{N}LES R\u00c9VOLTES JUIVES{/}

En moins de 10 ans, Auguste avait fait passer le monde romain de la R\u00e9publique \u00e0 l'Empire. L'ensemble du bassin m\u00e9diterran\u00e9en et de nombreux territoires plus \u00e9loign\u00e9s des c\u00f4tes se trouvaient d\u00e9sormais soumis \u00e0 l'autorit\u00e9 de Rome_; la Palestine n'y \u00e9chappait pas plus que les autres.
La Communaut\u00e9 juive avait vu ses privil\u00e8ges en mati\u00e8re religieuse confirm\u00e9s par C\u00e9sar : Rome garantissait aux Juifs la libert\u00e9 de culte dans le Temple de J\u00e9rusalem_; elle \u00e9tendait \u00e9galement cette tol\u00e9rance \u00e0 la liturgie synagogale pour toute la Diaspora. Les clivages s'\u00e9taient donc accentu\u00e9s entre les Juifs qui, comme les Pharisiens ou les Ess\u00e9niens, ne demandaient que la libert\u00e9 de culte -_ce que Rome leur octroyait_- et ceux qui n'avaient cess\u00e9 de revendiquer \u00e9galement l'ind\u00e9pendance politique.
Les affrontements entre une population qui supportait de plus en plus mal les agissements maladroits ou vexatoires des repr\u00e9sentants de Rome, et l'administration imp\u00e9riale, conduisirent \u00e0 trois r\u00e9voltes juives en moins de soixante-dix ans, \u00e0 des repr\u00e9sailles sauvages et \u00e0 une dispersion sans pr\u00e9c\u00e9dent de la communaut\u00e9 juive.

{K}L'H\u00c9RITAGE PARTAG\u00c9{/}
Un premier testament d'H\u00e9rode-le-Grand laissait son royaume \u00e0 {N}H\u00e9rode Antipas{/}, le second des deux fils qu'il avait eus de Maltak\u00e9. Puis, quelque temps avant sa mort, dans un nouveau testament, il partageait son royaume entre les deux fils de Maltak\u00e9 (l'a\u00een\u00e9 \u00e9tait {N}Arch\u00e9la\u00fcs{/}) et {N}Philippe{/}, n\u00e9 d'une cinqui\u00e8me \u00e9pouse. La mort du roi donna le signal de troubles incroyables. Arch\u00e9la\u00fcs, fils de Maltak\u00e9, se crut en possession de la couronne avant m\u00eame que le testament de son p\u00e8re ne f\u00fbt ratifi\u00e9 par Rome_; il d\u00e9cha\u00eena par l\u00e0-m\u00eame une r\u00e9action d'une incroyable violence. La Palestine fut alors plong\u00e9e dans la confusion la plus extr\u00eame et livr\u00e9e \u00e0 des bandes rivales. 
Puisque tout d\u00e9pendait du bon vouloir d'Auguste, les h\u00e9ritiers pr\u00e9somptifs s'embarqu\u00e8rent, chacun de son c\u00f4t\u00e9, pour aller plaider sa cause \u00e0 Rome. Mais les Juifs pieux, aupr\u00e8s desquels les Pharisiens avaient une grande influence, ne voulaient plus de cette dynastie royale au comportement si scandaleux_: ils souhaitaient retrouver un \u00e9tat sacerdotal sous l'autorit\u00e9 d'un grand pr\u00eatre digne de ce nom_; ces Juifs prirent donc eux aussi la mer pour se faire entendre d'Auguste, apr\u00e8s avoir sollicit\u00e9 l'appui de l'importante colonie juive de Rome.
Subitement priv\u00e9 de ses autorit\u00e9s politiques et de ses sages, le pays connut de nouveau des \u00e9meutes_d'une telle ampleur que Quintilius Varus, l\u00e9gat de Syrie dut intervenir avec les troupes d'Antioche. Cette r\u00e9pression ne fit qu'exacerber l'animosit\u00e9 de la population juive contre les Romains et c'est alors que l'aile dure du parti des Pharisiens fit s\u00e9cession_: les {N}Z\u00e9lotes{/} choisirent le chemin de la violence pour atteindre leurs objectifs.
Les trois fr\u00e8res revinrent_; Auguste ratifiait les dispositions du p\u00e8re, mais un peu au rabais. Il refusa pour Arch\u00e9la\u00fcs le titre de roi_: il serait {C}ethnarque{/} de Jud\u00e9e, de Samarie et d'Idum\u00e9e_; H\u00e9rode Antipas devenait t\u00e9trarque de Galil\u00e9e et de P\u00e9r\u00e9e_; quant \u00e0 Philippe, il \u00e9tait t\u00e9trarque de Gaulanitide, de Batan\u00e9e, d'Itur\u00e9e et de Trachonitide, tous territoires situ\u00e9s \u00e0 l'est du haut Jourdain [Lc_3,1]. 

