{N}2.1: DIEU PARLE {/}[Gn_1,3]
Nous avons dit dans le commentaire que ce premier chapitre \u00e9tait comme la pr\u00e9face du premier noyau de la Bible, lorsque Esdras apr\u00e8s le retour de l'Exil a r\u00e9uni les livres de Mo\u00efse et des Proph\u00e8tes ([Ne_8,1]; [2M_2,13]).
Si nous comparons ce premier chapitre aux r\u00e9cits d'autres peuples anciens -nous pourrions parler de leurs {C}cosmogonies{/} (\u00e9crits relatifs \u00e0 la formation de l'univers), ou de leurs {C}mythes{/} (contes qui expriment de fa\u00e7on imag\u00e9e les croyances relatives \u00e0 l'ordre du monde), il sera facile de noter quelques points o\u00f9 le pr\u00e9sent r\u00e9cit dit ce que les autres ne disent pas. Et tout d'abord l'insistance sur ces mots: {C}Dieu dit:{/}
Les Ecritures font loi, mais avant toute \u00e9criture une parole a \u00e9t\u00e9 dite. Dans bien d'autres passages l'expression {C}Dieu dit{/} ne fait que montrer l'origine divine d'une loi, mais ici il y a plus: Dieu a parl\u00e9, il est sorti de son myst\u00e8re. Quelle r\u00e9v\u00e9lation d\u00e9cisive sur Celui ou Cela qui est l'Eternit\u00e9 ! D\u00e8s le d\u00e9part on \u00e9carte les doutes de ceux qui demandent: Est-ce qu'il est conscient ? Est-ce qu'il nous conna\u00eet ? Peut-il communiquer avec sa cr\u00e9ation ? Est-ce qu'il attend de nous quelque chose ? Il n'y a pas beaucoup de philosophes qui se soient risqu\u00e9s \u00e0 donner une r\u00e9ponse \u00e0 ces questions.
Or voil\u00e0 que d\u00e9j\u00e0 dans ces textes anciens la foi juive et chr\u00e9tienne prend position: Dieu sort de lui-m\u00eame et s'adresse \u00e0 nous attendant une r\u00e9ponse. Derri\u00e8re l'univers, son immensit\u00e9, ses ombres et ses lumi\u00e8res, Quelqu'un existe qui a d\u00e9clench\u00e9 une aventure de cons\u00e9quences incalculables. Et le plus risqu\u00e9 de cette aventure a \u00e9t\u00e9 d'engager un dialogue avec ses cr\u00e9atures. Quand nous parlons, ce n'est pas seulement pour donner des ordres ou pour demander quelque chose. Quand je parle, c'est comme si je frappais \u00e0 la porte de l'autre pour qu'il voie que j'existe, pour le mettre \u00e0 l'\u00e9preuve et pour voir si lui aussi existe vraiment. Et s'il m'\u00e9coute, je saurai que moi aussi j'existe et je compte pour quelque chose 
La r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne ne sera donc pas d'abord une loi du Ciel que nous devrions suivre sous peine de ch\u00e2timent ou d'\u00e9chec: Dieu est le Tout Autre qui \u00e9veille en nous jusqu'\u00e0 notre conscience et nous sort de notre solitude. C'est \u00e0 partir de l\u00e0 que nous pourrons comprendre les pages tr\u00e8s nombreuses qui sont t\u00e9moin des appels de Dieu \u00e0 ses proph\u00e8tes: Mo\u00efse, Elie, Isa\u00efe, J\u00e9r\u00e9mie et bien d'autres. Tout appel de Dieu produit chez celui qui le re\u00e7oit une nouvelle conscience de soi et le rend capable de remplir la mission qu'il re\u00e7oit. Et c'est ainsi que toute l'histoire biblique sera de quelque fa\u00e7on l'oeuvre de proph\u00e8tes.
Dieu est un Dieu qui parle. Il n'a pas attendu pour le faire qu'il y ait des cr\u00e9atures capables de l'entendre: il a parl\u00e9 d'abord pour se dire lui-m\u00eame. La Parole est en lui d\u00e8s le commencement, elle est sa propre sagesse; il ne la conna\u00eet qu'en lui donnant vie, face \u00e0 lui ([Jn_1,1]), et puis il la ram\u00e8ne \u00e0 lui pour qu'elle jouisse de sa propre pl\u00e9nitude.

{N}2.2: LA RAISON DU PLUS FORT {/}[Gn_4,49]
{C}Suis-je le gardien de mon fr\u00e8re ?{/} Ca\u00efn n'avait-il pas d'excuses ? La l\u00e9gende que la Bible a reprise et retourn\u00e9e faisait de lui le plus fort et le constructeur d'un peuple. Aucun d\u00e9sir de justice ne peut emp\u00eacher les lois de la nature et la r\u00e9ussite du plus fort. Il y a eu et il y a encore des soci\u00e9t\u00e9s tranquilles et des races agressives, en d'autres mots, des v\u00e9g\u00e9tariens et les pr\u00e9dateurs. Les invasions barbares dont nous parle l'histoire ont \u00e9t\u00e9 le fait de races conqu\u00e9rantes qui aujourd'hui dominent le monde. Et c'est un fait aussi qu'apr\u00e8s la christianisation de ces "barbares" l'Evangile s'est \u00e9tendu gr\u00e2ce \u00e0 eux qui, pour \u00eatre devenus chr\u00e9tiens, n'avaient pas perdu leur soif de conqu\u00eate dans tous les domaines de l'existence. Le lib\u00e9ralisme qu'ils ont impos\u00e9 fait avancer l'unification du monde, ce qui est bien dans le plan de Dieu, mais cela se fait habituellement sous la direction et pour le b\u00e9n\u00e9fice des plus forts, d\u00e9truisant sans rem\u00e8de les cultures et les espaces d'humanit\u00e9 que les autres avaient patiemment construits. Des centaines de millions de personnes v\u00e9g\u00e8tent ou meurent dans des soci\u00e9t\u00e9s en d\u00e9composition livr\u00e9es aux mafias et \u00e0 la violence.
Les \u00e9checs du socialisme ont montr\u00e9 la faiblesse de la bienfaisance organis\u00e9e et le mauvais usage que l'on fait de toute protection. Mais l'\u00e9cart toujours plus grand entre une minorit\u00e9 de riches et des mis\u00e9reux devenus multitudes, remet \u00e0 l'ordre du jour la question des responsabilit\u00e9s du plus fort. Les proph\u00e8tes se sont trouv\u00e9s face \u00e0 des situations semblables quand le royaume d'Isra\u00ebl a vu l'accaparement souvent l\u00e9gal des terres par une minorit\u00e9 de riches ([Is_10,1] - [Is_10,4]; [Mi_2,1] - [Mi_2,10]). Il est sans doute plus difficile aujourd'hui de d\u00e9signer des bons et des m\u00e9chants, et les profiteurs sont souvent ceux \u00e0 qui leur conscience chr\u00e9tienne repose, comme \u00e0 Zach\u00e9e, la question: "Qu'as-tu fait de ton fr\u00e8re". Mais dans un monde en train de se globaliser, nul n'est encore \u00e0 m\u00eame de formuler des solutions. L'Evangile proclam\u00e9, v\u00e9cu \u00e0 la face du monde ou dans le secret, fera certainement surgir des proph\u00e8tes, des r\u00e9volutions morales. Et de m\u00eame il montrera dans un avenir imm\u00e9diat que les dons de Dieu et les appels \u00e0 la foi  ne sont pas pour les vainqueurs de cette lutte.

{N}2.3: LE SORT INEGAL DES TRIBUS {/}[Gn_49,3]
La tribu de Ruben, sur l'autre rive du Jourdain, n'a gu\u00e8re prosp\u00e9r\u00e9: aucun des personnages fameux de la Bible n'en est issu. La faute qu'on attribue \u00e0 l'anc\u00eatre rappelle s\u00fbrement une attitude de cette tribu que les autres ont consid\u00e9r\u00e9e alors comme une trahison de la cause commune. 
Pour ce qui est de Sim\u00e9on et de L\u00e9vi, voir la note en [Gn_34,1]. Sim\u00e9on, au sud de Juda, ne r\u00e9unissait que quelques villages et fut absorb\u00e9e par sa voisine. Ruben, Sim\u00e9on, L\u00e9vi y Juda \u00e9taient les quatre fils de Lia, l'a\u00een\u00e9e des \u00e9pouses de Jacob (voir [Gn_35,23]). Ces tribus, semble-t-il, s\u00e9journaient depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Qadesh lorsque arriv\u00e8rent en ce lieu les compagnons de Mo\u00efse. Ces derniers, qui allaient \u00eatre \u00e0 l'origine des tribus filles de Rachel (Ephra\u00efm, Manass\u00e9 et Benjamin), leur transmirent la r\u00e9v\u00e9lation de l'Horeb. 
A la diff\u00e9rence de Sim\u00e9on qui disparut, L\u00e9vi, dispers\u00e9 lui aussi entre les autres tribus, demeura comme une caste privil\u00e9gi\u00e9e: c'\u00e9tait la tribu de Mo\u00efse ([Ex_2,1]), et les seuls pr\u00eatres reconnus par la Loi. Dans le r\u00e9cit du Veau d'Or ([Ex_32,26]) ils re\u00e7oivent une b\u00e9n\u00e9diction qui est de fait leur cons\u00e9cration comme pr\u00eatres: en [Ex_32,29] le texte dit: "vos mains ont \u00e9t\u00e9 {C}remplies{/} pour Yahv\u00e9" ce qui \u00e9tait le terme technique de la cons\u00e9cration sacerdotale. Dans les b\u00e9n\u00e9dictions de Mo\u00efse, post\u00e9rieures \u00e0 celles-ci, on ne parlera plus de Sim\u00e9on, mais on aura oubli\u00e9 le ch\u00e2timent de L\u00e9vi pour ne plus voir que son privil\u00e8ge ([Dt_33,8]). Les l\u00e9vites \u00e9taient alors des familles pauvres qui ne disposaient pas d'un territoire propre et qui allaient d'une place \u00e0 l'autre dans l'espoir de trouver un sanctuaire o\u00f9 ils pourraient vivre de leurs fonctions (voir [Jg_18,1] et [Jg_19,1]). 
Juda s'est form\u00e9 tr\u00e8s probablement par le regroupement de divers clans situ\u00e9s dans le sud de la Palestine. Les K\u00e9nizites devaient occuper une place toute particuli\u00e8re parmi eux si l'on en juge par l'importance reconnue \u00e0 Caleb, le K\u00e9nizite, dans les r\u00e9cits de la conqu\u00eate ([Nb_13,6]; [Nb_32,12]). Selon les b\u00e9n\u00e9dictions de Mo\u00efse, post\u00e9rieures \u00e0 celles-ci ([Dt_33,7]), Juda est rest\u00e9 longtemps \u00e0 part dans ses montagnes, de fait, jusqu'au roi David. 
La pr\u00e9\u00e9minence reconnue \u00e0 Juda aux versets 9-12 signifie peut-\u00eatre que ce paragraphe a \u00e9t\u00e9 revu ou ins\u00e9r\u00e9 ici lorsque la dynastie de David \u00e9tait devenue le centre d'Isra\u00ebl. Mais on n'en a pas corrig\u00e9 pour autant le paragraphe qui donnait la premi\u00e8re place aux tribus du nord appel\u00e9es "maison de Joseph". Celui qui a \u00e9crit l'histoire de Joseph, patron commun des tribus d'Ephra\u00efm et de Manass\u00e9, n'ignorait pas qu'elles \u00e9taient, au m\u00eame titre que Benjamin, et plus que toutes les autres, le peuple de Mo\u00efse. Elles ont \u00e9t\u00e9 durant des g\u00e9n\u00e9rations les h\u00e9riti\u00e8res de son message, jusqu'au jour o\u00f9, par une d\u00e9cision du Dieu que nul ne peut s'approprier, elles ont disparu. Elles n'avaient pas accept\u00e9 l'unification r\u00e9alis\u00e9e par David, et la fondation d'un pouvoir rival \u00e0 Sichem avec J\u00e9roboam pour roi avait consacr\u00e9 leur aveuglement  face aux signes des temps. Deux si\u00e8cles plus tard survint le naufrage de ce royaume sans que se trouve une minorit\u00e9 capable de sauver son h\u00e9ritage, comme cela devait arriver pour Juda. La b\u00e9n\u00e9diction qu'ils re\u00e7oivent dans ce chapitre remonte au temps o\u00f9 ils formaient le noyau du peuple de Dieu.
Le nom d'Issacar lui vaut un jeu de mots car il se prononce comme "salari\u00e9". Une tribu qui sans doute s'est jointe aux autres sans grand enthousiasme: ils ne demandaient qu'\u00e0 vivre en paix \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des Canan\u00e9ens en se mettant \u00e0 leur service. Les tribus soeurs n'avaient pas toutes le m\u00eame pass\u00e9 ni la m\u00eame dignit\u00e9. Les "fils des servantes" Bila et Zilpa ont d\u00fb se joindre aux autres sans avoir particip\u00e9 aux grandes exp\u00e9riences fondatrices avec Mo\u00efse et \u00e0 Qadesh.

