{N}LES ASMON\u00c9ENS{/}

{K}ANTIOCHUS IV EPIPHANE{/}

Antiochus_III mourut laissant deux fils dont l'un, S\u00e9leucus_IV Philopator 
monta sur le tr\u00f4ne de son p\u00e8re, tandis que l'autre \u00e9tait retenu comme 
otage \u00e0 Rome. Le nouveau roi obtint la lib\u00e9ration de son fr\u00e8re en \u00e9change 
de son propre fils D\u00e9m\u00e9trius_; il r\u00e9gna une douzaine d'ann\u00e9es au terme 
desquelles il fut assassin\u00e9 par son ministre H\u00e9liodore. L'oncle alors 
souffla le tr\u00f4ne au neveu_: Antiochus se fit introniser sous le nom 
d'Antiochus_IV Epiphane. Ce coup d'\u00e9tat divisa les classes dirigeantes. A 
ces ferments internes de division s'ajoutait maintenant la pr\u00e9sence 
toujours plus pesante de Rome_: par le trait\u00e9 d'Apam\u00e9e, les S\u00e9leucides 
avaient perdu la partie occidentale de leur empire, et s'ils avaient 
annex\u00e9 la Palestine il leur fallait compter avec l'Egypte, non point 
qu'elle fut redoutable, mais parce qu'elle avait l'appui de Rome.
{K}LE SACRIL\u00c8GE{/}

C'est ce que l'on vit en 168_: Antiochus se mit en campagne contre 
l'Egypte_; il y triompha sans peine de l'arm\u00e9e d\u00e9p\u00each\u00e9e contre lui par 
Ptol\u00e9m\u00e9e_VI Philom\u00e9tor. Antiochus savourait d\u00e9j\u00e0 sa victoire lorsqu'un 
\u00e9missaire du S\u00e9nat romain, Popilius Laenas, lui remit un ultimatum : il 
lui fallait quitter l'Egypte sur le champ s'il ne voulait pas avoir 
affaire avec Rome. Antiochus pr\u00e9f\u00e9ra l'humiliation \u00e0 la d\u00e9faite probable, 
et regagna ses terres. L'argent \u00e9tant le nerf de la guerre, Antiochus eut 
recours \u00e0 une m\u00e9thode qu'il avait d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9e. Tous les temples 
poss\u00e9daient un tr\u00e9sor_: le roi fit main basse sur celui du Temple de 
J\u00e9rusalem. La col\u00e8re des juifs n'ayant pas tard\u00e9 \u00e0 se manifester, 
Antiochus riposta par une violente pers\u00e9cution contre tous ceux qui 
restaient attach\u00e9s \u00e0 la Loi_: il profana le Lieu Saint, interdit le culte 
isra\u00e9lite, lui substituant celui de Zeus Olympien, et envoya ses 
officiers dans les campagnes pour contraindre quiconque \u00e0 se plier \u00e0 ses 
volont\u00e9s. C'est alors qu'un groupe de r\u00e9sistants se forma autour du 
pr\u00eatre {N}Mattathias{/} et bient\u00f4t la r\u00e9bellion prit l'allure d'une guerre 
d'ind\u00e9pendance. 
{K}HELL\u00c9NISME ET JUDA\u00cfSME{/}

