{N}G\u00c9OGRAPHIE{/}

"Ce qui est faible dans le monde,
Voil\u00e0 ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort"{/} [1Co_1,27].
Cette parole de Paul dans sa premi\u00e8re lettre aux Corinthiens traduit 
parfaitement la situation de la Palestine dans l'ensemble de la 
g\u00e9ographie humaine. Cette terre, petite et pauvre, que rien ne semblait 
pr\u00e9destiner \u00e0 jouer un r\u00f4le important dans l'Histoire, fut choisie par 
Dieu dans le Myst\u00e8re de Sa Sagesse, pour y c\u00e9l\u00e9brer son Alliance avec 
l'homme : ici "le Verbe s'est fait chair et il a plant\u00e9 sa tente parmi 
nous". [Jn_1,14]
Prise entre la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e0 l'ouest et le plateau transjordanien \u00e0 
l'est, la Terre Sainte est form\u00e9e de trois zones parall\u00e8les se 
d\u00e9veloppant du Nord au Sud. 
1.A l'Ouest une plaine c\u00f4ti\u00e8re, bord\u00e9e d'un cordon ininterrompu de dunes 
de sable et coup\u00e9e par l'\u00e9peron du Carmel, porte successivement les noms 
de plaine de Zabulon, plaine de Saron et S\u00e9ph\u00e9la.
2.Viennent ensuite les diff\u00e9rents reliefs qui constituent l'ar\u00eate 
centrale du pays, elle aussi bris\u00e9e par la plaine transversale d'Yizr\u00e9el 
: ce sont, au nord, les monts de Haute-Galil\u00e9e d'o\u00f9 se d\u00e9tachent plus au 
sud les sommets isol\u00e9s du Thabor et du Mor\u00e9_; au centre du pays, les 
monts de Samarie et de Jud\u00e9e prolongent cette ar\u00eate qui s'effondre 
progressivement au sud d'H\u00e9bron avant de rena\u00eetre, plus loin, dans le 
N\u00e9guev. 
3.Cette ligne de cr\u00eates domine, de son rebord oriental, la d\u00e9pression du 
Ghor qui s'inscrit dans le cadre plus g\u00e9n\u00e9ral de la grande faille qui du 
nord de la Syrie s'\u00e9tend jusqu'aux grands lacs africains. Dans le fond de 
cette d\u00e9pression, le Jourdain qui a pris sa source au pied de l'Hermon, 
au nord du pays, descend vers la Mer Morte apr\u00e8s avoir aliment\u00e9 de ses 
eaux le Lac de Tib\u00e9riade.
Tout au nord du pays, M\u00e9tulla est \u00e0 la latitude de 33\u00b017' Nord.
Au sud, Taba, \u00e0 8_kms d'Elat marque la fronti\u00e8re par 29\u00b030' Nord.
J\u00e9rusalem est \u00e0 35\u00b013' de longitude Est et \u00e0 31\u00b046' de latitude Nord_: le 
d\u00e9calage horaire avec Greenwich, y est donc de deux heures vingt 
environ..
{K}- LA PLAINE C\u00d4TI\u00c8RE{/}

Form\u00e9e des alluvions arrach\u00e9es par les pluies d'hiver aux reliefs 
calcaires de l'ar\u00eate centrale, la plaine c\u00f4ti\u00e8re appara\u00eet aujourd'hui 
comme une zone de cultures prosp\u00e8re. Mais cet aspect moderne risque de 
faire oublier que durant des mill\u00e9naires et en particulier pendant la 
p\u00e9riode biblique, une grande partie de cette plaine \u00e9tait insalubre et 
impropre \u00e0 l'agriculture. En effet, le long de la c\u00f4te, le cordon de 
dunes a fait obstacle \u00e0 l'\u00e9coulement des eaux qui descendent de l'ar\u00eate 
centrale vers la mer. Aussi les alluvions amoncel\u00e9es sur un socle de gr\u00e8s 
imperm\u00e9able (n\u00e9 de la transformation des sables ant\u00e9rieurs) sont-elles 
devenues mar\u00e9cages. 
{K}ASS\u00c8CHEMENT DES MAR\u00c9CAGES{/}

Il semble qu'\u00e0 l'\u00e9poque romaine d\u00e9j\u00e0 se soit fait jour un effort de mise 
en valeur de la plaine c\u00f4ti\u00e8re : c'est alors, tr\u00e8s probablement, qu'on 
am\u00e9nagea \u00e0 travers le cordon littoral un passage pour les eaux du Nahal 
Poleg, au nord de l'actuelle Tel-Aviv. Mais il fallait attendre le 
20\u00b0_si\u00e8cle pour que les techniques modernes permettent de tirer 
pleinement profit de la plaine littorale : en m\u00eame temps que l'on 
drainait l'eau de surface dans de vastes bassins pour ass\u00e9cher les marais 
et se donner du m\u00eame coup des r\u00e9serves pour l'irrigation rationnelle des 
cultures, on forait la couche de gr\u00e8s en vue de faciliter l'\u00e9coulement 
des eaux en profondeur, favorisant ainsi la formation de nappes 
phr\u00e9atiques nouvelles.
L'assainissement de la c\u00f4te a eu pour cons\u00e9quence directe un 
d\u00e9veloppement spectaculaire de l'agriculture qui peut profiter pleinement 
maintenant du bon r\u00e9gime pluvial de la r\u00e9gion. En effet durant l'hiver, 
les pluies froides alternent avec les pluies plus douces pour assurer une 
quantit\u00e9 d'eau annuelle \u00e9quivalente aux pr\u00e9cipitations de la r\u00e9gion 
parisienne (environ 600 mm). 
Les plantations de bananiers sont particuli\u00e8rement prosp\u00e8res dans la 
partie nord de la plaine de Saron domin\u00e9e par le massif du Carmel. Plus 
au sud et sur toute la partie centrale de la plaine c\u00f4ti\u00e8re, champs de 
coton et de ma\u00efs, cultures mara\u00eech\u00e8res de toutes sortes s'\u00e9tendent \u00e0 
perte de vue, tandis que les agrumes, et en priorit\u00e9 les orangers dont 
les fruits sont export\u00e9s dans le monde entier, s'alignent en rang\u00e9es 
r\u00e9guli\u00e8res sur les vieilles dunes de sable rouge. Plus au sud, quand on 
entre dans la S\u00e9ph\u00e9la, le "Bas-Pays" de la Bible, le territoire des 
anciens Philistins qui ont laiss\u00e9 leur nom par d\u00e9formation, {N}Palestine{/}, 
\u00e0 l'ensemble du pays, on retrouve sur les collines basses l'olivier et la 
vigne, cultures famili\u00e8res des paysages m\u00e9diterran\u00e9ens.
{K}L'URBANISATION DE LA C\u00d4TE{/}