{N}2.4: LES SEPT NATIONS {/}[Ex_3,8]
Ici les nations qui doivent \u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de la terre de Canaan sont au nombre de six. La m\u00eame liste se retrouvera ailleurs: [Ex_3,17]; [Ex_23,23]...; [Jos_12,8]. En [Dt_7,1] on leur ajoute les Guirgachites, ce qui permet de parler de {C}sept nations{/}, comme en [Jos_3,10]. La liste est presque la m\u00eame en dix endroits, plus courte en quelques autres. Il n'y a gu\u00e8re l\u00e0 qu'une enum\u00e9ration traditionnelle qui ne vaudrait rien pour un atlas. Lorsque les Isra\u00e9lites sont entr\u00e9s en Cana\u00e1n, ils y ont trouv\u00e9 une population m\u00e9lang\u00e9e d'amorr\u00e9ens (ils \u00e9taient de la m\u00eame souche qu'Abraham) et de hittites. Ces derniers, venus du nord, avaient occup\u00e9 le pays durant un temps et formaient une classe sup\u00e9rieure. Du fait que ce peuple canan\u00e9en se pr\u00e9sentait comme une mosa\u00efque de tout petits royaumes, la Bible leur donne parfois le nom de ces principaut\u00e9s; ils sont appel\u00e9s{C} j\u00e9bus\u00e9ens{/} \u00e0 J\u00e9rusalem Jerusal\u00e9n ([2S_5,6]),{C} hivvites{/} et {C}guirgachites{/} en d'autres endroits (voir [Gn_10,17]).
On aura not\u00e9 avec quelle tranquilit\u00e9 on parle de leur enlever la terre qu'ils occupent. Lorsque les \u00e9crivains de ces livres se tournaient vers le pass\u00e9, ils se rendaient compte que la conqu\u00eate avait \u00e9t\u00e9 une pi\u00e8ce essentielle de la fondation d'un peuple de Dieu diff\u00e9rent des autres peuples, et donc qu'il y avait l\u00e0 une volont\u00e9 de Dieu. Ces textes continuent d'inspirer certains protagonistes des conflits actuels du Moyen Orient, comme s'il justifiaient de nouvelles conqu\u00eates. Il y a l\u00e0 une interpr\u00e9tation fondamentaliste du texte sacr\u00e9: ce qui \u00e9tait volont\u00e9 de Dieu en un certain temps est consid\u00e9r\u00e9 par quelques uns comme une r\u00e8gle pour aujourd'hui, comme si le peuple de Dieu, ses droits et devoirs, sa base territoriale et ses institutions devaient ce qu'ils \u00e9taient il y a trente si\u00e8cles.

{N}2.5: AARON {/}[Ex_4,27]
Aaron n'\u00e9tait le fr\u00e8re de Mo\u00efse qu'en un sens tr\u00e8s large (voir en [Ex_4,14] - [Ex_4,17]); c'est ce que le pr\u00e9sent paragraphe, oeuvre du premier r\u00e9dacteur, laisse entendre. En [Ex_6,20] un r\u00e9dacteur plus tardif fera de Aaron le fr\u00e8re de sang de Mo\u00efse.
{C}Aaron, le l\u00e9vite{/}, doit avoir \u00e9t\u00e9 une autorit\u00e9 reconnue par quelque groupe du d\u00e9sert, peut-\u00eatre bien les l\u00e9vites. Aaron et les siens ont d\u00fb se ranger aux c\u00f4t\u00e9s de Mo\u00efse pour son oeuvre de r\u00e9forme. Le {C}Mont de Dieu{/} qu'on mentionne ici doit avoir \u00e9t\u00e9 un lieu sacr\u00e9 autre que l'Horeb; on les aura identifi\u00e9s par la suite, comme en [Ex_3,11] et [Ex_17,6], deux endroits o\u00f9 le texte para\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9.
Pourquoi entrer dans ces d\u00e9tails ? Ces observations nous font voir que la r\u00e9v\u00e9lation de l'Exode n'a pas \u00e9t\u00e9 mont\u00e9e par Dieu comme un ensemble de miracles, avec un proph\u00e8te, Mo\u00efse, qui dirige tout et r\u00e9alise infalliblement l'oeuvre de Dieu. Au contraire elle a beaucoup de ressemblance avec l'histoire de notre temps, avec l'histoire plus commune et sans doute moins grandiose que vivent aujourd'hui bien des groupes chr\u00e9tiens. Dieu intervient en quelques occasions pour ouvrir un chemin et indiquer une mission, mais il nous guide aussi gr\u00e2ce aux rencontres que nous faisons et aux obstacles qui nous barrent le chemin. On cherche, on a des doutes, on re\u00e7oit des alli\u00e9s, on d\u00e9couvre des fr\u00e8res dont certains flanchent ou trahissent; on prend des d\u00e9cisions que l'on croit bonnes mais qui ne tardent pas \u00e0 compromettre gravement l'avenir de nos combats. Il est difficile de dire par quels chemins Dieu a conduit le grand proph\u00e8te et fondateur d'Isra\u00ebl; les images grandioses que les livres sacr\u00e9s nous ont laiss\u00e9es de lui sont plus aptes \u00e0 nous rappeler l'importance de cette r\u00e9v\u00e9lation qu'\u00e0 nous dire ce qu'ont \u00e9t\u00e9 la vie et les exp\u00e9riences spirituelles de Mo\u00efse.

{N}2.6: YAHV\u00c9 ENDURCIT LE COEUR {/}[Ex_10,10]
Nous avons dit \u00e0 propos de [Ex_10,1] le sens qu'il faut donner \u00e0 l'expression biblique "endurcir le coeur" que nous traduisons {C}maintenir dans son ent\u00eatement{/}. Bien des fois la Bible para\u00eetra rendre Dieu responsable des d\u00e9cisions humaines, comme en [Is_6,10] y [Jn_12,40]. Il n'est pas question pour autant de dire que l'auteur se faisait une id\u00e9e erron\u00e9e de la libert\u00e9 humaine: il s'exprimait dans un langage diff\u00e9rent du n\u00f4tre ([Jg_2,14]). Car d\u00e8s qu'on croit en l'existence de Dieu, la libert\u00e9 humaine devient un myst\u00e8re. Il nous est impossible de concilier de fa\u00e7on satisfaisante pour la raison cette libert\u00e9 et la toute puissance ou l'omniscience de Dieu. Nous prenons librement nos d\u00e9cisions, mais le r\u00e9sultat sera en fin de compte ce qui est conforme au plan de Dieu ([Pr_16,1]). Et non seulement cela: nous sommes tellement immerg\u00e9s en Dieu  ([Ac_17,28]), que nous n'avons pas pu d\u00e9cider et agir sans que ce soit de quelque fa\u00e7on avec lui. M\u00eame si nous avons fait tort au prochain, celui-ci voit notre m\u00e9chancet\u00e9, mais il doit aussi voir l\u00e0 la main de Dieu ([2M_5,17]; [2M_7,18]). Car il veille \u00e0 ce que tout tourne au bien de ceux qui l'aiment.