Une d\u00e9gradation si rapide de la situation serait incompr\u00e9hensible si tous 
les motifs de l'insurrection ne s'\u00e9taient lentement accumul\u00e9s.
Les campagnes d'Alexandre, l'implantation des colonies mac\u00e9doniennes, et 
la fondation des royaumes hell\u00e9nistiques (c'est-\u00e0-dire h\u00e9ritiers 
d'Alexandre et de culture {C}hell\u00e9nique{/}, ou grecque) ne furent pas sans 
influence sur les communaut\u00e9s d'une {N}Diaspora{/} (c'est-\u00e0-dire_: des 
communaut\u00e9s juives {C}dispers\u00e9es{/} entre les autres nations) qui grandissait 
de jour en jour. Dispers\u00e9s dans le Proche Orient, les Juifs d\u00e9couvraient 
une culture inconnue jusqu'alors, mais qui ne manquait pas de les 
s\u00e9duire. En Palestine, les Ptol\u00e9m\u00e9es avaient multipli\u00e9 les cr\u00e9ations de 
villes sur le mod\u00e8le grec_: on comptait parmi elles Ptol\u00e9ma\u00efs ou Nysa-
Scythopolis. A J\u00e9rusalem m\u00eame, le grand pr\u00eatre {N}Jason{/} t\u00e9moignait de son 
admiration pour l'hell\u00e9nisme_; il se disait {C}pr\u00eat \u00e0 s'engager par \u00e9crit 
pour cent cinquante talents si on l'autorisait \u00e0 construire de sa propre 
autorit\u00e9 un gymnase et une \u00e9cole militaire{/} [2Mac_4,9], favorisant ainsi 
la mise en place d'institutions qui r\u00e9pugnaient \u00e0 la conscience juive{C}.{/} 
D\u00e8s lors le foss\u00e9 allait se creusant entre ceux qui, refusant toute 
\u00e9volution, voulaient garder une fid\u00e9lit\u00e9 sans faille aux traditions 
ancestrales, et ceux qui, gagn\u00e9s par le modernisme, risquaient de brader 
tout ce qui comptait pour d'Isra\u00ebl.
{K}LES GRANDS PR\u00caTRES DIVIS\u00c9S{/}

La querelle avait gagn\u00e9 les grandes familles sacerdotales._Ces rivalit\u00e9s 
conduisirent peu \u00e0 peu le pouvoir politique \u00e0 s'immiscer dans 
l'attribution du souverain pontificat. Antiochus, dont la situation 
financi\u00e8re \u00e9tait difficile, passa vite du r\u00f4le d'arbitre \u00e0 celui de 
d\u00e9cideur et c'est ainsi que d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de son r\u00e8gne 
commen\u00e7a la valse des grands pr\u00eatres_: Onias, r\u00e9put\u00e9 pour sa pi\u00e9t\u00e9 et sa 
fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la Loi, \u00e9tait en charge, lorsqu'un certain Jason qui briguait 
la place le d\u00e9cria aupr\u00e8s du roi, \u00e0 qui il proposa une coquette somme 
d'argent ; le roi d\u00e9posa Onias et lui substitua Jason_; trois ans plus 
tard se pr\u00e9senta M\u00e9n\u00e9laos, plus offrant, il obtint la charge et Jason 
n'eut plus qu'\u00e0 rentrer dans le rang. De telles pratiques ne pouvaient 
que jeter le discr\u00e9dit sur Antiochus et les partisans des Grecs.
{K}JUDAS MACCAB\u00c9E (166-160){/}

Mattathias organisa une tourn\u00e9e avec ses premiers partisans {C}pour 
d\u00e9truire les autels pa\u00efens et circoncire de force tous les enfants non 
circoncis qu'ils trouveraient sur le territoire d'Isra\u00ebl{/} [1M_2,45] - 
[1M_2,46]. Quelques mois plus tard il mourut(166). {C}Son fils{/} Judas 
surnomm\u00e9 Maccab\u00e9e{C} prit sa place.{/} {C}Ses fr\u00e8res et tous ceux qui avaient 
pris le parti de son p\u00e8re lui apport\u00e8rent leur concours et men\u00e8rent le 
combat d'Isra\u00ebl avec ardeur{/} [1M_3,1] - [1M_3,2]. Antiochus ne prit pas 
tr\u00e8s au s\u00e9rieux ce soul\u00e8vement_; il se contenta d'envoyer contre les 
insurg\u00e9s un corps de troupe command\u00e9 par un certain Apollonius._Celui-ci 
ayant \u00e9t\u00e9 battu par Judas, le gouverneur Lysias, commis \u00e0 la garde du 
royaume en l'absence du roi, d\u00e9p\u00eacha Gorgias avec une arm\u00e9e beaucoup plus 
consid\u00e9rable_: ce fut une nouvelle d\u00e9faite pour les S\u00e9leucides. Lysias se 
d\u00e9cida alors \u00e0 prendre la t\u00eate des op\u00e9rations_: la d\u00e9route de ses troupes 
l'obligea, lui aussi, \u00e0 s'enfuir \u00e0 Antioche.
{K}LA R\u00c9SISTANCE PREND DE L'AMPLEUR{/}