Cette mise en culture rapide a entra\u00een\u00e9 un d\u00e9veloppement consid\u00e9rable de 
l'habitat et une croissance \u00e9conomique qui se manifeste tant au plan 
industriel que dans le secteur tertiaire. Les trois villes d'Ha\u00effa, Tel-
Aviv et Ashdod, totalisent aujourd'hui avec leurs vastes banlieues plus 
de la moiti\u00e9 de la population de l'Etat d'Isra\u00ebl.
L'industrie lourde et les raffineries sont \u00e9tablies dans la zone 
industrielle d'Ha\u00effa qui occupe le sud de la plaine de Zabulon. La taille 
du diamant, dans laquelle le pays a acquis la premi\u00e8re place sur le plan 
mondial, les usines agro-alimentaires, les industries chimiques, les 
manufactures les plus diverses assurent avec l'implantation des si\u00e8ges 
sociaux des banques et des soci\u00e9t\u00e9s nationales ou \u00e9trang\u00e8res la 
prosp\u00e9rit\u00e9 de l'agglom\u00e9ration de Tel-Aviv.
Le socle rocheux du littoral constitu\u00e9 principalement de bancs de gr\u00e8s 
\u00e9merg\u00e9s avait permis d\u00e8s l'antiquit\u00e9 l'implantation de ports m\u00e9diocres 
parmi lesquels Tantura (ou Dor), la Tour de Straton devenue C\u00e9sar\u00e9e aux 
jours d'H\u00e9rode-le-Grand, Arsuf et Jopp\u00e9 (l'actuelle Jaffa) sont les plus 
connus. Le bec dessin\u00e9 par la c\u00f4te \u00e0 une vingtaine de kilom\u00e8tres au nord 
du Carmel prot\u00e9geait la marine d'Akko, appel\u00e9e plus tard Ptol\u00e9ma\u00efs puis 
Saint-Jean-d'Acre, mais il fallut attendre la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle pour 
que naisse et grandisse le port d'Ha\u00effa. Depuis quelques ann\u00e9es le port 
d'Ashdod, au sud, s'impose par l'importance des marchandises export\u00e9es : 
c'est en effet l\u00e0 qu'aboutissent les produits min\u00e9raux extraits de la 
r\u00e9gion de la Mer Morte et trait\u00e9s dans les usines chimiques du Negev.

{K}- L'AR\u00caTE CENTRALE{/}

A l'est de la plaine c\u00f4ti\u00e8re se d\u00e9ploie l'ar\u00eate centrale de la Palestine. 
Elle est le prolongement vers le sud de la cha\u00eene du Liban qui d\u00e9passe 
les 3000_m \u00e0 la hauteur de Tripoli mais s'abaisse ensuite. Elle rev\u00eat des 
altitudes et des visages fort diff\u00e9rents de la Haute-Galil\u00e9e au Negev.
{K}LA HAUTE-GALIL\u00c9E{/}

Dans le nord du pays, en Haute-Galil\u00e9e, le massif est \u00e9lev\u00e9, sa hauteur 
moyenne est de 800 m : mais les sommets d\u00e9passent ais\u00e9ment les 1000_m : 
le plus important est le mont M\u00e9rom (1208_m). Un \u00e9peron se d\u00e9tache vers 
l'ouest pour atteindre la M\u00e9diterran\u00e9e_; sur le versant oriental, la 
falaise domine de 500 \u00e0 700_m la haute vall\u00e9e du Jourdain, qu'elle 
rejoint par des pentes rapides.
La for\u00eat primitive, solidement enracin\u00e9e dans un calcaire dur a 
relativement bien r\u00e9sist\u00e9 au d\u00e9boisement anarchique qui, durant des 
si\u00e8cles, a frapp\u00e9 cette r\u00e9gion. Durant l'antiquit\u00e9 et jusqu'\u00e0 ces 
derniers temps, ce plateau de Haute-Galil\u00e9e a \u00e9t\u00e9 peu habit\u00e9. Parmi les 
cit\u00e9s qui s'\u00e9tagent sur les pentes de ce massif de Haute-Galil\u00e9e, la plus 
c\u00e9l\u00e8bre est la ville de Safed, patrie des artistes et haut-lieu de la 
Cabale depuis le 15\u00b0_si\u00e8cle.
Une ligne d'effondrement qui permet le passage d'Akko \u00e0 la haute vall\u00e9e 
du Jourdain marque la limite entre la Haute et la Basse-Galil\u00e9e. Ici, le 
massif est moins homog\u00e8ne : des failles transversales coupent les lignes 
de collines qui ne d\u00e9passent plus gu\u00e8re les 500_m.. On retrouve au milieu 
des plaines quelques monts insolites et solitaires : le mont Turan 
divisant en deux la riche plaine de Bet-Netofa, le mont Thabor plant\u00e9 
avec ses 588 m d'altitude sur le rebord nord de la plaine de Yizr\u00e9el 
qu'il partage par le milieu. Il faut y ajouter, quoique diff\u00e9rent, le 
massif du Carmel : sur son flanc occidental, les ramifications 
descendent, nombreuses et parall\u00e8les, vers la plaine c\u00f4ti\u00e8re, s'achevant 
souvent en falaises. Par contre, son versant oriental domine, en une 
ligne de sommets arrondis mais aux pentes vives, la rivi\u00e8re du Qish\u00f4n.
Sur les collines, l'amandier c\u00f4toie l'olivier et les arbres fruitiers, 
tandis que dans les plaines le coton se d\u00e9veloppe aux d\u00e9pens des c\u00e9r\u00e9ales 
et des cultures mara\u00eech\u00e8res traditionnelles. Les villes les plus 
importantes restent Nazareth sur les hauteurs et Afula dans la plaine, 
mais la r\u00e9gion est assez riche pour accueillir de nombreux et populeux 
villages. 
{K}UNE ZONE BASALTIQUE{/}

