{N}LES ORIGINES DE L'HOMME{/}

{K}LES ANC\u00caTRES DE L'HOMME{/}

L'esp\u00e8ce humaine se pr\u00e9sente comme une derni\u00e8re branche de l'arbre de la 
vie: il ne faudra pas oublier que la cha\u00eene de ses anc\u00eatres remonte \u00e0 la 
premi\u00e8re mati\u00e8re anim\u00e9e dont sont issues toutes les exp\u00e8ces. Cependant, 
si nous regardons plus pr\u00e8s de nous, il est clair que les singes, ou les 
simiens, sont les animaux qui nous ressemblent le plus. De l\u00e0 surgissent 
deux questions:
- Si nous sommes les descendants de l'un d'entre eux, quel est-il?

- S'ils ne sont que nos cousins, quand et comment nos anc\u00eatres se sont-
ils s\u00e9par\u00e9s d'eux?
Pour commencer, il est certain que les grands singes actuels les plus 
proches de nous, le gorille et surtout le chimpanz\u00e9, ne sont que nos 
cousins. Ils ne sont pas une reproduction de notre anc\u00eatre commun, car en 
m\u00eame temps que la branche humaine passait par une s\u00e9rie de 
transformations de tout son corps, eux aussi se transformaient et se 
sp\u00e9cialisaient dans une direction diff\u00e9rente caract\u00e9ris\u00e9e par le 
d\u00e9veloppement des molaires, de la mandibule et des bras. Les plus 
intelligents des singes actuels sont plus \u00ab_animaux_\u00bb que ne l'\u00e9taient 
leurs anc\u00eatres au moment o\u00f9 nous nous sommes s\u00e9par\u00e9s.
Quand s'est faite la s\u00e9paration? La science actuelle r\u00e9pond: il y a \u00e0 peu 
pr\u00e8s dix ou quinze millions d'ann\u00e9es.
O\u00f9 cela s'est-il pass\u00e9? Il n'y a pas si ongtemps on aurait dit: quelque 
part en Afrique orientale, car c'est l\u00e0 que se situe ensuite toute 
l'\u00e9volution post\u00e9rieure de nos anc\u00eatres. Aujourd'hui de nouvelles 
d\u00e9couvertes en Chine font penser que la s\u00e9paration s'est produite en Asie 
de l'est, avant que le rameau qui devait aboutir \u00e0 l'homme ne se d\u00e9place 
vers l'Afrique.
- Comment cela s'est-il pass\u00e9?
{K}LES PREMIERS PAS DE L'HOMME, OU_ COMMENT SURVIVRE?{/} 
Il y a dix-sept millions d'ann\u00e9es, toute la partie orientale de 
l'Afrique, de l'Ethiopie \u00e0 la Tanzanie, \u00e9tait couverte de for\u00eats 
\u00e9quatoriales o\u00f9 prosp\u00e9rait une quantit\u00e9 de primates (les primates sont le 
groupe zoologique rassemblant les singes et certaines autres esp\u00e8ces 
assez proches). Ils vivaient dans les arbres, sautant de branche en 
branche, et leur lourde queue leur servait de balancier. Ils \u00e9taient de 
petite taille et se nourrisaient de fruits et de feuilles.
C'est alors que la d\u00e9rive des continents et le choc de la plaque Afrique-
Arabie et de la plaque asiatique, jusque l\u00e0 s\u00e9par\u00e9es, a produit un 
cataclysme g\u00e9ologique. Il y eut un effondrement, un long sillon nord-sud, 
depuis le nord de la Palestine (la d\u00e9pression o\u00f9 coule le Jourdain) 
jusqu'aux grands lacs africains du Kenya. Ce fut sans doute la cause d'un 
changement de climat. Les pluies se r\u00e9duisaient peu \u00e0 peu, et les for\u00eats 
devenaient plus claires, laissant la place \u00e0 la savane coup\u00e9e par des 
bois toujours plus clairsem\u00e9s.
Une partie des primates, sans doute ceux rest\u00e9s \u00e0 l'ouest du foss\u00e9, 
continu\u00e8rent de vivre comme ils avaient toujours fait. A mesure que les 
terres devenaient plus arides, ils se repliaient vert l'ouest, l\u00e0 o\u00f9 
subsistent encore les grandes for\u00eats d'Afrique. Ils \u00e9volu\u00e8rent vers des 
formes plus grandes et plus fortes, comme le chimpanz\u00e9 et le gorille, qui 
se servent de leurs bras puissants pour se d\u00e9placer de branche en 
branche.