{K}LA JUD\u00c9E SOUMISE AUX PROCURATEURS{/}
Digne h\u00e9ritier de son p\u00e8re, Archela\u00fcs gouverna avec tant de brutalit\u00e9 qu'il dressa tr\u00e8s vite contre lui une grande partie de la population. De nouveau on se tourna vers Rome pour se d\u00e9barrasser du despote_: Auguste d\u00e9posa Arch\u00e9la\u00fcs qui fut exil\u00e9 en Gaule. Son territoire perdit son statut de {C}royaume alli\u00e9{/} et fut rattach\u00e9 \u00e0 la province de Syrie, administr\u00e9 toutefois de fa\u00e7on autonome par un pr\u00e9fet plac\u00e9 sous le contr\u00f4le du l\u00e9gat de province, qui si\u00e9geait \u00e0 Antioche de Syrie. Le pr\u00e9fet percevait les imp\u00f4ts et commandait les troupes auxiliaires lev\u00e9es sur place_; lui seul avait le pouvoir de faire ex\u00e9cuter les sentences capitales, m\u00eame celles prononc\u00e9es par le {N}Sanh\u00e9drin{/}. Car le Sanh\u00e9drin continuait de rendre la justice selon son droit particulier, et de g\u00e9rer les affaires religieuses_; la seule ing\u00e9rence de Rome dans ce dernier domaine consistait dans la nomination du grand pr\u00eatre par le pr\u00e9fet. La Communaut\u00e9 de J\u00e9rusalem gardait sa libert\u00e9 de culte sous la surveillance de la garnison romaine install\u00e9e dans la forteresse Antonia. Par un privil\u00e8ge insigne, elle se trouvait dispens\u00e9e de participer au culte imp\u00e9rial et de porter les armes.
Durant les ann\u00e9es qui suivirent la d\u00e9position d'Arch\u00e9la\u00fcs, la population juive de Jud\u00e9e eut bien des motifs de se plaindre du gouvernement de Rome. {N}Ponce Pilate{/} en particulier, qui fut en charge de la Jud\u00e9e de 26 \u00e0 36, donna maints exemples de brutalit\u00e9 et de m\u00e9pris. Brutal \u00e9galement jusqu'\u00e0 la cruaut\u00e9 avec les Samaritains, il fut convoqu\u00e9 \u00e0 Rome pour rendre compte de sa gestion et ne reparut plus_; il semble qu'il se soit suicid\u00e9... ou qu'on l'ait invit\u00e9 \u00e0 le faire.