Les calcaires qui forment les reliefs de la Basse-Galil\u00e9e sont 
recouverts, \u00e0 l'approche du lac, par une \u00e9paisse couche de basaltes issus 
des diff\u00e9rents mouvements tectoniques qui, \u00e0 l'\u00e2ge quaternaire, ont 
secou\u00e9 la r\u00e9gion, et dont le plus important et le plus r\u00e9cent est 
l'\u00e9ruption volcanique du  Dj\u00e9bel Druze, dont  les laves s'\u00e9tendirent sur 
une aire de 100_km de rayon, d\u00e9bordant donc largement, \u00e0 l'ouest, la 
faille du Jourdain. La d\u00e9composition des calcaires par l'\u00e9rosion a fourni 
une belle terre brune qui s'est accumul\u00e9e dans les plaines.. Sur les 
plateaux basaltiques, un ph\u00e9nom\u00e8ne d'\u00e9rosion et de d\u00e9composition 
comparable a donn\u00e9 une terre d'un brun plus sombre, mais elle aussi tr\u00e8s 
fertile.
{K}LA R\u00c9GION CENTRALE{/}

Un ensemble de collines assez basses assure la continuit\u00e9 du relief entre 
le Carmel et les monts de Samarie ; mais ici, l'altitude se rel\u00e8ve 
nettement et, des deux c\u00e9l\u00e8bres monts qui d\u00e9terminent le passage dans 
lequel est assise l'actuelle ville de Naplouse, l'Ebal et le Garizim, le 
premier culmine \u00e0 930_m et le second \u00e0 880_m. A l'est, l'ensemble du 
massif reste \u00e9lev\u00e9 au-dessus du Ghor, mais des entailles profondes et 
nombreuses permettent de le rejoindre, tandis qu'\u00e0 l'ouest, des passes 
relativement ais\u00e9es donnent acc\u00e8s \u00e0 la plaine c\u00f4ti\u00e8re. Les collines 
chauves, o\u00f9 le calcaire gris s'\u00e9tale en larges plaques, alternent avec 
les hauteurs couvertes de vergers soigneusement plant\u00e9s sur des terrasses 
entretenues au prix d'un pers\u00e9v\u00e9rant labeur. Comme en Galil\u00e9e, les 
petites plaines int\u00e9rieures profitent des terres de d\u00e9composition du 
calcaire, entra\u00een\u00e9es par les pluies au pied des collines.
Plus au sud, l'ar\u00eate centrale prend le nom de monts d'Ephra\u00efm, les 
petites plaines int\u00e9rieures c\u00e8dent la place \u00e0 des vall\u00e9es plus \u00e9troites 
mais qui se rejoignent par des cols peu \u00e9lev\u00e9s, d\u00e9terminant ainsi une 
voie naturelle nord-sud, utilis\u00e9e durant des mill\u00e9naires. L'altitude 
moyenne de ce passage tourne autour des 600_m, mais des monts plus \u00e9lev\u00e9s 
le dominent, dont le plus haut d\u00e9passe les 1000_m.
Le plateau de Benjamin prolonge sans rupture la montagne d'Ephra\u00efm vers 
le sud : une ligne de collines, dont la plus m\u00e9ridionale est le Mont des 
Oliviers (818_m), en forme le rebord oriental, dominant les pentes du 
d\u00e9sert de Juda : on est \u00e0 la hauteur de J\u00e9rusalem.
{K}A L'APPROCHE DU N\u00c9GEV{/}

La for\u00eat qui couvre les collines au travers desquelles s'ouvre un passage 
naturel vers la plaine c\u00f4ti\u00e8re se prolonge, au sud, sur le versant ouest 
de l'ar\u00eate centrale, qui prend le nom de monts de Jud\u00e9e. Sur le sommet du 
plateau, qui s'\u00e9l\u00e8ve jusqu'\u00e0 1000_m pr\u00e8s d'H\u00e9bron, la terre d'origine 
calcaire est bien travaill\u00e9e : la vigne et l'olivier, le figuier et les 
arbres fruitiers dessinent \u00e0 partir du printemps un paysage riant, o\u00f9 les 
diff\u00e9rents verts des frondaisons s'harmonisent avec la blancheur 
lumineuse des bancs de calcaire et le brun-roux de la terre. Brusquement, 
au sud d'H\u00e9bron, l'ar\u00eate centrale s'effondre et s'ach\u00e8ve provisoirement 
par un chapelet de collines de plus en plus basses, qui disparaissent \u00e0 
la hauteur de Beersh\u00e9va. Mais elle rena\u00eet bient\u00f4t, et sur une longueur 
d'une centaine de kilom\u00e8tres, dans le Neguev ; son altitude au d\u00e9part 
avoisine les 600_m mais au sud elle d\u00e9passe encore une fois les 1000_m. 
Les structures les plus remarquables de cette ligne de reliefs sont les 
Makteshim : le Makhtesh Ha-Gadol, le Makhtesh Ha-Qatan et le Makhtesh 
Ramon. Ces vastes cirques oblongs, de 10 \u00e0 35_km de longueur, trouvent 
leur origine dans des plissements form\u00e9s par l'ouverture du foss\u00e9 
jordanien : distendues, les couches sup\u00e9rieures des cr\u00eates ainsi form\u00e9es 
sont devenues la proie facile de l'\u00e9rosion qui les a creus\u00e9es au point de 
faire r\u00e9appara\u00eetre au fond de ces cirques les roches primitives et de 
laisser sur leur pourtour des lits de pierres redress\u00e9s et bris\u00e9s.