{N}2.7: LA MORT DES PREMIER-N\u00c9S{/} [Ex_12,12]
{C}Je frapperai tout premier-n\u00e9 en Egypte{/}. Nous avons comment\u00e9 cette expression en [Ex_11,1]. Voir \u00e9galement le commentaire de [Gn_22,1]. Ici il convient de remarquer comment les auteurs de l'Exode insistent sur le geste souverain de Dieu. Ce massacre voulait justifier l'offrande \u00e0 Dieu des premier-n\u00e9s et le rachat des premier-n\u00e9s d'Isra\u00ebl selon les lois du chapitre 13.
Mais il en ressort aussi pour Isra\u00ebl une dignit\u00e9 particuli\u00e8re du fils a\u00een\u00e9. La Bible invite la famille \u00e0 croire en la vie et \u00e0 \u00eatre f\u00e9conde, non pas pour sa propre satisfaction, mais comme une mission \u00e0 remplir. Le fils a\u00een\u00e9 et les pr\u00e9mices sont ce qu'il y a de meilleur, et ils sont pour Dieu. Les offrir, c'est payer la dette qu'on a vis-\u00e0-vis de Dieu pour avoir \u00e9t\u00e9 choisi de pr\u00e9f\u00e9rence aux autres nations.
Isra\u00ebl appartient \u00e0 Dieu, est consacr\u00e9 au culte de Dieu, et la Bible lui enseigne cette maxime que Gandhi avait entre les sept commandements de la moralit\u00e9 sociale: "il ne peut y avoir de culte sans sacrifices". Il n'y aura pas de culte qui ne contienne et n'accepte une certaine forme de mort; la lettre aux H\u00e9breux s'en souviendra ([He_9,22]) lorsqu'elle verra dans le culte sanglant du Temple l'expression d'une loi profonde inscrite dans le plan du salut, laquelle devait s'accomplir en J\u00e9sus.
La Nouvelle Alliance offerte aux baptis\u00e9s n'est d\u00e9j\u00e0 plus l'int\u00e9gration \u00e0 un peuple diff\u00e9rent des autres, et nous ne pouvons pas davantage payer un don de Dieu qui nous a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9 de personne \u00e0 personne dans la foi et l'amour. Cette alliance inclut pourtant une perspective de mort: Jean rappellera que le salut de J\u00e9sus n'est pas seulement purification, dont le signe est l'eau, mais aussi sacrifice, dont le signe est le sang ([1Jn_5,6])

{N}2.8: LE DIEU SAUVEUR{/} [Ex_14,30]
Il y a s\u00fbrement bien peu de gens qui honorent quelque divinit\u00e9 sans attendre d'elle un peu ou beaucoup d'aide dans leurs difficult\u00e9s: "Tire-moi de ce mauvais pas..., sauve-moi de l'ennemi qui me poursuit..., gu\u00e9ris-moi de cette maladie... " On cherche bien l\u00e0 son salut. C'est pourtant dans un sens tr\u00e8s diff\u00e9rent que l'on entendra le salut offert par les grandes religions, et l'on parlera du salut bouddhiste, du salut musulman, du salut chr\u00e9tien... Cette fois il y a la conscience d'un mal profond qui affecte la condition humaine, l'aspiration \u00e0 une vie plus heureuse dans l'au-del\u00e0 de la mort, la foi en un chemin qui nous est offert si nous ob\u00e9issons \u00e0 certains pr\u00e9ceptes ou si nous entreprenons certaines r\u00e9formes dans notre vie.
En ce sens il est bien vrai que toute la Bible nous offre le salut, mais ce n'est pas un message donn\u00e9 tout entier d\u00e8s le d\u00e9part. Il n'y a pas de salut qu'on puisse offrir \u00e0 tous sans qu'ils aient fait eux-m\u00eames un certain chemin. Il faut \u00e0 l'enfant, puis au jeune, puis \u00e0 l'adulte, bien du temps et des exp\u00e9riences pour qu'il puisse discerner ce qui est bon pour lui et ce qui lui fait mal, ce qui n'est qu'appparence et ce qui est vraie richesse et vrai bonheur. Et toutes les exp\u00e9riences que la Bible nous conte vont dans un m\u00eame sens: l'homme ne peut pas s'en tirer tout seul. Il part avec de grands projets et de belles intentions, mais toujours, t\u00f4t ou tard, il retombe. Bien des peuples consid\u00e9raient que les dieux sont jaloux de nous; la Bible \u00e9limine ces soup\u00e7ons d\u00e8s le chapitre 3 de la Gen\u00e8se, et c'est alors qu'elle donne un premier message d'esp\u00e9rance, sans donner de pr\u00e9cision: il y aura \u00e0 la fin une victoire de l'humanit\u00e9 sur le mal.
Mais cela ne se fera pas sans Dieu. Ce que la Bible met en relief, lorsque la troupe de Mo\u00efse est d\u00e9livr\u00e9e de ses poursuivants, quelque part sur les bords de la Mer des Roseaux , ce n'est pas d'abord qu'on a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9, mais qu'il y a eu un Dieu Sauveur: {C}Yahv\u00e9 s'est fait mon lib\u00e9rateur, c'est lui mon Dieu, le Dieu de mon p\u00e8re{/} ([Ex_15,2]). Le texte montre clairement qu'Isra\u00ebl \u00e9tait incapable de se tirer d'affaire, et qu'il n'a m\u00eame pas eu le courage de regarder le danger en face, mais Yahv\u00e9 est intervenu de fa\u00e7on gratuite en sa faveur. Il est intervenu, \u00e0 la fois par fid\u00e9lit\u00e9 aux promesses qu'il avait d\u00e9j\u00e0 faites aux p\u00e8res ([Ex_15,2]), et parce qu'il voulait faire d'Isra\u00ebl son partenaire ([Ex_15,13]).
Ce passage de la mer n'\u00e9tait sans doute qu'un tr\u00e8s petit incident au regard de l'histoire, et le salut offert \u00e0 des nomades qui voulaient s'\u00e9chapper peut nous sembler bien \u00e9tranger aux grandes questions qui tourmentent l'humanit\u00e9. Pourtant l'essentiel est d\u00e9j\u00e0 dit. Il faudra des si\u00e8cles pour d\u00e9couvrir toute l'ampleur du salut que Dieu offre \u00e0 l'humanit\u00e9, mais d\u00e9j\u00e0 dans cette page on affirme que l'homme ne se sauve pas par ses propres forces. C'est l'affaire de Dieu et de {C}sa gr\u00e2ce{/} ([Ex_15,13], ou, si l'on veut, de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Et l'on est d\u00e9j\u00e0 sauv\u00e9, en un certain sens, lorsqu'on sait que Dieu est un Dieu qui intervient et qui aime; il est \u00e0 la fois le partenaire et le but.
L'homme restera pour Dieu un partenaire peu fid\u00e8le et toujours incertain: la Bible nous parlera longuement du p\u00e9ch\u00e9 de l'homme. La r\u00e9conciliation avec Dieu et le pardon des p\u00e9ch\u00e9s seront au coeur du salut annonc\u00e9 par les proph\u00e8tes lorsqu'ils annonceront une \u00e8re de paix et de r\u00e9conciliation avec la nature. Et de m\u00eame dans le Nouveau testament, notre r\u00e9conciliation avec Dieu P\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 la mort de J\u00e9sus restera l'\u00e2me du salut chr\u00e9tien.

{N}2.9: LA LITURGIE CELESTE{/} [Ex_25,40]
Ces longs chapitres consacr\u00e9s d'abord \u00e0 la description de tous les objets du culte que Mo\u00efse doit faire fabriquer dans son d\u00e9sert, ensuite \u00e0 la r\u00e9alisation de ces m\u00eames objets, ne sont s\u00fbrement pas ce qui nous attire le plus dans le livre de l'Exode. Et pourtant ils \u00e9taient de premi\u00e8re importance pour celui qui a fait la derni\u00e8re r\u00e9daction de ce livre. Il est facile de v\u00e9rifier que le r\u00e9cit interrompu en [Ex_24,18] reprend directement en [Ex_31,18], et que le bloc des chapitres [Ex_25,1] - [Ex_31,1] se termine sur un rappel du sabbat dont la conclusion occupe les premiers versets du chapitre [Ex_35,1]. Il est donc clair que les chapitres [Ex_25,1] - [Ex_31,1] et [Ex_35,1] - [Ex_40,1] ne font qu'un seul ensemble et qu'on les a ins\u00e9r\u00e9s dans le livre, tel qu'il existait ant\u00e9rieurement.
Dans la version ant\u00e9rieure, l'aboutissement du livre \u00e9tait la c\u00e9l\u00e9bration de l'alliance perp\u00e9tuelle entre Dieu et Isra\u00ebl avec, aussit\u00f4t apr\u00e8s, le p\u00e9ch\u00e9 originel d'Isra\u00ebl, la f\u00eate du veau d'or. Mais le livre, tel qu'il est entr\u00e9 dans la Bible, a trouv\u00e9 un nouvel ach\u00e8vement: l'alliance de Dieu avec Isra\u00ebl trouvera son expression parfaite dans le culte qu'Isra\u00ebl rend a Yahv\u00e9 dans son Temple.
Nous avons indiqu\u00e9 bri\u00e8vement dans le commentaire de [Ex_25,1], que toute cette vision de la Tente-sanctuaire au d\u00e9sert avait comme deux fondements. D'une part on gardait le souvenir d'une tente abritant les objets sacr\u00e9s du groupe nomade (pour Isra\u00ebl c'\u00e9tait essentiellement le coffret appel\u00e9 {C}arche{/}) qui l'accompagnait dans ses d\u00e9placements. D'autre part, on voulait affirmer que le Temple de J\u00e9rusalem n'\u00e9tait que la reprise d'un grand sanctuaire mobile, la Tente, que Mo\u00efse lui-m\u00eame avait fait r\u00e9aliser dans les origines, \u00e0 la mesure d'un peuple immense de 600.000 hommes... La Tente, c'\u00e9tait donc d\u00e9j\u00e0 le Temple, et ce devait \u00eatre l'expression de la fid\u00e9lit\u00e9 d'Isra\u00ebl \u00e0 l'Alliance. Ces chapitres consacr\u00e9s \u00e0 tout le mat\u00e9riel du culte et qui r\u00e9gissent le domaine de Dieu, se placent donc logiquement l\u00e0 o\u00f9 on les a plac\u00e9s, avant toutes les autres lois que l'on trouvera dans le L\u00e9vitique et les Nombres.
La Tente -ou, plus tard, le Temple- est le lieu o\u00f9 la liturgie se d\u00e9roule selon les lois donn\u00e9es par Dieu lui-m\u00eame. C'est ce que signifie ce verset [Ex_25,40]:{C} Veille \u00e0 tout faire selon le plan que je t'ai montr\u00e9 sur la montagne{/}. Et de m\u00eame en [Ex_26,30] et [Ex_27,8]. Ce n'est s\u00fbrement pas par hasard que les artisans de la Tente Sanctuaire sont appel\u00e9s dans ce r\u00e9cit Bezaleel et Oholiab, des noms qui signifient: \u00ab_A l'ombre de Dieu_\u00bb et \u00ab_Le P\u00e8re est ma tente_\u00bb 
On retrouvera cette id\u00e9e d'un culte terrestre \u00e0 l'image de la liturgie c\u00e9leste dans d'autres passages de la Bible: [Sg_9,8]; [Si_24,9] - [Si_24,11]. Dans le Nouveau Testament le discours d'Etienne en fait mention ([Ac_7,44]). Il est bon de le rappeler si nous voulons comprendre ce que dit l'\u00e9vangile de Jean sur le Temple qui est le corps -nous devrions dire: la personne- de J\u00e9sus ([Jn_2,21]). La lettre aux H\u00e9breux \u00e9voque le Temple c\u00e9leste o\u00f9 le Christ est entr\u00e9 porteur de son propre sang ([Jn_9,11] - [Jn_9,12]), et bient\u00f4t elle passe ([Jn_10,19]) \u00e0 une autre image: le Temple est le corps du Christ.
L'Apocalypse de Jean parlera encore de ce Temple c\u00e9leste o\u00f9 se prononcent les jugements de Dieu sur l'histoire, \u00e0 partir de [Jn_11,19] et jusqu'au chapitre 16. Au terme de l'histoire, le Temple dispara\u00eet de la sc\u00e8ne, car dans l'\u00e9tat final, Dieu est tout en tous: [Jn_21,22]. 
Tout ce rappel n'est peut-\u00eatre pas inutile, vu que notre christianisme occidental a oubli\u00e9 cette longue tradition qui, au contraire, marque profond\u00e9ment la liturgie de l'Eglise grecque.