Ces succ\u00e8s inesp\u00e9r\u00e9s renfor\u00e7aient la confiance des Juifs ralli\u00e9s \u00e0 Judas 
et attiraient \u00e0 lui ceux qui par crainte s'\u00e9taient tenus \u00e0 l'\u00e9cart du 
conflit. Il \u00e9tait \u00e9vident pour tous que Dieu manifestait de nouveau sa 
protection \u00e0 son peuple. Puisque l'ennemi \u00e9tait rejet\u00e9 loin de J\u00e9rusalem, 
il \u00e9tait temps de reprendre le Temple_: la purification du Lieu Saint 
profan\u00e9 trois ans plus t\u00f4t par les Grecs \u00e9tait au coeur du projet de 
Judas. La cons\u00e9cration du nouvel autel et du sanctuaire fut c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le 
25 du 9\u00e8me mois {C}au son des cantiques, des cithares, des harpes et des 
cymbales [1M_4,54]. La f\u00eate de Hanoukka allait comm\u00e9morer dans les 
si\u00e8cles \u00e0 venir cette {N}D\u00e9dicace{/} du Temple qui eut lieu en 164 av.J.C. 
Le sanctuaire lib\u00e9r\u00e9 et purifi\u00e9 devenait \u00e0 nouveau le centre o\u00f9 la 
Communaut\u00e9 de Jud\u00e9e pouvait en toute libert\u00e9 c\u00e9l\u00e9brer son Dieu, mais il 
fallait secourir les fr\u00e8res plus \u00e9loign\u00e9s et plus isol\u00e9s, car les 
victoires de Judas ne faisaient qu'exacerber la haine des \u00ab_Grecs_\u00bb 
contre les Juifs. Judas et son fr\u00e8re {N}Jonathan{/} se rendirent en Galaad 
pour y exercer des repr\u00e9sailles sanglantes et pour rapatrier \u00e0 J\u00e9rusalem 
ces communaut\u00e9s opprim\u00e9es_; Simon, un troisi\u00e8me fils de Mattathias, gagna 
la Galil\u00e9e pour une mission semblable.
Sur ces entrefaites Antiochus_IV \u00e9tait mort, et son fils n'avait que huit 
ans_; harcel\u00e9 par la population grecque et les juifs rang\u00e9s \u00e0 son c\u00f4t\u00e9 
qui r\u00e9clamaient le secours du pouvoir, {N}Lysias{/}, qui s'\u00e9tait entre temps 
promu r\u00e9gent du royaume, d\u00e9cida de frapper un grand coup. Judas et les 
siens furent d\u00e9faits, J\u00e9rusalem se trouvait de ce fait en tr\u00e8s mauvaise 
posture. Providentiellement, les dissensions entre Lysias et Philippe, \u00e0 
qui Antiochus_IV avait confi\u00e9 le royaume sur son lit de mort, sauv\u00e8rent 
la Ville Sainte.
Lysias proposa m\u00eame \u00e0 son roi de signer la paix avec Judas pour avoir les 
mains libres de ce c\u00f4t\u00e9 l\u00e0_; {C}le roi envoya donc des hommes pour offrir 
la paix aux Juifs et ceux-ci accept\u00e8rent. Le roi et les chefs 
s'engag\u00e8rent par serment, et les Grecs,{/} sujets du roi{C}, qui \u00e9taient  
assi\u00e9g\u00e9s{/} par les Juifs,{C} sortirent de la citadelle.{/} 
Cette ann\u00e9e-l\u00e0, tr\u00e8s probablement, fut publi\u00e9 le livre de {N}Daniel{/}, 
oeuvre de l'un des ma\u00eetres de la Loi qui avaient endur\u00e9 la pers\u00e9cution. 
Les \u00e9v\u00e9nements les plus r\u00e9cents et la fin de la pers\u00e9cution n'\u00e9taient 
pour lui que le pr\u00e9lude d'une justice de Dieu qui allait abattre 
d\u00e9finitivement le pers\u00e9cuteur et placer son peuple au-dessus de toutes 
les nations. 
Rien cependant n'\u00e9tait r\u00e9gl\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9finitive. Le r\u00e9cit du premier 
livre des Maccab\u00e9es nous dit que {C}lorsque le roi entra au mont Sion et 
qu'il vit la force de cette place, il viola son serment et donna l'ordre 
de d\u00e9truire tout le rempart{/} [1M_6,60] - [1M_6,62]. Cette forfaiture du 
roi, inqui\u00e9ta Judas \u00e0 juste titre_: les hostilit\u00e9s reprirent sans tarder, 
Judas eut encore le temps de signer un pacte d'alliance avec Rome, mais 
ses jours \u00e9taient compt\u00e9s_: il mourut dans un combat trop in\u00e9gal, 
pr\u00e9f\u00e9rant la mort \u00e0 la fuite_: on \u00e9tait en 160 av.J.C.
{K}JONATHAN (160-143){/}