{K}- LE FOSS\u00c9 ORIENTAL{/}

A l'est de l'ar\u00eate centrale qui s'\u00e9tend du nord au sud du pays, se situe 
le foss\u00e9 jordanien, prolong\u00e9 par la Mer Morte et la d\u00e9pression de la 
Araba. Cette ligne de fracture de l'\u00e9corce terrestre n'est qu'un maillon 
de la faille profonde qui prend son origine en Syrie, continue avec la 
Bekaa au Liban et, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 toute la Palestine, se prolonge 
par le golfe d'Eilat et la Mer Rouge, avant de s'achever avec les grands 
lacs d'Afrique orientale.
{K}LE HAUT JOURDAIN{/}

Au nord, le fond de la d\u00e9pression est encore \u00e0 quelques centaines de 
m\u00e8tres d'altitude. C'est l\u00e0 que les diverses sources du Jourdain, en 
particulier celles de Banias et de Dan, m\u00ealent peu \u00e0 peu leurs eaux \u00e0 une 
source situ\u00e9e plus en amont, au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re libanaise, pour 
former la rivi\u00e8re.
Cette r\u00e9gion \u00e9tait autrefois marqu\u00e9e par la pr\u00e9sence d'un lac, le lac 
Houleh, entour\u00e9 de mar\u00e9cages. Ceux-ci figurent sur les atlas anciens, 
mais c'est en vain qu'on les chercherait sur les cartes modernes_; car 
ici, comme ailleurs dans le pays, des travaux importants ont transform\u00e9 
les marais insalubres et inhospitaliers en une magnifique plaine de 
culture. Aujourd'hui, de nombreux Kibboutzim et Moshavim, ainsi que la 
ville de Qiryat Shemone t\u00e9moignent de la profonde transformation de la 
haute vall\u00e9e du Jourdain.
Au-del\u00e0, la d\u00e9pression, d\u00e9sormais recouverte d'une \u00e9paisse couche de 
basaltes, incline sa pente vers le sud. Entre l'ancien lac Houleh et les 
rives du lac de Tib\u00e9riade, le d\u00e9nivel\u00e9 atteint 400_m environ. Les terres 
y sont fertiles, mais n\u00e9cessitent pour \u00eatre mises en culture un \u00e9pierrage 
on\u00e9reux, car les champs sont jonch\u00e9s de pierres d'origine volcanique.
{K}LE LAC DE TIB\u00c9RIADE{/}

Avec le lac de Tib\u00e9riade, le fond de la faille se creuse davantage : il 
forme une cuvette que remplissent les eaux du haut-Jourdain et de 
quelques sources \u00e9parses le long des rives, et dont le cours inf\u00e9rieur de 
la rivi\u00e8re entra\u00eene le surplus jusqu'\u00e0 la mer Morte, constituant ainsi le 
d\u00e9versoir du lac.
Tandis que les petites plaines du nord-ouest, celle de Magdala et celle 
de Ginossar sont bien exploit\u00e9es, la plaine du nord-est (dite de 
Bethsa\u00efde) est encore en cours d'am\u00e9nagement. Les deux rives occidentale 
et orientale, serr\u00e9es entre le lac et la falaise toute proche, voient se 
multiplier les bananiers et les cultures diverses qu'avoisinent les 
bassins o\u00f9 se pratique la pisciculture.
Si les eaux sulfureuses des sources chaudes d'Hammat-Tiberias font 
rena\u00eetre des installations thermales n\u00e9glig\u00e9es depuis des si\u00e8cles, le lac 
attire de plus en plus les touristes autochtones et \u00e9trangers, qui font 
la fortune des h\u00f4tels et des terrains de camping, dont le nombre ne cesse 
de s'accro\u00eetre autour de Tib\u00e9riade.
{K}LE BAS JOURDAIN{/}

D\u00e9sormais le couloir reprend sa pente vers le sud : sa largeur reste 
assez r\u00e9guli\u00e8re, une dizaine de kilom\u00e8tres environ. Les terres 
d'alluvions sont riches et la pr\u00e9sence de nombreux tells atteste un 
habitat remontant \u00e0 une haute antiquit\u00e9 ; cependant, les fouilles 
r\u00e9centes men\u00e9es sur le site pr\u00e9historique d'Oubeidiyeh (voir encadr\u00e9 sur 
Oubeidiyeh dans "Pr\u00e9histoire") nous obligent \u00e0 rechercher la pr\u00e9sence de 
l'homme, ici, non plus \u00e0 l'horizon des temps historiques, mais \u00e0 l'aube 
de l'aventure humaine, il y a environ 850 000 ans !
Alors que le plateau de basalte, domin\u00e9 par les ruines du ch\u00e2teau 
m\u00e9di\u00e9val de Belvoir, se poursuit \u00e0 l'ouest sur une trentaine de 
kilom\u00e8tres, \u00e0 l'est d\u00e9bouche le Yarmouk qui rejoint le Jourdain apr\u00e8s un 
long parcours au creux d'une vall\u00e9e \u00e9troite et magnifique. 
De temps \u00e0 autre, la d\u00e9pression s'\u00e9largit provisoirement pour accueillir 
un affluent du Jourdain dont les alluvions ont fertilis\u00e9 l'estuaire : 
c'est le cas, notamment, \u00e0 la hauteur de Beth-Sh\u00e9an et un peu plus bas \u00e0 
l'embouchure du Waddi Farah. Au fur et \u00e0 mesure que l'on approche de la 
mer Morte, l'insuffisance des pluies entra\u00eene la dessication des rives : 
apr\u00e8s le Waddi Farah, le paysage devient d\u00e9sertique. La luxuriante oasis 
de J\u00e9richo, avec ses cultures, ses palmiers, ses flamboyants et  ses 
inoubliables bougainvilliers fait certes exception, mais elle ne doit sa 
prosp\u00e9rit\u00e9 qu'aux sources g\u00e9n\u00e9reuses qui d\u00e9versent leurs eaux fra\u00eeches et 
saines sur ses jardins.
{K}LA MER MORTE{/}