{N}2.10: LES MIRACLES DU D\u00c9SERT{/} [Ex_40,36]
Il y a eu certainement, tout au long de l'aventure du Sina\u00ef, des signes tr\u00e8s frappants de l'intervention de Dieu, de vrais miracles. On ne voit pas comment auraient pu na\u00eetre toutes ces traditions sur les merveilles du d\u00e9sert s'il n'y avait rien eu. On a beaucoup orn\u00e9, ajout\u00e9, mais l\u00e0 comme partout, on ne pr\u00eate qu'aux riches. Nous ne saurons jamais comment se sont pr\u00e9sent\u00e9es les choses. Des \u00e9v\u00e9nements qui, vus \u00e0 distance, pouvaient n'\u00eatre que le produit du hasard, ont \u00e9t\u00e9 vus comme des oeuvres de Dieu par ceux qui les ont v\u00e9cus et ressentis en chair propre, et qui ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s par mille d\u00e9tails concrets qui ne laissaient pas de place au doute. Ceux qui ensuite ont transmis les souvenirs \u00e9taient incapables de sauvegarder cet environnement, les faits perdaient leur sens divin et devenaient ordinaires. Sachant qu'il y avait eu du merveilleux, ceux qui transmettaient la tradition l'ont exprim\u00e9 \u00e0 leur fa\u00e7on en multipliant les prodiges, comme on fait dans les belles histoires. D'une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, il est permis de dire qu'on a invent\u00e9 des miracles pour remplacer ceux qu'on ne savait plus raconter dans leur v\u00e9rit\u00e9.
Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de la manne et des cailles dans le commentaire de [Ex_17,8]. Pour la nu\u00e9e, c'est un fait que lorsque commence un petit cyclone dans le Sina\u00ef (et la chose n'est pas rare), il se signale fr\u00e9quemment par un tourbillon qui enl\u00e8ve les grains de sable si fins qu'ils forment une poussi\u00e8re cristalline impalpable: une vraie colonne lumineuse qui se d\u00e9place lentement, toute miroitante dans la lumi\u00e8re du soleil. Il est plus que probable que la nu\u00e9e de l'Exode provient de t\u00e9moignages relatifs \u00e0 ces ph\u00e9nom\u00e8nes. L'important, dans ce cas, c'est l'interpr\u00e9tation qu'on en a donn\u00e9e. La Nu\u00e9e \u00e9tait une belle image, donn\u00e9e par Dieu lui-m\u00eame, capable d'exprimer bien des choses pour lesquelles on n'a pas de mots: c'est la pr\u00e9sence myst\u00e9rieuse de Dieu-avec-nous, \u00e0 la fois lumineuse et obscure. 

{N}2.11: LE DIEU SAINT QUI REND SAINT{/} [Lv_10,3]
{C}Dar\u00e9 a conocer mi santidad a trav\u00e9s de los que se allegan a m\u00ed{/}. Voici une parole bien \u00e9clairante sur le destin d'un peuple saint. Beaucoup comprendront leur appartenance \u00e0 un peuple, ou \u00e0 une Eglise sainte comme un appel \u00e0 mener une vie plus exigeante [1Thes_4,7]; ils voudront que la perfection de leur vie quotidienne soit un t\u00e9moignage rendu \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 en laquelle ils ont cru [1P_3,1], ou ils voudront faire honneur \u00e0 Celui dont ils portent le nom [Mt_5,16]; [Rom_2,24]. D'autres en tireront une conclusion bien diff\u00e9rente : si l'Eglise est sainte, il faut regarder ses agissements avec un pr\u00e9jug\u00e9 favorable et n'attribuer qu'\u00e0 des faiblesses individuelles les fautes que l'opinion publique lui reproche et que personne ne saurait nier. D'autres affirmeront que cette saintet\u00e9 nous oblige au silence et \u00e0 l'ob\u00e9issante approbation de ce que disent ou ce que font ceux qui se sont assis dans la chaire de Mo\u00efse [Mt_23,2]; [He_4,19].
Ici, la Parole de Dieu met en relief la redoutable responsabilit\u00e9 de ceux que Dieu s'est attach\u00e9s. Qu'ils fassent honneur \u00e0 Dieu ou qu'ils fassent obstacle au rayonnement de sa Gloire, Dieu sera reconnu grand \u00e0 travers eux : car il ne manquera pas de les glorifier ou de les humilier. Le choix par Dieu d'un peuple qui sera saint, et comme lui diff\u00e9rent des autres, ne signifie pas que ce peuple sera meilleur que les autres peuples : la fin de ce si\u00e8cle a d\u00e9terr\u00e9 et mis en lumi\u00e8re bien des fautes commises par le peuple chr\u00e9tien \u00e0 l'\u00e9chelle de continents et devant lesquelles la conscience des plus hauts responsables ne s'est gu\u00e8re \u00e9mue. Vrai ou faux, des auteurs s\u00e9rieux ont pu dire que la violence religieuse avait atteint son sommet chez les chr\u00e9tiens.
Mais il est vrai que dans tous les cas Dieu manifestera sa saintet\u00e9 : il d\u00e9couvrira au monde les fautes commises en secret par les siens [2Sa_12,12], il humiliera ceux qui devaient \u00eatre sa fiert\u00e9 -et il accepte pour un temps d'\u00eatre m\u00e9pris\u00e9 avec eux [Ez_36,20] et [Ez_36,22]. En un mot, personne ne pourra jouer avec son nom ou s'en couvrir. Le deuxi\u00e8me livre des Maccab\u00e9es, si dur contre les pers\u00e9cuteurs du peuple de Dieu, n'est pas moins s\u00e9v\u00e8re pour ce peuple : toutes nos pers\u00e9cutions, dit-il, ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9rit\u00e9es par nos p\u00e9ch\u00e9s, et c'est un signe de l'int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s particulier que Dieu nous porte, qu'il ne tarde pas \u00e0 nous faire payer nos infid\u00e9lit\u00e9s [2Ma_5,18]; [2Ma_7,18]. 

{N}2.12: P\u00c9NALISATION DE LA FEMME {/}[Lv_12,5]
Ce paragraphe est l'un de ceux qui sanctionnent de fa\u00e7on indiscutable le statut inf\u00e9rieur de la femme. Au chapitre 27, l'\u00e9valuation des personnes marquera sans \u00e9quivoque la moindre valeur de la femme, mais on pourrait dire qu'il s'agit l\u00e0 d'une appr\u00e9ciation sur le plan \u00e9conomique, dans le cas o\u00f9 un homme ou une femme seraient vendus comme esclaves. Ici, en revanche, il est tr\u00e8s clair que la femme est bien moins digne de s'approcher de Dieu. Nous ne pouvons que nous r\u00e9jouir de ce que ces lois aient \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es, d\u00e8s le premier "Concile" de J\u00e9rusalem ([He_15,10]), comme des dispositions provisoires qui ne valaient que pour le peuple juif, et seulement pour le temps qui pr\u00e9c\u00e8de la venue du {C}descendant d'Abraham{/} ([Ga_3,19]).
Mais, d'un autre c\u00f4t\u00e9, s'il est vrai qu'on ne peut changer l'Ecriture, cette discrimination ne serait-elle pas l'un de ces scandales "n\u00e9cessaires" qui sont pour Dieu le pr\u00e9texte d'un don plus grand encore ? Dieu aime renverser les avantages acquis, et qui pourrait nier qu'il donne plus g\u00e9n\u00e9reusement aux femmes bien des charismes que les hommes n'ont gu\u00e8re? 

{N}2.13: INTERDITS SEXUELS {/}[Lv_18,6]
Le paragraphe 1-5 \u00e9tait comme le pr\u00e9ambule des lois qui suivent : il justifiait l'imposition de lois en un domaine o\u00f9 les peuples environnants n'avaient gu\u00e8re de scrupules. Les r\u00e8gles morales, surtout dans le domaine sexuel, ont toujours \u00e9t\u00e9 pour une bonne part le r\u00e9sultat d'un consensus social dont on ne pouvait se rappeler les origines. Elles faisaient partie des traditions de chaque peuple. C'est un fait que les diff\u00e9rents peuples qui entr\u00e8rent au pays de Cana\u00e1n adopt\u00e8rent ses moeurs faciles en m\u00eame temps que sa religion naturiste. Or voici que Dieu impose \u00e0 son peuple des moeurs diff\u00e9rentes. Il n'est pas loisible de discuter, il faut ob\u00e9ir, et l'ob\u00e9issance se voit justifi\u00e9e par une exp\u00e9rience qui s'\u00e9tend sur des g\u00e9n\u00e9rations : la licence sexuelle m\u00e8ne \u00e0 la mort ([Dt_4,3] - [Dt_4,4]).
Voici donc une s\u00e9rie de lois dont les interpr\u00e9tations pourront varier par la suite, comme ce sera le cas pour les mariages entre consanguins, un probl\u00e8me que soul\u00e8ve le d\u00e9cret de J\u00e9rusalem [He_15,20]. Mais l'ensemble a \u00e9t\u00e9 maintenu par la tradition juive, et lorsque Paul met en cause l'imposition de la Loi et des coutumes juives aux convertis du monde grec, pas un instant il ne discute les interdits sexuels du L\u00e9vitique. Nous les retrouvons dans les r\u00e9sum\u00e9s de morale \u00e9l\u00e9mentaire que sont les passages [1Cor_5,9] - [1Cor_5,11] et [1Cor_6,9] - [1Cor_6,10].
On s'\u00e9tonne aujourd'hui de voir des chr\u00e9tiens s'insurger contre ces lois comme si la Parole de Dieu devait s'interpr\u00e9ter, s'amollir, et finir au mus\u00e9e pour cette seule raison que des secteurs fort importants du monde contemporain refusent toute discipline sexuelle. Mais quelle autorit\u00e9 m\u00e9ritent les porte-paroles d'une soci\u00e9t\u00e9 sans enfants et donc en voie de disparition [Lev_18,25]? Nous avons soulign\u00e9 dans le commentaire de [1Cor_7,1] l'argument majeur de Paul pour justifier la discipline sexuelle du chr\u00e9tien : notre cons\u00e9cration au Christ par le bapt\u00eame. Mais les interdits eux-m\u00eames, Paul ne les invente pas, ce sont essentiellement ceux du L\u00e9vitique.