Ceux du versant est de la faille, par contre, devaient s'adapter \u00e0 un 
terrain o\u00f9 il \u00e9tait plus difficile de se d\u00e9fendre contre les carnivores 
vu que les arbres se faisaient rares_; les fruits  de leur r\u00e9gime 
habituel se faisaient plus rares. Ils devaient se nourrir de graines, de 
racines, et les fibres v\u00e9g\u00e9tales coriaces usaient leurs dents 
pr\u00e9matur\u00e9ment: il leur fallut renforcer les mandibules et l'\u00e9mail des 
dents se fit plus \u00e9pais. Pour d\u00e9courager les ennemis on vivait en 
soci\u00e9t\u00e9, et l'on progressait en taille et en force. Ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 
capables de se tenir presque droits et, s'\u00e9tant habitu\u00e9s \u00e0 marcher ainsi, 
les mains devenues libres pouvaient d\u00e9chirer la nourriture qu'ils 
portaient \u00e0 leur bouche_; pour se d\u00e9fendre on lan\u00e7ait des pierres et on 
avait des b\u00e2tons. Un certain nombre de pal\u00e9ontologues pensent qu'ils 
savaient d\u00e9j\u00e0 tailler les pierres de fa\u00e7on rudimentaire pour leur donner 
du tranchant.
On a trouv\u00e9 des restes innombrables de ces primates fort intelligents 
dont la capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale \u00e9tait l'\u00e9quivalent de celle des gorilles 
actuels alors qu'ils \u00e9taient beaucoup plus petits. Leurs diverses esp\u00e8ces 
forment un groupe appel\u00e9 Australopith\u00e8ques{N}{/} (ou: Singes du sud) \u00e0 
l'int\u00e9rieur duquel apparaissent des diff\u00e9rences importantes dans l'aspect 
ext\u00e9rieur. Les plus anciens \u00e9taient plus petits, environ 1m,20, et plus 
gr\u00eales, mais plus tard apparaissent les australopith\u00e8ques appel\u00e9s 
{C}robustes{/} qui mesuraient 1m,50 et pesaient quelques 50 kilos, dou\u00e9s de 
muscles masticateurs impressionnants.
Tous les primates de la partie est ne sont pas entr\u00e9s dans cette ligne 
d'\u00e9volution. Certains ont choisi une autre solution pour r\u00e9pondre au d\u00e9fi 
de la survivance: au lieu de renforcer dents et muscles, ils ont essay\u00e9 
d'\u00eatre plus inventifs. Ils se sont redress\u00e9s, ce qui aidait le 
d\u00e9veloppement du cerveau, et ils ont accept\u00e9 de changer leur menu. C'est 
ainsi que dans les lieux o\u00f9 s'\u00e9taient install\u00e9s les australopith\u00e8ques, 
une autre famille a grandi, issue des m\u00eames anc\u00eatres, et que les 
scientifiques rangent dans le m\u00eame goupe que les hommes actuels en leur 
donnant le nom d'Homo habilis, c'est-\u00e0-dire: homme artisan. Artisan parce 
qu'il a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 faire en grand la taille des pierres. On l'a 
appel\u00e9 homme parce qu'il nous ressemble, mais cette classification n'a 
qu'une valeur biologique, c'est-\u00e0-dire qu'elle ne tient compte que de son 
organisme: elle laisse enti\u00e8re la question de savoir s'il avait \u00e2me et 
esprit comme nous.
Alors que son cousin australopith\u00e8que m\u00e2chait consciencieusement ses 
racines, lui, moins athl\u00e9tique mais plus astucieux, ne manquait pas une 
occasion de voler et de mettre des pi\u00e8ges. Il mangeait ecargots, rats et 
insectes, mais aussi il se risquait \u00e0 attaquer en bandes le gros gibier:_ 
antilopes, bovid\u00e9s, sangliers et m\u00eame \u00e9l\u00e9phants. Il fa\u00e7onnait les pierres 
et se faisait des refuges avec des poteaux et des branches. 
Dans ces r\u00e9gions o\u00f9 vivaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te australopith\u00eaques et premiers 
\u00ab_hommes_\u00bb on a d\u00e9terr\u00e9 des restes de primates plus anciens qu'eux: la 
trouvaille la plus fameuse a \u00e9t\u00e9 celle de la fameuse Lucy, un squelette 
presque complet. C'est entre ces pr\u00e9-australopith\u00e8ques qu'il faut 
chercher les anc\u00eatres communs des australopith\u00e8ques et de l'Homo habilis. 