A quelques kilom\u00e8tres de J\u00e9richo, la plaine marneuse et salif\u00e8re s'efface 
contre les parois de roche du d\u00e9sert de Juda, \u00e0 l'ouest, et du plateau 
transjordanien, \u00e0 l'est ; car la Mer Morte occupe d\u00e9sormais de la masse 
de ses eaux saum\u00e2tres la quasi-totalit\u00e9 de la faille qui se creuse ici 
jusqu'\u00e0 moins 800_m,  tandis que la surface des eaux est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 moins de 
400_m . De temps \u00e0 autre, une source apporte, comme \u00e0 A\u00efn Feskha ou En 
Geddi, ses eaux douces pour fertiliser et cultiver une modeste plaine 
c\u00f4ti\u00e8re, mais partout ailleurs le paysage reste d'une redoutable 
grandeur, frapp\u00e9 par un soleil implacable dont la chaleur s'emmagasine 
dans les falaises de roche comme pour mieux la rayonner ensuite. Par les 
failles profondes et d\u00e9chiquet\u00e9es, qui coupent d'ouest en est le plateau, 
des torrents d'un jour d\u00e9versent quelques fois l'an dans la Mer Morte des 
eaux de ruissellement qui se sont accumul\u00e9es plus haut sur des sols trop 
dess\u00e9ch\u00e9s pour pouvoir les absorber.
Avec la presqu'\u00eele de Lisan, au niveau de l'antique forteresse de 
Massada, le fond de la Mer Morte se rel\u00e8ve brusquement et le bassin sud 
n'a plus que quelques m\u00e8tres de profondeur. C'est ici que se fait 
l'extraction des produits min\u00e9raux abondants et vari\u00e9s qui expliquent les 
installations industrielles de la r\u00e9gion.
On entre alors dans la Araba, longue vall\u00e9e d\u00e9sertique entre le Neguev et 
les monts d'Edom, par laquelle on rejoint, au terme d'un parcours de pr\u00e8s 
de 200_km, le golfe d'Eilat.

{K}- LE CLILMAT{/}

Avec des particularit\u00e9s qu'explique le relief, la Palestine jouit d'un 
climat subtropical. A la diff\u00e9rence de nos terres d'Occident, il n'y a 
ici que deux saisons_: un \u00e9t\u00e9 de mai \u00e0 octobre et un hiver de novembre \u00e0 
avril. C'est seulement durant l'hiver que tombe les pluies, plus ou moins 
abondantes selon les r\u00e9gions. La fin de l'\u00e9t\u00e9 comme celle de l'hiver sont 
marqu\u00e9es par des vents chauds qui soufflent du d\u00e9sert et affectent plus 
particuli\u00e8rement l'est et le sud du pays.
Le climat de la plaine c\u00f4ti\u00e8re est m\u00e9diterran\u00e9en_: chaud et humide en 
\u00e9t\u00e9, temp\u00e9r\u00e9 durant l'hiver. La pr\u00e9sence de la M\u00e9diterran\u00e9e att\u00e9nue les 
variations de temp\u00e9rature entre le jour et la nuit. La pluviom\u00e9trie 
d\u00e9passe les 500 m/m par an dans le nord et le centre alors qu'elle leur 
est inf\u00e9rieure dans le sud. Quant aux temp\u00e9ratures, elles n'exc\u00e8dent 
gu\u00e8re 28\u00b0 en \u00e9t\u00e9, et ne tombent que rarement au-dessous de 11\u00b0 en hiver.
L'ar\u00eate centrale pr\u00e9sente un climat relativement plus rude_: la 
temp\u00e9rature y descend de 7\u00b0 plus bas que sur la c\u00f4te et les sommets sont 
parfois blancs de neige l'hiver. Par contre en \u00e9t\u00e9 la temp\u00e9rature s'\u00e9l\u00e8ve 
facilement \u00e0 30\u00b0, mais les nuits sont fra\u00eeches. Les averses sont 
g\u00e9n\u00e9reuses et les pr\u00e9cipitations oscillent entre  700 et 900 m/m par an, 
le versant occidental profitant davantage des pluies venues de la mer que 
le versant oriental.
Le foss\u00e9 oriental est la r\u00e9gion la plus chaude de la Palestine, avec des 
temp\u00e9ratures qui peuvent d\u00e9passer les 40\u00b0 en \u00e9t\u00e9 aux abords de la Mer 
Morte. Les pluies sont rares mais souvent violentes, les oueds d\u00e9versent 
alors d'impressionnantes quantit\u00e9s d'eau qui coupent les routes pour 
quelques heures.
Le N\u00e9gev poss\u00e8de un climat sec en toute saison, les pluies en effet y 
sont tr\u00e8s rares : c'est le r\u00e9gime de la steppe. L'hiver n'est pas froid, 
mais les temp\u00e9ratures, l'\u00e9t\u00e9, peuvent s'\u00e9lever comme dans le foss\u00e9 
oriental \u00e0 40\u00b0.