{N}2.14: LA DEMEURE ET LA TENTE {/}[Nb_9,15]
Ici comme en d'autres endroits de l'Exode et des Nombres ([Nb_3,25]), la {C}Demeure{/} dont la construction occupe la majeure partie de l'Exode 25-40 est identifi\u00e9e \u00e0 la Tente du T\u00e9moignage. Il est clair par ailleurs que le livre de l'Exode parle indiff\u00e9remment de Tente du T\u00e9moignage ou de Tente du Rendez-vous.
Disons d'abord que les deux mots {C}T\u00e9moignage{/} et {C}Rendez-vous{/} sont proches l'un de l'autre en h\u00e9breu. {C}T\u00e9moignage{/}, c'est le T\u00e9moignage ou D\u00e9claration Divine que l'on garde dans l'Arche et qui s'exprime entre autres par les Dix Commandements{C}. Rendez-vous{/}: c'est l'endroit o\u00f9 Dieu donne rendez-vous \u00e0 Mo\u00efse quand il veut lui parler ([Ex_29,42]; [Nb_12,5]; [Nb_17,7] - [Nb_17,8]). Dans les deux cas il s'agissait d'une tente dans le secret de laquelle Dieu se manifestait au seul Mo\u00efse ([Nb_12,5]). 
Mais quand on a mont\u00e9 par la suite toute la fiction de la Demeure grandiose, premi\u00e8re \u00e9bauche du Temple de J\u00e9rusalem, on a voulu l'identifier avec cette Tente dont les traditions plus anciennes gardaient le souvenir (voir sp\u00e9cialement [Ex_38,21]). En r\u00e9alit\u00e9, si l'on voulait une Demeure grandiose pour le culte divin, on r\u00eavait plus encore d'un temps o\u00f9 Dieu donnait rendez-vous \u00e0 son ami et lui parlait face \u00e0 face ([Nb_12,7] - [Nb_12,8]). Le livre de Job tout entier est sous-tendu par ce r\u00eave que les proph\u00e8tes ont caress\u00e9 de temps \u00e0 autre ([Is_30,20]).
Le pr\u00e9sent paragraphe fait  l'\u00e9loge d'un temps o\u00f9 Dieu intervenait personnellement, donnait des ordres et prenait en mains la direction de son peuple. Nous avons d\u00e9j\u00e0 eu l'occasion de rappeler que les livres saints pr\u00e9sentent l'histoire pass\u00e9e comme une grande \u00e9pop\u00e9e o\u00f9 Dieu menait souverainement toutes choses \u00e0 un terme o\u00f9 sa justice et son salut devenaient manifestes. On l'a vu d\u00e8s l'histoire d'Abraham, on le reverra dans le livre de Josu\u00e9 et, beaucoup plus tard, dans les Chroniques. Mais cela, c'est une vue de la foi, et sur le moment ceux qui ont \u00e9t\u00e9 les acteurs de l'histoire ont eu une exp\u00e9rience passablement diff\u00e9rente: le peu qu'on avait r\u00e9alis\u00e9 avec beaucoup d'efforts contenait bien des ombres et la pr\u00e9sence de Dieu avait \u00e9t\u00e9 habituellement fort discr\u00e8te, m\u00eame si on n'en doutait pas. En divers endroits nous voyons l'\u00e9tonnement, ou m\u00eame le scandale du croyant qui, compare ce qui se passe sous ses yeux avec ce que les traditions rapportent du pass\u00e9 et ne comprend pas que Dieu ait chang\u00e9 ([Ps_77,1]): Pourquoi les cieux sont-ils maintenant ferm\u00e9s et ne r\u00e9pondent-ils plus ([Is_63,7] - [Is_63,16]; [Ps_74,9] - [Ps_74,10]) ? 
Quel d\u00e9sir secret a pouss\u00e9 les hommes de foi \u00e0 faire le pass\u00e9 plus beau qu'il n'avait \u00e9t\u00e9, et Dieu, plus g\u00e9n\u00e9reux ? On a d'abord projet\u00e9 sur l'histoire ancienne tout ce qu'on aurait voulu voir dans le pr\u00e9sent, \u00e0 commencer par l'histoire d'Adam, et ensuite celle de Mo\u00efse, puis celle de David; mais ensuite on a projet\u00e9 sur le futur ce qu'on lisait dans les livres d'histoire, et on a commenc\u00e9 d'attendre. C'est l'aiguillon de l'esp\u00e9rance qui a fait m\u00fbrir en Isra\u00ebl l'attente d'une \u00e8re nouvelle avec un Messie envoy\u00e9 par Dieu. Dans toutes les cultures on avait mis un \u00e2ge d'or au d\u00e9but des temps, mais ensuite on a pris son parti de n'avoir plus qu'un \u00e2ge de fer. Il y a eu certainement sous toutes les latitudes des hommes et des femmes qui ont "esp\u00e9r\u00e9 contre toute attente" ([Rm_4,18]), mais c'est s\u00fbrement dans la r\u00e9v\u00e9lation biblique que la folie de l'esp\u00e9rance s'est install\u00e9e le plus en profondeur. 

{N}2.15:{/} {N}LES ANCIENS {/}[Nb_11,24]
L'Exode voyait l'origine des juges, choisis parmi les anciens, dans une suggestion du beau-p\u00e8re madianite de Mo\u00efse ([Ex_18,1]). Ici par contre, c'est Dieu qui a donn\u00e9 un ordre. Quoi qu'il en soit, ces {C}anciens{/} seront l'autorit\u00e9 la plus profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans la tradition isra\u00e9lite. Au temps des rois, le pouvoir central va r\u00e9duire leur r\u00f4le et les manipuler, comme on le voit en [1R_21,8] - [1R_21,12]. Ils vont reprendre la premi\u00e8re place dans les communaut\u00e9s des Juifs d\u00e9port\u00e9s \u00e0 Babylone: [Ez_8,1]; [Ez_14,1]; [Ez_20,1]...). Au retour d'exil leur autorit\u00e9 se combinera avec celle des pr\u00eatres: le sanh\u00e9drin ou conseil supr\u00eame du peuple juif aux temps du Nouveau Testament comprendra pr\u00eatres, anciens et ma\u00eetres de la Loi. De fait, ces anciens sont les chefs de famille les plus importants. Mais, hors de la Palestine, dans toutes les communaut\u00e9s dispers\u00e9es parmi les nations, les pr\u00eatres n'ont plus de r\u00f4le actif, le Temple n'\u00e9tant plus l\u00e0, et les anciens ont l'autorit\u00e9 dans les synagogues.
Les anciens sont le symbole d'un peuple de Dieu fait de communaut\u00e9s, o\u00f9 les responsables ne se sentent pas sup\u00e9rieurs \u00e0 la communaut\u00e9 et o\u00f9 les probl\u00e8mes se traitent de fa\u00e7on humaine et non administrative. Ils sont une fa\u00e7on de contester l'autorit\u00e9 qui veut s'imposer d'en-haut. La Bible r\u00e9serve le droit du roi et du grand pr\u00eatre, \u00e9lus de Dieu, mais elle sera critique vis-\u00e0-vis des syst\u00e8mes de gouvernement gr\u00e2ce auxquels un chef entend se rendre ma\u00eetre du peuple de Dieu ([1S_8,11]; [2S_24,1]; [1R_12,1]). Lorsque l'Apocalypse nous montre le peuple de Dieu rassembl\u00e9 dans le ciel, en attente de l'entr\u00e9e glorieuse du Christ, ce sont vingt-quatre anciens qui le repr\u00e9sentent et qui si\u00e8gent autour du tr\u00f4ne: il n'y est pas question des rois ([Ap_4,4]). 
N'oublions pas que dans l'Eglise primitive l'autorit\u00e9 des ap\u00f4tres, authentiques t\u00e9moins du Christ et de la foi, ne diminuait en rien celle des anciens. Pour les choisir on avait suivi le mod\u00e8le des synagogues; ils pr\u00e9sidaient la communaut\u00e9 et son eucharistie, mais le fait que le mot {C}ancien{/} ait la m\u00eame signification que {C}presbytre{/} ou pr\u00eatre ne signifie absolument pas qu'ils aient \u00e9t\u00e9 l'\u00e9quivalent des "pr\u00eatres" d'aujourd\u00b4hui. Les ap\u00f4tres sont fid\u00e8les \u00e0 l'esprit communautaire du pass\u00e9 tout autant que conscients de leur autorit\u00e9 comme t\u00e9moins du Christ; ce n'est pas par hasard que Pierre et Jean se donnent le titre d'{C}anciens{/} ([1P_5,1]; [2Jn_1,1]; [3Jn_1,1]).
Le don de l'Esprit aux anciens contient divers enseignements. D'une part, dans le peuple de Dieu, l'autorit\u00e9 ne peut d\u00e9cider qu'avec l'inspiration de la sagesse divine; mais aussi les anciens ont re\u00e7u l'Esprit qui \u00e9tait en Mo\u00efse, c'est-\u00e0-dire que nul ne pourra changer les bases de la r\u00e9v\u00e9lation. C'est une chose tr\u00e8s \u00e9tonnante que le Deut\u00e9ronome pr\u00e9voie l'arriv\u00e9e du Proph\u00e8te qu'il faudra \u00e9couter en tout ce qu'il dira: gr\u00e2ce \u00e0 ce texte l'avenir est ouvert pour J\u00e9sus qui jamais ne cherchera \u00e0 s'appuyer sur l'autorit\u00e9 de Mo\u00efse, m\u00eame s'il rappelle l'inspiration divine de la Loi. 

{N}2.16:{/} {N}DIEU PARDONNE{/} [Nb_14,11]
La page qui suit et la pri\u00e8re de Mo\u00efse sont bien pareilles \u00e0 ce que nous avons lu en [Ex_32,9], [Ex_32,13]. On en retrouvera des \u00e9quivalents dans J\u00e9r\u00e9mie. Ce dialogue est, bien s\u00fbr, une fa\u00e7on d'exprimer \u00e0 la fois ce que devrait \u00eatre la r\u00e9action d'un Dieu juste, qui punit la d\u00e9sob\u00e9issance, et ce que sera l'attitude du Dieu qui voit plus loin que l'instant pr\u00e9sent. Lui n'est jamais pris au d\u00e9pourvu par nos fautes, il pardonne tout en punissant. On pourrait penser que ce pardon de Dieu n'est qu'une fa\u00e7on de dire qu'il poursuivra son objectif: il punit la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sente, laquelle n'entrera pas dans la Terre, mais il n'arr\u00eatera pas l'oeuvre qu'il a entreprise en se choisissant un peuple.
Pourtant le mot {C}pardonner{/} laisse entendre quelque chose de plus. Il n'y a rien en Dieu qui rappelle les petitesses de notre psychologie; par contre il est \u00e0 la plus haute puissance la capacit\u00e9 de se donner dans la compr\u00e9hension et l'amour ou le jeu mutuel. Quelque profond que soit le myst\u00e8re de Dieu, tr\u00e8s loin de nos cat\u00e9gories humaines, il est souverainement important pour nous de tenir ce mot du pardon qui n'aura de sens que l\u00e0 o\u00f9 il y a regard mutuel et dette vraie que l'amour a reconnue. Ne demandons pas au livre des Nombres, puisqu'il s'agit ici de traditions anciennes, le d\u00e9velopppement et les finesses qui se feront jour par la suite. Ici l'on parle de la {C}patience{/} de Dieu; bient\u00f4t ce sera la{C} fid\u00e9lit\u00e9{/}; puis ce sera la conscience d'une relation mutuelle entre Dieu et la personne humaine {C}dans un seul Esprit {/}([1Co_6,17]). L\u00e0 tout est pardonn\u00e9, et Dieu est plus que patient car il s'est d\u00e9j\u00e0 livr\u00e9 lui-m\u00eame.

