous son Nom (Jn 17,11), afin que nous soyons unis \u00e0 lui jour et nuit, comme le P\u00e8re et le Fils sont unis par l'Esprit Saint.
Que ton r\u00e8gne vienne. Avec la venue de J\u00e9sus, son Royaume est venu \u00e0 nous. Dieu r\u00e8gne en tout lieu o\u00f9 les hommes l'ont connu par la parole de J\u00e9sus. L\u00e0 il peut agir sans danger d'\u00eatre mal compris parce qu'il est connu selon ce qu'il est. Les croyants le reconnaissent dans le don de son Fils, dans l'humiliation du Fils et dans leur amour mutuel. A partir de cette d\u00e9couverte, l'amour et la mis\u00e9ricorde se r\u00e9pandent et, avec le temps, nous verrons quelques fruits de ce Royaume. Les enfants de Dieu sont des personnes r\u00e9concili\u00e9es; ils deviennent un ferment dans la soci\u00e9t\u00e9 et toute la personne humaine avec ses projets, son travail, ses plans \u00e9conomiques et politiques, avance vers le but commun: tout et tous doivent revenir au P\u00e8re.
Gr\u00e2ce \u00e0 notre travail, ou malgr\u00e9 notre indiff\u00e9rence, le Royaume de Dieu viendra, avec ou sans nous, parce qu'en r\u00e9alit\u00e9, il est d\u00e9j\u00e0 parmi nous.
Que ta volont\u00e9 soit faite. Telles seront les paroles de J\u00e9sus \u00e0 Geths\u00e9mani; cette parole condamne bien des pri\u00e8res o\u00f9 nous voudrions obliger Dieu \u00e0 agir. Certains croient que leur foi est grande parce qu'ils s'adressent toujours \u00e0 Dieu pour r\u00e9soudre leurs probl\u00e8mes. En r\u00e9alit\u00e9 les enfants de Dieu \u00e9l\u00e8vent leur esprit vers lui pour que la volont\u00e9 de Dieu devienne leur propre volont\u00e9.
Sur la terre comme au ciel. Cette pr\u00e9cision s'applique aux trois demandes pr\u00e9c\u00e9dentes. Elle nous rappelle que tout ce qui est cr\u00e9\u00e9 et soumis au temps d\u00e9pend d'un autre monde, non cr\u00e9\u00e9, o\u00f9 le temps n'existe pas, et qui n'est autre que le myst\u00e8re de Dieu. L\u00e0 le P\u00e8re, source de l'\u00eatre divin, jouit de son infinie perfection dans le don mutuel des personnes divines, et face \u00e0 lui sont ses \u00e9lus: il les voit tels qu'ils seront apr\u00e8s la r\u00e9surrection. Il voit l'univers unifi\u00e9 dans le Christ et sa volont\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e et glorifi\u00e9e par tous. Nous, qui vivons dans le temps, t\u00e9moins d'une mise au monde dans la douleur, d'un triomphe apparent du mal, nous prions que tout se fasse d'accord avec le plan de Dieu, qui finalement se r\u00e9alisera.
Nous demandons au P\u00e8re le pain qu'il a promis \u00e0 ceux qui sont attentifs \u00e0 sa Parole (Dt 8,3). L'homme moderne pense que tout son bien-\u00eatre mat\u00e9riel provient de ses propres efforts. Mais la Bible nous dit que tout d\u00e9pend \u00e0 la fois de Dieu et de nous-m\u00eames. Seuls, nous ferons quelques miracles \u00e9conomiques pour un temps, mais nous gaspillerons aussi les richesses accumul\u00e9es. Celui qui attend de Dieu, non pas son pain, mais notre pain, mettra toute son \u00e9nergie \u00e0 trouver un emploi, \u00e0 faire un travail utile et \u00e0 faire avancer la justice l\u00e0 o\u00f9 il travaille.
Faut-il dire: le pain qu'il nous faut, ou: de chaque jour, ou supersubstantiel? Car le texte original emploie un mot difficile qui peut avoir ces diff\u00e9rents sens. Beaucoup ont compris que les enfants de Dieu sentent le besoin de bien plus de choses que n'en r\u00e9clame leur corps, et que l'eucharistie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 vis\u00e9e ici comme elle le sera dans le miracle de la multiplication des pains.
Le Notre P\u00e8re parle des dettes que nous devons pardonner (6,12). Mais dans 6,14 nous lisons les offenses. Il est clair que pour J\u00e9sus, dettes et offenses se ressemblent. Quand nous pardonnons \u00e0 quelqu'un qui nous demande pardon, nous ne lui faisons aucun cadeau et nous n'y avons aucun m\u00e9rite: c'est nous qui nous d\u00e9barrassons d'une rancune ou d'une haine qui nous empoisonnait. S'attacher \u00e0 son droit est une fa\u00e7on de s'ancrer dans ce monde. Dieu veut nous pardonner et nous rapprocher de lui, mais comment le fera-t-il si nous nous cramponnons aux choses de ce monde?
J\u00e9sus parle \u00e0 des pauvres, habitu\u00e9s \u00e0 des dettes souvent trop lourdes pour \u00eatre pay\u00e9es, \u00e0 des pauvres forc\u00e9s de vivre avec des voisins qu'ils n'ont pas choisis, ce qui augmente les occasions de s'offenser mutuellement. Aujourd'hui bien des gens ont une vie ind\u00e9pendante et leur id\u00e9al est de ne rien devoir \u00e0 personne. A cause de cette suffisance, il leur est difficile de comprendre la mis\u00e9ricorde de Dieu pour ces pauvres que nous sommes devant Lui.
Ne nous laisse pas tomber dans la tentation. Ainsi parle celui qui est conscient de sa faiblesse. Et nous serons encore plus prudents si nous savons que l'ennemi n'est pas le mal mais le Mauvais. Quelqu'un, plus fort que nous, est \u00e0 l'aff\u00fbt pour nous \u00e9garer, paralyser notre foi et nous jeter \u00e0 terre pour peu que nous n\u00e9gligions les moyens que J\u00e9sus nous donne pour pers\u00e9v\u00e9rer dans la foi et dans l'Eglise.

{N}6,{/}16: Ici, J\u00e9sus ne justifie pas le je\u00fbne, il ne le condamne pas non plus (9,15; 17,21). Il a lui-m\u00eame je\u00fbn\u00e9: 4,2. Il affirme seulement que le je\u00fbne est sans valeur si nous cherchons l'approbation des hommes et non celle de Dieu. Ce paragraphe doit se lire \u00e0 la suite de 6,1 et 6,5 qui demandaient de faire le bien sans chercher \u00e0 se faire voir.
Le je\u00fbne se pratique dans toutes les religions: c'est une mani\u00e8re d'attirer l'attention de Dieu, surtout quand il nous arrive de grands malheurs (Jo\u00ebl 2,12); cela convient \u00e0 ceux qui se sentent coupables et d\u00e9sirent \u00e9veiller la mis\u00e9ricorde de Dieu (Jon 3,8). C'est aussi un moyen d'apprendre la ma\u00eetrise de soi et de stimuler notre \u00e9nergie pour nous pr\u00e9parer \u00e0 recevoir les gr\u00e2ces de Dieu.
La Bible accorde une place limit\u00e9e au je\u00fbne; les proph\u00e8tes d\u00e9clarent que le je\u00fbne ne sert \u00e0 rien s'il ne va pas de pair avec une attitude plus juste envers notre prochain: Is 58; Za 7,5.
Certaines personnes se servent du je\u00fbne comme d'un moyen de pression sociale, comme d'une arme politique pour attirer l'attention sur leurs revendications. C'est tr\u00e8s bien, mais c'est diff\u00e9rent du je\u00fbne dont parle J\u00e9sus, lequel s'adresse \u00e0 Dieu et non pas \u00e0 l'opinion publique (Mt 6,18). Il entra\u00eene, de la part de celui qui je\u00fbne, une disposition int\u00e9rieure de conversion et le regret de ses propres p\u00e9ch\u00e9s.

{N}6,{/}19: N'amassez pas richesses et r\u00e9serves sur terre. L'\u00e9vangile dit: "Ne vous th\u00e9saurisez pas des tr\u00e9sors", mais "tr\u00e9sor" a davantage le sens de richesse mise en r\u00e9serve, que de chose aim\u00e9e. 
Pendant des si\u00e8cles la majorit\u00e9 des hommes n'ont gu\u00e8re eu de r\u00e9serves personnelles: la famille ou le clan les prenait en charge dans l'adversit\u00e9. Aujourd'hui chacun doit se prendre en charge; c'est peut-\u00eatre mieux, mais comment \u00e9chapper \u00e0 cette obsession du futur \u00e0 assurer? J\u00e9sus nous invite une fois encore \u00e0 croire en la Providence du  P\u00e8re: si nous nous chargeons de ses affaires, il se chargera des n\u00f4tres.
L\u00e0 aussi sera ton coeur. (Dans la culture juive, le coeur est le lieu des jugements et des d\u00e9cisions). Ce n'est pas moi qui poss\u00e8de les choses, mais ce sont elles qui me poss\u00e8dent et qui m'imposent peu \u00e0 peu tel ou tel style de vie. 
L\u00e0 sera ton coeur. C'est cette certitude qui inspire toute recherche de la "pauvret\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique". Il s'agit de se lib\u00e9rer au maximum pour agir et pour aimer. J\u00e9sus nous appelle \u00e0 l'action d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, et en m\u00eame temps il nous met en garde contre l'attachement d\u00e9sordonn\u00e9 aux personnes, aux id\u00e9es et aux propri\u00e9t\u00e9s: tout entreprendre, mais ne jamais s'attacher aux fruits de l'action. 

{N}6,{/}22: L'oeil est ici la conscience. Mais par ailleurs, avoir l'oeil lumineux signifiait alors g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, l'avoir obscur signifiait mesquinerie. J\u00e9sus souligne ce qu'il vient de dire: notre conscience \u00e9gar\u00e9e nous \u00e9gare et nous replie sur nous-m\u00eames

{N}6,{/}24: Personne ne peut servir deux ma\u00eetres. Ce d\u00e9but nous aide \u00e0 comprendre o\u00f9 J\u00e9sus veut en venir: il veut que nous nous lib\u00e9rions de nos soucis afin de servir Dieu.
La Bible avait d\u00e9j\u00e0 enseign\u00e9 qu'il faut choisir entre Dieu et les faux dieux. J\u00e9sus d\u00e9clare que l'argent est un faux dieu parce qu'il promet bonheur et s\u00e9curit\u00e9 pour l'avenir, mais en nous faisant perdre notre v\u00e9ritable richesse: le moment pr\u00e9sent.
Entendons-nous: l'argent et les comptes en banque sont des moyens n\u00e9cessaires dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne et il n'est pas question de les condamner: comme tous les moyens on peut en faire un bon et un mauvais usage. Mais l'argent est le moyen d'avoir tout le reste, et il est plus encore ce qu'on met de c\u00f4t\u00e9 pour assurer l'avenir. Servir l'argent, c'est compter sur lui pour nous donner la vie dans le pr\u00e9sent (Lc 12,15) et assurer notre avenir, alors que tout, \u00e0 chaque instant, d\u00e9pend directement de Dieu.
Quand nous ne pensons qu'\u00e0 assurer l'avenir, en bons avares du compte en banque, nous sommes incapables de vivre vraiment et librement; nous n\u00e9gligeons notre croissance personnelle, notre vie de famille, et nous rampons devant les puissants.
Pourquoi vous inqui\u00e9ter? Toute l'oeuvre de Dieu est lib\u00e9ration, mais est-ce que nous avons assez la foi pour nous lib\u00e9rer de tant de pr\u00e9occupations?
Pourquoi cette comparaison avec les fleurs et les oiseaux? Si Dieu nous a donn\u00e9 deux bras et un cerveau, c'est pour que nous nous en servions. Mais J\u00e9sus nous montre que si Dieu soigne et embellit la plus petite de ses cr\u00e9atures, il s'int\u00e9resse encore plus \u00e0 chacun de nous et d\u00e9sire que notre vie soit belle, noble et parfaite.
Cherchez d'abord le Royaume et la justice de Dieu. Il s'agit l\u00e0 de choses tr\u00e8s concr\u00e8tes: le Royaume, c'est-\u00e0-dire une transparence de Dieu dans notre vie; sa justice, c'est-\u00e0-dire une mise en ordre sous son regard de tout ce que nous sommes et ce que nous faisons. Un beau risque \u00e0 prendre pour un jeune, pour un couple: commencer \u00e0 penser avenir, famille et activit\u00e9s apostoliques selon les crit\u00e8res de l'Evangile et non plus sous la pression de la course au niveau de vie. Donner son temps pour l'Evangile; aimer les enfants comme Dieu les aime, ceux qui ont appris \u00e0 avoir moins pour partager avec les fr\u00e8res et soeurs, et qui vivront pour une mission, non celui qu'on munit de dipl\u00f4mes pour que l'argent lui vienne.

{N}7,{/}1: Sans doute J\u00e9sus a-t-il prononc\u00e9 ces paroles dans le m\u00eame sens que celles qu'on lit en 5,43. Tr\u00e8s habituellement ceux qui se consid\u00e8rent comme le parti des bons, ou le groupe des convertis, jugent et critiquent ceux qui sont de l'autre bord. C'est l\u00e0 une forme d'orgueil que les auteurs spirituels appellent le "d\u00e9faut des commen\u00e7ants". Elle est tellement inscrite dans la nature humaine que bien des "justes" de la Bible exprimaient leur r\u00e9probation des "p\u00e9cheurs" qui n'observent pas la loi de Dieu. Et la nouvelle loi nous dit au contraire de ne pas nous croire sup\u00e9rieurs ou nous faire juges de ceux qui vont - ou que Dieu m\u00e8ne, par un chemin diff\u00e9rent du n\u00f4tre. 
Ne jugez pas. Nous devons juger dans le sens de distinguer entre le bien et le mal autour de nous. M\u00eame si c'est un facteur de r\u00e9ussite que de ne jamais m\u00e9contenter personne, il faudra avoir le courage de dire \u00e0 d'autres ce qu'ils font de mal (voir Lev 19,17; Ga 6,15 ). Mais ici juger a le sens de condamner. 
J\u00e9sus nous r\u00e9v\u00e8le l'unit\u00e9 profonde de tous et de tout en Dieu. D\u00e8s que nous barrons le passage \u00e0 la mis\u00e9ricorde, nous nous laissons retomber du monde de Dieu, et c'est nous qui la perdons.
Ne jugez pas. Voir Rm 2,1; 14,4; 1Co 5,12; Jc 4,11.

{N}7,{/}6: Ne mettez pas vos perles \u00e0 la vue des porcs. J\u00e9sus avertit ses disciples vivant dans un monde hostile. Il ne faut pas tout dire \u00e0 tout le monde. Dieu nous a donn\u00e9 des dons merveilleux: il ne faut pas les partager sans discernement et sans respecter les cheminements n\u00e9cessaires avec le premier rencontr\u00e9 en pensant que cela l'am\u00e8nera \u00e0 la foi.

{N}7,{/}7: Voir commentaire de Lc 11,9; Mc 11,24; Jn 14,13; 15,7; Jc 1,5.

{N}7,{/}13: Entrez par la porte \u00e9troite. Peut-\u00eatre quelqu'un vient-il de demander \u00e0 J\u00e9sus: "Qui sera sauv\u00e9?" (Mt 19,25). J\u00e9sus n'a jamais dit si ceux qui partageront la vie \u00e9ternelle seront nombreux ou pas. Mais il a souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que tr\u00e8s peu seraient choisis parmi les nombreux appel\u00e9s. Cela veut dire que m\u00eame si de nombreuses personnes ont eu le privil\u00e8ge de le rencontrer, tr\u00e8s peu font l'exp\u00e9rience des richesses de l'Evangile et produisent des fruits. Les \u00e9lus sont ceux qui pers\u00e9v\u00e8rent et qui recherchent la v\u00e9ritable libert\u00e9.
Beaucoup choisissent le chemin qui m\u00e8ne \u00e0 la perdition. Ils ne prennent pas le chemin o\u00f9 J\u00e9sus serait tout pour eux. Ils gaspillent les dons de Dieu qui leur sont confi\u00e9s et ils deviennent apparemment inutiles pour le Royaume. Cependant, m\u00eame ainsi, ils ne sont pas priv\u00e9s de la mis\u00e9ricorde de Dieu.

{N}7,{/}15: Il est probable que Matthieu cite ces paroles de J\u00e9sus \u00e0 l'intention de certains qui se donnaient le titre de proph\u00e8tes charismatiques dans l'Eglise primitive, et qui peut-\u00eatre avaient re\u00e7u des dons de l'Esprit, mais qui s'\u00e9taient bien d\u00e9form\u00e9s avec le temps. D'une fa\u00e7on plus large les paroles de J\u00e9sus visent tous ceux qui encouragent la division, le mensonge et la violence, m\u00eame quand ils pr\u00e9tendent servir une cause juste. 
Les proph\u00e8tes se couvraient d'une peau de mouton en guise de manteau: un loup pouvait s'y cacher. Le monde a toujours eu beaucoup de faux proph\u00e8tes, habituellement les proph\u00e8tes du bonheur facile, et si la Parole de Dieu les condamne, beaucoup diront qu'on l'a mal comprise. Il serait bon cependant de se demander pourquoi notre saint et sacr\u00e9 lib\u00e9ralisme s\u00e8me la mort dans bien des domaines, et asphyxie chez tant de personnes la capacit\u00e9 de croire et d'esp\u00e9rer.
Iriez-vous chercher des raisins sur les \u00e9pines (16). J\u00e9sus nous invite \u00e0 consid\u00e9rer les faits et \u00e0 en tirer des conclusions. Mais comme cela nous co\u00fbte de regarder lucidement la r\u00e9alit\u00e9 au milieu de laquelle nous vivons, nous pr\u00e9f\u00e9rons discuter sur des id\u00e9es. J\u00e9sus, form\u00e9 par le travail manuel, se m\u00e9fie des discours et des th\u00e9ories.

{N}7,{/}21: Au jour du jugement beaucoup me diront. Il est probable que Matthieu cite cette parole \u00e0 l'intention des proph\u00e8tes charismatiques qui s\u00e8ment le trouble dans ses communaut\u00e9s et se dispensent d'ob\u00e9ir aux r\u00e8gles qui valent pour tout le monde. Si nous enseignons ou si nous faisons des miracles, ces dons et ces minist\u00e8res sont pour le bien de la communaut\u00e9 et ne signifient pas que nous sommes dans la gr\u00e2ce de Dieu. La vraie foi se manifeste par l'amour et la fid\u00e9lit\u00e9 (Ga 5,6): elle nous conduit \u00e0 suivre la Loi (Jc 2,8).
Si quelqu'un \u00e9coute mes paroles (24). Ici J\u00e9sus nous donne une d\u00e9finition du mot "Amen" que nous pronon\u00e7ons si souvent \u00e0 la fin de nos pri\u00e8res. En h\u00e9breu le verbe "Aman" veut dire "fonder quelque chose, poser les fondations d'un b\u00e2timent...". Lorsque nous disons "Amen" nous proclamons que la pri\u00e8re que nous venons de faire, que la lecture que nous venons d'entendre est le roc sur lequel nous voulons b\u00e2tir notre vie.
Ainsi J\u00e9sus parle de ceux qui ont \u00e9cout\u00e9 ses paroles; mais s'ils ne b\u00e2tissent pas leur vie sur des bases solides comme la m\u00e9ditation biblique, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, la lutte contre ce qui entra\u00eene au mal, le partage dans la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, s'ils ne font pas "amen" sur sa parole, tout s'\u00e9croulera plus tard.
Ce paragraphe met fin au premier Discours de l'Evangile de Matthieu. Un nouveau Discours commencera au chapitre 10.