Les intrigues de palais et les assassinats politiques laissaient \u00e0 
pr\u00e9sent le tr\u00f4ne au fils de S\u00e9leucos_IV qui r\u00e9gna sous le nom de 
{N}D\u00e9m\u00e9trius{/}_I Soter_; avec lui les partisans des \u00ab_Grecs_\u00bb harcel\u00e8rent le 
parti de la r\u00e9sistance. {C}Les hors-la-loi se manifest\u00e8rent sur tout le 
territoire d'Isra\u00ebl, et tous ceux qui faisaient le mal r\u00e9apparurent. Ils 
soumirent ceux qui avaient combattu derri\u00e8re Judas \u00e0 des perquisitions et 
des enqu\u00eates, ils les faisaient compara\u00eetre devant Bakid\u00e8s qui les 
punissait et les humiliait_: Isra\u00ebl connut une oppression si terrible 
qu'il n'y en avait pas eu de pareille depuis la fin du temps des 
proph\u00e8tes.{/}

C'est alors que Jonathan accepta de prendre le commandement et la 
succession de Judas son fr\u00e8re [1M_9,23] - [1M_9,31].
{K}LE DOUBLE JEU{/}

Les affaires de la cour d'Antioche ne s'arrangeaient pas_: un rival se 
dressait maintenant devant D\u00e9m\u00e9trius_I, c'\u00e9tait {N}Alexandre Balas{/} qui se 
donnait pour l'un des fils d'Antiochus Epiphane. D\u00e9m\u00e9trius essaya 
d'acheter Jonathan par toute sorte de belles promesses_: il avait 
d\u00e9sormais le droit de lever une arm\u00e9e, de fabriquer des armes, et de se 
pr\u00e9senter comme alli\u00e9 du roi. Fort de ces autorisations royales,{C} 
Jonathan s'installa \u00e0 J\u00e9rusalem et entreprit de reb\u00e2tir la ville{/}. 
[1M_10,10]
Aussit\u00f4t Alexandre (Balas) se livra \u00e0 la surench\u00e8re_il conf\u00e9ra \u00e0 
{N}Jonathan{/} la charge de grand pr\u00eatre et le titre envi\u00e9 "d'Ami du roi". 
Sans le moindre scrupule, Jonathan accepta toutes ces pr\u00e9rogatives des 
mains de l'usurpateur_: en 153, \u00e0 l'occasion de la f\u00eate des Tentes, il 
faisait une entr\u00e9e solennelle dans le Temple, rev\u00eatu des ornements de 
grand pr\u00eatre.
D\u00e9m\u00e9trius voulut faire mieux_; cette fois Jonathan fit la sourde oreille. 
Quelque temps plus tard ce roi mourut dans le combat qui l'opposait \u00e0 
Alexandre Balas_; ce dernier ne lui surv\u00e9cut gu\u00e8re_: en 145 il rendit 
l'\u00e2me et D\u00e9m\u00e9trius_II, fils de D\u00e9m\u00e9trius_I, r\u00e9gna sans concurrent. A 
J\u00e9rusalem Jonathan continuait de mener son jeu entre les diff\u00e9rents 
pr\u00e9tendants au tr\u00f4ne, il finit par tomber victime d'un guet-apens \u00e0 
Ptol\u00e9ma\u00efs et fut mis \u00e0 mort peu de temps apr\u00e8s (143).
{K}LA NAISSANCE D'UNE DYNASTIE{/}