{N}2.17:{/} {N}LE DIEU QUI PUNIT {/}[Nb_17,1]
Encore un r\u00e9cit o\u00f9 "Dieu punit". Certains qui lisent rapidement ne voient \u00e0 chaque fois que la m\u00eame le\u00e7on: ceux qui se conduisent mal seront punis. Ici on parlera de ceux qui se r\u00e9voltent contre les repr\u00e9sentants de Dieu. D'autres en garderont l'id\u00e9e d'un Dieu tr\u00e8s irascible et vindicatif et comprendront la plainte des Isra\u00e9lites en [Nb_17,27]: A ce rythme-l\u00e0 nous allons tous mourir !
Nous ne devons pas nous \u00e9tonner si dans ces livres Dieu agit avec autorit\u00e9, s'emporte et punit, m\u00eame en des occasions o\u00f9 les coupables ont pu agir par ignorance. D'ailleurs, que lui importe si ses fa\u00e7ons d'agir nous choquent aujourd'hui (voir le livre de Job) ?Ce qui est certain, c'est que Dieu s'adapte \u00e0 l'image que nous nous faisons de lui. A la diff\u00e9rence du professeur qui donne sa le\u00e7on sans trop se pr\u00e9occuper de la fa\u00e7on dont elle sera assimil\u00e9e, Dieu parle \u00e0 chacun de nous le langage qui lui est familier. Il prend au mot ceux qu'il reprend et leur donne les signes qu'ils peuvent interpr\u00e9ter par eux-m\u00eames. Si Dieu a choisi de se r\u00e9v\u00e9ler dans un peuple encore primitif, violent, \u00e9pris d'une justice rapide et exemplaire autant qu'indiff\u00e9rente aux motivations des coupables, il ne pouvait qu'adopter leurs moeurs. 
M\u00eame si l'histoire est vraie, que perdaient les coupables ? A quelle vie et \u00e0 combien d'ann\u00e9es avaient-ils droit devant Dieu ? Peut-on encore parler d'autorit\u00e9 lorsqu'il s'agit de Celui qui d\u00e8s l'origine a vu toutes nos vies ? En lui ne comptent plus, ni le nombre de nos ann\u00e9es sur terre, ni les ann\u00e9es qu'on a eues pour profiter de sa retraite, ni les souffrances qui nous ont men\u00e9s \u00e0 notre maturit\u00e9.

{N}2.18:{/} {N}LE GRAND PR\u00caTRE {/}[Nb_35,22]
Voyez la prescription des versets 25 et 28: {C}jusqu'\u00e0 la mort du Grand Pr\u00eatre{/}. 
Le Grand Pr\u00eatre n'est pas seulement charg\u00e9 d'accomplir des rites. A partir du moment o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 par une onction tr\u00e8s solennelle ([Ex_29,1]; [Lv_8,1]), il est et restera jusqu'\u00e0 sa mort un rempart contre les fl\u00e9aux divins. Comme on l'a vu dans les \u00e9pisodes d\u00e9di\u00e9s \u00e0 Aaron, c'est lui qui prot\u00e8ge le peuple contre la col\u00e8re de Dieu ([Nb_17,12]). C'est lui qui a le privil\u00e8ge redoutable d'entrer chaque ann\u00e9e \u00e0 la F\u00eate du Pardon jusque dans le sanctuaire le plus recul\u00e9 du Temple, le Saint des Saints ([He_9,7]). C'est l\u00e0 qu'il verse sur le couvercle de l'Arche, l'Instrument de l'Expiation, le sang de la vache sacrifi\u00e9e [Nb_19,1]. Les habits sacr\u00e9s qu'il porte sont une partie essentielle du rite, de l\u00e0 la place qu'occupent dans l'Exode leurs r\u00e8gles de fabrication ([Ex_28,1] et [Ex_39,1]). Au temps de J\u00e9sus, sous l'occupation romaine, le gouverneur gardait ces v\u00eatements et ne les livrait qu'au moment de la F\u00eate, pour les r\u00e9cup\u00e9rer aussit\u00f4t: c'\u00e9tait le moyen de mettre le Grand Pr\u00eatre \u00e0 sa merci. 
La mort du Grand Pr\u00eatre est l'occasion d'une amnistie semblable \u00e0 celle qui accompagnait l'ann\u00e9e du Jubil\u00e9. Au temps de J\u00e9sus, les dames de la famille du Grand Pr\u00eatre prenaient un soin sp\u00e9cial des prisonniers et elles leur faisaient des aum\u00f4nes pour qu'ils n'aient pas l'id\u00e9e de demander \u00e0 Dieu de h\u00e2ter leur sortie de prison en faisant mourir le Grand Pr\u00eatre. Le pr\u00e9cepte qu'on lit en [Ex_22,27] vise sp\u00e9cialement le Grand Pr\u00eatre. On comprendra donc que cet {C}oint {/}ou{C} Messie{/} du Seigneur soit un personnage sacr\u00e9 (en langage biblique, une personne sainte), quels que soient ses c\u00f4t\u00e9s n\u00e9gatifs. Voir \u00e0 ce sujet la pr\u00e9sentation du Christ comme le Grand Pr\u00eatre des temps nouveaux en [He_5,1] - [He_10,1]. 

{N}2.19: LA SAGESSE DE LA BIBLE{/} [Dt_4,5]
{C}Quelle grande nation ! elle seule a la sagesse et l'intelligence{/}. Ce livre est contemporain du chapitre 20 de l'Exode et de nos Dix Commandements. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit huit si\u00e8cles avant le Christ et d\u00e9j\u00e0 nous y lisons cette certitude: Dieu nous a donn\u00e9 une sagesse qui n'a pas \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e aux autres peuples. On peut sourire \u00e0 distance, et penser que, du clocher de son village, l'\u00e9crivain sacr\u00e9 ne voyait qu'un petit coin du monde et ignorait volontiers, aussi bien les mill\u00e9naires de culture \u00e9gyptienne et m\u00e9sopotamienne qui l'avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, que les autres grandes cultures et religions de l'Asie lointaine. Et pourtant... L'affirmation de Yahv\u00e9, Dieu unique, qu'on ne saurait repr\u00e9senter; le Dieu Juste qui demande la fid\u00e9lit\u00e9 int\u00e9rieure et la pratique de la justice par dessus toute autre forme de culte; l'obligation rigoureuse du sabbat comme le moyen de pr\u00e9server la libert\u00e9 et la dignit\u00e9 des personnes; la protection de la vie humaine et le respect de l'\u00e9tranger, souvent un isra\u00e9lite install\u00e9 sur le territoire d'une tribu qui n'est pas la sienne; le refus de toute license sexuelle, c'\u00e9taient l\u00e0 des lois \u00e9tonnantes et dont le b\u00e9n\u00e9fice ne s'appr\u00e9cierait vraiment qu'\u00e0 la longue, quand les cultures voisines auraient disparu l'une apr\u00e8s l'autre.
Mais si l'orgueil d'\u00eatre les d\u00e9tenteurs d'une sagesse sup\u00e9rieure pouvait faire na\u00eetre en Isra\u00ebl le sentiment  qu'ils \u00e9taient des privil\u00e9gi\u00e9s, on peut aussi renverser l'ordre des termes: la certitude d'avoir \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 par Dieu pour un destin unique \u00e9tait l'un des piliers de la sagesse d'Isra\u00ebl. Tout l'\u00e9difice de la Loi se serait \u00e9croul\u00e9 si l'on n'avait pas cru \u00e0 une alliance entre Yahv\u00e9 et Isra\u00ebl ([Dt_4,13], [Dt_4,20]). Le Deut\u00e9ronome est fortement inspir\u00e9 par la pr\u00e9dication des premiers proph\u00e8tes, \u00e0 l'\u00e9cole d'Elie, et il va nous redire de mille fa\u00e7ons qu'il n'y a de salut pour Isra\u00ebl que dans la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 sa vocation. 
Nous avons l\u00e0 l'un des facteurs essentiels de l'identit\u00e9 du peuple de la Bible. Aujourd'hui il nous faut certainement ouvrir les yeux sur les religions du monde et voir comment \u00e0 travers elles Dieu a fait oeuvre de salut dans les diverses cultures. Il est fort utile de savoir que ni la religion d'Isra\u00ebl, ni le christianisme ne sont des commencements absolus, mais que leurs doctrines ont des ant\u00e9c\u00e9dents dans d'autres religions. Cependant, quand on aura \u00e9clair\u00e9 tous ces rapports et qu'on aura tent\u00e9 d'\u00e9laborer une "g\u00e9n\u00e9alogie des religions", on n'aura encore rien dit sur ce qui est l'essentiel de la r\u00e9v\u00e9lation biblique: elle s'adresse au seul peuple que Dieu se soit choisi pour se faire conna\u00eetre de lui \u00e0 visage d\u00e9couvert. Partout ailleurs les religions pourront proposer des lois divines, on parlera de commandements, de recherche de l'Absolu, mais nulle part on ne mettra au coeur de la recherche, ou du service, ou de l'ob\u00e9issance, une connaissance de Dieu \u00e0 visage d\u00e9couvert ([Dt_4,7]; [Dt_4,35]; [Col_2,8] - [Col_2,10]).
Le Deut\u00e9ronome dira: "Vous n'avez rien vu, vous avez seulement entendu la Parole de Dieu" ([Dt_4,12]; [Dt_5,24]). Mais dans ce "vous n'avez pas vu" il n'y a que le refus de toute image et l'appel \u00e0 la foi: on ne nie pas que Dieu se soit manifest\u00e9. Le discours que l'auteur attribue \u00e0 Yahv\u00e9 est constamment celui d'un Dieu qui se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 ceux qu'il aime et qui l'aiment ([Dt_4,37]; [Dt_7,8]; [Dt_6,4]). Passons au Nouveau Testament, et nous aurons le Discours apr\u00e9s la C\u00e8ne de Jean.