{N}8,{/}1: Dans cette nouvelle section de son \u00e9van gile (8,1-9,35) Matthieu a plac\u00e9 une collection de miracles Pour lui, ces miracles ne sont pas seulement des choses extraordinaires: ils nous r\u00e9v\u00e8lent les traits du v\u00e9ritable disciple de J\u00e9sus.
Pour commencer, le l\u00e9preux gu\u00e9ri: un acte de courage de la part de J\u00e9sus, et un acte qui viole ouvertement la "loi de puret\u00e9". Voir commentaire de Mc 1,40.
Ensuite (8,5), la foi du centurion, l'officier romain. J\u00e9sus parle des Juifs qui vont \u00eatre exclus du Royaume de Dieu. Cela pourrait valoir aussi pour les nouveaux h\u00e9ritiers du Royaume que sont les chr\u00e9tiens d'Occident.
Ceux pour qui \u00e9tait le Royaume (12). Le texte emploie l'expression h\u00e9bra\u00efque: "les fils du Royaume" pour d\u00e9signer l'ensemble du peuple Juif \u00e0 qui devait revenir le Royaume de Dieu. A cette \u00e9poque, pour tous, la religion faisait partie de la culture, et il n'\u00e9tait pas question de conversion personnelle: les enfants de famille juive seraient des croyants juifs. Les ma\u00ectres en religion ne m\u00e9prisaient pas la foi, mais en fait ils parlaient surtout des pratiques et coutumes \u00e0 respecter. J\u00e9sus ne m\u00e9prise pas ces pratiques, mais c'est la foi qu'il cherche, et il l'admire quand il la trouve.
De m\u00eame pour nous, nouveaux h\u00e9ritiers du Royaume, ce ne sont pas nos habitudes ou nos connaissances religieuses qui nous feront entrer: il faudra que nous d\u00e9couvrions la pr\u00e9sence aimante de Dieu \u00e0 la lumi\u00e8re de tant de paroles et gestes de J\u00e9sus qui ont tout pour nous choquer.
Ils seront jet\u00e9s dans les t\u00e9n\u00e8bres. Ne parlons pas tout de suite de l'enfer: J\u00e9sus emploie le langage des proph\u00e8tes. Mais s'en tenir aux apparences d'une religion apprise au lieu de croire, c'est aller n'importe o\u00f9 ailleurs que l\u00e0 o\u00f9 est la vie.

{N}9,{/}7: _Voir le commentaire de Mc 2,1; Lc 5,17.
Ils rendaient gloire \u00e0 Dieu pour avoir donn\u00e9 un tel pouvoir \u00e0 des humains (8). Cette formule est un peu gauche. La foule s'\u00e9tonne en voyant comment le pouvoir sauveur de Dieu vient se manifester parmi les hommes, et par un homme,  J\u00e9sus. 
Mais Matthieu ne veut pas s\u00e9parer l'Eglise du Christ: toute communaut\u00e9 chr\u00e9tienne re\u00e7oit des dons de Dieu pour gu\u00e9rir et pour r\u00e9concilier. On sait que les ministres de l'Eglise ont autorit\u00e9 pour pardonner, mais la gr\u00e2ce de Dieu passe aussi par bien d'autres canaux (1Co 5,35; 2Co 2,5-11). Quand nous acceptons humblement la correction fraternelle, quand il y a pardon r\u00e9ciproque entre mari et femme, c'est le Christ qui pardonne et ce qui est pardonn\u00e9 sur terre est aussi pardonn\u00e9 au ciel (Mt 18,18).

{N}9,{/}9: L'\u00e9poux (15). Le peuple de Dieu \u00e9tait l'\u00e9pouse, et Yahv\u00e9 devait venir \u00e0 lui comme l'\u00e9poux. Il est donc clair que J\u00e9sus est conscient d'\u00eatre Dieu-Fils venu parmi les hommes. Voir aussi Mc 2,13.

{N}9,{/}20: Une femme vint toucher la frange de son manteau. Comme tout bon Juif, J\u00e9sus portait un v\u00eatement avec des franges (Nb 15,38; Mt 23,5).

{N}9,{/}27: Ils le suivaient en criant. Comment, s'ils \u00e9taient aveugles? En tr\u00e9buchant et en se faisant conduire par d'autres. Quand nous p\u00e9chons, crions vers Dieu et continuons de chercher le Christ.

{N}9,{/}35: Il eut piti\u00e9 d'eux, parce qu'ils \u00e9taient comme des brebis sans berger. Voir Nb 27,17; Ez 34,5; Za 10,2; Jn 4,35; Mc 6,34; et Lc 10,2.
Avec ce paragraphe qui r\u00e9sume en quelques lignes le minist\u00e8re de J\u00e9sus en Galil\u00e9e, Matthieu entend montrer que le Royaume de Dieu est bien l\u00e0: le mal a re\u00e7u un coup mortel.
En J\u00e9sus, Dieu lui-m\u00eame \u00e9tait venu gu\u00e9rir l'humanit\u00e9. Mais, comme il s'agit l\u00e0 d'une t\u00e2che longue et difficile, il fallait des signes visibles pour nous aider \u00e0 croire que quelque chose se fait; c'est pourquoi J\u00e9sus devait gu\u00e9rir les malades. Mais de nos jours encore, les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes doivent donner des signes du salut qu'elles pr\u00eachent et apportent. Les dons de gu\u00e9rison des malades ne suffisent pas, car le d\u00e9mon a sa place aussi dans le mal social.
J\u00e9sus demande que chacun de nous mette ses talents au service de l'humanit\u00e9. Mais il a aussi besoin d'ouvriers pour la moisson du Royaume, c'est-\u00e0-dire pour transmettre l'appel de Dieu et pour rassembler en Eglise. "Priez" dit J\u00e9sus, et vous comprendrez peut-\u00eatre que Dieu vous appelle.
Bien s\u00fbr, chaque communaut\u00e9 chr\u00e9tienne demande \u00e0 Dieu, et l'Esprit fait surgir en elle, les charismes, les ministres et les pasteurs dont elle a besoin. Mais ici J\u00e9sus nous demande de prier pour avoir des ouvriers engag\u00e9s dans la mission: ils sont et seront toujours trop peu nombreux, surtout ceux qui \u00e9vang\u00e9lisent et b\u00e2tissent l'Eglise parmi les pauvres.

{N}10,{/}1: Jusqu'\u00e0 ce moment-l\u00e0, J\u00e9sus pr\u00eachait dans les synagogues autour de Capharna\u00fcm. Maintenant il est connu, il a des disciples et il commence \u00e0 attirer la foule. C'est alors qu'il \u00e9tablit le groupe des "Douze". Il a besoin d'eux pour organiser ses r\u00e9unions, pour transmettre sa doctrine et pour multiplier les signes miraculeux qu'il accomplit parmi les malades.
J\u00e9sus pense d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son Eglise et il d\u00e9sire lui donner une t\u00eate: ce sera le groupe des ap\u00f4tres. Ils seront les t\u00e9moins de J\u00e9sus et, pour les pr\u00e9parer, il leur enseigne une mani\u00e8re de vivre, et de vivre en communaut\u00e9, qui servira de mod\u00e8le \u00e0 l'Eglise.
Il appela \u00e0 lui ceux qu'il voulut (Mc 3,13). A leur tour, ils en appelleront d'autres. Dans l'Eglise tout le monde peut "faire de l'apostolat". Mais personne ne se fait "ap\u00f4tre", c'est-\u00e0-dire t\u00e9moin officiel du Christ: il faut \u00eatre appel\u00e9 \u00e0 cette responsabilit\u00e9.
Pour ce qui concerne les douze, voir le commentaire de Mc 3,13.

{N}10,{/}5: D\u00e8s le paragraphe qui d\u00e9bute en 9,35, Matthieu pr\u00e9parait ce troisi\u00e8me "discours de J\u00e9sus" (voir l'Introduction). J\u00e9sus a commenc\u00e9 la mission, il forme et il envoie les missionnaires. Ap\u00f4tre veut dire: envoy\u00e9, et mission aussi veut dire: envoi.
Le P\u00e8re a envoy\u00e9 son Fils sur terre, et le Fils \u00e0 son tour envoie ses ap\u00f4tres. Le P\u00e8re envoie des messagers de sa Parole, mais il envoie aussi son Esprit pour toucher le coeur et l'esprit de ceux qui \u00e9coutent. Gr\u00e2ce \u00e0 l'Esprit, ils reconna\u00eetront la parole de Dieu dans les pauvres discours de ces messagers sans grande instruction. L'Esprit donnera des signes: gu\u00e9risons et gr\u00e2ces \u00e9tonnantes qui appuieront le t\u00e9moignage des envoy\u00e9s.
Les successeurs des ap\u00f4tres seront comme eux des missionnaires. Ils ne seront pas d'abord les  administrateurs d'une Eglise \u00e9tablie, mais vivant comme pauvres entre des pauvres, ils feront se lever des Eglises nouvelles (voir 1Co 3,10; 12,28).
Ce nouveau chapitre nous parle donc de la mission, premier souci de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne. Dans la premi\u00e8re partie (5-16) J\u00e9sus s'adresse aux premiers missionnaires de Galil\u00e9e. Dans une seconde partie (17-42) Matthieu r\u00e9unit des paroles que J\u00e9sus a prononc\u00e9es en des circonstances tr\u00e8s diverses, et il les adapte pour ses lecteurs au moment o\u00f9 l'Eglise commence \u00e0 \u00eatre pers\u00e9cut\u00e9e dans l'empire romain, 
Voir le commentaire de Mc 6,7 et Lc 10,1.
N'allez pas vers les pa\u00efens. J\u00e9sus suit le plan de salut de son P\u00e8re comme il est pr\u00e9vu dans la Bible. Le Sauveur devait d'abord rassembler les brebis perdues d'Isra\u00ebl et conduire ensuite au salut toutes les nations pa\u00efennes: Is 49,6; 60,1-10; Za 14,16; Mt 15,24.
Qui vous accueille (40). Repousser les messagers revient \u00e0 ignorer l'appel du P\u00e8re et \u00e0 perdre la meilleure chance de notre vie.

{N}10,{/}16: {C}LES MARTYRS{/}
Ici Matthieu nous pr\u00e9sente des avis que J\u00e9sus a donn\u00e9s \u00e0 ses t\u00e9moins sur la fa\u00e7on de faire face aux pers\u00e9cutions. J\u00e9sus a v\u00e9cu de longues semaines en semi-clandestinit\u00e9, et ses premiers missionnaires ont s\u00fbrement connu les m\u00eames menaces. En relatant ces paroles, Matthieu les a peut-\u00eatre adapt\u00e9es un peu \u00e0 la situation des chr\u00e9tiens de son temps, il ne les a pas invent\u00e9es
Nous venons de parler de t\u00e9moins, et en grec t\u00e9moin se dit: martyr. Certains de ces martyrs ont vite \u00e9t\u00e9 glorifi\u00e9s, le plus grand nombre sont rest\u00e9s inconnus. Ils ont souvent \u00e9t\u00e9 d\u00e9figur\u00e9s par les calomnies (5,11; Lc 21,17), ce qui a permis de les isoler, m\u00eame de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, et ensuite de les \u00e9liminer.
Dans certains cas, des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes enti\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9es, comme au temps de l'empire romain ou, plus pr\u00e8s de nous, les Arm\u00e9niens. Et cela continue de nos jours en certains pays sans que la presse en parle. Dans beaucoup d'autres cas, les martyrs ont assum\u00e9, dans une situation complexe, une position risqu\u00e9e qui les a men\u00e9s \u00e0 la mort. Lorsque Etienne a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 (Ac 7) on n'a pas poursuivi les ap\u00f4tres, et beaucoup ont pu penser que c'\u00e9tait un exalt\u00e9. Quand les jeunes chr\u00e9tiennes de l'Empire romain \u00e9taient pers\u00e9cut\u00e9es pour avoir d\u00e9cid\u00e9 de rester vierges, beaucoup disaient: Pourquoi se moquent-elles de leurs devoirs familiaux? Quand les catholiques d'Angleterre, de France ou de Chine ont refus\u00e9 de former des Eglises nationales s\u00e9par\u00e9es de la communion catholique de Rome, n'\u00e9taient-ils pas rebelles aux lois de leur nation?
Peut-\u00eatre faut-il reconna\u00eetre que c'est une gr\u00e2ce d'\u00eatre martyr, et qu'elle n'est pas donn\u00e9e \u00e0 tous. Beaucoup seraient pr\u00eats \u00e0 donner leur vie pour le Christ, mais face \u00e0 certaines situations de violence ou de corruption, ils ne voient pas la n\u00e9cessit\u00e9 de faire un scandale et se soumettent pour \u00e9viter le pire. D'autres, par contre, comprennent que Dieu leur demande de donner un t\u00e9moignage (18) de cette Bonne Nouvelle \u00e0 laquelle ils croient et qui est le contrepied de ce qu'on leur impose; ce faisant, ils s'exposent aux mesures de r\u00e9pression par lesquelles la soci\u00e9t\u00e9 se d\u00e9fend. 
J\u00e9sus va dire qu'il ne faut pas chercher la mort (23), mais d'un autre c\u00f4t\u00e9 il affirme que la pers\u00e9cution et les proc\u00e8s de ses t\u00e9moins feront avancer l'\u00e9vang\u00e9lisation (18), et Paul recevra la m\u00eame certitude (Ac 27,24; Ep 6,19). L'Apocalypse ira plus loin, affirmant que le meurtre des t\u00e9moins fait avancer l'Histoire sacr\u00e9e.
Le fr\u00e8re livrera son fr\u00e8re \u00e0 la mort... vous serez ha\u00efs de tous. C'est un fait habituel dans un climat de terreur. Mais sans aller jusque l\u00e0, les t\u00e9moins du Christ pourront se voir m\u00e9connus de tous, ou de presque tous dans leur Eglise, alors que peut-\u00eatre leurs meurtriers feront bonne figure (Lc 6,26). Avec le temps, lSaint imposera la v\u00e9rit\u00e9, mais la plupart, les petits, souvent ceux qui ont le plus souffert et sont les plus grands, resteront ignor\u00e9s jusqu'au jour o\u00f9 J\u00e9sus lui-m\u00eame les reconna\u00eetra devant son P\u00e8re.
En r\u00e9alit\u00e9, J\u00e9sus ne parle pas seulement de ceux qui sont massacr\u00e9s. Beaucoup plus nombreux, et sans doute plus proches de nous, sont ceux qui ont eu \u00e0 vaincre la peur (26; 28; 31) pour \u00eatre ses t\u00e9moins dans les rues, les \u00e9coles et les lieux de d\u00e9tente de ce monde perverti et m\u00e9chant (Ga 1,4; Phi 2,15). 

{N}10,{/}19: Ne vous tourmentez pas. Les t\u00e9moins du Christ ne travaillent pas pour leur compte et ils s'identifient davantage au Christ quand ils sont pers\u00e9cut\u00e9s et emprisonn\u00e9s: alors ils ne doivent pas douter de l'aide qu'ils recevront de l'Esprit. S'ils se pr\u00e9occupent trop pour pr\u00e9parer leur d\u00e9fense, ils g\u00eanent la libert\u00e9 de l'Esprit et perdent la paix.

{N}10,{/}23: Vous n'aurez pas fini de faire la tourn\u00e9e... (23). Cette phrase serait mieux plac\u00e9e dans la premi\u00e8re partie du discours concernant la mission en Galil\u00e9e. Mais Matthieu l'applique aux futurs missionnaires en lui donnant un sens diff\u00e9rent: m\u00eame s'ils sont chass\u00e9s de partout, ils ne manqueront pas de travail jusqu'\u00e0 ce que le Christ revienne.

{N}10,{/}28: Nous sommes l\u00e2ches et J\u00e9sus le sait. Il a d\u00e9j\u00e0 dit: "N'ayez pas peur", quand il nous invitait \u00e0 ne pas placer notre s\u00e9curit\u00e9 dans l'argent. Maintenant, \u00e0 propos de la crainte de la r\u00e9pression, il ajoute: "Si vous ne pouvez pas vous d\u00e9barrasser de votre peur, regardez d'o\u00f9 vient la plus grande menace: de Dieu ou des hommes?"
C'est le seul endroit o\u00f9 J\u00e9sus parle de "craindre Dieu". Quand l'Ancien Testament parle de la crainte de Dieu, il s'agit g\u00e9n\u00e9ralement du respect que l'on doit avoir envers Dieu. Mais le respect est loin de la peur. Dieu ne menace pas de nous "envoyer" en enfer, il nous rappelle que si nous le perdons, nous nous perdons nous-m\u00eames.

{N}10,{/}32: Celui qui me reconna\u00eetra. Apr\u00e8s avoir insist\u00e9 sur le pouvoir souverain de son P\u00e8re, J\u00e9sus s'\u00e9l\u00e8ve au m\u00eame niveau: c'est lui qui d\u00e9cidera notre sort \u00e9ternel. J\u00e9sus ne parle pas seulement de l'accepter lui, c'est-\u00e0-dire, de ne pas renier notre foi chr\u00e9tienne devant les autres; ses paroles valent pour nos actions journali\u00e8res. Nous ne devons pas avoir honte d'agir ou de parler en tant que croyants; au besoin, nous devons confesser nos convictions chr\u00e9tiennes en public.

{N}10,{/}34: Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix \u00e0 la terre. La paix des croyants leur vient de la certitude que Dieu les aime: c'est ce que disaient les anges \u00e0 Bethl\u00e9em: Lc 2,14. Mais J\u00e9sus n'apporte pas la paix au monde parce que la tranquillit\u00e9 du monde est faite de confusions, de demi-v\u00e9rit\u00e9s, de mauvais \u00e9quilibre entre la cupidit\u00e9 et la crainte du risque. La paix du monde, dans la famille ou dans la soci\u00e9t\u00e9, dissimule souvent un ordre injuste impos\u00e9 par les plus forts ou la m\u00e9diocrit\u00e9 partag\u00e9e par les uns et les autres. L'Evangile \u00e9veille toujours l'esprit critique, et la pr\u00e9sence d'un seul chr\u00e9tien qui vit dans la v\u00e9rit\u00e9 suffit \u00e0 inqui\u00e9ter beaucoup de personnes: Jn 3,20; 15,18.
L'Evangile nous incite \u00e0 prendre nos d\u00e9cisions plus librement sans tenir compte des critiques de ceux qui nous entourent, lorsque nous sommes convaincus qu'ils ne peuvent pas comprendre les valeurs \u00e9vang\u00e9liques qui nous inspirent. Pensons par exemple \u00e0 la jeune fille enceinte qui r\u00e9siste \u00e0 ses parents qui lui conseillent d'avorter. Les chr\u00e9tiens ont \u00e9t\u00e9 pers\u00e9cut\u00e9s dans bien des pays parce qu'ils enseignaient que la loi de Dieu est au-dessus de l'autorit\u00e9 des parents, pourtant consid\u00e9r\u00e9e comme l'autorit\u00e9 supr\u00eame. Tel \u00e9tait le cas \u00e0 Rome dans l'antiquit\u00e9 et plus r\u00e9cemment au Vietnam, en Cor\u00e9e et en Chine.
D'autre part, le d\u00e9mon organise la pers\u00e9cution contre tous ceux qui se convertissent pour les effrayer et les faire revenir en arri\u00e8re.
Il n'est pas digne de moi... (37) J\u00e9sus ne s'adresse pas seulement aux missionnaires ou aux personnes qui ont une mission extraordinaire. Nous devons tous rompre avec les nombreuses formes de d\u00e9pendance mutuelle existant dans la famille quand elles ne favorisent pas l'\u00e9panouissement humain et spirituel de ses membres. Ceux qui aiment le Christ trouvent bien des motifs pour se lib\u00e9rer des liens qui maintiennent les uns et les autres dans la m\u00e9diocrit\u00e9.

{N}11,{/}2: Voir le commentaire de Lc 7,18.
J\u00e9sus a envoy\u00e9 les premiers missionnaires: pour Matthieu c'est le moment de montrer comment vient le Royaume dont ils ont proclam\u00e9 la venue. La visite des disciples de Jean aidera \u00e0 voir ce qu'il apporte et ce qu'on n'a pas \u00e0 attendre de lui.
Le paragraphe qui suivra, en 11,25, montrera \u00e0 sa fa\u00e7on que tout l'important du Royaume est dans la personne de J\u00e9sus lui-m\u00eame.
Les pauvres entendent une bonne nouvelle... (v.5). Ce que J\u00e9sus proclame \u00e0 ses contemporains est Evangile (ou Bonne Nouvelle) parce que c'est un message inesp\u00e9r\u00e9 qui apporte \u00e0 tout homme esp\u00e9rance et dignit\u00e9.
{C}L'EVANGELISATION DES PAUVRES COMME PRIORITE{/}
Les pauvres entendent une bonne nouvelle. Ce texte doit se lire avec Lc 1,52; 4,18; 6,20; 10,23.
Ce serait interpr\u00e9ter mal ce texte que de penser que J\u00e9sus nous demande seulement d'aller enseigner les personnes moins instruites ou d'un niveau social inf\u00e9rieur. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 l'\u00e9poque de J\u00e9sus, les Pharisiens pensaient qu'ils devaient instruire les gens simples et sans \u00e9ducation. J\u00e9sus par contre envoie ses ap\u00f4tres, pauvres parmi les pauvres, pour leur dire que Dieu est venu \u00e0 eux et pour les aider \u00e0 le d\u00e9couvrir \u00e0 l'oeuvre d'abord parmi eux. C'est chez eux et \u00e0 partir d'eux que vont se faire les exp\u00e9riences d\u00e9cisives qui renouvelleront le monde et la vie religieuse des riches comme des pauvres.