{N}G\u00c9OLOGIE{/}

{K}APER\u00c5U SUR LA FORMATION DE LA PALESTINE{/}

A la fin de l'\u00e8re Secondaire, durant les derni\u00e8res p\u00e9riodes du Cr\u00e9tac\u00e9, 
il y a un peu moins de cent millions d'ann\u00e9es, la mer de Th\u00e9tys recouvre 
encore la totalit\u00e9 de la Palestine ; c'est alors que selon le cycle 
habituel de la {C}lithog\u00e9n\u00e8se{/} (formation des roches), les s\u00e9diments 
arrach\u00e9s, en particulier par l'\u00e9rosion, aux reliefs d\u00e9j\u00e0 \u00e9merg\u00e9s des 
r\u00e9gions voisines, se d\u00e9posent au fond de la mer et constituent sous 
l'action combin\u00e9e des \u00e9l\u00e9ments chimiques tenus en dissolution dans l'eau 
et les pressions exerc\u00e9es par les couches nouvelles de s\u00e9diments, les 
diff\u00e9rents calcaires qui formeront plus tard l'essentiel de l'ar\u00eate 
centrale : c\u00e9nomaniens et turoniens (qui parfois sont devenus 
dolomitiques par leur forte teneur en carbonate de magn\u00e9sium) et 
santoniens, m\u00eal\u00e9s d'argile tendre.
Durant l'\u00e8re Tertiaire (d\u00e9but_: 70_millions d'ann\u00e9es) le retrait 
progressif de la mer d\u00e9couvre les reliefs, immerg\u00e9s jusque l\u00e0, et durant 
le Plioc\u00e8ne qui marque la fin du Tertiaire (d\u00e9but : 11millions d'ann\u00e9es) 
le littoral se situe \u00e0 la base des collines qui limitent aujourd'hui, \u00e0 
l'est, la plaine c\u00f4ti\u00e8re : c'est alors que peu \u00e0 peu celle-ci se formera 
par l'action conjugu\u00e9e des sables charri\u00e9s par le Nil et des s\u00e9diments 
arrach\u00e9s aux reliefs d\u00e9finitivement \u00e9merg\u00e9s (cf. p    ).
A la fin du Plioc\u00e8ne et durant le Pl\u00e9istoc\u00e8ne (d\u00e9but : 1 million 
d'ann\u00e9es), la gen\u00e8se de la grande faille orientale entra\u00eenera, par 
contre-coup, des transformations dans les reliefs, et le trac\u00e9 actuel de 
la plaine c\u00f4ti\u00e8re ne se fixera que dans les derniers milliers d'ann\u00e9es 
avant notre \u00e8re.
{K}APER\u00c5U SUR LA FORMATION DE LA FOSSE JORDANIENNE{/}

Selon la "th\u00e9orie des plaques" mise au point vers 1960 par des 
g\u00e9ophysiciens, la couche sup\u00e9rieure de l'\u00e9corce terrestre est constitu\u00e9e 
de plaques, mobiles sur une couche visqueuse. Pour le ph\u00e9nom\u00e8ne qui nous 
int\u00e9resse ici, trois de ces plaques sont \u00e0 prendre en consid\u00e9ration : la 
plaque eurasiatique (couvrant l'ensemble de l'Europe et de l'Asie, \u00e0 
l'exception de l'Inde), la plaque africaine (d\u00e9bordant largement \u00e0 l'est 
comme \u00e0 l'ouest l'actuel continent) et la plaque arabique (beaucoup plus 
petite et coinc\u00e9e entre les deux autres). Le d\u00e9placement parall\u00e8le mais 
en sens inverse de ces deux derni\u00e8res (la plaque africaine glissant vers 
le sud, tandis que la plaque arabique remontait vers le nord) a entra\u00een\u00e9 
ce qu'on appelle une "faille transformante". Le ph\u00e9nom\u00e8ne a commenc\u00e9 il y 
a pr\u00e8s de 3_millions d'ann\u00e9es.
Trois cent mille ans plus t\u00f4t, une importante coul\u00e9e de basalte avait 
combl\u00e9 une vall\u00e9e ant\u00e9rieure ; mais lorsque le travail de l'\u00e9corce 
terrestre fit appara\u00eetre l'actuel foss\u00e9 jordanien, plusieurs lacs d'eau 
douce se succ\u00e9d\u00e8rent, qui d\u00e9pos\u00e8rent des couches de marne d'une \u00e9paisseur 
d\u00e9passant les 50 m\u00e8tres. L'extension et la r\u00e9gression de ces lacs \u00e9taient 
li\u00e9es aux alternances de p\u00e9riodes humides et de p\u00e9riodes plus s\u00e8ches, 
correspondant approximativement aux p\u00e9riodes glaciaires et 
interglaciaires connues en Europe durant le Quaternaire, bien qu'aucune 
relation entre les deux ph\u00e9nom\u00e8nes aient pu \u00eatre \u00e9tablies de fa\u00e7on 
s\u00e9rieuse.
Il y a 600.000 ans environ, de nouvelles coul\u00e9es de lave atteignant 
jusqu'\u00e0 10_m d'\u00e9paisseur se r\u00e9pandirent dans la d\u00e9pression, recouvrant 
les marnes lacustres ant\u00e9rieures.
Un dernier lac, saum\u00e2tre celui-l\u00e0, apparut encore, occupant toute la 
faille du nord du lac de Tib\u00e9riade au sud de la mer Morte : il y a de 
cela environ 60.000 ans. Mais le climat plus sec qui s'\u00e9tablit alors sur 
la r\u00e9gion durant le Moust\u00e9rien r\u00e9cent (autour de 50.000 ans) entra\u00eena une 
r\u00e9gression progressive du lac, laissant derri\u00e8re lui des d\u00e9p\u00f4ts de marne 
gypseuses et salif\u00e8res sur une \u00e9paisseur de 40 m. Tandis que le lac se 
retirait vers le sud, le Jourdain allongeait son cours sur les marnes 
d\u00e9couvertes. La configuration actuelle de la vall\u00e9e et de la Mer Morte, 
form\u00e9e de ce qui restait des eaux saum\u00e2tres, ne date que de 20.000 ans.