Simon{/}, un autre fils de Mattathias, avait pris la rel\u00e8ve d\u00e8s 
l'incarc\u00e9ration de Jonathan. Il continua la lutte contre les S\u00e9leucides, 
chassa d\u00e9finitivement la garnison grecque qui occupait encore la 
Citadelle de J\u00e9rusalem_; en s'emparant du territoire de Jopp\u00e9, il se 
donna un d\u00e9bouch\u00e9 pr\u00e9cieux sur la M\u00e9diterran\u00e9e_; il obtint d'Antioche 
l'exemption de tout imp\u00f4t et, le premier depuis le d\u00e9but de la r\u00e9volte, 
il frappa sa propre monnaie. 
Simon re\u00e7ut par un d\u00e9cret officiel \u00e9manant "{C}des Juifs et des pr\u00eatres{/}", 
et dat\u00e9 de l'an 140, le titre de Prince et de Grand Pr\u00eatre des Juifs. 
Ainsi, la Communaut\u00e9 juive retrouvait sous l'autorit\u00e9 de Simon une totale 
autonomie, et sur le plan religieux, et sur le plan politique.
La famille de Mattathias \u00e9tait donc install\u00e9e \u00e0 la t\u00eate de la Communaut\u00e9 
de J\u00e9rusalem ou plus exactement de l'\u00e9tat d'Isra\u00ebl_; car c'est bien d'un 
\u00e9tat qu'il s'agissait \u00e0 pr\u00e9sent, et dans cette famille le pouvoir allait 
se transmettre de fa\u00e7on h\u00e9r\u00e9ditaire, comme on allait le voir bient\u00f4t \u00e0 la 
mort de Simon_: ses descendants sont pass\u00e9s \u00e0 l'histoire sous le nom 
d'Asmon\u00e9ens. 
{K}UN PREMIER BILAN{/}

{C}Durant tout le r\u00e8gne de Simon, le pays fut en paix. Chacun travaillait 
ses champs, tranquille. Le sol donnait ses produits et les arbres des 
champs leurs fruits. Assis sur les places publiques, les vieillards 
parlaient de la prosp\u00e9rit\u00e9 pr\u00e9sente et les jeunes gens se plaisaient \u00e0 
rev\u00eatir des tenues de guerre. Simon rendit la paix au pays et Isra\u00ebl 
connut des temps heureux.. Chacun put s'asseoir, qui sous sa vigne, qui 
sous son figuier sans que nul ne l'inqui\u00e8te{/} [1M_14,4] - [1M_14,12].
Un tel \u00e9loge du gouvernement de Simon peut laisser croire que tout \u00e9tait 
au mieux dans le meilleur des mondes. En r\u00e9alit\u00e9 beaucoup de Juifs 
voyaient d'un mauvais oeil les pouvoirs militaire, politique et religieux 
r\u00e9unis dans les seules mains d'un souverain \u00e9tranger \u00e0 la dynastie de 
David comme \u00e0 celle de Sadoc. 
{K}LES PREMI\u00c8RES DISSENSIONS{/}

Les premi\u00e8res dissensions apparurent dans la Communaut\u00e9 juive lorsqu'en 
153 Jonathan accepta d'Alexandre Balas le titre de grand pr\u00eatre. En effet 
Jonathan appartenait bien \u00e0 la tribu de L\u00e9vi, \u00e0 la descendance d'Aaron, 
mais il n'\u00e9tait pas de la lign\u00e9e de Sadoc, la seule habilit\u00e9e par une 
tradition ancestrale \u00e0 donner un grand pr\u00eatre \u00e0 Isra\u00ebl_: d\u00e8s lors 
Jonathan passait aux yeux des \u00e9l\u00e9ments les plus religieux de la 
Communaut\u00e9, les {N}Hassidim{/}{C},{/} pour un grand pr\u00eatre ill\u00e9gitime. A cela 
s'ajoutait sa condition de chef de guerre qui l'amenait \u00e0 contracter de 
nombreuses impuret\u00e9s rituelles incompatibles avec la dignit\u00e9 sacerdotale. 
Les ambitions politiques et la d\u00e9rive morale de la dynastie royale sous 
les r\u00e8gnes suivants firent le reste_: ces Hassidim prirent d\u00e8s lors leurs 
distances vis-\u00e0-vis du pouvoir politique et form\u00e8rent le mouvement 
{N}pharisien{/} (les {C}s\u00e9par\u00e9s{/}).
Dans le m\u00eame temps et pour les m\u00eames raisons un certain nombre de la\u00efcs 
et de pr\u00eatres s'\u00e9loign\u00e8rent du temple de J\u00e9rusalem o\u00f9 pontifiait 
maintenant un grand pr\u00eatre ill\u00e9gitime, indigne de surcro\u00eet, et gagn\u00e8rent 
la Mer Morte pour y mener une vie de fid\u00e9lit\u00e9 totale \u00e0 la Loi de 
l'Alliance_: ils sont \u00e0 l'origine de la Communaut\u00e9{C} de L'{/}{N}Alliance{/}, 
plus connue sous le nom de Communaut\u00e9 de{N} Qumran{/}.
{K}JEAN HYRCAN (134-104){/}