{N}2.20: TU AS \u00c9T\u00c9 CHOISI{/} [Dt_7,6]
{C}Il t'a choisi pour que tu sois son peuple, entre tous les peuples de la terre{/}. On entend parfois poser la question: pour quelle raison Dieu a-t-il choisi Isra\u00ebl de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 tout autre peuple ? C'est le m\u00eame genre de question qu'on entend  \u00e0 propos de la m\u00e8re de J\u00e9sus: Pourquoi Marie a-t-elle \u00e9t\u00e9 choisie de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 toutes les autres femmes ? Dans les deux cas on oublie que Dieu n'est pas dans la situation d'un jury qui choisit entre divers candidats et ne peut qu'\u00e9valuer leurs m\u00e9rites ou leurs aptitudes. Les personnes et les peuples ne commencent \u00e0 exister que lorsque Dieu les a mis dans son plan, et c'est ainsi qu'ils font corps avec toute l'histoire qui les pr\u00e9c\u00e8de ou qui suivra: {C}Je t'ai choisi alors que tu ne me connaissais pas{/} ([Is_45,5]).
L'\u00e9lection d'Isra\u00ebl ne s'est pas faite au moment de l'Exode, mais avant m\u00eame que l'histoire humaine et la diversification des peuples ne se mettent en marche, et c'est pourquoi la Bible fait remonter ses g\u00e9n\u00e9alogies \u00e0 Adam [Gn_5,1]; [Lc_3,38]; et de m\u00eame Dieu n'a pas attendu de savoir comment Marie se comportait vis-\u00e0 vis de lui pour la choisir: elle a \u00e9t\u00e9 choisie dans l'\u00e9ternit\u00e9. Dans les deux cas, toute l'histoire ant\u00e9rieure \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 ce choix.
Une question plus grave se pose aux chr\u00e9tiens. Alors qu'un Juif d'aujourd'hui est conscient de son originalit\u00e9 au milieu des autres peuples, du seul fait qu'il est n\u00e9 de parents juifs, un chr\u00e9tien a souvent du mal \u00e0 dire en quoi il est diff\u00e9rent des autres, et bien plus encore comment il a \u00e9t\u00e9 choisi par Dieu. A la diff\u00e9rence du premier cas, ce qui fait un chr\u00e9tien n'est pas la naissance dans telle ou telle famille ou dans tel ou tel peuple. Il est vrai que dans les pays d'Europe ou d'Am\u00e9rique, jusqu'\u00e0 une date assez r\u00e9cente, on \u00e9tait chr\u00e9tien de naissance et on arrivait presque n\u00e9cessairement au bapt\u00eame. Le choix des parents ob\u00e9issait \u00e0 une longue tradition que nul ne saurait critiquer, mais en fait il dissimulait l'une des caract\u00e9ristiques essentielles du bapt\u00eame: celui-ci est la r\u00e9ponse \u00e0 un appel. Voyez le texte de [Jr_31,31] qui annonce la nouvelle alliance: il s'agit d'une reconnaissance mutuelle de Dieu et de ses fils ou ses filles. 
Quelle que soit l'heure o\u00f9 l'Esprit manifeste sa pr\u00e9sence dans la vie d'un chacun ([1Co_12,7]; [Ga_3,2]), il est difficile de trouver une foi authentiquement chr\u00e9tienne qui ne soit pas li\u00e9e \u00e0 une exp\u00e9rience spirituelle, et de nombreux croyants semble-t-il en prendraient conscience s'ils permettaient que ce qui dort au fond d'eux-m\u00eames franchisse les barrages de la raison ([2Co_13,5]). Ce don de l'Esprit est, selon l'Ecriture, la meilleure preuve que nous avons \u00e9t\u00e9 personnellement appel\u00e9s ([Rm_8,16]). 

{N}2.21: L'AUTRE VERSION DE L'HISTOIRE {/}[1S_29,1]
Ce d\u00e9but de chapitre nous laisse un peu mal \u00e0 l'aise et ne manquera pas de semer des doutes sur la conscience que David pouvait avoir de son identit\u00e9 isra\u00e9lite. Le livre qui suit (en r\u00e9alit\u00e9, ce ne sera que la seconde moiti\u00e9 du Livre de Samuel) le montrera pr\u00e9occup\u00e9 de r\u00e9aliser \u00e0 son profit l'unit\u00e9 d'Isra\u00ebl. Mais les pages qu'on vient de lire \u00e9taient-elles objectives quand elles le pr\u00e9sentaient comme le porteur des espoirs du peuple et comme la noble victime d'un Sa\u00fcl jaloux et maniaque? C'est peut-\u00eatre le moment de rappeler qu'on ne sait rien d'une tribu de Juda ant\u00e9rieure \u00e0 David_; on a bien des raisons de penser que Juda n'\u00e9tait alors que le nom de cette r\u00e9gion des Monts de Juda, occup\u00e9e par divers clans dont le plus important \u00e9tait sans doute celui des Qu\u00e9nizites.  Et le noyau dur des tribus, les h\u00e9ritiers de Mo\u00efse, c'\u00e9taient Ephra\u00efm, Manass\u00e9 et Benjamin, la tribu de Sa\u00fcl.
On pourrait donner \u00e0 toute cette histoire une interpr\u00e9tation fort diff\u00e9rente. Face \u00e0 Sa\u00fcl qui, sans doute maladroitement, cherche \u00e0 r\u00e9aliser l'unit\u00e9 des tribus, David joue sa propre carte comme champion des gens du sud. Par ses gu\u00e9rillas il r\u00e9alise l'unit\u00e9 de la tribu de Juda en m\u00eame temps qu'il paralyse les efforts de Sa\u00fcl pour r\u00e9unir Isra\u00ebl. C'est David qui r\u00e9ussira \u00e0 la t\u00e2che, et Juda, nouveau venu, d\u00e9placera ceux qui jusque l\u00e0 pr\u00e9servaient l'id\u00e9al d'un Isra\u00ebl en gestation. David recevra pour sa dynastie les promesses de Dieu, mais il aura fortement enracin\u00e9 les rancoeurs mutuelles du nord et du sud, pr\u00e9parant ainsi le schisme, soixante ans plus tard.
Voil\u00e0 qui nous invite \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur l'action de Dieu et sur celle des hommes dans l'histoire du peuple de Dieu, sur la part aussi qui revient aux \u00e9crivains inspir\u00e9s dans la fabrication de l'histoire sainte. On a toute libert\u00e9 pour donner une autre interpr\u00e9tation, et peut-\u00eatre sera-t-on davantage dans le vrai, mais ce ne seront que des interpr\u00e9tations, et elles ne referont pas l'histoire. 
Car la Bible a donn\u00e9 le sens et tous les \u00e9crivains sacr\u00e9s ont prolong\u00e9 cette premi\u00e8re vision des livres de Samuel. Dans le premier livre, David est devenu le vainqueur de Goliat_; \u00e0 la fin du second il sera l'auteur des Psaumes. Le livre des Chroniques fera de lui le vrai cr\u00e9ateur du Temple et de tout le culte d'Isra\u00ebl. Il est permis de penser que David n'a ressembl\u00e9 que d'assez loin \u00e0 ce personnage de l\u00e9gende,_mais personne ne pourra nier que son histoire, telle qu'on a nous l'a transmise, a \u00e9t\u00e9 porteuse d'une force spirituelle et humaine \u00e9norme. Elle est pour une bonne part \u00e0 l'origine du destin des Juifs, et sans elle J\u00e9sus perdrait ses racines humaines. Ici encore il faut r\u00e9p\u00e9ter que le livre inspir\u00e9 \u00e9chappe aux hommes et que Dieu en est l'auteur: il s'en sert pour diriger souverainement les destin\u00e9es de son peuple.