Ce sont eux qui, il y a 4 ou 6 millions d'ann\u00e9es ont fait le choix, si 
l'on peut dire, entre la force animale et l'adaptation intelligente.
{K}QUAND L'HOMME ATTENDAIT L'ESPRIT{/}

Homo habilis{/} \u00e9tait aparu il y a quelque 4 millions d'ann\u00e9es. Il est 
rest\u00e9 longtemps en Afrique orientale avant de partir sers des terres 
inconnues. Vers les 2 millions d'ann\u00e9es il avait atteint l'Indon\u00e9sie et 
ses familles s'\u00e9tablissaient sur toute l'Afrique, l'Asie et l'Europe, 
sauf les r\u00e9gions septentrionales couvertes d'immenses glaciers.
C'est alors qu'il a commenc\u00e9 \u00e0 modifier son ext\u00e9rieur: croissance en 
taille et en poids, alongement de la t\u00eate et d\u00e9veloppement du cerveau. Il 
y a un million et demi d'ann\u00e9es, toute l'esp\u00e8ce avait progress\u00e9, 
atteignant une nouvelle forme qu'on appelle {N}Homo{/} erectus (l'homme 
debout), lequel est rest\u00e9 assez stable durant plus d'un million d'ann\u00e9es.
Entre les ann\u00e9es deux cent mille et cent mille avant nous, une nouvelle 
\u00e9volution s'est amorc\u00e9e_; elle affectait principalement la t\u00eate, avec une 
capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale accrue, et aboutissait \u00e0 l'esp\u00e8ce {N}Homo{/} sapiens 
(l'homme de la sagesse). En Afrique du Nord, en Asie et au Moyen Orient, 
cet Homo sapiens \u00e9tait presque identique aux races actuelles. En Europe, 
par contre, l'Homo sapiens retrouvait des traits plus rustiques et 
bestiaux en d\u00e9pit de sa capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale \u00e9gale \u00e0 la n\u00f4tre. C'\u00e9tait 
l'{N}Homme{/} de N\u00e9anderthal, lequel a dur\u00e9 jusque trente mille ann\u00e9es avant 
notre \u00e8re, remplac\u00e9 peu \u00e0 peu par un Homo sapiens de l'autre classe venu 
d'Orient et que l'on appelle l'{N}Homme{/} de Cro-Magnon.
Ainsi s'achevait l'\u00e9volution biologique de l'homme: d\u00e9sormais son 
\u00e9volution allait se porter sur le plan social et culturel. Au long de ces 
quelque trente millions d'ann\u00e9es qui m\u00e8nent des primates arboricoles \u00e0 
l'homme, ce qui frappe davantage est le d\u00e9velopement du cerveau. Mais la 
corr\u00e9lation entre les diverses fonctions du corps est telle que cette 
croissance exigeait une remise en cause de tout l'\u00e9quilibre et la 
structure de l'individu. Quatre facteurs devaient jouer de concert pour 
r\u00e9ussir l'hominisation des primates:
- {C}D\u00e9veloppement du cerveau{/}. Il ne peut y avoir pens\u00e9e et d\u00e9cisions 
libres tant que l'esprit ne dispose pas d'un ordinateur de premi\u00e8re 
classe avec des millions de millions de circuits. Les sp\u00e9cialistes 
consid\u00e8rent qu'il ne peut y avoir langage tant que le cerveau n'atteint 
pas une capacit\u00e9 de 600 cm3 . Mais il ne suffit pas d'un changement 
quantitatif. Dans le cerveau humain il y a eu un d\u00e9veloppement privil\u00e9gi\u00e9 
du cortex, ou substance grise, et les circonvolutions se sont 
multipli\u00e9es. Les aires lat\u00e9rales, responsables du langage, des mouvements 
de la main, du pharynx et des muscles de la face croissent et 
s'organisent.
- {C}R\u00e9duction de la mandibule{/}. L'homme a des mains pour se d\u00e9fendre et 
pour d\u00e9chirer les proies, la mandibule n'a donc plus autant \u00e0 travailler 
pour m\u00e2cher et pour mordre. Maintenant la structure de la t\u00eate n'est plus 
calcul\u00e9e pour porter les muscles puissants de la mastication, et si la 
mandibule se r\u00e9duit, le cerveau peut s'enrouler et augmenter de volume. 
Du fait que ces muscles se r\u00e9duisent, les nombreux muscles superficiels 
de la face se d\u00e9veloppent: ils refl\u00e9teront les \u00e9motions et permettront la 
communication.