{N}11,{/}11: Matthieu dit: il ne s'est pas lev\u00e9 plus grand que Jean. Cette expression s'appliquait alors aux d\u00e9buts d'un homme important, roi ou proph\u00e8te.

{N}11,{/}12: On pourrait aussi traduire: "Le Royaume de Dieu s'ouvre un chemin par la force" (voir Rm 1,16). Le Royaume de Dieu est la force qui fait avancer l'histoire en profitant des changements lents ou violents de la condition humaine. Les croyants sont appel\u00e9s \u00e0 participer activement \u00e0 cette constante transformation.

{N}11,{/}20: Korazin et Bethsa\u00efde: il y avait dans ces deux villes des centres d'\u00e9tudes sup\u00e9rieures de religion, mais elles n'avaient pas accueilli l'Evangile. Tyr et Sidon: deux villes pa\u00efennes maudites par les proph\u00e8tes (Is 23,1-12; Jr 47,4).

{N}11,{/}25: L'intimit\u00e9 de J\u00e9sus et de son P\u00e8re. J\u00e9sus priait et sa pri\u00e8re impressionnait les disciples. Nous avons ici une courte pri\u00e8re d'action de gr\u00e2ce inspir\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements les plus r\u00e9cents. 
Tu as cach\u00e9 ces choses aux sages. Les gens intelligents ne sont pas exclus de la foi, bien s\u00fbr, mais c'est la gloire de Dieu que jamais la foi n'apparaisse comme un privil\u00e8ge des sages et intelligents; la sagesse humaine ne donne jamais ce qui est essentiel, et souvent le cache. Il y avait alors en Palestine quelques sages et beaucoup de soi-disant sages, mais ils n'abondaient pas parmi les disciples de J\u00e9sus.
Tout m'a \u00e9t\u00e9 remis. Dieu a fait le n\u00e9cessaire pour qu'en tout temps et en tous lieux les hommes aient mille chemins pour aller vers lui. Mais seulement par J\u00e9sus nous avons d\u00e8s cette vie la r\u00e9v\u00e9lation du P\u00e8re.
Apprenez que je suis doux et humble de coeur. L'humilit\u00e9 de J\u00e9sus nous r\u00e9v\u00e8le l'humilit\u00e9 de Dieu qui jamais ne cherche \u00e0 nous rabaisser ou \u00e0 nous intimider, mais au contraire veut nous \u00e9lever jusqu'\u00e0 lui. Cette humilit\u00e9 ne l''emp\u00eache pas d'\u00eatre Dieu, et il pourra tout exiger de nous parce qu'il ne nous force pas de l'ext\u00e9rieur: son influence atteint les profondeurs du coeur. Voir Lc 10,21.
Venez \u00e0 moi: Je ne vais pas enlever votre fardeau, mais si vous accptez mon joug, vous pourrez porter ce fardeau.
J\u00e9sus joue sur les mots joug et fardeau parce que les Juifs avaient l'habitude d'appeler "fardeau" l'enseignement divin communiqu\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves et "joug" la r\u00e9citation balanc\u00e9e de ce qu'ils apprenaient par coeur.
J\u00e9sus, ma\u00eetre patient et humble, nous fait d\u00e9couvrir la mis\u00e9ricorde de Dieu dans notre vie et m\u00eame dans notre propre croix. Il nous montre l'amour de Dieu, m\u00eame dans les exigences de la Loi. Dieu seul est bon et l'autorit\u00e9 du Christ est bonne.

{N}12,{/}1: Conflits de J\u00e9sus avec les Pharisiens \u00e0 propos du sabbat: voir le commentaire de Mc 2,23 et Lc 6,1.
Pourquoi l'\u00e9vangile a-t-il insist\u00e9 sur ces conflits? Peut-\u00eatre parce que le poids des obligations religieuses \u00e9tait du temps de J\u00e9sus un grand obstacle sur le chemin d'une d\u00e9couverte de Dieu. Peut-\u00eatre aussi parce que les nouveaux chr\u00e9tiens avaient vite refait d'autres lois auxquelles ils accordaient une importance exag\u00e9r\u00e9e. Si J\u00e9sus a viol\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la plus sacr\u00e9e des lois donn\u00e9es par Dieu \u00e0 Mo\u00efse, que penser de nos lois eccl\u00e9siastiques, non garanties par la Parole de Dieu? Au nom de lois faites par des hommes dans un contexte qui n'\u00e9tait pas le n\u00f4tre, on en arrive parfois \u00e0 paralyser les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes, et on pr\u00e9f\u00e8re voir des peuples entiers se chercher ailleurs des \u00e9glises o\u00f9 ils trouvent les communaut\u00e9s et les pasteurs dont ils ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s.

{N}12,{/}22: Voir le commentaire de Mc 3,22.
Les gens de chez vous. (27). J\u00e9sus fait allusion aux exorcistes juifs qui chassaient les d\u00e9mons par des pri\u00e8res et des formules, comme c'est le cas dans Actes 19,13.
Le blasph\u00e8me contre l'Esprit Saint (31). Il consiste \u00e0 attribuer les actions de l'Esprit au diable, comme nous le voyons dans Mc 3,30.
En ce monde ou dans l'autre (32). C'est une expression juive qui veut dire que ce p\u00e9ch\u00e9 est impardonnable devant Dieu et devant les hommes. Comment pourrait-il \u00eatre pardonn\u00e9, celui qui refuse de reconna\u00eetre l'Esprit porteur de la mis\u00e9ricorde?
Donnez-moi un bon arbre (33). C'est une autre application de la phrase que nous avons d\u00e9j\u00e0 lue dans 7,16. Ici, il s'agit des accusations des Pharisiens contre J\u00e9sus: ils calomnient tout ce qui est bon parce qu'ils ont le coeur malveillant.
Ce sont tes paroles qui te blanchiront ou te condamneront. (37). Voir Luc 19,22. Ce ne sont pas seulement des actes isol\u00e9s de notre vie qui passeront en jugement. Tout au long des ann\u00e9es nous nous sommes construit une philosophie pratique et une vision de l'existence. A partir de l\u00e0 nous jugeons tout ce qui, chez les autres, remet en cause nos propres choix. C'est cela m\u00eame, ces paroles par lesquelles nous nous justifions \u00e0 nos propres yeux et condamnons les autres, qui nous vaudra une condamnation.

{N}12,{/}38: J\u00e9sus n'a pas fait de miracles ce jour-l\u00e0 parce que les sp\u00e9cialistes en religion lui demandaient des preuves au lieu de l'\u00e9couter.
G\u00e9n\u00e9ration mauvaise et adult\u00e8re. Dans la Bible cette expression d\u00e9signe le croyant infid\u00e8le qui, sans renier Dieu dans ses paroles, garde d'autres dieux dans son coeur.
L'histoire de l'esprit impur, c'est-\u00e0-dire le d\u00e9mon, vise les contemporains de J\u00e9sus. Ils ont accueilli l'appel de Jean Baptiste \u00e0 la conversion, et pour un temps ils ont chang\u00e9 de conduite. Mais ils n'ont pas fait l'exp\u00e9rience de Dieu et d\u00e9couvert la force int\u00e9rieure qui leur aurait permis de continuer, et ils retourneront \u00e0 leur aveuglement.
Les Ninivites: voir Jonas 3,5.
La reine du Sud: voir 1R 10.
Le signe de Jonas est la r\u00e9surrection de J\u00e9sus. Cependant, l'interpr\u00e9tation que Matthieu donne de ce signe est diff\u00e9rente de celle de Luc 11,30.

{N}12,{/}46: Sa m\u00e8re et ses fr\u00e8res. S'il y avait eu de vrais fr\u00e8res de J\u00e9sus, fils de Marie, l'\u00e9vangile aurait dit: "sa m\u00e8re et les fils de sa m\u00e8re", car c'est ainsi que les Juifs s'exprimaient. Ce point est trait\u00e9 plus \u00e0 fond en Mc 3,31.

{N}13,{/}1: Ici commence le troisi\u00e8me "discours de J\u00e9sus" dans l'Evangile de Matthieu (voir l'Introduction). J\u00e9sus a fait proclamer par ses ap\u00f4tres la venue du Royaume; on en a vu les premiers signes: gu\u00e9risons et victoires sur les d\u00e9mons, mais aussi les oppositions n'ont pas manqu\u00e9 et il semble que l'ensemble du peuple ne s'ouvre pas. Que penser de ce "Royaume de Dieu" qui change si peu ce qu'on vit concr\u00e8tement? Matthieu donne une r\u00e9ponse avec les sept paraboles qui suivent.
J\u00e9sus se sert de comparaisons, comme le font g\u00e9n\u00e9ralement les paysans et les travailleurs. Proverbes et paraboles ont toujours \u00e9t\u00e9 le grand moyen d'enseigner la sagesse. Mais la parabole n'est pas n'importe quelle comparaison; elle fait prendre conscience \u00e0 l'auditeur de la situation dans laquelle il se trouve, et l'oblige \u00e0 prendre parti.
Pour les auditeurs de J\u00e9sus, le r\u00e8gne de Dieu signifiait d'abord une lib\u00e9ration de son peuple opprim\u00e9, et l\u00e0, on voulait qu'il parle clairement. Mais J\u00e9sus, de son c\u00f4t\u00e9, ne pouvait donner de r\u00e9ponse qu'\u00e0 ceux qui cheminaient avec lui; car le Royaume fait partie de ces choses qui poussent \u00e0 travers le monde, qui fermentent \u00e0 coup s\u00fbr, mais qu'on ne peut pas voir tant qu'on n'y a pas cru. J\u00e9sus n'en parlera qu'avec des images, et nous nous y retrouverons dans la mesure o\u00f9 nous en avons d\u00e9j\u00e0 quelque exp\u00e9rience.
Pour cette parabole du Semeur, qui donne la ligne g\u00e9n\u00e9rale de ce chapitre, voir le commentaire de Mc 4,1 et Lc 8,4.
Semer, c'est la preuve qu'on esp\u00e9re. J\u00e9sus s'est lanc\u00e9 dans une entreprise d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e: sauver son peuple quand apparemment personne n'est en mesure de freiner la mont\u00e9e de la violence dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les sectarismes vont grandissant. Et pour renverser le cours de l'histoire, il ne compte que sur la force de la Parole de Dieu proclam\u00e9e et v\u00e9cue. Il y aura une large part d'\u00e9checs, mais la moisson est assur\u00e9e si le grain accepte de mourir en terre.

{N}13,{/}11: Il vous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de conna\u00eetre les myst\u00e8res du Royaume, \u00e0 vous qui prenez l'appel du Christ au s\u00e9rieux et qui d\u00e9cidez de le suivre. La citation d'Isa\u00efe qui suit nous choque parfois parce que nous connaissons mal la fa\u00e7on de s'exprimer en h\u00e9breu. J\u00e9sus parle-t-il en paraboles parce que les auditeurs ne veulent pas comprendre, ou bien pour qu'ils ne comprennent pas? C'est peut-\u00eatre l'un et l'autre \u00e0 la fois (comparer v.13 et 15). Voir le commentaire de Mc 4,11. 
On donnera \u00e0 celui qui a (12). Ici "avoir" est au sens de produire, rapporter, comme l'arbre qui "a" du fruit. On donnera \u00e0 celui qui fait fructifier.
Le Royaume des Cieux. Nous avons d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9 que le terme "Cieux" est une expression juive pour d\u00e9signer Dieu. Le Royaume des Cieux est le Royaume de Dieu (comme diront Marc et Luc), de m\u00eame que le P\u00e8re des Cieux est Dieu le P\u00e8re. Faute de conna\u00eetre cet usage, beaucoup se trompent et croient que l'\u00e9vangile parle seulement du Royaume de Dieu au ciel apr\u00e8s notre vie sur terre. En fait, J\u00e9sus annon\u00e7ait que Dieu avait commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9gner parmi nous.
Royaume ou R\u00e8gne de Dieu? Voir le commentaire de Lc 8,10.

{N}13,{/}18: Qui accueillera la Parole de Dieu? Ce n'est pas une question d'intelligence, ou de capacit\u00e9 pour r\u00e9fl\u00e9chir, ou d'int\u00e9r\u00eat pour les choses religieuses: la re\u00e7oivent ceux qui sont ouverts \u00e0 l'esp\u00e9rance.
Ceux qui sont au bord du chemin sont ceux qui ne s'int\u00e9ressent pas \u00e0 la parole re\u00e7ue, peut-\u00eatre parce qu'ils ne voient rien au-del\u00e0 de leur propre int\u00e9r\u00eat (ils sont \u00e9go\u00efstes), plus souvent parce qu'ils ont d\u00e9j\u00e0 orient\u00e9 leur vie dans une autre direction.
Viennent ensuite ceux qui n'osent pas affronter les contradictions, ceux qui se d\u00e9couragent facilement et qui abandonnent: ils abandonnent aussit\u00f4t. Mais esp\u00e9rer suppose que l'on pers\u00e9v\u00e8re malgr\u00e9 les obstacles. Si Dieu nous a mis sur un chemin, ce chemin doit conduire quelque part. L'esp\u00e9rance est faite de pers\u00e9v\u00e9rance et de courage.
Ensuite viennent ceux qui sont sem\u00e9s parmi les \u00e9pines. Ils croient, mais n'ont pas assez avec ce qu'on grappille sur les bords du chemin difficile. Ils veulent "sauver leur vie", servir Dieu et l'argent en m\u00eame temps. La poursuite du succ\u00e8s mat\u00e9riel les tient solidement et l'esp\u00e9rance du Royaume n'est chez eux, qu'un d\u00e9sir superficiel.

{N}13,{/}24: Avec la parabole de la mauvaise herbe, J\u00e9sus r\u00e9pond \u00e0 ceux qui sont scandalis\u00e9s de voir le mal pr\u00e9sent partout. Le bien et le mal seront m\u00e9lang\u00e9s jusqu'\u00e0 la fin du monde. On trouvera toujours \u00e0 la fois le bien et le mal dans les personnes et dans les institutions.
Dieu respecte les hommes. Il sait que la tentation est souvent plus forte que leurs bonnes intentions et qu'ils ont besoin de temps pour trouver et choisir le bien.
Dieu est patient. La r\u00e9conciliation de tant de groupes oppos\u00e9s, de forces et de courants culturels si divers dans le monde, ne s'obtiendra qu'\u00e0 la fin des temps. Entre-temps, nous ne devons pas qualifier les uns de bons et les autres de mauvais.
J\u00e9sus lui-m\u00eame a comment\u00e9 cette parabole (voir v.36).

{N}13,{/}31: Dans la parabole de la graine de moutarde J\u00e9sus nous indique que le Royaume doit \u00eatre un signe; il se d\u00e9veloppera de telle mani\u00e8re qu'on ne pourra pas l'ignorer dans le monde.
Tout courant spirituel, toute innovation culturelle, tout mouvement r\u00e9volutionnaire, doit se concr\u00e9tiser dans une institution qui lui donne un corps et le rend visible et efficace. J\u00e9sus annonce en quelque sorte cette Eglise qui sera porteuse (non pas propri\u00e9taire exclusive) du Royaume de Dieu. Le terme Eglise signifie: "Assembl\u00e9e de ceux qui sont appel\u00e9s". Cette Eglise doit avoir les deux caract\u00e9ristiques suivantes:
- D'abord, elle doit \u00eatre bien visible et fertile pour le monde, comme l'arbre qui abrite les oiseaux.
- Ensuite, elle doit \u00eatre plong\u00e9e dans la r\u00e9alit\u00e9 humaine. Les croyants sont le levain du monde, ils ne doivent donc pas vivre s\u00e9par\u00e9s de ceux qui ne croient pas.
J\u00e9sus ne se contente pas d'une "Eglise invisible", d'une fraternit\u00e9 sentimentale, d'une communion spirituelle de tous ceux qui croient en lui. Il veut un arbre immense (ailleurs J\u00e9sus parle de la ville b\u00e2tie sur le haut de la montagne) pour que tout le monde puisse voir que la graine \u00e9tait bonne et pleine de vie. Il nous faut des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes organis\u00e9es, des rapports entre ces communaut\u00e9s, une hi\u00e9rarchie... Mais les chr\u00e9tiens ne doivent pas s'enfermer dans leurs petites communaut\u00e9s, ni passer tout leur temps \u00e0 travailler pour "leur" \u00e9glise. Il faut qu'ils soient utiles dans le monde en union avec tous les autres hommes de bonne volont\u00e9.
Ils doivent \u00eatre le levain dans la p\u00e2te et non pas former une p\u00e2te \u00e0 part qui se voudrait un peu plus raffin\u00e9e. Le levain transforme l'histoire humaine, non pas en conduisant tout le monde \u00e0 l'\u00e9glise, mais en r\u00e9pandant l'Esprit qui donne la vie sur toutes les activit\u00e9s humaines.

{N}13,{/}34: Il disait tout cela en paraboles. A lire Matthieu 13,12, on pourrait penser que J\u00e9sus s'exprime en paraboles pour dissimuler sa doctrine, mais nous trouvons ici une autre explication qui corrige et compl\u00e8te la premi\u00e8re. J\u00e9sus parle en paraboles parce que c'est la meilleure fa\u00e7on de pr\u00e9senter un enseignement valable pour tous les \u00e2ges.
Je parlerai en paraboles. Ce sont les premiers mots du Psaume 78, adapt\u00e9s un peu par l'\u00e9vang\u00e9liste. Il veut dire que les secrets du Royaume de Dieu r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par J\u00e9sus r\u00e9pondent aux questions les plus importantes de l'humanit\u00e9.
D\u00e8s le commencement de la civilisation, l'homme a d\u00fb faire face \u00e0 des probl\u00e8mes et des d\u00e9fis qu'il ne pouvait pas r\u00e9soudre seul: J\u00e9sus lui donne la clef de ces contradictions. La science peut d\u00e9couvrir bien des \u00e9l\u00e9ments de la destin\u00e9e humaine, mais il nous reste \u00e0 savoir qui nous sommes.
La r\u00e9ponse de J\u00e9sus ne se pr\u00e9sente pas comme une th\u00e9orie et elle d\u00e9concerte ceux qui sont trop habitu\u00e9s au langage des livres. Il nous offre quelque chose de beaucoup plus riche gr\u00e2ce \u00e0 ces figures ou \u00e9nigmes qui nous demandent une part de cr\u00e9ativit\u00e9 et auxquelles il nous faudra revenir. Chacun devra les approfondir au cours de sa vie, tout au long de l'histoire; c'est seulement avec le temps que nous parviendrons \u00e0 en d\u00e9couvrir tout le sens.