{K}PHILIPPE{/}
Le t\u00e9trarque Philippe (qu'il ne faut pas confondre avec le Philippe, ou H\u00e9rode-Philippe de et [Mc_6,7]_: voir le paragraphe suivant) construisit aux sources du Jourdain une ville \u00e0 laquelle il donna le nom de C\u00e9sar\u00e9e (c'est {N}C\u00e9sar\u00e9e de Philippe{/}), une autre en Gaulanitide qu'il baptisa Tib\u00e9riade, et une troisi\u00e8me enfin, en P\u00e9r\u00e9e, qu'il nomma Juliade_: il honorait du m\u00eame coup Tib\u00e8re et Julie, fille d'Auguste, que Tib\u00e8re avait \u00e9pous\u00e9e. Lui-m\u00eame \u00e9pousa la fameuse {N}Salom\u00e9{/}, fille d'{N}H\u00e9rodiade{/} et laissa le souvenir d'un r\u00e8gne paisible. Il mourut sans h\u00e9ritier en 34, et son t\u00e9trarchat fut rattach\u00e9 \u00e0 la province de Syrie.
Bien que, durant la p\u00e9riode royale, certains de ces territoires eussent \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 Salomon puis aux rois de Samarie, la majorit\u00e9 de leurs habitants \u00e9taient pa\u00efens. Ce n'est donc que de loin qu'il suivit les \u00e9v\u00e9nements de Palestine.

{K}H\u00c9RODE ANTIPAS{/}
Le t\u00e9trarque s'installa dans un premier temps \u00e0 S\u00e9pphoris, le chef-lieu de la Galil\u00e9e. L'\u00e9tat dans lequel la r\u00e9pression de Varus avait laiss\u00e9 la ville, apr\u00e8s l'insurrection qui suivit la mort d'H\u00e9rode-le-Grand, l'incita \u00e0 se doter d'une nouvelle capitale. Il fit \u00e9difier sur la rive occidentale du Lac un palais autour duquel allait se construire {N}Tib\u00e9riade{/}, nom choisi en hommage \u00e0 l'empereur du jour..
Tout semblait devoir assurer \u00e0 Antipas un r\u00e8gne sans histoires. Mais il_avait un demi-fr\u00e8re du nom de H\u00e9rode-Philippe, qui avait \u00e9pous\u00e9 sa cousine {N}H\u00e9rodiade{/}. Prudent en ces temps difficiles, ce {N}Philippe{/} restait \u00e0 l'\u00e9cart de la vie politique. Mais la femme, ambitieuse intrigante, acceptait mal de vivre aux c\u00f4t\u00e9s d'un homme sans ambition. Elle fit donc tant et si bien qu'Antipas, qui \u00e9tait \u00e9galement son cousin, r\u00e9pudia sa femme pour l'\u00e9pouser. Or cette princesse \u00e9vinc\u00e9e \u00e9tait fille de roi ; furieux, le beau-p\u00e8re, Ar\u00e9tas de Nabat\u00e8ne, se mit en campagne pour ch\u00e2tier le gendre ind\u00e9licat et lui infligea une telle d\u00e9faite qu'elle aurait tourn\u00e9 \u00e0 la catastrophe sans l'intervention de Vitellius, l\u00e9gat de Syrie (36).
La nouvelle reine joua encore un mauvais tour \u00e0 ce nouvel \u00e9poux_: insatisfaite de ne le voir qu'ethnarque, elle voulait pour lui la couronne royale. Elle intrigua pour cela aupr\u00e8s de l'empereur Caligula (37-41), mais le romain avait r\u00e9serv\u00e9 cet honneur \u00e0 un ami plus cher, {N}H\u00e9rode Agrippa_I{/}_; agac\u00e9, Caligula d\u00e9posa Antipas (39) et l'exp\u00e9dia en exil avec H\u00e9rodiade_: elle refusa la gr\u00e2ce imp\u00e9riale pour le suivre. 

{K}AGRIPPA{/}
L'empereur Caligula avait d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9 ses faveurs \u00e0 H\u00e9rode Agrippa, petit-fils d'H\u00e9rode-le-Grand et de Mariamne, en le nommant roi de l'ancienne t\u00e9trarchie de Philippe (37). En 39, il ajouta \u00e0 son royaume la t\u00e9trarchie de Galil\u00e9e retir\u00e9e \u00e0 Antipas, et lorsqu'en 41 Claude succ\u00e9da \u00e0 Caligula qui venait d'\u00eatre assassin\u00e9, Agrippa re\u00e7ut encore du nouvel empereur l'ancien territoire d'Arch\u00e9la\u00fcs, c'est-\u00e0-dire la Jud\u00e9e, la Samarie et l'Idum\u00e9e. Au cours d'un r\u00e8gne bref, prosp\u00e8re et serein, il sut allier son go\u00fbt de l'hell\u00e9nisme au respect du Juda\u00efsme.
Ainsi, le royaume d'H\u00e9rode-le-Grand \u00e9tait r\u00e9unifi\u00e9 sous la couronne de l'un de ses petits-fils_: ce ne fut que pour une courte dur\u00e9e. Quand Agrippa mourut en 44, Claude pr\u00e9texta la jeunesse de son fils pour lui reprendre ce royaume et le remettre sous l'autorit\u00e9 des procurateurs.