- {C}Perfectionnement de la main{/}. Auparavant les animaux transformaient 
telle ou telle partie de leur corps pour qu'elle soit plus adapt\u00e9e \u00e0 
telle ou telle fonction: des pattes pour courir, ou pour creuser le sol, 
ou pour saisir les proies_; des dents pour m\u00e2cher, pour mordre ou pour 
ronger. Maintenant la main fabrique des instruments distincts du corps, 
le corps n'aura plus \u00e0 s'ali\u00e9ner de fa\u00e7on irr\u00e9versible pour se 
sp\u00e9cialiser dans une seule direction: il sera toujours disponible pour 
des t\u00e2ches nouvelles. La main, avec ses instruments, contribue \u00e0 la 
r\u00e9duction de la mandibule et au d\u00e9veloppement du cerveau.
- {C}La station debout{/}. Quand l'homme est redress\u00e9, les membres ant\u00e9rieurs 
cessent d'\u00eatre moteurs et la main peut prendre forme. Le d\u00e9placement du 
point d'articulation de la t\u00eate sur la colonne vert\u00e9brale favorise 
l'enroulement du cerveau. La station debout change du tout au tout la 
forme de relation entre les idividus, et tout sp\u00e9cialement les relations 
sexuelles: jeux de la face, \u00e9change des \u00e9motions, caresses. L'union 
sexuelle face \u00e0 face permettra l'\u00e9veil de l'amour. Le d\u00e9placement des 
seins du ventre \u00e0 la poitrine, cons\u00e9quence de la station debout, 
transforme la relation de la m\u00e8re \u00e0 l'enfant durant la p\u00e9riode 
d'allaitement: son esprit s'\u00e9veillera \u00e0 partir du regard et du sourire de 
sa m\u00eare.
Le d\u00e9veloppement de la capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale \u00e9tait donc n\u00e9cessaire pour 
l'\u00e9mergence de l'esprit, mais il fallait beaucoup plus qu'un cerveau de 
qualit\u00e9 sup\u00e9rieure pour qu'ait lieu le saut de l'intelligence animale \u00e0 
l'esprit. La croissance m\u00e8me du cerveau r\u00e9pondait \u00e0 une exigence profonde 
de son \u00eatre \u00e0 mesure que se d\u00e9veloppaient ses activit\u00e9s, sa vie sociale 
et son langage. En ce sens, le passage de l'{C}Homo{/} {C}habilis{/} \u00e0 {C}Homo 
erectus{/} et de celui-ci \u00e0 {C}Homo sapiens{/}, avec un gros accroissement de 
la capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, est due fondamentalement \u00e0 un progr\u00e9s de la vie 
culturelle gr\u00e2ce \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9. Dans le cas de l'homme, c'est le 
d\u00e9veloppement psychologique qui entra\u00eene le progr\u00e8s biologique.
{K}A PARTIR DE QUEL MOMENT L'HOMME A-T-IL EU UNE \u00c2ME?{/}

Si l'onparle d'avoir une \u00e2me, ou un esprit, il faut d'abord pr\u00e9ciser ce 
qui suit.
- Selon la foi chr\u00e9tienne -et la majorit\u00e9 des scientifiques et des 
philosophes sont d'accord sur ce point- l'esprit de l'homme n'est pas 
seulement une forme sup\u00e9rieure de l'intelligence animale: elle est 
diff\u00e9rente de toute \u00e2me ou principe de vie chez les animaux. La Bible le 
dit \u00e0 sa mani\u00e8re lorsqu'elle affirme que l'homme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l'image et 
ressemblance de Dieu [Gn_1,26] et que pour cette raison il participe de 
tout ce qu'il y a en Dieu. L'homme est capable de r\u00e9fl\u00e9chir et d'aimer_; 
il saisit la beaut\u00e9 et la cr\u00e9ation artistique lui est famili\u00e8re. Il 
d\u00e9couvre l'ordre du monde et le reconstruit \u00e0 sa mani\u00e8re. Il porte en lui 
une inqui\u00e9tude jamais satisfaite, de sorte qu'il rentre constamment en 
lui-m\u00eame, mesure ses ali\u00e9nations et s'efforce de se d\u00e9passer.