{N}REGARD SUR L'ARCH\u00c9OLOGIE{/}

Tout p\u00e8lerin qui vient en Terre Sainte, tout voyageur qui parcourt le 
bassin m\u00e9diterran\u00e9en d\u00e9couvre \u00e0 quel point les fouilles arch\u00e9ologiques 
ont enrichi notre connaissance du pass\u00e9. Peu \u00e0 peu, des villes anciennes 
qui n'\u00e9taient qu'un nom dans un atlas ou dans un livre d'histoire 
retrouvent un visage : c'est ici le soubassement d'un rempart ou d'une 
porte de ville, un peu plus loin les fondations d'un temple ou d'un 
palais ; dans le mus\u00e9e attenant au site, des statuettes, des vases en 
c\u00e9ramique dat\u00e9s et mis en corr\u00e9lation avec tel ou tel \u00e9v\u00e8nement qui a 
marqu\u00e9 l'histoire de cette cit\u00e9. Aussi, ce ne sont plus des "pierres" que 
nous visitons, mais l'histoire d'un peuple que nous d\u00e9couvrons derri\u00e8re 
et gr\u00e2ce \u00e0 ces vestiges patiemment exhum\u00e9s et traduits par les 
arch\u00e9ologues. Ce travail, cette science aux disciplines multiples, a ici 
en Terre Sainte, une histoire vieille de plus d'un si\u00e8cle.
{K}LES PIONNIERS{/}

Il y a 150 ans, Edward Robinson et Eli Smith se livrent en Palestine \u00e0 la 
recherche et \u00e0 l'identification des sites bibliques. Leurs investigations 
patientes, le questionnement des populations arabes qui habitent alors le 
pays, leur permettent de dresser des listes qui sont aujourd'hui encore 
d'un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat. La conservation des noms de lieux anciens \u00e0 travers 
les si\u00e8cles et parfois les mill\u00e9naires peut para\u00eetre surprenante \u00e0 
premi\u00e8re vue ; mais si l'on se rappelle que depuis ces temps si recul\u00e9s 
le pays a \u00e9t\u00e9 peupl\u00e9 majoritairement de s\u00e9mites, le ph\u00e9nom\u00e8ne devient 
tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible.
En 1865, la Palestine Exploration Fund est cr\u00e9\u00e9e et le capitaine anglais 
Charles Warren est charg\u00e9 par elle d'entreprendre des fouilles \u00e0 
J\u00e9rusalem. Si les m\u00e9thodes du jeune officier font sourire aujourd'hui, 
elles t\u00e9moignent cependant de sa volont\u00e9 et de celle de la soci\u00e9t\u00e9 qui le 
mandate de mettre au jour les vestiges enfouis du pass\u00e9.
{K}FLINDERS PETRIE (1853-1942){/}

Une double intuition allait faire de Flinders Petrie, travaillant en 
cette fin du 19\u00b0_si\u00e8cle sur le tell El-Hesi pour le compte de la 
Palestine Exploration Fund, le p\u00e8re de l'arch\u00e9ologie palestinienne. D'un 
m\u00eame coup, il mettait en \u00e9vidence l'int\u00e9r\u00eat de l'ouverture d'une 
"tranch\u00e9e stratigraphique" et l'importance de la poterie comme instrument 
de la datation des diverses couches arch\u00e9ologiques retrouv\u00e9es. Son 
intuition fut d\u00e9cisive pour la suite. Un tell \u00e9tant - en simplifiant \u00e0 
l'extr\u00eame - une superposition de villes, chacune reconstruite sur les 
ruines de la pr\u00e9c\u00e9dente, on pouvait l\u00e9gitimement penser qu'en ouvrant sur 
le flanc du tell une tranch\u00e9e verticale, on verrait appara\u00eetre sur la 
coupe de la tranch\u00e9e les vestiges superpos\u00e9s des diverses villes qui 
s'\u00e9taient succ\u00e9d\u00e9es l\u00e0. 
Quant \u00e0 l'industrie de la poterie, qui devait pr\u00e9c\u00e9der de pr\u00e8s de 2.000 
ans la premi\u00e8re m\u00e9tallurgie, Flinders Petrie pressentait qu'elle avait 
vari\u00e9 selon les \u00e2ges et les r\u00e9gions permettant ainsi de distinguer et de 
dater les diverses couches dans lesquelles elle avait \u00e9t\u00e9 relev\u00e9e. On 
comprend sans peine que la r\u00e9alit\u00e9 allait bien vite appara\u00eetre beaucoup 
plus complexe : la reconstruction d'une ville sur les ruines d'une cit\u00e9 
plus ancienne avait pu se faire apr\u00e8s une p\u00e9riode d'abandon plus ou moins 
longue, les fondations d'un \u00e9difice nouveau pouvaient s'imbriquer dans 
des \u00e9l\u00e9ments architecturaux plus vieux, le r\u00e9emploi par de nouveaux 
constructeurs de pierres pr\u00e9c\u00e9demment travaill\u00e9es \u00e9tait fr\u00e9quemment 
rep\u00e9r\u00e9. Pour la poterie, des influences culturelles \u00e9trang\u00e8res avaient pu 
s'exercer sur un artisanat local et aboutir \u00e0 des formes composites ou 
b\u00e2tardes ; l'activit\u00e9 commerciale, les d\u00e9placements de population avaient 
certainement emport\u00e9 des poteries bien loin de leur lieu d'origine : il 
appartenait donc aux arch\u00e9ologues du 20\u00b0_si\u00e8cle de v\u00e9rifier et d'affiner 
les intuitions de Flinders Petrie.
{K}UNE RECHERCHE PLURIDISCIPLINAIRE{/}