{K}LA TENSION MONTE{/}
Durant son court r\u00e8gne, Caligula avait donn\u00e9 l'ordre d'\u00e9riger sa statue dans le temple de J\u00e9rusalem en repr\u00e9sailles contre les Juifs qui avaient d\u00e9truit \u00e0 Jamnia un autel \u00e9lev\u00e9 en son honneur. Le l\u00e9gat eut la sagesse de faire tra\u00eener l'ex\u00e9cution de l'ordre imp\u00e9rial pendant qu'Agrippa, \u00e0 Rome, usait de toutes ses relations pour faire rapporter cette ordonnance._Caligula fut assassin\u00e9 au bon moment pour le l\u00e9gat qu'on avait somm\u00e9 de se suicider pour insubordination, et la paix sembla revenue. Elle se prolongea sous le gouvernement de deux procurateurs successifs. Mais sous leur successeur Cumanus, \u00e0 deux reprises l'arrogance d'un soldat romain provoqua \u00e9meute, r\u00e9pression brutale et d\u00e9marche aupr\u00e8s du procurateur qui c\u00e9da finalement aux instances des Juifs.
Un nouvel incident s'\u00e9tant produit entre Samaritains et Juifs, Cumanus cette fois refusa de satisfaire \u00e0 la demande de ces derniers_; deux meneurs entra\u00een\u00e8rent alors les foules en Samarie, massacrant et mettant le feu les villages. Les responsables juifs parvinrent \u00e0 grand-peine \u00e0 calmer les s\u00e9ditieux, mais les Samaritains port\u00e8rent plainte aupr\u00e8s du l\u00e9gat de Syrie. Celui-ci renvoya les plaignants \u00e0 Rome o\u00f9 l'intercession d'Agrippa aupr\u00e8s de Claude, qui l'avait en amiti\u00e9, retourna encore la situation en faveur des Juifs. Cumanus fut exil\u00e9 et remplac\u00e9 par {N}F\u00e9lix{/}, connu pour son arbitraire et son inconduite notoire. C'est dans ces jours-l\u00e0 que mourut Claude, laissant l'empire \u00e0 son fils {N}N\u00e9ron{/}, n\u00e9 de son mariage avec Agrippine. 
Dans J\u00e9rusalem livr\u00e9e aux mains des factieux, les meurtres succ\u00e9daient aux meurtres, la r\u00e9pression impitoyable des procurateurs, loin de calmer les esprits, exacerbait la vindicte des z\u00e9lotes. Une \u00e9meute \u00e9clata \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e, dans la ville m\u00eame o\u00f9 si\u00e9geait F\u00e9lix. Son successeur {N}Festus{/} -_celui que mentionnent les Actes des Ap\u00f4tres, \u00e0 propos du proc\u00e8s de Paul \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e_- mit alors tout en oeuvre pour arr\u00eater le banditisme et la violence ; mais avec les procurateurs corrompus qui le remplac\u00e8rent,  la situation ne fit qu'empirer.