{N}13,{/}36: Le champ, c'est le monde. Cette parabole ne s'applique pas seulement \u00e0 ce qui se passe en chacun de nous, ou dans l'Eglise comme dans le cas du filet (13,47). Elle nous invite \u00e0 voir un Royaume de Dieu qui couvre toute la vie du monde: il se d\u00e9veloppe dans toutes les dimensions du monde profane. L'Histoire Sainte, ce n'est pas seulement l'histoire ancienne du pays de J\u00e9sus, mais toute l'histoire humaine dont le Christ ressuscit\u00e9 est le Seigneur.
Ce sera pareil \u00e0 la fin du monde (40). J\u00e9sus nous parle d'un jugement. L'attente d'un jugement de Dieu sur le monde \u00e9tait un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la pr\u00e9dication des proph\u00e8tes. N'y voyons pas seulement un d\u00e9sir de vengeance de la part des gens honn\u00eates qui avaient souffert du mal. Savoir avec certitude que notre vie va \u00eatre jug\u00e9e par celui qui voit le fond des coeurs est une des bases de la vision chr\u00e9tienne de l'existence. Nous comprenons alors le caract\u00e8re tragique des d\u00e9cisions que nous prenons jour apr\u00e8s jour et qui dessinent comme un chemin vers la v\u00e9rit\u00e9 ou un refus de la lumi\u00e8re.
Cette certitude choque beaucoup de nos contemporains tout comme dans le pass\u00e9 elle a effray\u00e9 la majorit\u00e9 des hommes. C'est pour cela qu'ils se sont si souvent r\u00e9fugi\u00e9s dans les th\u00e9ories de la m\u00e9tempsycose, c'est-\u00e0-dire d'une s\u00e9rie d'existences: les fautes de la vie pr\u00e9sente pourraient \u00eatre r\u00e9par\u00e9es dans la suivante. On met en doute l'importance des choix que nous faisons, et le sens du p\u00e9ch\u00e9 s'estompe tout autant que celui de la pr\u00e9sence de Dieu. Bien vite on en arrive \u00e0 douter de la valeur unique de notre vie et de la valeur unique de la personne humaine.
Mais, tout en r\u00e9affirmant le jugement, cette courte parabole contient un \u00e9l\u00e9ment extr\u00eamement r\u00e9volutionnaire: le jugement est un secret de Dieu, et jusqu'\u00e0 la fin du monde, le bien et le mal se trouvent m\u00eal\u00e9s en chacun de nous, aussi bien que dans les institutions. Quand nous lisons la Bible, peut-\u00eatre sommes-nous choqu\u00e9s de voir que non seulement dans l'Ancien Testament, mais m\u00eame dans le Nouveau, constamment le monde est divis\u00e9 entre bons et mauvais. En fait, l'int\u00e9rieur de l'homme est un grand myst\u00e8re. Il n'y a pas un groupe des bons (nous, bien s\u00fbr, et ceux qui croient en  Dieu, et ceux qui observent la m\u00eame morale que nous observons...), et puis les autres. Pourquoi donc J\u00e9sus divise-t-il ainsi les hommes?
R\u00e9pondons rapidement que J\u00e9sus a parl\u00e9 comme parlaient les proph\u00e8tes. Parler des bons et des m\u00e9chants \u00e9tait une fa\u00e7on simple, adapt\u00e9e \u00e0 la mentalit\u00e9 de peuples moins \u00e9volu\u00e9s que nous, pour montrer que chacun de nous, en chacun de ses actes, fait un pas dans l'une des deux directions oppos\u00e9es. Pendant des si\u00e8cles les hommes se sont sentis interpr\u00e9t\u00e9s par cette fa\u00e7on de parler: elle est encore parlante et p\u00e9dagogique pour nous en bien des moments. Mais il est tr\u00e8s important de voir ici que J\u00e9sus n'est pas dupe des images: pour la majorit\u00e9 d'entre nous, la s\u00e9paration n'est pas faite, m\u00eame si lors d'une conversion, ou de plusieurs, nous avons fait des pas d\u00e9cisifs.
Les serviteurs repr\u00e9sentent les croyants, mais tout sp\u00e9cialement les "surveillants" de l'Eglise. Leur z\u00e8le pour r\u00e9primer ceux qu'ils jugent \u00e9gar\u00e9s afin de pr\u00e9server ce qui leur semble bon est peut-\u00eatre bien vici\u00e9 de l'int\u00e9rieur. Ils voudraient arr\u00eater toutes les erreurs? En fait ils ne croient qu'\u00e0 la force, ou \u00e0 l'autorit\u00e9. Si les "ma\u00eetres" de la foi ne laissaient plus aux fid\u00e8les la possibilit\u00e9 de penser et de se tromper, l'Eglise resterait sans vie.
Dieu pr\u00e9f\u00e8re laisser les choses se clarifier: il veut que les hommes fassent leur exp\u00e9rience. Le mal est partie du myst\u00e8re de la croix: faisant le bien et vivant dans la lumi\u00e8re, nous vaincrons le mal (Rm 12,21).

{N}13,{/}44: Les paraboles du tr\u00e9sor et de la perle nous invitent \u00e0 ne pas perdre l'occasion quand le Royaume de Dieu vient \u00e0 nous.
Bien des gens ont attendu pendant des ann\u00e9es la parole, la personne ou le signe d'espoir qui donnerait un nouveau sens \u00e0 leur vie et, un jour, ils en font la d\u00e9couverte. C'est parfois quelque chose de tr\u00e8s simple: une parole de pardon, un geste d'amiti\u00e9, un premier engagement qui est offert et accept\u00e9. Alors ils comprennent qu'il y a derri\u00e8re cette petite chose cela m\u00eame qu'ils esp\u00e9raient, et ils entrent avec joie dans le Royaume.
Cependant la parabole ajoute: Il referme la cachette. En g\u00e9n\u00e9ral, c'est Dieu qui cache de nouveau le tr\u00e9sor apr\u00e8s nous l'avoir montr\u00e9. Il ne sera \u00e0 nous que lorsque nous aurons pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 et souffert longtemps pour \u00eatre capables de le recevoir.
Il s'en va vendre tout ce qu'il a. De m\u00eame il nous faudra nous d\u00e9barrasser de toutes ces habitudes, ces diversions... qui occupaient notre coeur sans le satisfaire. Quand viendront sur nous la nuit et le vent glacial des \u00e9preuves, nous devrons nous souvenir du tr\u00e9sor que nous avons vu, jusqu'au moment o\u00f9 nous le retrouverons. Le philosophe Platon a dit: "C'est quand il fait nuit que c'est beau de croire en la lumi\u00e8re."

{N}13,{/}47: {C}LE MAL DANS L'EGLISE{/}
L'Eglise a donn\u00e9 le Royaume \u00e0 ceux qui y entraient, mais ils ne sont pas pour autant assur\u00e9s qu'ils ne le perdront pas.
En nous parlant d'un filet, J\u00e9sus nous rappelle que l'Eglise est faite pour la mission ("p\u00eacheurs d'hommes"), et cela, m\u00eame si beaucoup de ceux qui viennent ne doivent pas pers\u00e9v\u00e9rer. Une Eglise qui se referme ne sera pas plus s\u00fbre de n'avoir que des bons.
{C}L'ENFER{/}
Ils les jetteront dans la fournaise de feu. J\u00e9sus n'h\u00e9site pas \u00e0 reprendre cette image du feu qui faisait partie de sa culture et que Matthieu tout sp\u00e9cialement a voulu garder (5,22_; 7,19_; 13,30_; 25,41). Aucune action mauvaise n'\u00e9chappera au jugement: ne revient \u00e0 Dieu que ce qui est pur, et le reste est br\u00fbl\u00e9.
L'Eglise a adopt\u00e9 vers le 12\u00e8me si\u00e8cle le mot "purgatoire", pour d\u00e9signer la purification douloureuse que conna\u00eetront apr\u00e8s la mort tous ceux qui sont sauv\u00e9s, \u00e0 moins qu'ils n'aient d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 sur terre la br\u00fblure du pur amour de Dieu. Cette affirmation du purgatoire choque ceux qui n'ont pas fait l'exp\u00e9rience de la saintet\u00e9 divine et qui ont trop facilement \u00e0 la bouche la grande bont\u00e9 de Dieu: ont-ils vraiment pes\u00e9 ce qu'exige de nous "devenir Dieu en Dieu"?
L'id\u00e9e d'un enfer \u00e9ternel, qui semble bien pr\u00e9sente derri\u00e8re ces images, ne heurte pas moins. Il faut reconna\u00eetre qu'on en a fait un emploi abusif durant des si\u00e8cles: la raison en \u00e9tait simple. On ne vivait pas alors dans un r\u00e9gime de droit, et la crainte de l'enfer \u00e9tait salutaire pour \u00e9duquer des barbares et les d\u00e9tourner du mal. Mais il est temps de donner la v\u00e9rit\u00e9 de l'\u00e9vangile: il faut distinguer le style d'une pr\u00e9dication populaire et l'attitude de Dieu vis-\u00e0-vis des p\u00e9cheurs. 
J\u00e9sus nous montre le r\u00e9sultat de nos mauvaises actions_tout comme de notre refus d'agir: nous nous perdons loin de Dieu, ce qui est la chose la plus terrible. J\u00e9sus ne parle pas seulement de crimes ou de fautes graves: dans la grande parabole de Mt 25,31-46 il envoie \u00e0 l'enfer toutes les fautes que nous commettons journellement. Mais apr\u00e8s avoir dit cela, il faut rappeler que Dieu sauve les p\u00e9cheurs: lisons en particulier les paragraphes de Romains 5, o\u00f9 Paul affirme que la mort et la R\u00e9surrection de J\u00e9sus sont plus fortes que le pouvoir du mal dans le monde et qu'elles ont assur\u00e9 d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent le salut de l'humanit\u00e9 comme un tout. 
J\u00e9sus avait la connaissance profonde et vraie de Dieu et de l'homme: s'il avait vu dans ces paroles et ce "ch\u00e2timent" quelque chose de contraire \u00e0 la bont\u00e9 infinie de Dieu, il l'aurait dit sans s'inqui\u00e9ter du scandale. Mais il a parl\u00e9 comme il l'a fait, parce que l'amour infini de Dieu ne nous enl\u00e8ve pas la libert\u00e9 de lui \u00e9chapper et de le d\u00e9fier. La mis\u00e9ricorde de Dieu nous attend \u00e0 notre mort et elle fera rena\u00eetre, m\u00eame chez de grands criminels qui n'ont pas r\u00e9par\u00e9, l'enfant de Dieu citoyen de la J\u00e9rusalem c\u00e9leste. Mais cela n'emp\u00e8che pas que l'heure aura pass\u00e9 de bien faire et de r\u00e9parer nos fautes_; les talents que Dieu  nous avait donn\u00e9s pour construire le monde et pour nous forger nous-m\u00eames, s'ils n'ont pas fructifi\u00e9, passeront \u00e0 d'autres. Sauv\u00e9s, oui, mais de tout petits \u00e9lus.
Nous pouvons nous interroger sur l'existence d'un enfer \u00e9ternel, mais il nous faudra aussi r\u00e9pondre \u00e0 cette question: si J\u00e9sus voulait dire que pour chacun de nous existe la possibilit\u00e9 de perdre l'\u00e9ternit\u00e9 en Dieu, comment devait-il le dire pour que nous n'en doutions pas? Le myst\u00e8re reste donc entier. Mais si nous avons compris ce que Dieu nous offre - l'\u00e9ternit\u00e9 au sens le plus fort du terme, et que la vie est unique, y a-t-il des mots trop forts pour celui qui perdu la vie et le temps?

{N}13,{/}51: Voici le disciple de J\u00e9sus devenu "ma\u00eetre de la Loi". La m\u00e9ditation constante des paraboles de J\u00e9sus lui permettra d'en tirer toujours de nouveaux enseignements pour de nouvelles circonstances, en m\u00eame temps qu'il verra mieux comment son exp\u00e9rience s'ins\u00e8re dans celle de l'Eglise.

{N}13,{/}53: Comparer Lc 4,14. Voir le commentaire de Mc 3,31.

{N}14,{/}1: Voir le commentaire de Marc 6 et 7 pour les chapitres 14 et 15.

{N}14,{/}13: Voir le commentaire de Mc 6,35; Jn 6; Mt 15,27.
Il semble bien que cette suite de r\u00e9cits qui occupe les chapitres 14 et 15 et le d\u00e9but du chapitre 16, formait un ensemble d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de l'Eglise; on la retrouve identique chez Marc et en partie chez Luc. Comme dans tous les textes qui ont \u00e9t\u00e9 transmis oralement durant un temps, il y avait des id\u00e9es communes et des mots-cl\u00e9s qui aidaient \u00e0 les encha\u00eener l'un \u00e0 l'autre. Ici le pain doit avoir \u00e9t\u00e9 l'un des points communs.
N'oublions pas que le pain \u00e9tait l'aliment par excellence, et "manger le pain" signifiait prendre un vrai repas, pas seulement un fruit ou une bouch\u00e9e (nous le traduisons ainsi en 15,2). Par ailleurs, on n'avait pas beaucoup d'autres besoins que la nourriture et le v\u00eatement, et tout naturellement la religion donnait une grande place \u00e0 ce qui touchait l'alimentation. De l\u00e0 les questions pos\u00e9es dans ces chapitres et les r\u00e9ponses donn\u00e9es par J\u00e9sus. M\u00eame le pain des enfants (15,26) donnait l'occasion de compl\u00e9ter les enseignements sur l'eucharistie qu'on tirait des deux multiplications des pains.

{N}14,{/}22: Voir le commentaire de Mc 6,45.
Ils \u00e9taient terrifi\u00e9s. A cause de leur manque de foi, les disciples prennent J\u00e9sus pour un fant\u00f4me et ils ont peur. Une foi bien fond\u00e9e et solide ma\u00eetrise la peur et le danger des croyances et superstitions.
Ordonne-moi de venir \u00e0 toi. Matthieu ne veut pas souligner le doute de Pierre, mais sa foi. Seul parmi les ap\u00f4tres Pierre a os\u00e9 d\u00e9sirer quelque chose qui semblait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus; une fois revenu dans la barque avec ses compagnons, il devait \u00eatre profond\u00e9ment renouvel\u00e9 par une telle exp\u00e9rience que n'avait pas g\u00e2ch\u00e9e son bain forc\u00e9.
Homme de peu de foi! Une fois de plus, J\u00e9sus r\u00e9serve ses reproches \u00e0 ses meilleurs disciples (comme dans 6,30; 8,26; 16,8; 17,20), comme pour convaincre ses futurs disciples que nous sommes, que notre foi laisse encore beaucoup \u00e0 d\u00e9sirer.

{N}15,{/}1: Voir le commentaire de Mc 7,1.
Ils ne se lavent pas les mains. Les Pharisiens d\u00e9fendent quelque chose d'excellent et que nous pratiquons nous-m\u00eames. Mais J\u00e9sus voit plus loin: toutes ces bonnes coutumes et pratiques religieuses (y compris les je\u00fbnes, les pratiques de m\u00e9ditation) deviennent facilement un rideau de fum\u00e9e qui nous dissimule l'essentiel: une disponibilit\u00e9 constante pour r\u00e9pondre aux appels de Dieu, et la confiance toute simple en sa mis\u00e9ricorde qui seule peut nous sauver. 

{N}15,{/}10: Voir le commentaire de Mc 7,14.
Toutes les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9prouvent le besoin de distinguer le bien du mal, mais elles le font selon des crit\u00e8res humains. J\u00e9sus juge ces crit\u00e8res.
Pur et impur Pour les Juifs, l'essentiel \u00e9tait le culte de Dieu et ils se pr\u00e9occupaient beaucoup de savoir qui et quoi est digne de prendre part \u00e0 ce culte. C'est ainsi qu'ils distinguaient entre ce qui est pur et impur. J\u00e9sus leur montre qu'il n'y a pas d'autre puret\u00e9 que celle du coeur.
Il n'est pas s\u00fbr que les codes de bonne conduite de notre soci\u00e9t\u00e9 et de ses nombreuses bonnes soci\u00e9t\u00e9s ne soient pas une nouvelle mani\u00e8re de distinguer les purs et les impurs. Dans l'Eglise elle-m\u00eame, dans les si\u00e8cles pass\u00e9s, il y a eu une tendance \u00e0 attribuer aux ministres consacr\u00e9s une "puret\u00e9" qui leur r\u00e9servait le contact avec les choses saintes. C'est une des raisons qui, au moyen-\u00e2ge, ont amen\u00e9 \u00e0 ne plus donner la communion dans la main comme on avait fait durant plus de dix si\u00e8cles. 

{N}15,{/}29: Deux fois J\u00e9sus a multipli\u00e9 le pain. C'est un de ses miracles qui nous impressionnent le plus. Le mot "miracle" est souvent d\u00e9valu\u00e9. La Bible utilise divers mots pour d\u00e9signer ce qui appara\u00eet vraiment une oeuvre de Dieu: signe, prodige, oeuvre de puissance. Le miracle au sens fort est tout cela \u00e0 la fois: un signe par lequel Dieu nous fait d\u00e9couvrir son vouloir ou l'ordre invisible du monde, un prodige qui d\u00e9concerte nos pr\u00e9visions, une oeuvre que Dieu seul \u00e9tait capable de r\u00e9aliser.
La multiplication des pains est le genre de miracle qui choque le plus nos contemporains et leur confiance absolue dans des "lois de la nature" que Dieu m\u00eame n'aurait pas le pouvoir d'outrepasser, ou qu'il ne pourrait ignorer sans se contredire. Et quand on ne nie pas ouvertement le t\u00e9moignage des ap\u00f4tres, on pr\u00e9f\u00e8re souvent \u00e9chapper \u00e0 toute prise de position, en disant par exemple: "Le miracle est encore plus beau si on imagine que J\u00e9sus a seulement invit\u00e9 les gens \u00e0 partager leurs provisions personnelles, et finalement il y a eu assez pour tous: miracle de la solidarit\u00e9!"
Mais l'\u00e9vangile ne pr\u00e9tend pas encenser la solidarit\u00e9: il veut c\u00e9l\u00e9brer la libert\u00e9 absolue de Dieu - et du Christ: la nature m\u00eame doit se taire, parce qu'ici on ressuscite les morts. Pour un chr\u00e9tien la cr\u00e9ation n'est pas une grande machine que Dieu remet aux hommes apr\u00e8s avoir abdiqu\u00e9, c'est un reflet de Dieu o\u00f9 les lois, ombre de la sagesse, de l'ordre et de la justice qui sont en Dieu, n'excluent jamais son enti\u00e8re libert\u00e9.
Tout au long de l'histoire chr\u00e9tienne, le Seigneur a multipli\u00e9 et continue de multiplier le pain, les aliments et m\u00eame les bo\u00eetes de conserves, tout sp\u00e9cialement pour ceux qui avaient tout donn\u00e9 ou qui risquaient tout pour lui: il suffit d'\u00e9couter les t\u00e9moins.

{N}16,{/}1: Ils voulaient qu'il leur montre un signe qui vienne du ciel, c'est-\u00e0-dire: de Dieu. Ils veulent un miracle qui prouverait sans aucun doute que Dieu est avec lui.
Vous n'aurez pas de signe. J\u00e9sus refuse de prouver son autorit\u00e9 en multipliant les miracles. Ceux qui aiment la v\u00e9rit\u00e9 et qui cherchent le bien reconna\u00eetront la main de Dieu dans les actions de J\u00e9sus, et dans celles de ses disciples, m\u00eame si beaucoup disent du mal d'eux.
Le signe de Jonas est la r\u00e9surrection de J\u00e9sus (voir 12,40). Cependant, cette r\u00e9surrection qui doit \u00eatre le signe le plus d\u00e9cisif, ne sera comprise que par les croyants. Ceux qui exigent des miracles avant de croire ne recevront pas de r\u00e9ponse.

{N}16,{/}5: L'\u00e9vangile n'a gard\u00e9 que bien peu de choses de tout ce qui s'\u00e9tait \u00e9chang\u00e9 entre J\u00e9sus et ses ap\u00f4tres durant leurs longs mois de vie com mune. Quel bonheur qu'ils aient au moins rapport\u00e9 ici une des nombreuses b\u00eatises qu'ils avaient dites devant lui. S'ils ont entendu de travers son avertissement, c'est qu'ils \u00e9taient trop pr\u00e9occup\u00e9s pour ces choses bien urgentes qu'on ferait toujours mieux de laisser aux soins de Dieu.
M\u00e9fiez-vous du levain des Pharisiens et des Saduc\u00e9ens: voir Mc 8,11. Tr\u00e8s souvent l'Evangile associe ces deux noms. Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu que les Saduc\u00e9ens sont le parti des chefs des pr\u00eatres. Ils sont par droit de famille les responsables de la vie nationale et religieuse du peuple de Dieu. Les Pharisiens par contre ont adh\u00e9r\u00e9 personnellement \u00e0 leur parti qui se consacre \u00e0 la d\u00e9fense de la Loi de Dieu. Ils sont ennemis des Saduc\u00e9ens. Ne disons pas: "C'\u00e9taient des hypocrites et des gens pervertis!" L'opposition \u00e0 J\u00e9sus est venue tout naturellement des autorit\u00e9s civiles et religieuses de son peuple. Comment Dieu pourrait-il visiter son peuple et \u00eatre bien accueilli de la majorit\u00e9 de ses chefs, s'ils se sentent propri\u00e9taires de leurs titres ou de leur autorit\u00e9, de leurs talents ou de leurs propres m\u00e9rites?