Le gendre de Simon voulait prendre le pouvoir. En l'an 104 il l'attira 
avec ses deux fils dans la forteresse de Dok et l\u00e0 il les fit mettre \u00e0 
mort. Mais Jean, un autre fils de Simon, \u00e9chappa aux meurtriers 
[1M_16,21] et le syst\u00e8me dynastique fonctionna sans accroc_: selon la 
volont\u00e9 du peuple, exprim\u00e9e quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, il monta sur le 
tr\u00f4ne sous le nom de Jean Hyrcan_I.
En 138, D\u00e9m\u00e9trius_II ayant \u00e9t\u00e9 fait prisonnier par les Parthes, 
Antiochus_VII Everg\u00e8te_l'avait remplac\u00e9 sur le tr\u00f4ne de Syrie. Le nouveau 
souverain ne pouvait se r\u00e9soudre \u00e0 la perte de la Palestine_; aussi, 
malgr\u00e9 trait\u00e9s, promesses et garanties sign\u00e9es par ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, il 
envahit la Jud\u00e9e et vint mettre le si\u00e8ge devant J\u00e9rusalem o\u00f9 Hyrcan 
s'\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9. Antiochus n'\u00e9tait pas en situation de s'emparer de la 
ville, et un accord fut conclu. Peu apr\u00e8s, Antiochus mourut dans la 
campagne qu'il avait engag\u00e9e contre les Parthes (128), et son fr\u00e8re fut 
incapable d'imposer ses armes en Palestine. Jean Hyrcan pouvait 
maintenant reprendre la politique de reconqu\u00eate.
Le fils de Simon se tourna d'abord vers la Transjordanie o\u00f9 il s'empara 
de plusieurs villes_; traversant de nouveau le Jourdain, il ruina 
Sichem_; le temple du {N}Garizim{/} fut ras\u00e9 et le pays ramen\u00e9 de gr\u00e9 ou de 
force dans le droit chemin de l'observance de la Loi. L'opposition 
cependant restait forte_; c'est ce qui valut \u00e0 Samarie, la capitale de la 
r\u00e9gion, d'\u00eatre compl\u00e8tement ravag\u00e9e en 107._Durant ce temps le sud de la 
Palestine, l'Idum\u00e9e, fut \u00e9galement conquise et ses habitants oblig\u00e9s \u00e0 se 
faire circoncire. Jean Hyrcan s'empara encore de Jamnia, d'Azotos, et de 
leurs environs, \u00e9largissant ainsi sa fen\u00eatre sur la M\u00e9diterran\u00e9e. L'aide 
de Rome lui permit de maintenir conqu\u00eates et ind\u00e9pendance.
{K}ENTRE PHARISIENS ET SADDUC\u00c9ENS{/}

Les raisons qui avaient conduit les {N}Pharisiens{/} \u00e0 prendre leurs 
distances vis-\u00e0-vis du p\u00e8re, ne firent qu'empirer avec le fils. Jean 
Hyrcan, qui avait des sympathies marqu\u00e9es pour l'hell\u00e9nisme, trouva tout 
naturellement aupr\u00e8s des Sadduc\u00e9ens de meilleurs alli\u00e9s.
Les {N}Sadduc\u00e9ens{/}, qui doivent probablement leur nom \u00e0 Sadoq, grand pr\u00eatre 
qui consacra Salomon et remplit sa charge dans le temple nouvellement 
construit, avaient montr\u00e9 leur penchant pour l'hell\u00e9nisme d\u00e8s avant la 
r\u00e9volte maccab\u00e9enne. Paradoxalement, ils se voulaient conservateurs en 
mati\u00e8re religieuse, pour eux seule comptait la Loi_; ils rejetaient donc 
la tradition orale contrairement aux Pharisiens qui y attachaient une 
importance \u00e9gale \u00e0 celle de la Thora. Ainsi, les Sadduc\u00e9ens ne croyaient 
pas \u00e0 la r\u00e9surrection des morts qui leur paraissait une nouveaut\u00e9, alors 
que les Pharisiens y adh\u00e9raient au nom m\u00eame de la tradition orale. Mais 
ce rigorisme des Sadduc\u00e9ens allait de pair avec une r\u00e9elle ouverture dans 
les autres domaines_: comme les princes asmon\u00e9ens (les descendants des 
Maccab\u00e9es), ils se montraient r\u00e9alistes dans les affaires politiques 
comme sur le plan culturel. 
Du fait que la charge de grand pr\u00eatre \u00e9tait maintenant assum\u00e9e par le 
souverain, l'aristocratie sacerdotale qui assurait la vie cultuelle du 
temple de J\u00e9rusalem, se voyait oblig\u00e9e \u00e0 composer avec le pouvoir 
politique qui s'appuyait de plus en plus dans l'administration du pays 
sur des notables ouverts \u00e0 l'hell\u00e9nisme.
{K}ARISTOBULE-LE-TERRIBLE (104-103){/}