{K}LA "PREMI\u00c8RE R\u00c9VOLTE"{/}
Une bagarre entre Grecs et Juifs autour de la synagogue_mit le feu aux poudres. Le conflit s'\u00e9tendit rapidement aux villes et \u00e0 J\u00e9rusalem_: en novembre 66, le pays soulev\u00e9 comptait plus de 50.000 combattants. Cestius Gallus, l\u00e9gat de Syrie, parti d'Antioche, vient reprendre C\u00e9sar\u00e9e qu'il met \u00e0 sac et d\u00e9p\u00eache en Galil\u00e9e la 12\u00e8me l\u00e9gion. Bient\u00f4t, le calme semble revenu dans le nord du pays, les Romains descendent sur J\u00e9rusalem qu'ils investissent. Mal inform\u00e9, Cestius l\u00e8ve le si\u00e8ge, les Juifs en profitent pour se jeter sur l'ennemi en retraite et le mettre en pi\u00e8ces. L'empereur N\u00e9ron r\u00e9agit imm\u00e9diatement et d\u00e9p\u00eache Vespasien, ce " guerrier infatigable" dont parle Tacite. Avec la 15\u00e8me l\u00e9gion que Vespasien conduit personnellement, les deux l\u00e9gions que son fils Titus lui am\u00e8ne d'Egypte et la 12\u00e8me qui est d\u00e9j\u00e0 sur place, le g\u00e9n\u00e9ral romain dispose d\u00e9sormais de pr\u00e8s de 60.000 hommes.
Vespasien fait successivement le si\u00e8ge de Jotapata, de Tib\u00e9riade, de Gamla_: \u00e0 la fin de la saison, il ma\u00eetrise la Galil\u00e9e. Au printemps suivant, il nettoie les bords du Jourdain, prend J\u00e9richo et domine la majeure partie de la Jud\u00e9e. Les l\u00e9gions s'installent \u00e0 Emma\u00fcs. 

{K}VESPASIEN, EMPEREUR{/}
Mais durant ce temps, \u00e0 Rome, N\u00e9ron a dress\u00e9 tout le monde contre lui, les g\u00e9n\u00e9raux se soul\u00e8vent et {N}N\u00e9ron{/} se suicide pour \u00e9chapper au supplice. La mort de l'empereur donne le signal d'un d\u00e9sordre g\u00e9n\u00e9ral: c'est l'anarchie militaire et le retour aux guerres civiles. Finalement, les provinces d'Orient imposent leur loi et Vespasien est proclam\u00e9 empereur. Ses troupes peuvent d\u00e9sormais le pr\u00e9c\u00e9der \u00e0 Rome pour pr\u00e9parer son arriv\u00e9e, mais avant de s'embarquer_il remet \u00e0 son fils Titus le soin d'\u00e9craser d\u00e9finitivement la r\u00e9volte juive_: t\u00e2che d'autant plus urgente que les troubles r\u00e9cents ont laiss\u00e9 aux insurg\u00e9s le temps de se ressaisir.

{K}LA PRISE DE J\u00c9RUSALEM{/}
Le nouveau g\u00e9n\u00e9ral en chef vient \u00e9tablir son camp \u00e0 Guib\u00e9a, \u00e0 5 kms de J\u00e9rusalem_; il dispose d'une arm\u00e9e formidable, mais la ville est difficile \u00e0 prendre et les d\u00e9fenseurs sont r\u00e9solus. Malheureusement pour les insurg\u00e9s, l'entente ne r\u00e8gne gu\u00e8re entre eux. Fatigu\u00e9s du despotisme de Jean de Gischala qui occupe J\u00e9rusalem depuis 67, les habitants accueillent avec joie un chef de bande, Simon bar Giora. Jean et ses z\u00e9lotes se r\u00e9fugient alors dans le quartier du Temple. On se pille entre Juifs, on s'entre-tue_; trahisons, incendies... Apr\u00e8s l'\u00e9chec d'une attaque en force, Titus investit la ville. A la fin mai 70, le mur nord-ouest de  l'enceinte_c\u00e8de_; le terrain est conquis jusqu'au second mur qui c\u00e8de \u00e0 son tour. La forteresse Antonia est finalement enlev\u00e9e en juillet et le 29 (ce m\u00eame mois d'Ab, qui avait \u00e9t\u00e9 celui de la prise de J\u00e9rusalem par Nabuchodonosor) le {N}Temple{/} est pris d'assaut et incendi\u00e9. En septembre les derniers insurg\u00e9s, d\u00e9cim\u00e9s par une horrible famine, sont bout\u00e9s hors de la ville haute o\u00f9 ils se sont regroup\u00e9s_: c'est la ru\u00e9e finale. J\u00e9rusalem est en ruine._