{N}16,{/}13: Une des paraboles sur le Royaume de Dieu annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 l'Eglise (Mt 13,31-33). Le pr\u00e9sent texte nous parle \u00e0 nouveau de cette Eglise.
- Ce texte nous dit quelle est la pierre de base de l'Eglise: la foi en J\u00e9sus, Christ et Fils de Dieu.
- Il est centr\u00e9 sur la pr\u00e9\u00e9minence de Pierre parmi les ap\u00f4tres.
- Il sugg\u00e8re que l'Eglise aura toujours besoin d'un chef visible.
La foi dans le Christ, Fils de Dieu, que Pierre est le premier parmi les ap\u00f4tres \u00e0 proclamer, vient en fait de Dieu. Cette foi ne provient pas de la chair et du sang, expression qui, pour les Juifs, veut dire quelque chose de purement humain, ce qu'un \u00eatre humain fait et comprend par lui-m\u00eame. On ne croit pas au Christ \u00e0 partir d'une conviction hu maine, ou d'un attachement sentimental \u00e0 sa personne. Les paroles de J\u00e9sus \u00e0 Pierre, tu es heureux, Simon, sont vraies pour tous les croyants car c'est le P\u00e8re qui nous a choisis et amen\u00e9s au Christ: voir Jn 6,37; 6,44; Mt 13,16.
Le texte \u00e9tablit la pr\u00e9\u00e9minence de Pierre. Son nom \u00e9tait Simon, mais J\u00e9sus l'a surnomm\u00e9 Pierre (Jn 1,40) parce qu'il devait \u00eatre la pierre de base de son Eglise. Changement de nom: signe d'une mission qui lui est donn\u00e9e, comme il \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 Abraham et \u00e0 Jacob (Gen 17,5 et 32,29). D'autres textes confirment la foi de Pierre et le montrent agissant un peu comme le chef des Douze: Mt 10,2; 14,28; 17,25; Lc 5,8-10; 22,32; Jn 6,68; 21,15-19.
Les paroles de J\u00e9sus \u00e0 Pierre, valent-elles aussi pour ses successeurs? D\u00e9j\u00e0 dans l'Ancien Testament Dieu avait voulu que son peuple ait un centre visible; J\u00e9rusalem et la nation avaient comme centre le Temple et les rois, fils de David. Quand Dieu a choisi David, il lui a promis que ses descendants r\u00e9gneraient pour toujours sur le Royaume de Dieu: cette promesse s'est accomplie avec le Christ. Maintenant, J\u00e9sus choisit Pierre pour qu'il soit la fondation visible de l'\u00e9difice. Ses successeurs seront dans l'Eglise ce que lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 dans l'Eglise des premiers jours.
Pour les Juifs, lier et d\u00e9lier voulait dire: pr\u00e9ciser ce qui est interdit et ce qui est permis. Pierre et  ses successeurs, les papes, devront d\u00e9cider en dernier ressort qui fait partie du corps des croyants et qui en est exclu, et ce qui est, ou non, foi de l'E glise.
L'histoire de la primitive Eglise montre que d\u00e9j\u00e0 dans les premiers si\u00e8cles, les Eglises locales \u00e9taient conscientes de l'autorit\u00e9 supr\u00eame de l'\u00e9v\u00eaque de Rome, successeur de Pierre. Son r\u00f4le n'a pu que se d\u00e9velopper au cours de l'histoire, d'autant plus n\u00e9cessaire que devenaient plus fortes les tensions entre chr\u00e9tiens de divers continents et cultures, partag\u00e9s \u00e0 l'infini dans leurs expressions religieuses.
M\u00eame si, en tant qu'hommes, ils peuvent se tromper, J\u00e9sus ne veut pas se d\u00e9sint\u00e9resser de ce qu'ils d\u00e9cident: Ce que tu d\u00e9lieras sur terre sera d\u00e9li\u00e9 dans les cieux. 
Cependant, le fait de reconna\u00eetre cette mission du successeur de Pierre ne veut pas dire que sa parole doive couvrir toutes les autres voix dans une Eglise silencieuse, ni que son autorit\u00e9 justifie une structure qui \u00e9craserait la vie. Ce texte ne supprime pas d'autres paroles de l'\u00e9vangile tout aussi importantes, o\u00f9 la base de l'Eglise est un "coll\u00e8ge" d'ap\u00f4tres. Pierre est le portier (Mc 13,34), mais il n'est ni le ma\u00eetre ni le P\u00e8re (Mt 23,9). La mission de Pierre et de ses successeurs ne signifie pas que tous les autres baptis\u00e9s sont des mineurs dans le domaine de la foi (1 Jn 2,27). Son autorit\u00e9 prend tout son sens dans une Eglise o\u00f9 chacun s'habitue \u00e0 penser par lui-m\u00eame  et \u00e0 dire ce qu'il pense. 
Les forces de mort. Le texte dit: "les portes de l'Had\u00e8s". "Portes" signifie ici "Le pouvoir" tout comme autrefois "La Sublime Porte" d\u00e9signait le gouvernement de l'empire turc. Quant \u00e0 l'Had\u00e8s, il d\u00e9signait le monde souterrain, le monde des morts et des puissances d\u00e9moniaques. M\u00eame si les forces de mort essaient d'\u00e9craser l'Eglise, ou d\u00e9veloppent en elle les ferments de corruption, elles ne l'emp\u00eacheront pas d'accomplir sa mission de salut. Une partie de l'Apocalypse (Ap ch.12-17) nous d\u00e9peint cette confrontation.
D'autres textes pr\u00e9sentent les Douze Ap\u00f4tres comme les bases de l'Eglise ( Ep 2,20 et Ap 21,14). Ils re\u00e7oivent aussi le pouvoir de lier et de d\u00e9lier (Jn 20,23), mais, dans ce cas, il s'agit clairement du pardon des p\u00e9ch\u00e9s.
Autres paroles du Christ adress\u00e9es \u00e0 Pierre: Lc 22,31; Jn 21,15.
La lecture des r\u00e9cits de Mc 8,27 et de Lc 9,18 soul\u00e8ve quelques questions au sujet de cette profession de foi de Pierre: voir le commentaire de Lc 9,18.
J\u00e9sus, pierre de fondation: Mc 12,10; 1Co 3,11; 1P 2,6.

{N}16,{/}22: Voir le commentaire de Mc 8,31.
Passe derri\u00e8re moi, Satan... Pierre veut barrer \u00e0 J\u00e9sus le chemin de la croix, et J\u00e9sus reconna\u00eet l\u00e0 le m\u00eame esprit qui l'a tent\u00e9 dans le d\u00e9sert. Que Pierre se range derri\u00e8re J\u00e9sus et le suive comme il convient \u00e0 un disciple.
Celui qui veut sauver sa vie la perdra. J\u00e9sus rappelle la grande option de toute vie humaine: on ne peut trouver Dieu, on ne peut r\u00e9ussir sa vie qu'en la donnant au service de Dieu et de nos fr\u00e8res, en aimant en v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l'exemple de J\u00e9sus (Jn 15,13).

{N}17,{/}1: Voir les commentaires de Mc 9,2; Lc 9,28.

{N}17,{/}14: Voir le commentaire de Mc 9,14.

{N}17,{/}22: J\u00e9sus a annonc\u00e9 sa mort plusieurs fois: voir 16,21; 20,17. Il ne la pr\u00e9sente jamais comme un accident qui pourrait contrecarrer sa mission. Jean nous dira qu'il y voit le moyen de glorifier son P\u00e8re et de r\u00e9concilier les hommes (Jn 17). J\u00e9sus parle de lui \u00e0 la troisi\u00e8me personne: le Fils de l'Homme, parce qu'il consid\u00e8re alors sa destin\u00e9e comme de l'ext\u00e9rieur. C'est la volont\u00e9 de son P\u00e8re et il ne se pr\u00e9occupe pas de lui-m\u00eame.

{N}17,{/}24: Tous les Juifs fid\u00e8les payaient un imp\u00f4t pour les frais d'entretien du Temple, et les collecteurs s'approchent de Pierre puisqu'il est le propri\u00e9taire de la maison o\u00f9 J\u00e9sus demeure.
J\u00e9sus observe la loi, mais il profite de l'occasion pour laisser entendre qui il est: les collecteurs ne se rendent pas compte qu'ils s'adressent "au Fils". On remarquera que le Seigneur est ma\u00eetre de toutes les cr\u00e9atures, m\u00eame des poissons, mais aussi qu'il se veut solidaire de Pierre.
Il est possible que ce texte doive quelque chose au fait que les chr\u00e9tiens d'origine juive pour qui Matthieu \u00e9crivait se demandaient s'ils devaient encore payer cet imp\u00f4t.

{N}18,{/}1: Ici commence le quatri\u00e8me Discours de l'\u00e9vangile de Matthieu, pas tr\u00e8s homog\u00e8ne, mais centr\u00e9 sur la vie de communaut\u00e9. Car il est clair que ceux qui disent "Notre P\u00e8re" ne sont pas des isol\u00e9s. J\u00e9sus les accueille dans "l'Isra\u00ebl de Dieu" (Gal 6,16), son Eglise, qui est communion de communaut\u00e9s.

{N}18,{/}6: pr\u00e9occupation pour les "petits";
12: soucis des \u00e9gar\u00e9s;
15: communion fraternelle en pr\u00e9sence du Christ;
21: le pardon.
Pour le commentaire de 1-5, voir Mc 9,33.
{C}LES PETITS{/}
Avec le verset 6 nous passons des enfants aux petits, c'est-\u00e0-dire, aux gens simples. Ils sont petits parce qu'ils ne comptent pas beaucoup dans la soci\u00e9t\u00e9.
Malheur... \u00e0 cause des scandales. Faut-il rappeler le vrai sens du mot "scandale"? Le "scandalon" est le petit caillou qui d\u00e9passe et qui fait chuter; le scandale n'est pas ce qui fait du bruit ou qui provoque des remous dans la soci\u00e9t\u00e9, mais ce qui d\u00e9soriente les consciences et fait chuter ceux qui semblaient honn\u00eates (v.7).
Souvent, les petits s'efforcent de sortir de leur situation et de devenir plus ind\u00e9pendants, ils veulent s'instruire et gagner plus. Mais habituellement la soci\u00e9t\u00e9 rend le chemin difficile \u00e0 ceux qui refusent de se pr\u00eater \u00e0 des jeux louches et refusent d'agir en \u00e9go\u00efstes. C'est pour cette raison que les petits doivent souvent c\u00e9der, accepter l'\u00e9chec, perdre un oeil plut\u00f4t que de renoncer \u00e0 ce qui est le plus important: vivre sous le regard de Dieu.
Mieux vaut pour toi entrer dans la vie avec un seul pied. J\u00e9sus souligne la valeur incomparable de la vie \u00e9ternelle. A certains moments il nous faudra sacrifier notre emploi, notre s\u00e9curit\u00e9 ou notre vie si nous voulons gagner le Royaume.
Malheur au monde \u00e0 cause des scandales. Parfois, c'est la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame, avec sa corruption, sa violence, ses structures injustes. J\u00e9sus nous invite \u00e0 prendre conscience du p\u00e9ch\u00e9, qu'il soit personnel ou social: les structures nuisibles seront d\u00e9truites dans les larmes et dans le sang (Lc 23,28).
Il est n\u00e9cessaire que les scandales arrivent. J\u00e9sus vivait \u00e0 une \u00e9poque de violence, mais apparemment, il ne se plaint pas de cette situation. Il ne nous invite pas \u00e0 r\u00eaver d'un paradis sur terre.
Le monde r\u00e9el, celui que Dieu a cr\u00e9\u00e9 et qu'il sauve, n'a pas \u00e0 \u00eatre une oasis de bonheur, mais un lieu o\u00f9 les personnes libres s'\u00e9panouissent en luttant. Les scandales font partie de ce monde, mais la force du mal ne diminue en rien la gloire que Dieu recevra de sa cr\u00e9ation \u00e0 la fin des temps. La souffrance et la soif de justice seront source de saintet\u00e9; ce sont les moyens par lesquels Dieu fera cro\u00eetre l'amour.

{N}18,{/}12: La parabole des cent brebis se trouve aussi dans l'\u00e9vangile de Luc (Lc 15), mais dans un autre contexte, celui du pardon de Dieu: J\u00e9sus est venu "chercher et sauver ce qui \u00e9tait perdu" (Lc 19,10). Matthieu, lui, rapporte cette parabole dans le cadre d'un "discours" sur l'Eglise. Il reprend cette comparaison de J\u00e9sus pour nous montrer le souci particulier que la communaut\u00e9 et ses responsables doivent avoir pour les plus humbles et les plus \u00e9prouv\u00e9s. Comme pour le P\u00e8re des Cieux, chacun des membres de la communaut\u00e9 est unique et doit \u00eatre aim\u00e9 et soutenu comme tel: comment le P\u00e8re, comment la communaut\u00e9, pourraient-ils accepter qu'un seul des plus petits de ses membres se perde? 

{N}18,{/}15: Si ton fr\u00e8re a p\u00e9ch\u00e9... J\u00e9sus avait dit \u00e0 Pierre: Tout ce que tu lies sur terre sera li\u00e9 au ciel. Il le dit maintenant pour toute l'Eglise. Tous les conflits se r\u00e8glent avec la certitude que le Christ est pr\u00e9sent au milieu de nous: c'est bien ce que disait son nom, Emmanuel (1,23).
R\u00e9unis au nom de J\u00e9sus (20): La pri\u00e8re de la communaut\u00e9, du groupe apostolique, du couple chr\u00e9tien.
Avons-nous remarqu\u00e9 le fait que ce chapitre sur l'Eglise soit si court? Et pourtant Matthieu est celui qui pense le plus \u00e0 l'Eglise de J\u00e9sus, que ce soit dans les paraboles du Royaume ou dans la profession de foi de Pierre.
Il ne semble pas que J\u00e9sus ait dit quoi que ce soit \u00e0 ses ap\u00f4tres sur les structures qui se mettraient en place (ou qui de m\u00eame pourraient se d\u00e9faire): seulement un esprit communautaire. L'accueil des petits, le pardon continuel et l'acceptation des autres, la pri\u00e8re d'une communaut\u00e9 qui a des ambitions apostoliques et demande \u00e0 Dieu \u00e0 cor et \u00e0 cri qu'il donne ce qu'on lui demande, c'est l\u00e0  toute la sagesse et tous les moyens de l'Eglise pour affronter les d\u00e9fis de l'\u00e9vang\u00e9lisation.
Prenant part aux activit\u00e9s de la communaut\u00e9, surmontant les in\u00e9vitables conflits et pers\u00e9v\u00e9rant dans la t\u00e2che apostolique, nous apprenons \u00e0 conna\u00eetre le P\u00e8re. L'Eglise est donc pour nous "le sacrement de Dieu", le signe visible de sa pr\u00e9sence et la source d'o\u00f9 nous vient sa vie.
Les rites religieux n'ont de valeur sacr\u00e9e que parce que ce sont des gestes de l'Eglise. Dieu n'est pas contenu dans les choses, mais il se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 travers la famille du Christ: tout ce que vous liez sur terre... Vivre en harmonie avec la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, m\u00eame quand nous ne sommes pas d'accord avec elle, est signe que nous sommes dans la gr\u00e2ce de Dieu.
Le texte 18,15 est douteux. Il \u00e9tait peut-\u00eatre \u00e9crit: si ton fr\u00e8re a p\u00e9ch\u00e9, va lui parler..., auquel cas il s'agirait de l'effort de la communaut\u00e9 pour corriger celui qui s'est engag\u00e9 sur une mauvaise voie.

{N}18,{/}21: Soixante-dix-sept fois. Comparer avec Gn 4,24: le pardon s'oppose \u00e0 la soif de vengeance. Voir le texte de Lc 17,3: nous devons pardonner, mais il faut aussi que le prochain manifeste le regret de ses fautes.

{N}18,{/}23: {C}LE PARDON{/}
Les offenses qui nous viennent de nos compagnons ne sont rien en comparaison de nos offenses envers Dieu. Et tandis que Dieu nous efface la dette, nous n'accordons m\u00eame pas un r\u00e9pit aux autres. Dieu ne revendique pas ses droits, on dirait m\u00eame qu'il les a oubli\u00e9s; tandis que nous, en les exigeant, nous nous comportons comme de m\u00e9chants serviteurs (voir Mt 5,43).
Cette parabole va au-del\u00e0 de nos probl\u00e8mes personnels. Nous apprenons tous les jours le poids de haine que les diff\u00e9rents peuples gardent accumul\u00e9e les uns contre les autres, souvent li\u00e9 \u00e0 une diff\u00e9rence de religion. La violence ne r\u00e9sout pas les conflits raciaux: le monde a surtout besoin d'apprendre \u00e0 pardonner. Nous pardonnons mal parce que nous savons mal ce que Dieu nous a pardonn\u00e9 et combien il est mis\u00e9ricordieux.
Le quatri\u00e8me discours de l'\u00e9vangile de Matthieu se termine par cette parabole sur l'obligation de pardonner. L'Eglise a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s loin d'\u00eatre sainte comme elle aurait d\u00fb. Mais, personne ne peut nier qu'elle a toujours \u00e9t\u00e9 le lieu o\u00f9 l'on enseignait la mis\u00e9ricorde de Dieu et o\u00f9 les hommes ont appris \u00e0 pardonner.

{N}19,{/}1: Voir le commentaire de Mc 10,2; Mt 5,31.
Toute soci\u00e9t\u00e9 humaine a eu ses lois sur le mariage, et il en a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame en Isra\u00ebl. Il y avait donc une loi sur le divorce en harmonie avec la diff\u00e9rence de statut que la soci\u00e9t\u00e9 accordait \u00e0 l'homme et \u00e0 la femme, et elle \u00e9tait dans l'Ecriture (Dt 24,1). J\u00e9sus n'entre pas dans les discussions des Ma\u00eetres et interpr\u00e8tes de la Loi: il oppose \u00e0 cette loi une autre parole de l'Ecriture qui pr\u00e9sente le point de vue de Dieu face \u00e0 des attitudes humaines qu'il tol\u00e8re.
Ce faisant, J\u00e9sus montre comment lui-m\u00eame m\u00e8ne la Loi \u00e0 sa "perfection" (5,17), mais il est clair que cette "loi de Dieu" ne peut \u00eatre entendue que par ceux qui ont re\u00e7u de J\u00e9sus l'Esprit, ce que souligne la r\u00e9action des disciples (v.10).
Mieux vaut ne pas se marier. Comme d'habitude J\u00e9sus ne s'excuse pas de ses paroles si exigeantes; au contraire il propose quelque chose de plus difficile encore \u00e0 admettre. Il fait l'\u00e9loge de ceux \u00e0 qui il est donn\u00e9 de choisir le c\u00e9libat par amour du Royaume. 