D\u00e8s la mort de son p\u00e8re, Aristobule, l'a\u00een\u00e9 de ses fils, prend 
officiellement - et pour la premi\u00e8re fois chez les Asmon\u00e9ens_- le titre 
de roi_; il fait jeter sa m\u00e8re en prison, ordonnant de l'y laisser mourir 
de faim. Trois autres fr\u00e8res sont \u00e9galement incarc\u00e9r\u00e9s._Le plus jeune, 
Antigone, est \u00e9pargn\u00e9 et m\u00eame associ\u00e9 pour un temps au pouvoir, mais 
bient\u00f4t, accus\u00e9 aupr\u00e8s de son a\u00een\u00e9, il est assassin\u00e9. Bien que son r\u00e8gne 
ne dure que deux ans, Aristobule a le temps de reconqu\u00e9rir la Galil\u00e9e. A 
sa mort en l'an 103, sa veuve, Salom\u00e9 Alexandra, lib\u00e8re les trois fr\u00e8res 
emprisonn\u00e9s et installe l'a\u00een\u00e9, qu'elle \u00e9pouse, sur le tr\u00f4ne. D\u00e8s le 
d\u00e9but le nouveau roi affiche ses sympathies pour la culture grecque en 
hell\u00e9nisant son nom, il sera d\u00e9sormais connu, non plus sous le nom de 
Jonathan, mais bien d'Alexandre Jann\u00e9e.
{K}ALEXANDRE JANN\u00c9E (103-76){/}

Alexandre reprend la politique d'expansion de ses devanciers. Il enl\u00e8ve 
le Carmel et la plaine de Saron et, au sud, Gaza et les territoires qui 
s'\u00e9tendent de l\u00e0 vers l'Egypte (96). La m\u00eame ann\u00e9e, il s'empare de Gadara 
et d'Amathonte, en Transjordanie, mais bient\u00f4t, il subit une grave 
d\u00e9fa\u00eete face au roi de Nabat\u00e8ne. Les opposants d'lexandre pensent que 
l'heure de l'insurrection_a sonn\u00e9; ils font m\u00eame appel au roi d'Antioche, 
D\u00e9m\u00e9trius_III (95-88), mais un sursaut national sauve une fois encore la 
dynastie. C'est alors l'extermination sauvage des m\u00e9contents. En 83, 
Alexandre parach\u00e8ve la conqu\u00eate de la Transjordanie par la prise de 
G\u00e9rasa, Pella et Dion. A toute les villes qu'il a reconquises, Alexandre 
impose le Juda\u00efsme par la force : dans de telles conditions l'unit\u00e9 du 
royaume ne pouvait \u00eatre que fragile. Pour r\u00e9primer les mouvements 
insurrectionnels, il s'appuya sur des mercenaires venus d'Asie Mineure.
{K}EN CONFLIT AVEC LES PHARISIENS{/}