{K}LA FIN DE LA R\u00c9VOLTE{/}
Ceux qui ont \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la mort vont rejoindre sur les march\u00e9s d'esclaves leurs compatriotes tomb\u00e9s captifs lors des combats de Galil\u00e9e ou de Jud\u00e9e. Quelques groupes de z\u00e9lotes retranch\u00e9s dans les anciennes forteresses d'H\u00e9rode r\u00e9sistent encore et poursuivent une guerre de harc\u00e8lement. L'occupant d\u00e9cide de r\u00e9duire ces noyaux de r\u00e9sistance_: l'H\u00e9rodium et Mach\u00e9ronte sont enlev\u00e9es les premi\u00e8res, et finalement Massada, apr\u00e8s un si\u00e8ge de six mois ; on est au printemps 73.
Empereur, Vespasien fit de la Palestine une province imp\u00e9riale qui prit le nom de {N}Judea{/}. Le Temple \u00e9tait en ruine, et l'imp\u00f4t du Temple \u00e9tait vers\u00e9 maintenant au tr\u00e9sor de Jupiter Capitolin, mais le Juda\u00efsme conservait son statut de religion reconnue. 
Avec la perte de l'ind\u00e9pendance politique et la destruction du Temple la composition du Sanh\u00e9drin se transforma rapidement au profit des pharisiens Docteurs de la Loi qui se regroup\u00e8rent \u00e0 Jamnia autour de Johannan ben Zakka\u00ef. Tr\u00e8s vite le Sanh\u00e9drin s'imposa en Palestine et dans la Diaspora comme l'autorit\u00e9 religieuse du Juda\u00efsme_: son pr\u00e9sident fut honor\u00e9 du titre de "Prince", Ha Nasi. 

{K}AGITATION SOUS TRAJAN{/}
On comprend que Vespasien et son fils Titus aient eu peu de sympathie pour les Juifs. Quant au troisi\u00e8me de la dynastie, Domitien, son caract\u00e8re tyrannique ne le disposait gu\u00e8re \u00e0 respecter une religion qui s'affirmait par sa diff\u00e9rence_; aussi, lors de la grande pers\u00e9cution de 95 contre les Chr\u00e9tiens, de nombreux Juifs furent \u00e9galement mis \u00e0 mort et parmi eux, m\u00eame des membres de la famille imp\u00e9riale convertis au Juda\u00efsme.
Trajan acc\u00e9da au pouvoir en 98. R\u00eavant de renouveler les exploits d'Alexandre en Orient, il d\u00e9cida d'abattre l'ennemi parthe. En 114 il envahit l'Arm\u00e9nie, puis il m\u00e8ne campagne en M\u00e9sopotamie et entra\u00eene ses l\u00e9gions jusqu'aux rives du Golfe Persique. C'est alors que les Parthes contre-attaquent, et Trajan doit abandonner l'Assyrie et la basse M\u00e9sopotamie.
Les campagnes de Trajan vidaient les caisses de l'\u00e9tat_: l'empereur augmenta les imp\u00f4ts. Les communaut\u00e9s juives de l'empire supportaient mal une pression fiscale sans cesse croissante et bient\u00f4t, en Cyr\u00e9na\u00efque, en Egypte et \u00e0 Chypre se dessin\u00e8rent des mouvements de r\u00e9volte auxquels vinrent se joindre les riches communaut\u00e9s de M\u00e9sopotamie. Il n'est pas impossible que ce mouvement ait gagn\u00e9, au moins partiellement, la Jud\u00e9e