{N}19,{/}16: Voir le commentaire de Mc 10,17.
Une question pos\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus. Il en d\u00e9couvre les divers aspects et il donne trois r\u00e9ponses:
Un seul est Bon. Cet homme a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit par la personne de J\u00e9sus, et J\u00e9sus le renvoie au P\u00e8re comme il le fait toujours. Il existe en effet une distorsion de la foi chr\u00e9tienne, dangereuse parce qu'elle est tr\u00e8s subtile: ne parler que de J\u00e9sus: "J\u00e9sus te regarde... J\u00e9sus t'aime... J\u00e9sus est amour..." alors que J\u00e9sus est tout entier tourn\u00e9 vers le P\u00e8re et qu'il est venu pour nous conduire \u00e0 lui. Aimer le P\u00e8re signifie vouloir \u00eatre parfait \u00e0 la fa\u00e7on du P\u00e8re et travailler pour son Royaume. Il faudra d'abord se rendre libre, et le riche ne sera libre que par la pauvret\u00e9 volontaire.
Cet homme voulait aussi savoir comment on acquiert la vie \u00e9ternelle (le texte dit selon le style h\u00e9bra\u00efque: "avoir en h\u00e9ritage") et J\u00e9sus dira clairement \u00e0 la fin que, m\u00eame si on observe les commandements, on ne "m\u00e9rite" pas la vie \u00e9ternelle: le salut est toujours un don de Dieu.
Enfin il y a la question qui nous pr\u00e9occupe le plus car tout ce qui touche \u00e0 l'argent nous atteint au coeur, et c'est l\u00e0 que l'Evangile nous fait peur: Il est plus facile pour un chameau... 
Cet appel du jeune homme riche a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme le mod\u00e8le de la vocation religieuse et apostolique. Sans la pauvret\u00e9 effective et volontaire, on n'atteindra jamais l'union \u00e0 Dieu qui est le but du vrai religieux. Par ailleurs, tant que les ap\u00f4tres partageront la vie des gens plus install\u00e9s, ils pourront \u00eatre leurs amis mais n'obtiendront pas de conversions profondes. Et pendant ce temps ils n'atteindront pas le monde immense des pauvres.
Le probl\u00e8me de la pauvret\u00e9 est aussi au coeur de la famille dans le monde moderne: pour la plupart, croyants ou non croyants, les joies et les gr\u00e2ces que Dieu r\u00e9serve \u00e0 la famille nombreuse ne seront donn\u00e9es qu'\u00e0 ceux qui ont renonc\u00e9 \u00e0 tout mesurer selon les crit\u00e8res de l'argent et de la s\u00e9curit\u00e9.

{N}20,{/}1: {C}LES PROPRIETAIRES{/}
Cette parabole \u00e9tonne bien des gens. Il leur semble injuste que tous les ouvriers re\u00e7oivent le m\u00eame salaire sans tenir compte du travail et de la peine de chacun.
Il est certain que J\u00e9sus a voulu nous choquer et nous enlever cette id\u00e9e que nous avons toujours en t\u00eate: "nous avons des m\u00e9rites et Dieu doit en tenir compte".
Il serait bon cependant de regarder de plus pr\u00e8s la parabole. J\u00e9sus fait une comparaison, non pas entre les diff\u00e9rents travailleurs, mais entre diff\u00e9rents groupes de travailleurs. Comme tant d'autres cette parabole est une "parabole du Royaume": chaque groupe repr\u00e9sente une nation, ou une classe sociale et, tandis que certains ont re\u00e7u la parole de Dieu depuis longtemps, d'autres viennent juste d'arriver \u00e0 la foi.
Au fil des si\u00e8cles Dieu appelle diff\u00e9rents peuples \u00e0 travailler dans sa vigne. Il appelle d'abord Abraham et il confie \u00e0 ses descendants son oeuvre dans le monde. Plus tard, \u00e0 l'\u00e9poque de Mo\u00efse, bien d'autres se sont joints \u00e0 son groupe pour sortir d'Egypte, et cela a continu\u00e9 tout au long de l'histoire. Les anciens revendiquent sans cesse leur droit d'\u00eatre mieux trait\u00e9s que les autres; en r\u00e9alit\u00e9, la vigne ne leur a pas \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e en exclusivit\u00e9.
Ensuite, lorsque le Christ vient, l'Evangile est annonc\u00e9 \u00e0 d'autres peuples, pa\u00efens jusque-l\u00e0. Ils entrent dans l'Eglise et forment la chr\u00e9tient\u00e9. Eux aussi se pr\u00e9tendront les propri\u00e9taires du Royaume de Dieu et de l'Eglise. De nos jours, certains groupes sociaux se plaignent quand l'Eglise critique leurs privil\u00e8ges et ne leur donne plus les premi\u00e8res places: ils avaient toujours pens\u00e9 que l'Eglise leur appartenait.
Dans la parabole, tous sont mis sur le m\u00eame pied et re\u00e7oivent le m\u00eame denier, une pi\u00e8ce d'argent. Qu'ils se r\u00e9jouissent d'avoir \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 travailler alors qu'ils \u00e9taient au ch\u00f4mage!

{N}20,{/}20: Voir le commentaire de Mc 10,35. Comparer Mt 20,23 et Mc 10,40.

{N}21,{/}1: Voir le commentaire de Mc 11. Matthieu, Marc et Luc placent l'incident des vendeurs dans le Temple juste avant la Passion. En revanche, Jean situe cet incident au commencement de la mission de J\u00e9sus. Nous voyons donc une fois de plus que chacun des \u00e9vang\u00e9listes dis pose les \u00e9v\u00e9nements suivant le plan qu'il a choisi pour d\u00e9velopper le Myst\u00e8re du salut. Leur but n'est pas de r\u00e9diger une vie de J\u00e9sus o\u00f9 les faits prendraient leur place dans l'ordre exact o\u00f9 ils ont eu lieu.
D'autre part, plusieurs d\u00e9tails de l'entr\u00e9e triomphale de J\u00e9sus nous font penser \u00e0 la f\u00eate des Tabernacles (qui se c\u00e9l\u00e9brait en septembre) plut\u00f4t qu'aux jours pr\u00e9c\u00e9dant la P\u00e2que:
- L'ambiance joyeuse de la sc\u00e8ne convient mieux \u00e0 cette f\u00eate, la plus populaire de toutes.
- Les, rameaux comme dans la procession de la f\u00eate qui se dirigeait vers la piscine de Silo\u00e9, au chant du psaume 118: "B\u00e9ni soit celui qui vient au nom du Seigneur!" avec les acclamations: "Hosanna!" (c'est-\u00e0-dire: Sauve-nous!).
- La mention du mont des Oliviers o\u00f9 des huttes faites de branches et de feuilles \u00e9taient dress\u00e9es pour la f\u00eate.
Voir \u00e0 ce sujet Za 14: il y est question de cette f\u00eate (14,16) et l'on y annonce la purification du Temple.
Les \u00e9vang\u00e9listes ont peut-\u00eatre situ\u00e9 l'entr\u00e9e de J\u00e9sus \u00e0 J\u00e9rusalem la veille de la P\u00e2que pour la simple raison qu'ils ne mentionnaient qu'un seul d\u00e9placement de J\u00e9sus \u00e0 J\u00e9rusalem.
Ils entraient \u00e0 Bethphag\u00e9. Le petit village de Bethphag\u00e9 se trouve \u00e0 l'entr\u00e9e est de J\u00e9rusalem. Selon la Loi, la P\u00e2que devait se c\u00e9l\u00e9brer \u00e0 J\u00e9rusalem, mais la ville \u00e9tait trop petite pour h\u00e9berger les cent mille p\u00e8lerins venus pour la f\u00eate. Il \u00e9tait donc n\u00e9cessaire d'\u00e9tendre les limites juridiques de J\u00e9rusalem et d'inclure quelques villages comme Bethphag\u00e9. Ces jours-l\u00e0, J\u00e9sus logeait \u00e0 B\u00e9thanie (21,17).
L'\u00e2nesse "et" l'\u00e2non. Nous retrouvons l\u00e0 un tic de Matthieu: il a toujours tendance \u00e0 voir double, comme en 8,28; 9,27; 10,29; 20,30 
Tu as mis ta louange. Ces paroles du psaume 8 s'adressaient \u00e0 Dieu, mais J\u00e9sus se les applique, comme il le fait dans d'autres circonstances.

{N}21,{/}12: Voir le commentaire de Mc 11,15.
J\u00e9sus purifie le Temple, accomplissant ainsi la proph\u00e9tie de Za 14,21. Malachie de m\u00eame avait annonc\u00e9 que le Seigneur viendrait purifier son peuple et son Temple. Comme proph\u00e8te, J\u00e9sus vient exiger le respect envers Dieu. Comme Dieu, il inaugure une nouvelle \u00e9tape de l'histoire sacr\u00e9e: le service de Dieu dans l'esprit et la v\u00e9rit\u00e9. C'est ainsi que Jean interpr\u00e8te cet \u00e9v\u00e9nement (Jn 2,21) quand il parle du nouveau Temple, le Christ.

{N}21,{/}18: L'incident pr\u00e9c\u00e9dent nous aide \u00e0 comprendre l'\u00e9trange comportement de J\u00e9sus qui cherche des figues quand ce n'est pas la saison et maudit ensuite l'arbre comme s'il \u00e9tait responsable. Le geste de J\u00e9sus est destin\u00e9 \u00e0 attirer l'attention des ap\u00f4tres, selon la mani\u00e8re d'enseigner des proph\u00e8tes. Le figuier est l'image du peuple juif qui n'a pas produit (devrions-nous dire: "du peuple de Dieu qui produit bien peu"?) les fruits que Dieu attendait.

{N}21,{/}23: J\u00e9sus est ce que nous appellerions aujourd'hui un simple la\u00efc. Il respecte les pr\u00eatres du peuple de Dieu et leurs grands pr\u00eatres. Mais il montre que s'ils veulent demander des comptes, il leur faut \u00eatre pr\u00eats \u00e0 donner une r\u00e9ponse sur les choses de Dieu quand le peuple en a besoin. Or ils n'ont pas voulu donner ces r\u00e9ponses \u00e0 propos de Jean-Baptiste.

{N}21,{/}28: Beaucoup de p\u00e9cheurs s'\u00e9taient convertis \u00e0 la suite de la pr\u00e9dication de Jean et avaient confess\u00e9 leurs p\u00e9ch\u00e9s. Ils \u00e9taient donc bien plac\u00e9s pour recevoir le message de J\u00e9sus qui leur ouvrait le Royaume de Dieu et leur montrait le vrai visage de Dieu le P\u00e8re. C'est pour cette raison qu'ils pr\u00e9c\u00e8dent les pr\u00eatres, lesquels sont rest\u00e9s indiff\u00e9rents \u00e0 l'appel de Jean puisqu'ils n'\u00e9prouvaient ni le d\u00e9sir ni le besoin de se convertir.

{N}21,{/}33: Voir le commentaire de Mc 12,1.
Le royaume de Dieu vous sera enlev\u00e9 pour \u00eatre donn\u00e9 \u00e0 un peuple qui en donnera les fruits. La parole de J\u00e9sus ne vise pas seulement le peuple juif de son temps: observons le vieillissement et la st\u00e9rilit\u00e9 apostolique de bien des secteurs de notre Eglise dans une soci\u00e9t\u00e9 qui elle-m\u00eame choisit la mort, acceptant que le d\u00e9vergondage sexuel et l'avarice \u00e9touffent la famille et les raisons de vivre. Pendant ce temps d'autres peuples luttent et conqui\u00e8rent, d'autres Eglises p\u00e9n\u00e8trent partout et font \u00e0 leur mani\u00e8re, bien ou mal, une certaine \u00e9vang\u00e9lisation. Et s'il \u00e9tait dans le plan de Dieu de donner \u00e0 d'autres ce Royaume pour lequel nous n'avons pas su vivre et travailler?

{N}22,{/}1: {C}LE BANQUET {/}
Il y a deux parties dans cette parabole.
Dans la premi\u00e8re partie, Dieu nous invite \u00e0 un banquet o\u00f9 il y a de la place pour tout le monde. Tout au long de l'histoire il a envoy\u00e9 ses proph\u00e8tes pr\u00eacher la justice, la mis\u00e9ricorde de Dieu et la confiance en lui. Mais le peuple juif qui n'a pas \u00e9cout\u00e9 l'appel de Dieu, \u00e9coutera encore moins J\u00e9sus. Le plan de Dieu n'\u00e9chouera pas pour autant. Il envoie ses ap\u00f4tres pr\u00eacher l'\u00e9vangile aux nations \u00e9trang\u00e8res: allez aux sorties de la ville pour que les non-Juifs entrent aussi dans l'Eglise. Cependant, quelques Juifs, les rares \u00e9lus parmi tant d'appel\u00e9s, seront les premiers membres de l'Eglise.
Le roi c\u00e9l\u00e8bre les noces de son fils, le Christ, qui m\u00e9rite d'\u00eatre appel\u00e9 l'\u00e9poux de l'humanit\u00e9 (Mc 2,19), parce qu'il la r\u00e9unit en un seul corps pour s'unir \u00e0 elle. Tout au long de l'histoire, le Christ ressuscit\u00e9 rassemble les hommes mortels et divis\u00e9s. L'Esprit de Dieu les transformera et les ressuscitera pour qu'ils puissent s'asseoir \u00e0 la table des vivants, selon la parabole.
L'eucharistie est la seule table du Christ que beaucoup de chr\u00e9tiens connaissent. En y prenant part, nous ne devons pas oublier ce qui vient d'\u00eatre dit. Notre rencontre autour de l'eucharistie doit nous rappeler que Dieu nous invite \u00e0 nous pr\u00e9parer, dans la vie de tous les jours, pour le banquet qu'il r\u00e9serve \u00e0 toute l'humanit\u00e9. Notre t\u00e2che est d'unir et de r\u00e9concilier tous les hommes.
Et si nous ne r\u00e9pondons pas? Alors, peu \u00e0 peu, la vie de la sainte Eglise universelle se retirera de nos assembl\u00e9es de chr\u00e9tiens bien install\u00e9s et d'autres seront appel\u00e9s \u00e0 faire le travail de Dieu: Invitez au banquet.
Puis vient la seconde partie de la parabole: Vous chr\u00e9tiens qui \u00eates d\u00e9j\u00e0 dans l'Eglise, est-ce que vous portez le nouvel habit. Ce v\u00eatement blanc c'est celui dont parle l'Apocalypse (7,13-14), c'est la foi, le v\u00eatement de ceux qui n'ont pas cherch\u00e9 ,\u00e0 devenir "des gens bien", en comptant sur leurs propres forces, mais qui ont "cru" que J\u00e9sus pouvait faire des pauvres p\u00e9cheurs qu'ils \u00e9taient les Saints de son Royaume.
Ne pensons pas que l'invit\u00e9 qui n'avait pas la tenue correcte \u00e9tait un pauvre. A l'\u00e9poque, on avait coutume de procurer \u00e0 tous les invit\u00e9s le v\u00eatement qu'ils devaient porter au banquet. Celui-ci aurait pu en avoir un, mais il n'en a pas, c'est pourquoi il n'a rien \u00e0 r\u00e9pondre.

{N}22,{/}14: Beaucoup sont invit\u00e9s (14). Certains s'alarment \u00e0 la lecture de ce texte: est-ce que cela veut dire que quelques-uns seulement seront sauv\u00e9s?
Si nous appliquons cette phrase \u00e0 la premi\u00e8re partie de la parabole, elle veut dire que de ceux qui sont invit\u00e9s, peu participeront au banquet. Ces invit\u00e9s sont les Juifs, et de fait, tr\u00e8s peu d'entre eux sont entr\u00e9s dans l'Eglise de J\u00e9sus: choisis par Dieu pour \u00eatre son peuple (Ex 19,5), ils n'ont pas su reconna\u00eetre en J\u00e9sus le nouveau David rassemblant "l'Isra\u00ebl de Dieu" (Ez 34,23-31; Gal 6,16). Mais il faut aussi reconna\u00eetre que cette phrase se retrouve plusieurs fois dans l'\u00e9vangile et qu'il ne faut peut-\u00eatre pas la lier de fa\u00e7on trop \u00e9troite \u00e0 cette parabole.

{N}23,{/}1: Le cinqui\u00e8me discours de l'\u00e9vangile de Matthieu commence ici. Nous sommes \u00e0 peu de jours du d\u00e9part de J\u00e9sus de ce monde et Matthieu place en cet endroit des paroles et paraboles de J\u00e9sus qui \u00e9clairent l'attitude que ses disciples devront adopter face aux temps qui s'ouvrent devant eux.
A peine n\u00e9e, l'Eglise devra faire face \u00e0 la puissante opposition des pouvoirs juifs, surtout celle des Pharisiens. Elle devra alors suivre sa propre voie et se s\u00e9parer des communaut\u00e9s juives. C'est le fond du chapitre 23. Le chapitre 24 d\u00e9clare que Dieu va confirmer cette s\u00e9paration par la ruine de la nation juive.
L'Eglise alors, devra se tourner vers l'avenir et attendre le retour du Christ. Qu'elle ne perde pas son temps \u00e0 attendre la fin du monde, mais qu'elle se tienne pr\u00eate gr\u00e2ce \u00e0 une vigilance active.

{N}23,{/}2: {C}LES AUTORITES RELIGIEUSES{/}
J\u00e9sus n'est pas de la tribu de L\u00e9vi \u00e0 laquelle appartiennent les pr\u00eatres. J\u00e9sus n'appartient pas non plus \u00e0 un parti religieux, comme celui des Pharisiens. Il est du c\u00f4t\u00e9 du peuple et il regarde comment agissent les chefs du peuple de Dieu et l'\u00e9lite religieuse organis\u00e9e.
Visiblement Matthieu d\u00e9sire que les paroles de J\u00e9sus retombent sur les personnages importants des communaut\u00e9s pour lesquelles il \u00e9crit: d'avance J\u00e9sus juge les autorit\u00e9s de son Eglise et plus largement tout groupe qui se pr\u00e9tend le meilleur, le plus conscient, ou le plus efficace. Les Pharisiens pr\u00e9tendaient l'\u00eatre, et dans un sens ils l'\u00e9taient.
Les ma\u00eetres de la Loi et les Pharisiens se sont faits les interpr\u00e8tes de Mo\u00efse. L'\u00e9vangile dit plus exactement: Ils se sont assis sur la chaire de Mo\u00efse. Cette formule un peu ironique laisse entendre que les ambitieux se partagent les postes dans le peuple de Dieu, et Dieu le tol\u00e8re jusqu'\u00e0 un certain point.
Matthieu nous rappelle ici l'\u00e9galit\u00e9 fondamentale des croyants dans l'Eglise. C'est la communaut\u00e9 qui b\u00e9n\u00e9ficie de l'Esprit Saint, et les responsables ou les docteurs n'ont pas d'autorit\u00e9 s'ils ne sont pas partie prenante dans la vie communautaire. Paul parlera du Christ et de l'Eglise en utilisant la comparaison de la t\u00eate et du corps (Ep 5,25). De m\u00eame dans l'Eglise l'autorit\u00e9 de l'\u00e9v\u00eaque va de pair avec sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l'Eglise qu'il gouverne; il l'a accept\u00e9e comme elle est et ne cherche pas \u00e0 lui imposer ses propres projets. 
Faites ce qu'ils disent. Le mauvais exemple des autorit\u00e9s ne discr\u00e9dite pas la parole de Dieu et ne supprime pas non plus le devoir d'ob\u00e9issance. Si J\u00e9sus disait d'\u00e9couter les successeurs de Mo\u00efse, \u00e0 plus forte raison devons-nous \u00e9couter les successeurs des ap\u00f4tres. Ceux-ci ne peuvent pas renoncer \u00e0 leur autorit\u00e9 sous pr\u00e9texte d'humble service et devenir les simples ex\u00e9cutants de ce qu'a d\u00e9cid\u00e9 la majorit\u00e9.
J\u00e9sus parle de la forme d'autorit\u00e9. Ne vous faites pas appeler ma\u00eetre ou p\u00e8re. Ni ma\u00eetre, celui qui sait et devant qui on se tait, ni p\u00e8re, celui qu'on v\u00e9n\u00e8re et imite, oubliant de regarder directement Celui qui seul est bon. Personne dans l'Eglise ne doit \u00e9clipser le P\u00e8re unique.
Bien s\u00fbr, tout le monde dira que le mot "P\u00e8re" exprime tout simplement une affection respectueuse, mais la parole de J\u00e9sus nous affirme que le mot a des effets pervers. La puret\u00e9 de la foi, qui se soumet \u00e0 Dieu seul, souffre toujours du culte de la personnalit\u00e9. L'Eglise devra donc \u00eatre une communaut\u00e9 de personnes libres qui parlent avec franchise.