- Nous donnons donc pour acquis que l'esprit ne vient pas peu \u00e0 peu. Il y 
a ou il n'y a pas esprit, on ne peut pas \u00eatre \u00e0 mi-chemin entre 
l'intelligence animale et l'esprit libre et r\u00e9fl\u00e9chi. C'est seulement au 
niveau du d\u00e9veloppement psychologique qu'il y a pu avoir chez l'animal 
des \u00e9tapes pr\u00e9paratoires \u00e0 la venue de l'esprit. Ensuite il y a eu de 
m\u00eame un progr\u00e8s dans l'aptitude de l'esprit \u00e0 changer et renouveler les 
r\u00e9actions psychologiques, la fa\u00e7on de penser, les projets et les actes. 
Un homme d\u00e9termin\u00e9, de m\u00eame que toute une soci\u00e9t\u00e9, peut \u00e9voluer tr\u00e8s 
lentement du fait qu'il a l'esprit endormi. Mais l'esprit est ou il n'est 
pas.
- Dans le monde animal ou v\u00e9g\u00e9tal l'individu ne compte pas, c'est 
l'esp\u00e8ce qui vit et se d\u00e9veloppe \u00e0 travers les individus. Mais si 
certains d'entre eux arrivent  \u00e0 \u00ab_avoir une \u00e2me_\u00bb (le mot esprit 
conviendrait mieux), on peut parler d'une nouvelle cr\u00e9ation. Cette fois 
l'individu existe, il vaut pour lui-m\u00eame et pour Dieu: c'est une 
personne, et la personne commence \u00e0 exister par don de Dieu. 
L'expression: \u00ab_l'homme descend du singe_\u00bb est donc fausse \u00e0 tout \u00e9gard, 
entre autres elle laisse croire que l'homme est arriv\u00e9 un peu par hasard. 
Pour le chr\u00e9tien, par contre, c'est d\u00e8s le d\u00e9but de la cr\u00e9ation que Dieu 
veut un univers ordonn\u00e9 en vue de l'\u00e9mergence de personnes humaines, car 
cet univers devait avoir comme centre et comme t\u00eate un individu de cette 
race, le Verbe de Dieu fait homme [Ep_1,1]; [Jn_1,1] - [Jn_1,14].
Les sciences de la nature ne sont pas en mesure de fixer la fronti\u00e8re 
entre l'animal et l'homme, car elles ne les observent que de l'ext\u00e9rieur. 
Mais les scientifiques, en appelant comme nous-m\u00eames aux crit\u00e8res de la 
raison commune, portent leur attention sur les acquis de l'homme: la 
fabrication et l'usage des outils, l'apparition du langage et les 
manifestations du sentiment artistique et religieux.
Durant de longues ann\u00e9es l'usage des outils a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme  un 
t\u00e9moin de l'esprit. Certains disaient: ici il y a un projet et la mise en 
oeuvre des moyens pour le r\u00e9aliser, ce qui est le propre de l'esprit. 
Aujourd'hui pourtant, l'observation des primates a montr\u00e9 qu'ils se 
servent de b\u00e2tons comme de v\u00e9ritables instruments et il est presque s\u00fbr 
que les australopith\u00e8ques taillaient les pierres de fa\u00e7on rudimentaire. 
{C}Homo habilis{/} ne se contentait pas de tailler les pierres, il conservait 
la pierre de percussion et dirigeait le coup gr\u00e2ce \u00e0 un percuteur. Et 
pourtant deux millions d'ann\u00e9es ont pass\u00e9 sans qu'il progresse dans ses 
techniques. Non pas vingt si\u00e8cles, ni dix fois, ni cent fois vingt 
si\u00e8cles, mais mille fois vingt si\u00e8cles... L'esprit peut-il \u00eatre si lent?
De m\u00eame beaucoup ont pens\u00e9 qu'il \u00e9tait propre \u00e0 l'homme de ne pas avoir 
peur du feu, de savoir le produire et l'utiiser. Dans ce cas il y aurait 
eu des hommes authentiques d\u00e8s les commencements de {C}l'Homo erect{/}us: il 
faisait usage du feu il y a un million et demi d'ann\u00e9es. Beaucoup pensent 
de m\u00eame que la partie du cerveau qui abrite le centre du langage \u00e9tait 
d\u00e9velopp\u00e9e chez {C}Homo erectus{/}. Son palais \u00e9tait adapt\u00e9 \u00e0 la phonation. 
On a observ\u00e9 encore que Homo erectus choisissait ses pierres non 
seulement selon des crit\u00e8res techniques, mais aussi pour leur aspect 
artistique. Plus encore, en examinant les cr\u00e2nes de sinanthropes (l'homme 
de Chine) qui \u00e9taient des homo erectus, restes vieux de quatre cent mille 
ans, certains soup\u00e7onnent qu'ils ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 des rites religieux.