{K}BAR KOCHBA{/}
Lorsqu'en 117 Trajan meurt subitement \u00e0 S\u00e9linonte en Cilicie, l'agitation des Communaut\u00e9s juives semble apais\u00e9e. Hadrien, qui vient d'acc\u00e9der au pouvoir, visite J\u00e9rusalem en 130 et la trouve \u00e0 peu pr\u00e8s dans l'\u00e9tat o\u00f9 l'a laiss\u00e9e la premi\u00e8re r\u00e9volte et son an\u00e9antissement par Rome. Il d\u00e9cide alors d'en faire une ville nouvelle, Aelia Capitolina, o\u00f9 l'on construira sur les lieux du Temple un sanctuaire en l'honneur de Jupiter Capitolin. Il semble par ailleurs que la circoncision, assimil\u00e9e par les Romains \u00e0 une castration, ait \u00e9t\u00e9 interdite dans le m\u00eame temps. Toujours est-il qu'en 132, d\u00e8s que l'empereur a quitt\u00e9 l'Orient, un certain Simon Kosiba, surnomm\u00e9 Bar Kochba, "le Fils de l'Etoile", prend la t\u00eate de l'insurrection. 
Reconnu comme Messie par l'un des plus illustres rabbins de l'\u00e9poque, Rabbi Aquiba, et soutenu par le pr\u00eatre El\u00e9azar, Simon \u00e9tend son mouvement \u00e0 tout le pays. Surpris, les Romains se replient derri\u00e8re les fronti\u00e8res, laissant le champ libre aux r\u00e9volt\u00e9s. J\u00e9rusalem est lib\u00e9r\u00e9e, on frappe monnaie, on r\u00e9tablit probablement le culte_; mais tout cela n'a qu'un temps. Les l\u00e9gions contre-attaquent et le soul\u00e8vement est \u00e9cras\u00e9 plus terriblement encore qu'aux jours de Titus. Au d\u00e9but de 134 J\u00e9rusalem tombe de nouveau sous les coups des Romains. Quelques noyaux de r\u00e9sistants cherchent refuge dans les grottes creus\u00e9es au flanc des oueds qui descendent du d\u00e9sert de Juda vers la Mer Morte. Les Romains ne tardent pas \u00e0 les d\u00e9loger et \u00e0 les massacrer_; Bar Kochba meurt dans un dernier combat, et Rome reprend le pays en main, effa\u00e7ant m\u00eame le souvenir du pass\u00e9_:  {C}Judea{/} devient {C}Palestina.{/}

{K}LES JUIFS S'ORGANISENT{/}
La population juive de Palestine n'est plus que l'ombre d'elle-m\u00eame_: le nombre des victimes est consid\u00e9rable, plus encore celui des captifs vendus comme esclaves. C'est pourtant ce "petit reste" qui accomplira le travail consid\u00e9rable \u00e9bauch\u00e9 \u00e0 Jamnia entre les deux r\u00e9voltes et poursuivi sans rel\u00e2che dans les \u00e9coles rabbiniques en plusieurs villes de Palestine. Les Synagogues connaissent un v\u00e9ritable essor, tout particuli\u00e8rement en Galil\u00e9e o\u00f9 r\u00e9side d\u00e9sormais le Sanh\u00e9drin. 
L'empereur Antonin le Pieux (138-161) est un homme droit et consciencieux_; ses contemporains ne tarissent pas d'\u00e9loges sur sa simplicit\u00e9 de moeurs et son \u00e9galit\u00e9 de caract\u00e8re. Respectueux de la diversit\u00e9 de ses sujets, il accorde de nouveau aux Juifs le droit de pratiquer la circoncision, mais uniquement sur des sujets n\u00e9s de parents juifs. Les faveurs de Rome ne sont pas d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es_: le danger parthe est toujours l\u00e0 sur la fronti\u00e8re orientale de l'empire_; les communaut\u00e9s juives de M\u00e9sopotamie sont puissantes et l'on peut toujours craindre qu'ils ne prennent le parti de l'ennemi. Rome n'h\u00e9site donc pas \u00e0 renforcer les pouvoirs du Sanh\u00e9drin, qui conf\u00e8re \u00e0 son pr\u00e9sident le titre de Patriarche des Juifs.