{N}23,{/}13: Vous fermez la porte du Royaume de Dieu (13). N'oublions pas que le Royaume des Cieux veut dire: le Royaume de Dieu. Bien des ma\u00eetres du peuple de Dieu sont un obstacle sur le chemin de la vraie connaissance de Dieu le P\u00e8re; jusque dans le moindre village, les Juifs avaient des ma\u00eetres de la Loi, mais en fait des foules venaient demander \u00e0 J\u00e9sus ce que ceux-ci ne donnaient pas. Comment pouvons-nous oublier que m\u00eame dans l'Eglise, l'\u00e9ducation religieuse s'est souvent limit\u00e9e au comportement moral et \u00e0 l'accomplissement de normes religieuses? L'\u00e9coute et la m\u00e9ditation constante de la Parole de Dieu auraient favoris\u00e9 l'\u00e9veil des grandes ambitions: la recherche de Dieu et la cr\u00e9ativit\u00e9 apostolique
Vous dites: Jurer par le Temple (16-22). J\u00e9sus parle d'abus propres de son temps. Certains ma\u00eetres trouvaient des arguments pour ne pas respecter tous les serments: c'est ce qu'on a appel\u00e9 plus tard la casuistique.
{C}LES DEFENSEURS DE LA FOI{/}
Comment J\u00e9sus a-t-il pu qualifier d'hypocrites ces hommes si attach\u00e9s \u00e0 leur foi?
Dans la langue de J\u00e9sus, le mot "hypocrite" d\u00e9signe \u00e9galement le superficiel et celui qui se moque des choses de Dieu. Tous les Pharisiens n'\u00e9taient \u00e9videmment pas hypocrites, mais J\u00e9sus d\u00e9nonce une d\u00e9formation fr\u00e9quente dans les \u00e9lites religieuses. Il nous invite \u00e0  nous m\u00e9fier des institutions n\u00e9es de ceux qui poss\u00e8dent l'argent et la culture et qui ensuite pr\u00e9tendent diriger les autres - et l'Eglise - sans avoir appris des pauvres la v\u00e9ritable humilit\u00e9.
Le myst\u00e8re de Dieu est si profond que personne ne peut se pr\u00e9senter comme son porte-parole exclusif. Les Pharisiens pratiquaient, enseignaient et gagnaient de nouveaux adeptes \u00e0 la foi, mais ils ne perdaient rien avec leurs je\u00fbnes et leurs aum\u00f4nes. Leur orgueil et leur amour de l'argent y trouvaient leur compte.

{N}23,{/}29: {C}LES PROPHETES{/}
_Nous avons les proph\u00e8tes d'une part, et de l'autre ceux qui tuent les proph\u00e8tes; et la Bible nous montre que les proph\u00e8tes trouvent beaucoup d'adversaires dans le peuple de Dieu, et tout sp\u00e9cialement parmi ses responsables.
Il y a un peuple de Dieu, et ce peuple a n\u00e9cessairement ses institutions qui l'aident \u00e0 \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 sa mission. Mais ce peuple ob\u00e9it \u00e0 des r\u00e9flexes et des pr\u00e9jug\u00e9s sociaux, et toute institution, m\u00eame n\u00e9e de l'Esprit, s'alourdit et se scl\u00e9rose avec le temps. Les proph\u00e8tes sont facilement condamn\u00e9s quand ils remettent en cause l'union dans la m\u00e9diocrit\u00e9, ou m\u00eame dans l'infid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la parole de Dieu.
Le peuple juif, harcel\u00e9 par les \u00e9trangers, serrait les rangs autour du Temple, de la pratique religieuse et du groupe des Pharisiens. Sous l'emprise de la peur, les Juifs faisaient ce que fait toute soci\u00e9t\u00e9 qui se sent menac\u00e9e: ils devenaient fanatiquement conservateurs et se sentaient \u00e0 l'abri dans les institutions que Dieu leur avait donn\u00e9es dans le pass\u00e9. Nous observons le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne actuellement. Notre g\u00e9n\u00e9ration se trouve brusquement confront\u00e9e dans tous les domaines \u00e0 des crises et des menaces \u00e0 l'\u00e9chelle mondiale auxquelles nous n'\u00e9tions pas pr\u00e9par\u00e9s; toutes nos certitudes sont mises en question, et c'est ainsi qu'on voit surgir dans toutes les religions des groupes fondamentalistes qui offrent une vision s\u00e9curisante en s'enfermant dans des structures et syst\u00e8mes de pens\u00e9e - ou de non-pens\u00e9e - h\u00e9rit\u00e9s du pass\u00e9.
Les d\u00e9fenseurs de la communaut\u00e9 juive n'\u00e9taient pas pr\u00eats \u00e0 \u00e9couter leur nouveau proph\u00e8te. Une chose \u00e9tait d'honorer les proph\u00e8tes du pass\u00e9 et de pr\u00e9server les livres sacr\u00e9s, une autre d'accepter la critique que Dieu leur adressait, non pas dans ces livres sacr\u00e9s, mais par la bouche du charpentier J\u00e9sus.
C'est ainsi que les notables juifs laiss\u00e8rent passer le moment o\u00f9 Dieu les visitait, ils s'enfonc\u00e8rent dans la voie qui devait mener leur nation \u00e0 la ruine.
Les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes d'Europe, affront\u00e9es \u00e0 une crise majeure, sauront-elles b\u00e2tir une Eglise plus pauvre, plus exigeante? Seront-elles moins pr\u00e9occup\u00e9es de leur propre survivance que de l'Evangile donn\u00e9 au monde?

{N}23,{/}37: Les proph\u00e8tes avaient annonc\u00e9 la ruine de J\u00e9rusalem en 587 comme le ch\u00e2timent de son infid\u00e9lit\u00e9. J\u00e9sus reprend leur langage, mais la destruction annonc\u00e9e aura une signification infiniment plus large, \u00e0 la mesure m\u00eame de sa mission qui le place au coeur et au sommet de toute l'histoire humaine. Le destin de J\u00e9sus r\u00e9capitule l'Histoire: le sang des proph\u00e8tes, son propre sang, celui des premiers chr\u00e9tiens (34).
Votre maison (38) Il s'agit du Temple o\u00f9 reposait la pr\u00e9sence de Dieu; c'\u00e9tait l\u00e0 le coeur de la nation et le lieu du culte. Mais Dieu l'abandonne une nouvelle fois (voir Ez 8) pour rejoindre ceux qui ont accueilli J\u00e9sus et qui ont trouv\u00e9 en lui le Temple v\u00e9ritable (Jn 2,21).

{N}24,{/}1: Voir le commentaire de Mc 13 en ce qui concerne ce grand discours.
Ce discours de l'\u00e9vangile utilise le style des livres apocalyptiques (voir l'Introduction \u00e0 l'Apocalypse). Dans ce genre de litt\u00e9rature il est admis que les grands \u00e9v\u00e9nements sont annonc\u00e9s par des signes. De l\u00e0, la question des intimes de J\u00e9sus: Quel sera le signe de ta venue et de la fin des temps?
Le discours qui suit est fait de paroles prononc\u00e9es par J\u00e9sus en des circonstances fort diverses. J\u00e9sus refuse les sp\u00e9culations et nous rappelle que l'histoire chr\u00e9tienne est faite de pers\u00e9cutions; il nous encourage \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9.
Dans le paragraphe 24,4-28, J\u00e9sus parle d'une tr\u00e8s grande \u00e9preuve. (21 & 29) qui pr\u00e9c\u00e9dera la destruction de J\u00e9rusalem dont les auditeurs de J\u00e9sus seront t\u00e9moins. On pourra s'enfuir avant le d\u00e9sastre (15-20).
L'abomination du d\u00e9vastateur (15): L'\u00e9vangile reprend une expression de Daniel 9,27 pour d\u00e9signer, cette fois, les troupes romaines ma\u00eetresses du Temple (voir commentaire de Mc 13,14).
Ce sera une p\u00e9riode d'\u00e9vang\u00e9lisation, un temps de pers\u00e9cutions, de t\u00e9moignage des chr\u00e9tiens face au monde juif ou pa\u00efen (9-14). Les Juifs qui n'ont pas reconnu J\u00e9sus comme leur sauveur se laisseront entra\u00eener par d'autres sauveurs ou "messies" dans une r\u00e9volte d\u00e9sastreuse contre les Romains.
Dans le paragraphe 26-28, J\u00e9sus montre que cette confusion g\u00e9n\u00e9rale au sujet du vrai sauveur n'a rien \u00e0 voir avec ce qui se passera \u00e0 son retour \u00e0 la fin des temps.
Dans les versets 29-31, J\u00e9sus parle de son retour triomphant. Puis il r\u00e9affirme deux choses: les \u00e9v\u00e9nements et les signes qui se rapportent \u00e0 la fin de J\u00e9rusalem se produiront d'ici peu (32-35). Mais le Jour, celui du jugement, qui est aussi celui de J\u00e9sus (36 et 42) sera beaucoup plus tard.
La comparaison des deux hommes (ou femmes) travaillant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te signifie que ce jugement ne s\u00e9parera pas un peuple bon et croyant, d'autres peuples mauvais et m\u00e9cr\u00e9ants, mais qu'il s\u00e9parera ceux-l\u00e0 m\u00eame qui vivaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, certains allant vers le Seigneur, d'autres \u00e0 la condamnation (37-41).
Pourquoi est-ce que l'\u00e9vangile met en parall\u00e8le la destruction de J\u00e9rusalem et la fin des temps? Simplement parce que Matthieu s'adresse \u00e0 des chr\u00e9tiens qui viennent d'assister au premier \u00e9v\u00e9nement et qui attendent le second. Et c'est le moment o\u00f9 s'\u00e9bauche la vision chr\u00e9tienne de l'histoire avec ses deux grandes \u00e9tapes.
Nous avons d'abord la p\u00e9riode de l'Ancien Testament. Dieu instruit le peuple d'Isra\u00ebl et le pr\u00e9pare pour que son histoire et ses exp\u00e9riences soient une lumi\u00e8re pour les autres peuples. A la fin de cette \u00e9tape, J\u00e9sus arrive en pleine crise nationale pour aider son peuple \u00e0 faire un pas d\u00e9cisif. J\u00e9sus leur dit: "Croyez ou vous mourrez". Une minorit\u00e9 a cru, mais la nation a connu "la Col\u00e8re" (Lc 21,23).
Alors le message est pr\u00e9sent\u00e9 aux autres nations, et ce sont les temps du Nouveau Testament. L'Eglise instruit tous les peuples, et il faut qu'ils m\u00fbrissent comme peuples et comme chr\u00e9tiens. La Bible laisse entendre que tout d\u00e9bouchera sur une crise, universelle cette fois, o\u00f9 l'Evangile sera plus actuel que jamais: "Croyez ou vous mourrez". Alors se termineront \u00e0 la fois le Nouveau Testament et l'histoire.

{N}25,{/}1: Les trois paraboles qui suivent nous disent comment attendre le retour du Christ, \u00e9veill\u00e9s et actifs. La premi\u00e8re, celle des "dix vierges", comme dit le texte grec, est la plus belle parabole de la fid\u00e9lit\u00e9. Les dix, selon la coutume, attendent \u00e0 la nuit le mari\u00e9 pour l'introduire \u00e0 la maison de l'\u00e9pouse. L'\u00e9poux est en retard, ce qui ne devrait \u00e9tonner personne. L'\u00e9pouse, on n'en parle pas: peut-\u00eatre d\u00e9couvriront-elles, \u00e0 la fin, qu'il n'y en a pas d'autre qu'elles-m\u00eames.
Elles s'endorment. Une fois le soleil couch\u00e9, tout est noir et "l'on ne peut plus rien faire" (Jn 9,4). Ce n'est donc plus un travail qu'on attend d'elles, mais la fid\u00e9lit\u00e9 du coeur (Ct 5,2): il faudra de l'huile pour maintenir la flamme allum\u00e9e.
Ici comme en d'autres endroits, l'\u00e9vangile nous montre que tout n'est pas fait avec la conversion et le premier enthousiasme: il faut durer (7,24). S'assurer une r\u00e9serve d'huile, c'est prendre les moyens qui permettront de pers\u00e9v\u00e9rer dans notre vocation.
Certains diront que Matthieu a plac\u00e9 ici cette parabole \u00e0 l'intention des premiers chr\u00e9tiens, car, apr\u00e8s avoir attendu le retour du Christ, ils voyaient que rien ne venait. Erreur! J\u00e9sus s'adresse aux croyants de tous les temps pour qui, un jour ou l'autre, la fid\u00e9lit\u00e9 se fait pesante: "Je ne savais pas alors \u00e0 quoi je m'engageais". C'est l\u00e0 qu'est la grandeur de la fid\u00e9lit\u00e9.  On ne peut pas le savoir d'avance ; donner sa main \u00e0 Dieu est un saut dans l'Inconnu. Il n'y a pas d'autre chemin que cette pers\u00e9v\u00e9rance pour se sauver (Mt 24,13), c'est-\u00e0-dire pour se trouver soi-m\u00eame.
Ce n'est pas parce que nous sommes chr\u00e9tiens que nous sommes les meilleurs, mais le Seigneur nous a choisis pour une mission particuli\u00e8re. De nous il attend d'abord fid\u00e9lit\u00e9 et pers\u00e9v\u00e9rance, deux denr\u00e9es bien rares dans le monde, et c'est par elles que nous sommes lumi\u00e8re.

{N}25,{/}14: {C}TRAVAILLER - AVOIR CONFIANCE EN SOI{/}
A l'\u00e9poque de J\u00e9sus, un talent correspondait \u00e0 trente kilos de m\u00e9tal pr\u00e9cieux, mais, dans cette parabole, J\u00e9sus compare \u00e0 des talents d'or les aptitudes que Dieu nous donne. Ce nouveau sens est rest\u00e9 dans notre culture.
Bon et fid\u00e8le serviteur. Fid\u00e8le: il vaudrait mieux traduire: "sur qui on peut compter". Aucun terme du vocabulaire religieux dans cette parabole: Dieu mesure la fa\u00e7on dont on a mis en valeur ses talents, et le p\u00e9ch\u00e9, c'est d'avoir gard\u00e9 pour soi ce qu'on avait re\u00e7u. Quelle condamnation d'une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 il est si habituel de consommer ce qu'on a re\u00e7u : la formation humaine et les connaissances qu'on a h\u00e9rit\u00e9es de sa patrie et qu'on ne transmettra pas \u00e0 une descendance, les bienfaits d'une famille o\u00f9 les parents ont su se sacrifier pour leurs enfants, et peut-\u00eatre la Parole de Dieu qu'on devait mettre en oeuvre pour r\u00e9aliser le grand dessein de Dieu sur le monde.
Je te confierai beaucoup plus. Ce que nous construisons sur terre n'est pas le d\u00e9finitif, mais seulement l'\u00e9chafaudage : tout autres seront les richesses que Dieu distribuera \u00e0 ceux qui vivront en lui.
Tu savais que je moissonne l\u00e0 o\u00f9 je n'ai pas sem\u00e9 (26). Comme en Lc 18,1, J\u00e9sus reconna\u00eet notre d\u00e9fiance inavou\u00e9e \u00e0 l'\u00e9gard de Dieu, et il nous prend au mot. Si nous n'aspirons pas \u00e0 la place que l'Epoux r\u00e9serve \u00e0 l'\u00e9pouse (25,1), essayons au moins de ne pas \u00eatre des serviteurs bons \u00e0 rien.
Bien des occasions se pr\u00e9sentent de risquer et d'entreprendre, et souvent nous avons peur de nous mettre en avant: "Je ne suis pas le plus qualifi\u00e9". - Mais si ceux qui sont qualifi\u00e9s n'ont pas boug\u00e9? Alors, reprenez-leur le talent et donnez-le \u00e0 un autre.

{N}25,{/}31: {C}LE JUGEMENT UNIVERSEL{/}
Nous savons que les chr\u00e9tiens sont une minorit\u00e9 dans le monde. Comme nous maintenant, les Juifs pensaient souvent \u00e0 la majorit\u00e9 des peuples du monde qui ne faisaient pas partie du peuple \u00e9lu et ne savaient rien des promesses de Dieu. Les Juifs les voyaient comme une multitude pr\u00eate \u00e0 "les d\u00e9vorer", un monde inqui\u00e9tant \u00e0 qui, un jour, Dieu imposerait sa loi. Et ils les appelaient: les nations.
J\u00e9sus d\u00e9passe ces perspectives \u00e9troites et nous montre comment il jugera tous les hommes sans faire de distinction d'origine, lorsqu'il reviendra comme Roi des nations. Tous ceux qui ont partag\u00e9 le destin commun des hommes, sans conna\u00eetre le Christ, seront jug\u00e9s par lui. En r\u00e9alit\u00e9, il ne les a jamais abandonn\u00e9s, mais il a plac\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d'eux "ces petits qui sont ses fr\u00e8res" pour le repr\u00e9senter.
Le Roi r\u00e9v\u00e8le les innombrables gestes humains qui ont construit le meilleur de notre civilisation, et, face \u00e0 lui, les hommes contemplent avec \u00e9tonnement le Dieu qu'ils ont aim\u00e9 ou d\u00e9daign\u00e9 en leur prochain. Bien que la plupart d'entre eux n'aient jamais pens\u00e9 \u00e0 l'au-del\u00e0, le Royaume de Dieu leur est pr\u00e9sent\u00e9 avec sa loi unique: l'amour.
Il n'y a pas de destination neutre entre les deux extr\u00eames. Le feu est l'image du tourment qu'endurent ceux qui se sont condamn\u00e9s quand ils fermaient leurs coeurs au point de ne plus \u00eatre capables d'aimer. Pendant leur vie, ils \u00e9taient indiff\u00e9rents aux malheurs de leurs fr\u00e8res et soeurs marginalis\u00e9s et affam\u00e9s: maintenant l'\u00e9clat de Dieu qui est Amour les br\u00fble et les torture.
Quand vous ne l'avez pas fait pour un de ces petits. J\u00e9sus parle du prochain, qu'il soit ami ou ennemi. Il ne parle pas de servir la communaut\u00e9, ou une classe, ou une nation en g\u00e9n\u00e9ral. Nous nous servons souvent de ces termes pour exclure un groupe de personnes qui n'appartiennent pas \u00e0 notre nation ou \u00e0 notre parti. Par contre, ceux qui aiment vraiment reconnaissent leurs fr\u00e8res et soeurs sans attacher grande importance \u00e0 ces \u00e9tiquettes: ce sont les personnes qui existent et qui vivent pour Dieu.
Alors ceux-ci iront au ch\u00e2timent \u00e9ternel (46). Il y a quelque chose qui nous choque aujourd'hui dans cette division des hommes entre bons et mauvais: elle nous appara\u00eet comme une vue p\u00e9rim\u00e9e (voir com. de Mt 13,36). Et c'est vrai en un sens. 
Jusqu'\u00e0 l'\u00e2ge moderne, on ne rencontrait gu\u00e8re que des gens "d'une seule id\u00e9e". On avait vite fait le tour des options de la vie, et d\u00e8s la jeunesse on choisissait le "bon" ou le "mauvais" chemin. Il y avait bien ensuite quelques conversions en bien ou en mal (Ez 18), mais la division restait entre les bons et les mauvais. C'est tr\u00e8s diff\u00e9rent aujourd'hui, car nos choix sont extr\u00eamement complexes.
Sachons donc voir que J\u00e9sus parlait le langage des proph\u00e8tes, sch\u00e9matisant les options. Ce ne sont pas des crimes que J\u00e9sus d\u00e9nonce, mais cet \u00e9go\u00efsme quotidien qui remplit nos vies. Il parle comme un p\u00e8re qui reprend ses enfants: Voil\u00e0 ce qui va t'arriver si tu continues! Esp\u00e9rons que l'immense majorit\u00e9 ne s'enterrera pas compl\u00e8tement; mais certains choisissent consciemment leur perte, et ils sont capables d'aller jusqu'au bout. Dire que Dieu est tellement bon qu'il les sauvera au dernier moment, c'est affirmer ce que J\u00e9sus n'a jamais voulu dire. Cela signifierait qu'au fond, tout ce qu'on a v\u00e9cu dans sa vie n'avait gu\u00e8re d'importance, et que notre libert\u00e9 n'\u00e9tait qu'un jeu.
Ce que dit J\u00e9sus \u00e0 propos du jugement vaut pour tous, chr\u00e9tiens ou non-chr\u00e9tiens. Mais ce serait une erreur de citer constamment cette parabole comme si elle couvrait toutes les responsabilit\u00e9s d'un chr\u00e9tien. Ce n'est pas de pain, d'eau et de v\u00eatements que le monde a surtout besoin, mais de la v\u00e9rit\u00e9 et de l'esp\u00e9rance que Dieu a confi\u00e9es \u00e0 ceux qu'il s'est choisis. Les chr\u00e9tiens seraient infid\u00e8les \u00e0 leur mission s'ils se limitaient \u00e0 parler d'aide, de logements, etc..., et s'ils oubliaient ce qui est Vie pour l'humanit\u00e9: d'abord la Parole de Dieu, la connaissance et l'amour de leur Seigneur. Lui sera toujours premier, et nous avons besoin qu'il le soit pour nous. Il s'attribue tout ce que nous faisons pour nos fr\u00e8res et soeurs, mais il ne veut pas se confondre avec eux.