Si ces derniers faits se confirmaient, ce serait la preuve qu'il y avait 
d\u00e9j\u00e0 en ces temps lointains de vrais hommes. Car les manifestations du 
sentiment religieux, habituellement la s\u00e9pulture des morts, sont 
consid\u00e9r\u00e9es par tout le monde comme une preuve incontestable de l'\u00e9veil 
de l'esprit. Les plus anciens t\u00e9moignages qui soient s\u00fbrs dans ce domaine 
sont les s\u00e9pultures de l'homme de N\u00e9anderthal, un Homo sapiens, vers les 
trente ou quarante mille ans avant notre \u00e8re. A partir de ce moment les 
manifestations de l'art ont \u00e9t\u00e9 en se multipliant. On aurait donc l\u00e0 la 
date la plus tardive o\u00f9 situer l'apparition de l'homme.
Mais il est tr\u00e8s possible que l'apparition de l'homme v\u00e9ritable, celui 
qui est dot\u00e9 de l'esprit, ne co\u00efncide pas avec telle ou telle \u00e9tape de 
notre classification en {C}homo habilis{/}, {C}homo erectus{/}, {C}homo sapiens{/}. 
Ces cat\u00e9gories se basent sur les caract\u00e9ristiques des squelettes qu'on a 
d\u00e9couverts, elles ne sont que des \u00e9tapes aproximatives, et seulement \u00e0 
l'int\u00e9rieur de l'\u00e9volution biologique. Pendant ce temps le progr\u00e8s r\u00e9el 
de notre race \u00e9tait d'ordre culturel et psychologique.
L'\u00e9veil de l'esprit peut avoir eu lieu \u00e0 l'int\u00e9rieur d'une esp\u00e8ce sans 
affecter tous les individus de cette esp\u00e8ce. Il est tr\u00e8s possible que des 
crises survenues \u00e0 l'int\u00e9rieur de certains groupes aient \u00e9t\u00e9 l'occasion 
d'un choc psychologique tr\u00e8s fort pour certains individus, et l'\u00e9tincelle 
re\u00e7ue \u00e0 ce moment a pu se propager de la m\u00eame fa\u00e7on que certaines prises 
de conscience dans notre histoire. Si, comme le remarque la Bible, nous 
ne savons par quel chemin la personne humaine s'introduit dans la femme 
enceinte [Pr_30,19], nous savons moins encore par quels chemins elle est 
venue se loger chez les premiers \u00eatres humains.
{K}REDRESS\u00c9, DEBOUT, LIB\u00c9R\u00c9, RESSUSCIT\u00c9{/}

Dans le pass\u00e9 on a quelque peu surestim\u00e9 le d\u00e9veloppement du cerveau. On 
y voyait le facteur principal de l'\u00e9volution humaine: avec plus 
d'intelligen ce et de capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, l'animal devait acc\u00e9der tout 
normalement \u00e0 l'esprit. L'homme, en fin de compte, ne serait que le plus 
dou\u00e9 des animaux. La conclusion qu'on tire maintenant des donn\u00e9es 
pal\u00e9ontologiques et arqu\u00e9ologiques est autre: le facteur qui a s\u00e9par\u00e9 les 
anc\u00eatres de l'homme de ses fr\u00e8res animaux a \u00e9t\u00e9 la station debout, c'est-
\u00e0-dire une fa\u00e7on de se tenir, de vivre et de marcher qui transformait les 
relations entre les individus et leur permettait de lever le regard. 
Ensuite est venu le progr\u00e8s culturel, fruit de la vie communautaire, et 
la transmission aux jeunes des exp\u00e9riences du pass\u00e9. La croissance du 
cerveau a accompagn\u00e9 la promotion de l'homme sans en \u00eatre la cause 
v\u00e9ritable.
Le redressement a \u00e9t\u00e9 l'\u00e2me de tout le mouvement, c'\u00e9tait le premier 
geste lib\u00e9rateur, source lointaine des choix libres et des relations 
personnelles. Il vient donc prendre sa place le plus naturellement du 
monde aux origines de la r\u00e9v\u00e9lation biblique, laquelle pr\u00e9sente 
l'histoire divine de l'homme comme faite de lib\u00e9rations et de ruptures 
moyennant lesquelles l'homme {C}sauve{/}, c'est-\u00e0-dire, conquiert pleinement 
{C}sa personne{/}.