{K}CHR\u00c9TIENS EN PALESTINE{/} 
Aux premi\u00e8res heures, la Communaut\u00e9 chr\u00e9tienne de J\u00e9rusalem \u00e9tait compos\u00e9e de Juifs de Palestine_; form\u00e9s \u00e0 l'\u00e9cole des proph\u00e8tes, nourris des paroles des Proph\u00e8tes, et tout particuli\u00e8rement des textes d'Isa\u00efe sur le Serviteur de Yahv\u00e9, ils ont reconnu en J\u00e9sus de Nazareth le Messie annonc\u00e9 \u00e0 leurs p\u00e8res. {C}Celui dont on parle dans la Loi de Mo\u00efse et dans les Proph\u00e8tes, nous l\u00b4avons trouv\u00e9_; c\u00b4est J\u00e9sus, fils de Joseph, de Nazareth{/}, comme le dira Philippe \u00e0 Nathana\u00ebl [Jn_1,45].
Pour ces "Chr\u00e9tiens de la Circoncision" -_comme on les appelle souvent pour les distinguer des Chr\u00e9tiens d'origine pa\u00efenne_- la Loi n'est pas abrog\u00e9e mais transfigur\u00e9e. Ils ne n\u00e9gligent rien des observances prescrites par la Thora, mais leur foi au Christ les rend suspects aux yeux des autres Juifs, et les conflits sont alors fr\u00e9quents. Il n'est pas sans int\u00e9r\u00eat d'ailleurs de constater que lors de la premi\u00e8re r\u00e9volte juive, les Jud\u00e9o-Chr\u00e9tiens de Jud\u00e9e chercheront refuge en Samarie, puis bient\u00f4t \u00e0 Pella en Transjordanie [Mc_13,14], se tenant ainsi \u00e0 l'\u00e9cart des hostilit\u00e9s d\u00e9clench\u00e9es par les Juifs contre Rome.
Mais les deux r\u00e9voltes juives n'ont fait qu'accro\u00eetre la diversit\u00e9 de la population en Palestine : Grecs, Syriens et gens venus de tous les pays d'Orient y c\u00f4toient les Juifs qui ont surv\u00e9cu aux massacres et aux exils. Les Jud\u00e9o-chr\u00e9tiens se voient donc pris entre les Juifs qui se d\u00e9fient d'eux et les Chr\u00e9tiens issus des autres peuples. Cette situation favorise l'\u00e9clatement du groupe.
Les uns reconnaissent en J\u00e9sus de Nazareth le Messie Fils de Dieu fait homme, tandis que d'autres se bornent \u00e0 confesser son caract\u00e8re messianique_: entre ces deux il y a bien des variantes. D\u00e8s le milieu du 2\u00e8me_si\u00e8cle, H\u00e9g\u00e9syppe, un chroniqueur de l'Eglise de Palestine, d\u00e9nombre une douzaine de sectes jud\u00e9o-chr\u00e9tiennes, sans plus de liens d\u00e9sormais avec la grande Eglise o\u00f9 les fid\u00e8les d'origine pa\u00efenne sont de tr\u00e8s loin les plus nombreux. Ces petites communaut\u00e9s priv\u00e9es de tout soutien et divis\u00e9es s'\u00e9tiolent. Aussi, lorsqu'au Concile de Nic\u00e9e, en 325, on recense les \u00e9v\u00eaques venus repr\u00e9senter les communaut\u00e9s de Palestine on remarque que pas un d'entre eux ne porte un nom juif.
Avant de dispara\u00eetre, les communaut\u00e9s jud\u00e9o-chr\u00e9tiennes laisseront une litt\u00e9rature abondante. Ces oeuvres assez in\u00e9gales, parmi lesquelles on peut mentionner {C}l'Evangile selon les H\u00e9breux , l'Evangile de Pierre, l'Histoire de la Dormition de la Sainte M\u00e8re de Dieu{/} et {C}l'Histoire du Charpentier Joseph,{/} n'ont pas \u00e9t\u00e9 admises par l'Eglise dans le Canon des Ecritures.