Aujourd'hui, la "c\u00e9ramique" est \u00e9tudi\u00e9e de tr\u00e8s pr\u00e8s et sous de multiples 
aspects. La constitution de la p\u00e2te (son origine min\u00e9rale, sa 
pr\u00e9paration, les techniques de travail et de cuisson), la forme et la 
d\u00e9coration de l'objet (le galbe, les m\u00e9thodes de d\u00e9coration, les mati\u00e8res 
utilis\u00e9es, le graphisme) sont autant d'\u00e9l\u00e9ments qui permettent au 
sp\u00e9cialiste de dater la poterie, d'en d\u00e9terminer l'origine g\u00e9ographique 
et souvent l'usage.
L'architecture poss\u00e8de \u00e9galement ses crit\u00e8res d'analyse : mat\u00e9riau 
utilis\u00e9, taille des pierres, agencement des structures, travail des 
\u00e9l\u00e9ments d\u00e9coratifs... Il faut citer encore l'\u00e9pigraphie (\u00e9tude des 
documents grav\u00e9s ou \u00e9crits) et, pour des p\u00e9riodes plus r\u00e9centes, la 
numismatique (\u00e9tude des monnaies). Aux donn\u00e9es fournies par ces diverses 
disciplines, s'ajoutent pour la datation des terrains ou des restes 
humains, animaux ou v\u00e9g\u00e9taux,  les analyses de la m\u00e9thode devenue c\u00e9l\u00e8bre 
du {C}Carbone_14{/}.
{K}LE "CARBONE 14"{/}

Cette m\u00e9thode de datation a \u00e9t\u00e9 mise au point par le chimiste am\u00e9ricain 
Willard Frank Libby en 1947, qui a d\u00e9couvert le processus de formation de 
cet isotope du carbone dans l'atmosph\u00e8re. A la suite de leur p\u00e9n\u00e9tration 
dans la couche d'air qui entoure la terre, des protons d'origine 
galactique donnent naissance \u00e0 des neutrons qui dans un premier temps se 
fixent sur les mol\u00e9cules d'oxyg\u00e8ne et d'azote de l'air pour contribuer 
ensuite \u00e0 la production du carbone 14_; ainsi le gaz carbonique fix\u00e9 par 
les cellules chlorophylliennes des v\u00e9g\u00e9taux sup\u00e9rieurs contient-il en 
quantit\u00e9 infinit\u00e9simale certes (0,00000000012{K}) mais cependant mesurable, 
du carbone 14. Avec ses quatorze neutrons regroup\u00e9s autour de ses six 
protons, il se distingue du Carbone_12, _pr\u00e9sent majoritairement dans 
l'atmosph\u00e8re (98,89{K}), et du Carbone_13 \u00e9galement pr\u00e9sent, mais de fa\u00e7on 
tr\u00e8s minoritaire (1,108{K}).
Ce carbone est radio-actif_; tant qu'ils sont en vie, un cycle de 
formation et de d\u00e9sint\u00e9gration maintient dans les v\u00e9g\u00e9taux 
chlorophylliens une radio-activit\u00e9  constante, mais, quand ils sont 
morts, la radioactivit\u00e9 d\u00e9cro\u00eet de moiti\u00e9 tous les 5568 ans. En mesurant 
en laboratoire la perte de radioactivit\u00e9 du carbone pr\u00e9sent dans les 
cellules chlorophylliennes des v\u00e9g\u00e9taux, on obtient la date \u00e0 laquelle 
ils ont cess\u00e9 de vivre. Les animaux n'ont pas la facult\u00e9 des v\u00e9g\u00e9taux 
d'assimiler le Carbone, mais comme les v\u00e9g\u00e9taux sont la source 
alimentaire des herbivores, le carbone qui n'a pu \u00eatre assimil\u00e9 
directement se fixe alors sous forme de calcaire dans les os ou les 
tissus o\u00f9 il peut \u00eatre analys\u00e9.
Dans la r\u00e9alit\u00e9, les choses sont plus complexes, mais la prise en compte 
de certains param\u00e8tres, mieux connus aujourd'hui, permet une datation 
relativement pr\u00e9cise, pour.des restes d'\u00eatres vivants ne remontant pas 
au-del\u00e0 de 40.000 ans.
Une des grandes figures de l'arch\u00e9ologie palestinienne au lendemain de la 
seconde guerre mondiale allait faire progresser les m\u00e9thodes de travail : 
en 1952, Miss Kathleen Kenyon appliquait \u00e0 J\u00e9richo une technique de 
fouille mise au point huit ans plus t\u00f4t par Mortimer Wheeler. Apr\u00e8s un 
relev\u00e9 topographique et un piquetage orient\u00e9 de la zone de travail, on 
d\u00e9coupe le terrain en carr\u00e9s de 4 m de c\u00f4t\u00e9, laissant entre eux une 
banquette d'1 m de large. Chaque carr\u00e9 est explor\u00e9 m\u00e9thodiquement, chaque 
vestige (morceau de poterie, monnaie, \u00e9l\u00e9ment de construction...) 
soigneusement rep\u00e9r\u00e9. Cette m\u00e9thode, elle aussi, s'est affin\u00e9e avec la 
pratique ; mais elle reste aujourd'hui la base de la conduite des 
fouilles arch\u00e9ologiques.