On pouvait esp\u00e9rer que le souvenir de la barbarie de son fr\u00e8re 
Aristobule, dont il avait lui-m\u00eame p\u00e2ti ainsi que sa m\u00e8re et ses fr\u00e8res, 
ferait na\u00eetre chez le roi des sentiments plus nobles_: il n'en fut rien. 
Alexandre Jann\u00e9e imposa son autorit\u00e9 par la terreur et r\u00e9duisit au 
silence toute opposition par des repr\u00e9sailles d'une telle cruaut\u00e9, que 
les succ\u00e8s militaires par lesquels il redonnait pourtant \u00e0 Isra\u00ebl ses 
fronti\u00e8res du temps de Salomon, ne les firent pas oublier de ses 
contemporains. Il fit ainsi massacrer 6.000 Pharisiens pour venger 
l'affront qu'il avait subi lors d'une c\u00e9l\u00e9bration de la f\u00eate des Tentes 
alors qu'il officiait comme grand pr\u00eatre dans le temple. Quelque temps 
plus tard, il fit crucifier 800 de ses opposants, faisant \u00e9gorger sous 
les yeux des supplici\u00e9s leurs femmes et enfants, tandis que lui-m\u00eame 
banquetait avec ses ma\u00eetresses et ses courtisans au pied des croix.
{K}ALEXANDRA (76-67){/}

Lorsque mourut Alexandre Jann\u00e9e, sa veuve, Salom\u00e9 Alexandra, exer\u00e7a le 
pouvoir comme il l'avait lui-m\u00eame d\u00e9cid\u00e9. Puisqu'elle ne pouvait pas \u00eatre 
\u00ab_le_\u00bb grand pr\u00eatre,  elle confia cette charge \u00e0 l'a\u00een\u00e9 de ses fils, Jean 
Hyrcan_II. Durant les neuf ann\u00e9es que dura son r\u00e8gne, Alexandra conduisit 
avec habilet\u00e9 les affaires du royaume, cherchant \u00e0 tout prix \u00e0 maintenir 
la paix. 
Avec l'appui de la reine les Pharisiens \u00e9taient entr\u00e9s dans le grand 
Conseil du {N}Sanh\u00e9drin{/} qui n'\u00e9tait ouvert jusque l\u00e0 qu'aux Anciens et \u00e0 
l'aristocratie sacerdotale_(les Sadduc\u00e9ens). Leur acc\u00e8s au pouvoir 
s'op\u00e9rait aux d\u00e9pens des Sadduc\u00e9ens. Un groupe de m\u00e9contents trouva un 
leader dans la personne d'Aristobule_II, le fr\u00e8re du grand pr\u00eatre. Il 
prit la t\u00eate de l'opposition au gouvernement de sa m\u00e8re, contestant 
l'emprise croissante des Pharisiens dans les affaires du pays. Salom\u00e9 
Alexandra sut encore \u00e9viter le pire, mais lorsqu'elle mourut en 67 les 
diff\u00e9rends tourn\u00e8rent \u00e0 la guerre civile.
{K}LES FR\u00c8RES ENNEMIS{/}

Jean Hyrcan_II \u00e9tait l'a\u00een\u00e9, et le tr\u00f4ne lui revenait de droit,_mais 
Aristobule, son fr\u00e8re, \u00e9tait d'une tout autre taille. Le jour m\u00eame o\u00f9 sa 
m\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par la maladie qui devait l'emporter, il avait 
fait main-basse sur vingt-deux places fortes du royaume, s'assurant ainsi 
la ma\u00eetrise des op\u00e9rations. Il s'imposa donc peu \u00e0 peu dans cette guerre 
civile. Contraint de capituler, Jean Hyrcan conclut un accord avec son 
fr\u00e8re_: il lui laissait la couronne et se contentait de sa charge de 
grand pr\u00eatre.
C'est alors que tout fut remis en cause par l'arriv\u00e9e sur sc\u00e8ne d'un 
troisi\u00e8me homme. Un certain Antipater, le p\u00e8re du futur roi H\u00e9rode le 
Grand, prit le parti de Jean Hyrcan_; il savait le caract\u00e8re insignifiant 
de ce prince, et il vit l\u00e0 l'occasion de satisfaire ses propres 
ambitions. Il connaissait bien la Nabat\u00e8ne, voisine de l'Idum\u00e9e dont son 
p\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 gouverneur ; il convint donc avec le roi Ar\u00e9tas de 
Nabat\u00e8ne de lui rendre les villes qui lui avaient \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es par 
Alexandre Jann\u00e9e en \u00e9change du soutien arm\u00e9 qu'il apporterait \u00e0 Jean 
Hyrcan. Aristobule cette fois fut contraint de battre en retraite et dut 
se replier dans J\u00e9rusalem o\u00f9 il s'enferma, assi\u00e9g\u00e9 par les troupes 
d'Ar\u00e9tas et d'Hyrcan.