{N}26,{/}47: Voir le commentaire de Mc 14,43.
Le baiser de Judas: c'est ainsi que, chez les Juifs, un disciple saluait son ma\u00eetre.
Il tira son \u00e9p\u00e9e (51). Comme d'autres ap\u00f4tres qui sans doute avaient pris part \u00e0 des mouvements de r\u00e9sistance contre l'oppression romaine, Pierre avait apport\u00e9 son \u00e9p\u00e9e (Lc 23,38).
Tous ceux qui prennent l'\u00e9p\u00e9e. Cette phrase ne condamne pas les soldats et les policiers n\u00e9cessaires dans un monde violent. J\u00e9sus affirme seulement que ce n'est pas la force qui \u00e9tablit le Royaume de Dieu, ou qui conduit \u00e0 la vie. La force entra\u00eene toujours la mort (d'une mani\u00e8re ou d'une autre) pour les hommes et les institutions qui s'en servent, m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 elle est n\u00e9cessaire.

{N}26,{/}57: Il y a deux accusations contre J\u00e9sus. La premi\u00e8re: Je suis capable de d\u00e9truire... (61) est fausse dans un sens, mais elle reprend des affirmations de J\u00e9sus: il remplacerait le Temple de J\u00e9rusalem par une autre religion centr\u00e9e sur sa propre personne (Jean 2,19). Il y avait l\u00e0 quelque chose de tr\u00e8s subversif.
Pour les Juifs, il n'y avait rien de plus sacr\u00e9 que le Temple de J\u00e9rusalem, et attaquer le Temple c'\u00e9tait en m\u00eame temps s'en prendre aux pr\u00eatres qui seuls pouvaient y c\u00e9l\u00e9brer les sacrifices rituels. En d\u00e9fendant les choses sacr\u00e9es, ils d\u00e9fendaient aussi leurs propres int\u00e9r\u00eats.
Pour la seconde accusation, qui est la plus importante, voir le commentaire de Mc 14,53.
J\u00e9sus gardait le silence. Ce n'\u00e9tait pas par m\u00e9pris pour ces hommes qui d\u00e9tenaient l'autorit\u00e9 religieuse, mais parce que J\u00e9sus voyait qu'il \u00e9tait inutile de discuter avec eux. Il se tait avec l'assurance de ceux qui ont remis leur cause entre les mains de Dieu.
Tu l'as dit (64). On devrait peut-\u00eatre traduire cette r\u00e9ponse de J\u00e9sus: "C'est toi qui le dis", faisant comprendre que J\u00e9sus ne l'entend pas comme le dit Ca\u00efphe. L'expression "Fils de Dieu" d\u00e9signait les rois et les lib\u00e9rateurs d'Isra\u00ebl; mais J\u00e9sus est le Fils de Dieu dans un autre sens. C'est pourquoi J\u00e9sus pr\u00e9f\u00e8re donner son identit\u00e9 en s'appuyant sur la proph\u00e9tie de Daniel 7,13. Elle annon\u00e7ait un sauveur, un fils d'homme, venant directement de Dieu et de l'\u00e9ternit\u00e9.

{N}26,{/}69: Le reniement de Pierre est ahurissant. Son ami Jean, bien connu chez le grand pr\u00eatre, l'a introduit \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s (Jn 18). La jeune servante sait bien qui est Jean et ne lui dit rien; elle n'adresse qu'une parole ironique \u00e0 Pierre. Personne ne le menace, m\u00eame pas les hommes qui se moquent simplement de lui \u00e0 cause de son accent provincial de Galil\u00e9e, comme celui de J\u00e9sus. Mais cela suffit pour que Pierre perde ses certitudes et s'effondre.
En pla\u00e7ant cet \u00e9pisode juste apr\u00e8s le t\u00e9moignage de J\u00e9sus face au grand-pr\u00eatre, l'\u00e9vangile entend opposer l'attitude de Pierre et celle de son Ma\u00eetre. N'oublions pas que pour Matthieu Pierre est l'image du croyant, mais d'un de ces croyants qui toujours m\u00e9ritent d'\u00eatre appel\u00e9s: homme de peu de foi.

{N}27,{/}1: Pourquoi cette seconde comparution de J\u00e9sus devant le Conseil Supr\u00e8me, ou Sanh\u00e9drin? Les \u00e9vangiles sont difficiles \u00e0 mettre d'accord sur ce point. Il semble que dans la nuit J\u00e9sus fut pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Anne, ex-grand pr\u00eatre, \u00e0 qui succ\u00e9d\u00e8rent ses cinq fils et son gendre Ca\u00efphe. Il conservait une r\u00e9elle autorit\u00e9 entre les grandes familles sacerdotales. Mais il n'y avait pas le Sanh\u00e9drin entier qui ne pouvait pas si\u00e9ger l\u00e9galement de nuit et dont les 71 membres ne tenaient pas dans la maison de Ca\u00efphe: le Conseil se r\u00e9unit donc au matin. Mais pour les ennemis de J\u00e9sus cet interrogatoire priv\u00e9 \u00e9tait le plus important, et c'est pourquoi Matthieu et Marc situent l\u00e0 tout ce qu'ils savent du proc\u00e8s de J\u00e9sus (Mt26,57-64).

{N}27,{/}3: Aussit\u00f4t que Judas a trahi J\u00e9sus, il dispara\u00eet de la sc\u00e8ne et meurt. En r\u00e9alit\u00e9 on ne savait m\u00eame pas au juste comment il \u00e9tait mort: comparer avec Actes 1,18.

{N}27,{/}17: D'apr\u00e8s de tr\u00e8s anciens textes de l'\u00e9vangile de Matthieu, l'agitateur s'appelait J\u00e9sus et il \u00e9tait surnomm\u00e9 Barabbas: Si cette tradition est exacte, Pilate aurait propos\u00e9 au peuple de choisir entre J\u00e9sus surnomm\u00e9 Barabbas et J\u00e9sus appel\u00e9 le Christ. En proposant ce choix, Pilate esp\u00e8re obtenir du peuple la lib\u00e9ration de J\u00e9sus qu'il n'a pas le courage d'imposer aux autorit\u00e9s juives.

{N}27,{/}24: Pilate se fit apporter de l'eau... Pour les Juifs, ce geste exprimait son refus de condamner personnellement J\u00e9sus (voir Dt 21,6; Ps 26,6).

{N}27,{/}27: Dans le pr\u00e9toire, ou la cour int\u00e9rieure, les soldats se moquent de J\u00e9sus devant Pilate et tous ceux qui travaillent au palais.
Ils lui mettent une couronne sur la t\u00eate (29). Elle \u00e9tait probablement faite de roseaux, entrelac\u00e9s de longues \u00e9pines, et tress\u00e9s en forme de bonnet.
Les soldats s'amusent au jeu du roi d\u00e9chu. Dans bien des cultures, le roi est un personnage divin, mais aussi la victime rendue responsable de tous les maux. C'est pourquoi il y a un grand nombre de jeux sur la chute du roi. A J\u00e9rusalem, on a retrouv\u00e9 une pierre grav\u00e9e qui \u00e9tait un jeu de soldats. On y voit le parcours du roi \u00e0 travers de nombreuses \u00e9preuves se terminant par son supplice.
Les soldats font une r\u00e9alit\u00e9 de ce jeu sans se rendre compte \u00e0 quel point ils sont dans la v\u00e9rit\u00e9. Le triomphe du cort\u00e8ge des Rameaux conduit \u00e0 l'arrestation de J\u00e9sus, mais son humiliation le pr\u00e9pare pour \u00eatre roi et Sauveur de ses fr\u00e8res, comme on le raconte dans l'histoire de Joseph (Gn 37-44), ou comme le d\u00e9crit avec encore plus de force le proph\u00e8te Isa\u00efe (53).
J\u00e9sus est sauveur parce qu'il est victime. Il brise tout l'engrenage de la violence parce qu'il endure l'extr\u00eame violence sans devenir violent. Dans son humiliation, J\u00e9sus montre la grandeur et la force de Dieu. Il prend sur lui toutes les humiliations de ceux qui sont sans d\u00e9fense, d\u00e9courag\u00e9s, victimes sur lesquelles s'accumule la violence aveugle des peuples et de leurs dirigeants. J\u00e9sus porte le p\u00e9ch\u00e9 du monde comme Isa\u00efe l'avait annonc\u00e9. Personne, dans l'avenir, ne pourra le contempler sans d\u00e9couvrir sa propre perversit\u00e9 et pleurer sur celui qui a \u00e9t\u00e9 transperc\u00e9 (Za 12,12). De cette rencontre avec un Dieu d\u00e9test\u00e9 et tu\u00e9, et si diff\u00e9rent du Dieu que l'on adore en son ciel, jaillira une source pour laver le p\u00e9ch\u00e9 et l'impuret\u00e9 des hommes (Za 13,1).
Ils lui donn\u00e8rent \u00e0 boire du vin m\u00eal\u00e9 de fiel (34). D'apr\u00e8s Marc, on lui donne un vin aigre-doux, boisson des soldats, avec de la myrrhe pour att\u00e9nuer la douleur. Cette boisson avait probablement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e selon la coutume par les femmes charitables de J\u00e9rusalem, peut-\u00eatre celles que Luc mentionne au chapitre 23,28. Mais Matthieu parle en fait de vin m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 de la bile (une boisson ex\u00e9crable), pour nous laisser entrevoir toute l'amertume que J\u00e9sus a d\u00fb supporter pour nous, et aussi pour rappeler Ps 69,22.
On avait crucifi\u00e9 avec lui deux bandits (38). Ils \u00e9taient peut-\u00eatre, comme Barabbas, des terroristes nationalistes, ennemis des Romains; dans ce cas leur ex\u00e9cution soulignerait la faveur accord\u00e9e \u00e0 Barabbas. Mais peut-\u00eatre \u00e9taient-ils de ces malfaiteurs qui attaquaient et volaient les p\u00e8lerins dans les collines autour de J\u00e9rusalem.
C'est le roi des Juifs. (37) Pour Pilate et le peuple en g\u00e9n\u00e9ral, cette expression d\u00e9signait un chef nationaliste. Mais les Juifs sont le peuple de Dieu, et le P\u00e8re avait d\u00e9cid\u00e9 qu'ils seraient associ\u00e9s au salut du Christ d'une fa\u00e7on toute sp\u00e9ciale. En fait, par la suite, ils ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 de nombreuses \u00e9preuves et pers\u00e9cutions. Bien des Juifs innocents ont souffert comme J\u00e9sus, sans croire en lui, mais confiants dans les promesses de Dieu et son Royaume de justice. J\u00e9sus est vraiment leur roi.
En latin, les lettres I.N.R.I. (que nous voyons sur les crucifix) repr\u00e9sentent les initiales de: J\u00e9sus de Nazareth, Roi des Juifs.

{N}27,{/}51: Ce paragraphe veut dire, en style d'apocalypse, que la mort de J\u00e9sus marque l'arriv\u00e9e du salut d\u00e9finitif: ce tremblement de terre, c'est en r\u00e9alit\u00e9 la grande intervention de Dieu dans l'histoire.
Des apparitions de morts sont interpr\u00e9t\u00e9es comme signes de l'accomplissement des proph\u00e9ties de Daniel 12,2 concernant le Jour du Salut. Elles sugg\u00e8rent aussi qu'avant de ressusciter, J\u00e9sus \u00e9tait "descendu chez les morts". Cette expression ancienne, reprise dans notre Credo signifie qu'il a rejoint d'une fa\u00e7on myst\u00e9rieuse mais r\u00e9elle, ces multitudes historiques ou pr\u00e9historiques qui devaient l'attendre pour entrer dans la vie m\u00eame de Dieu.

{N}28,{/}1: Sur l'ensemble des apparitions de J\u00e9sus ressuscit\u00e9, voir le commentaire de Lc 24,1
Ce premier paragraphe est encore \u00e9crit en style d'apocalypse, avec son ange resplendissant et ce nouveau tremblement de terre. Mais l'\u00e9vangile se refuse \u00e0 d\u00e9crire une sortie triomphante de J\u00e9sus, comme ses lecteurs l'aurait d\u00e9sir\u00e9e. J\u00e9sus ressuscit\u00e9 n'est vu que de ceux qui croient: les femmes qui le cherchaient le verront, les soldats et les dirigeants, qui ne le cherchaient pas, ne comprendront pas.
L'\u00e9vang\u00e9liste mentionne les noms de Marie de Magdala et de l'autre Marie, la m\u00e8re de Jacques et de Jos\u00e9 (Mt 27,55) deux des "fr\u00e8res de J\u00e9sus" (Mt 13,55), ses plus proches cousins. Elle est une parente de Marie, la m\u00e8re de J\u00e9sus (Jn 19,25).
J\u00e9sus vint \u00e0 leur rencontre (9). Il est \u00e9vident que Matthieu r\u00e9unit deux \u00e9v\u00e9nements diff\u00e9rents; l'un est la d\u00e9couverte du tombeau vide, et l'autre, qui a lieu plus tard, est l'apparition de J\u00e9sus \u00e0 Marie de Magdala seule, comme le raconte Jean 20,11-18.
Qu'ils partent en Galil\u00e9e (10). Pourquoi J\u00e9sus donne-t-il ce rendez-vous puisqu'il allait se pr\u00e9senter le m\u00eame jour, \u00e0 J\u00e9rusalem? (Lc 24,13-42). Ce n'est pas du tout clair, et l'\u00e9vangile a probablement regroup\u00e9 plusieurs apparitions pour raccourcir le r\u00e9cit: ne cherchons donc pas \u00e0 \u00e9tablir un itin\u00e9raire de J\u00e9sus ressuscit\u00e9.
De toutes fa\u00e7ons, les ap\u00f4tres avaient besoin d'un certain temps pour croire \u00e0 la r\u00e9surrection et pour y comprendre quelque chose. Apr\u00e8s les deux premi\u00e8res apparitions \u00e0 J\u00e9rusalem, o\u00f9 J\u00e9sus essaie de les convaincre qu'il n'est ni un fant\u00f4me, ni un revenant, ils devront retourner dans leur province et leur milieu, loin de cette ville qui les a tant traumatis\u00e9s, afin d'approfondir ce dont ils viennent de  faire l'exp\u00e9rience. En Galil\u00e9e, J\u00e9sus se manifestera d'une mani\u00e8re diff\u00e9rente, leur faisant comprendre quest d\u00e9sormais glorifi\u00e9 et que son existence n'est plus celle d'avant.
Une femme, Marie de Magdala, transmet le message, comme pour indiquer que tout, dans l'Eglise, ne vient pas des autorit\u00e9s. Dieu communique avec qui il veut, et donne des messages proph\u00e9tiques aux gens simples et aux femmes.
La r\u00e9surrection du Christ est le point central de l'\u00e9vangile, et pourtant le r\u00e9cit de Matthieu est tr\u00e8s bref. Pourquoi? Parce que, quand Matthieu a \u00e9crit son \u00e9vangile, la r\u00e9surrection \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9v\u00e9nement trop important pour \u00eatre transmis par \u00e9crit: il fallait plut\u00f4t laisser les t\u00e9moins en parler, sans oublier le t\u00e9moignage de l'Esprit qui \u00e9tait \u00e0 l'oeuvre dans les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes.
Est-ce que nous nous trouvons dans une situation diff\u00e9rente? L'Eglise qui parle bien du Christ ressuscit\u00e9 n'est pas une Eglise puissante aid\u00e9e par une bonne propagande, mais une Eglise ressuscit\u00e9e. Si l'Eglise - si nos communaut\u00e9s - se trouvent constamment dans des situations o\u00f9 il n'y a pas de salut apparent et que n\u00e9anmoins elles renaissent par la gr\u00e2ce de Dieu, alors elles pourront t\u00e9moigner de la r\u00e9surrection du Seigneur qui leur a donn\u00e9 \u00e0 elles aussi de ressusciter.

{N}28,{/}16: J\u00e9sus envoie ses ap\u00f4tres pour \u00e9vang\u00e9liser le monde.
Cette derni\u00e8re apparition est racont\u00e9e dans les formes les plus simples. Pas d'apparition soudaine, ni de peur; pas de d\u00e9monstration physique de la r\u00e9alit\u00e9 de J\u00e9sus. L'important sont les paroles de J\u00e9sus Ma\u00eetre.
Vous leur enseignerez tout ce que je vous ai ordonn\u00e9. Ces enseignements du Christ occupent la premi\u00e8re place dans l'\u00e9vangile de Matthieu; ils sont dans les cinq discours, et nous devrons faire la volont\u00e9 du P\u00e8re telle que J\u00e9sus l'a r\u00e9v\u00e9l\u00e9e.
Certains gardaient des doutes. Cette appr\u00e9ciation de Matthieu vise sans nuances les derni\u00e8res apparitions de J\u00e9sus. Tous les disciples (les Onze et les autres) ne croient pas si vite en la r\u00e9surrection de J\u00e9sus.
Faites des disciples de toutes les nations. Suivant l'exemple des ma\u00eetres juifs de son temps, J\u00e9sus avait rassembl\u00e9 un groupe de disciples qui vivaient avec lui. Le ma\u00eetre connaissait ses disciples et ceux-ci connaissaient leur ma\u00eetre dans le partage de la vie quotidienne. C'est encore vrai aujourd : l'\u00e9vang\u00e9lisation pr\u00e9suppose le partage entre les personnes. Evang\u00e9liser, c'est aider quelqu'un \u00e0 approfondir ses exp\u00e9riences pass\u00e9es jusqu'au moment o\u00f9 il reconna\u00eetra en la personne du Christ, en sa mort et sa r\u00e9surrection, la v\u00e9rit\u00e9 qui illumine sa propre vie.
Ceux qui croient sont baptis\u00e9s au Nom du P\u00e8re et du Fils et du Saint-Esprit, les Trois Personnes que le Christ nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9es. Bien entendu, il les nomme s\u00e9par\u00e9ment parce que le P\u00e8re n'est pas le Fils et le Fils n'est pas l'Esprit Saint. Et pourtant les Trois sont le m\u00eame Dieu: elles ont en commun le m\u00eame Nom divin. En entrant dans l'Eglise, les baptis\u00e9s entrent en communion avec le P\u00e8re, avec le Fils et avec le Saint-Esprit. L'Eglise est communion avant tout.
Pour ce qui concerne le bapt\u00eame au Nom du Seigneur J\u00e9sus, voir Actes 19,6.
Je suis avec vous tous les jours. Nous retrouvons cette certitude qu'exprimait d\u00e9j\u00e0 le nom d'Emmanuel en 1,23: J\u00e9sus est Dieu-avec-nous. Jusqu'\u00e0 la fin du temps. Les chr\u00e9tiens de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration pensaient que le Christ ne tarderait pas \u00e0 revenir, mais au moment o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit cet \u00e9vangile, ils avaient d\u00e9j\u00e0 compris que l'histoire allait durer; la nation d'Isra\u00ebl avait rejet\u00e9 le salut qui lui \u00e9tait offert et seule une minorit\u00e9 avait cru. C'\u00e9tait avec elle que J\u00e9sus maintenant s'engageait, avec ses ap\u00f4tres et avec son Eglise.
L'Eglise catholique se sent oblig\u00e9e de rester unie aux successeurs des ap\u00f4tres, les \u00e9v\u00eaques. Cette unit\u00e9 et cette continuit\u00e9 sont parfois difficiles \u00e0 maintenir, et souvent il semblerait plus facile d'\u00e9tablir une nouvelle communaut\u00e9 r\u00e9form\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l'Eglise. Mais l'ob\u00e9issance \u00e0 la volont\u00e9 du P\u00e8re est le moyen par lequel il purifie et fortifie notre foi. J\u00e9sus est et demeure "Seigneur" du destin de "son" Eglise.