{N}2.22:{/} {N}LA R\u00c9DEMPTION {/}[Mt_20,28]
{C}Racheter, r\u00e9parer, lib\u00e9rer, ran\u00e7on{/}: ces mots dont nous ne voyons pas toujours la diff\u00e9rence accompagnent les images et les id\u00e9es que nous avons habituellement de la R\u00e9demption. 
Derri\u00e8re les mots du Nouveau Testament que nous traduisons par {C}racheter{/}, il peut \u00eatre bon de distinguer quatre mots h\u00e9bra\u00efques de l'Ancien Testament qui n'ont pas toujours \u00e9t\u00e9 traduits par les m\u00eames mots grecs. 
Il y a d'abord le verbe {C}racheter{/}. Ce rachat, c'est une acquisition, mais ce qu'on acquiert est un bien qui le plus souvent a appartenu \u00e0 la famille et que celle-ci r\u00e9cup\u00e8re. Le mot {C}rachat{/} se rencontre davantage de fois dans le petit livre de Ruth que dans tout le reste de la Bible. Dans le Nouveau Testament il pourrait \u00eatre rendu le plus souvent par le verbe lib\u00e9rer: [Rm_8,23]; [Ep_1,7]; [Col_1,14]; [Ga_3,13]; [Ga_4,5]. Dans [He_9,15] et [Tt_2,14] racheter est le seul terme qui convienne.
Il y a aussi le mot {C}acquisition. {/}Lorsque la Bible rappelle le choix que Dieu a fait d'un peuple qui lui appartienne, elle parle parfois d'une acquisition pour souligner que Dieu s'est fait le ma\u00eetre et propri\u00e9taire d'Isra\u00ebl et que personne d\u00e9sormais ne pourra le lui reprendre. On trouvera ce sens en [2P_2,1] pour d\u00e9signer ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 faire partie du peuple de Dieu. En [Ap_14,3] et [Ap_14,4], ce sont les 144.000 \u00e9lus et vierges du Mont Sion qui ont \u00e9t\u00e9 acquis (ou pris) parmi les autres humains.
Par contre, dans le pr\u00e9sent texte de Matthieu et dans le texte parall\u00e8le de [Mc_10,45], puis en [1Tm_2,6] le mot que nous traduisons par {C}ran\u00e7on{/} doit \u00eatre compris comme le sacrifice d'expiation que l'on devait payer pour une faute grave. Ici, dans Matthieu, J\u00e9sus se r\u00e9f\u00e8re au Serviteur de Dieu du livre d'Isa\u00efe qui offre sa vie pour r\u00e9parer les fautes de son peuple ([Is_52,13] - [Is_53,12]). C'est le seul endroit de l'\u00e9vangile o\u00f9 J\u00e9sus donne ce sens \u00e0 sa mort, mais les Actes nous montrent que les pr\u00e9dicateurs de l'Evangile utilisaient volontiers la proph\u00e9tie d'Isa\u00efe pour proclamer J\u00e9sus-Messie: c'est \u00e0 partir de l\u00e0 sans doute qu'ils ont d\u00e9velopp\u00e9 les trois affirmations_qui se retrouvent en maints endroits de la pr\u00e9dication apostolique: J\u00e9sus est mort pour nos p\u00e9ch\u00e9s, il est mort pour le pardon des p\u00e9ch\u00e9s, il s'est fait victime pour nos p\u00e9ch\u00e9s.
Cette id\u00e9e d'un sacrifice pour nos p\u00e9ch\u00e9s peut nous surprendre dans la mesure o\u00f9 nous cherchons instinctivement \u00e0 \u00e9luder notre responsabilit\u00e9 dans ce d\u00e9sordre universel qu'est le p\u00e9ch\u00e9; avouons m\u00eame que nous nous sentons humili\u00e9s par le seul fait qu'un autre ait d\u00fb payer pour nous. Mais aussi notre g\u00eane vient de ce que cette ran\u00e7on a \u00e9t\u00e9 souvent comment\u00e9e de fa\u00e7on tr\u00e8s \u00e9tonnante. Alors que les textes bibliques qui parlent de rachat, pris dans leur ensemble, insistent davantage sur l'aspect de d\u00e9livrance que sur l'aspect de paiement, certains ont compris que la mort de J\u00e9sus \u00e9tait un paiement fait au d\u00e9mon pour rel\u00e2cher son emprise sur l'humanit\u00e9. D'autres ont parl\u00e9 des offenses faites \u00e0 Dieu qui exigeaient une r\u00e9paration et se trouvaient pay\u00e9es par les souffrances et le sacrifice de J\u00e9sus.
Il est bien vrai que J\u00e9sus est mort pour nos p\u00e9ch\u00e9s, mais la R\u00e9demption va plus loin que le paiement d'une s\u00e9rie de dettes. Il y a une remise en ordre du monde, comme il y a une remise en ordre de l'homme, qui d\u00e9passe nos vues \u00e0 court terme. Il fallait que tout s'ach\u00e8ve en un \u00e9quilibre parfait pour que tout puisse retourner \u00e0 Dieu. J\u00e9sus avait pour mission d'assurer ce retour d'un monde ali\u00e9n\u00e9, et le p\u00e9ch\u00e9 \u00e9tait une donn\u00e9e majeure de notre ali\u00e9nation. L'unit\u00e9 de l'univers et des fils de Dieu dispers\u00e9s ne pouvait se r\u00e9aliser que dans une r\u00e9conciliation qui serait aussi une r\u00e9conciliation avec Dieu apr\u00e8s la faute originelle -celle des esprits tuteurs et recteurs de la cr\u00e9ation. La mort volontaire de J\u00e9sus \u00e9tait la ran\u00e7on, au sens figur\u00e9, d'une telle faillite. De l\u00e0 \u00e0 assurer que J\u00e9sus au moment de mourir avait en vue toutes nos fautes individuelles, il y a loin; mais toutes faisaient partie du passif et aucune de nos "r\u00e9bellions" ([Is_53,5] et [1Jn_3,4]) ne pouvait s'oublier sans plus.
Ceux qui, dans le pass\u00e9, ont compris [Rm_5,15] - [Rm_5,19] comme l'affirmation d'un p\u00e9ch\u00e9 majeur effectivement commis par le premier homme n'ont pas manqu\u00e9 de voir dans la mort de J\u00e9sus la r\u00e9paration de ce p\u00e9ch\u00e9 tr\u00e8s myst\u00e9rieux. Les artistes ont souvent peint au pied de la croix un cr\u00e2ne qui \u00e9tait celui d'Adam. Pourtant ce n'est pas \u00e0 ce p\u00e9ch\u00e9 et \u00e0 ce p\u00e9cheur que s'int\u00e9ressent les \u00e9vangiles: voir les commentaires sur le P\u00e9ch\u00e9 Originel en [Gn_3,1].
Jusqu'ici nous sommes rest\u00e9s sur une vue intellectuelle ou morale de la R\u00e9demption, mais il faut aller plus loin. Lorsque les ap\u00f4tres commentent le sacrifice de J\u00e9sus mort pour nos p\u00e9ch\u00e9s, mort pour notre d\u00e9livrance ([Rm_3,25]; [Rm_4,25]; [Rm_5,6] - [Rm_5,11]; [2Co_5,20] - [2Co_5,21] et [1P_2,21] - [1P_2,25]), ils ne pr\u00e9tendent pas d'abord expliquer, ils veulent forcer notre admiration face \u00e0 la grandeur de l'amour divin. G\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de Dieu-P\u00e8re d'abord ([Rm_8,3]; [Jn_3,16]; [1Jn_4,10] - [1Jn_4,11]); mais ensuite reconnaissance et \u00e9crasement dans l'humilit\u00e9 devant le sacrifice volontaire du Fils ([Rm_5,7] - [Rm_5,10]). Et de l\u00e0 vient leur d\u00e9vouement total \u00e0 la personne de J\u00e9sus ([Ga_2,19] - [Ga_2,20]).
On a dit que personne n'avait jamais \u00e9t\u00e9 aim\u00e9 comme J\u00e9sus l'a \u00e9t\u00e9, l'est encore et le sera, et ceci est un autre aspect de la R\u00e9demption. Si nous croyons que le sacrifice du Christ sauve l'humanit\u00e9 enti\u00e8re ([1Jn_2,2]), tout comme ce m\u00eame Fils-Verbe illumine toute conscience humaine ([Jn_1,9]), c'est aussi un fait que l'immense majorit\u00e9 des peuples n'en a jamais rien su. Mais \u00e0 partir du moment o\u00f9 Dieu se choisit un peuple auquel il se r\u00e9v\u00e8le et r\u00e9v\u00e8le son plan de salut ([Is_54,13]; [Jr_31,34]; [Ep_3,5]), toute une part de la R\u00e9demption va s'effectuer \u00e0 travers les relations mutuelles de Dieu et de ce peuple \u00e9lu ([Is_62,1] - [Is_62,5]; [So_3,17]). Ceux qu'il a appel\u00e9s ont vu l'amour de Dieu et ils y ont cru ([1Jn_4,16]). Voici ouverte pour Dieu la possibilit\u00e9 de faire avec eux une exp\u00e9rience unique, celle de l'amour r\u00e9ciproque dans la clart\u00e9.
C'est la raison pour laquelle J\u00e9sus veut -c'est une de ses motivations majeures- que son sacrifice purifie ([Ep_5,26]) et sanctifie ([1Co_6,11]) ceux qu'il a acquis [Ac_20,28] ou qu'il va acqu\u00e9rir pour Dieu ([Ap_5,9] - [Ap_5,10]; [Ap_14,3]). C'est pour eux qu'il se consacre ([Jn_17,19]; [He_10,14]). Et de leur c\u00f4t\u00e9, la contemplation des abaissements et de l'amour du Fils leur sugg\u00e9rera toutes les folies de l'amour, cela m\u00eame qui fera dans l'\u00e9ternit\u00e9 l'\u00e9merveillement des puissances c\u00e9lestes ([1P_1,12]).

{N}2.23: J\u00c9SUS ET LES PHARISIENS{/} [Mt_23,1]
Le chapitre 23 de Matthieu doit se lire \u00e0 la lumi\u00e8re des oppositions et pers\u00e9cutions que connut l'Eglise de Palestine jusqu'au jour o\u00f9 les chr\u00e9tiens furent exclus de la communaut\u00e9 juive. La rupture devint d\u00e9finitive avec les d\u00e9crets pris par les pharisiens au concile de Jamnia en l'an 95, lorsqu'ils eurent \u00e0 r\u00e9organiser la communaut\u00e9 isra\u00e9lite apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements tragiques de la guerre avec les Romains. C'est alors qu'ils fix\u00e8rent le canon des livres sacr\u00e9s et donn\u00e8rent \u00e0 la religion juive une structure tr\u00e8s ferme, pr\u00e9cisant les traditions et les pratiques et mettant fin \u00e0 une attitude plus souple qui, au temps de J\u00e9sus, avait favoris\u00e9 notamment le d\u00e9veloppement du pros\u00e9lytisme ou apostolat juif parmi les pa\u00efens: les conversions de grecs au juda\u00efsme s'\u00e9taient multipli\u00e9es.
L'Evangile de Matthieu, \u00e9crit au moment de cette rupture, adopte une position assez pol\u00e9mique vis-\u00e0-vis d'eux, du fait qu'ils repr\u00e9sentaient un juda\u00efsme adversaire de l'Eglise. Parlant des pharisiens du temps de J\u00e9sus, il tend \u00e0 voir en eux ses principaux ennemis. Mais le fait qu'il d\u00e9forme en cela une r\u00e9alit\u00e9 historique que Luc rapporte plus objectivement, ne nous autorise en rien \u00e0 rejeter son t\u00e9moignage sur le point essentiel: il y a une opposition fondamentale entre le pharis\u00e9isme et l'Evangile. Le livre de Matthieu est Parole de Dieu_; il nous donne sur les situations auxquelles J\u00e9sus a d\u00fb faire face, la vision que Dieu a voulu que nous en gardions.
Il est vrai que, sous divers aspects, J\u00e9sus a faite sienne l'interpr\u00e9tation que les pharisiens donnaient de la Bible, et ils furent nombreux parmi ses premiers disciples. Mais leur religion faite en grande partie de droits et de devoirs \u00e9tait incompatible avec une nouvelle vision r\u00e9sultant du seul fait que J\u00e9sus \u00e9tait le Fils, livr\u00e9 par le P\u00e8re pour sauver les p\u00e9cheurs.
Dans ce chapitre 23 Matthieu pr\u00e9sente une pol\u00e9mique de J\u00e9sus contre les pharisiens. Elle ne peut laisser indiff\u00e9rent \u00e0 aucun chr\u00e9tien, vu que le pharis\u00e9isme \u00e9tait l'expression \u00e0 cette \u00e9poque d'une attitude religieuse et de forces confessionnelles qui ne sont pas moins vigoureuses \u00e0 notre \u00e9poque qu'aux si\u00e8cles qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Bien des auteurs chr\u00e9tiens ont parl\u00e9 d'eux comme si tous avaient \u00e9t\u00e9 des hypocrites et des gens de mauvaise foi. Quand on lit ces commentaires on soup\u00e7onne que ces auteurs sentaient, mais ne voulaient pas reconna\u00eetre, qu'ils occupaient dans la soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne la m\u00eame position qu'avaient occup\u00e9e les pharisiens, et qu'ils tombaient sous le coup des m\u00eames reproches. Aujourd'hui en revanche, beaucoup dans l'Eglise voudraient, non seulement justifier les pharisiens de ces g\u00e9n\u00e9ralisations imm\u00e9rit\u00e9es, mais ignorer et m\u00eame rejeter les avertissements de l'Evangile \u00e0 leur endroit. La raison d'une telle ferveur est peut-\u00eatre la m\u00eame qui avait inspir\u00e9 l'injustice des jugements pass\u00e9s: on canonise les pharisiens dans la mesure o\u00f9 l'on occupe leur place et o\u00f9 l'on court le m\u00eame risque: celui de faire partie des sages et des prudents auxquels n'a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le myst\u00e8re de J\u00e9sus. 

{N}2.24: IL COMMANDAIT AUS EXPRITS IMPURS{/} [Mc_1,16]
Nous ne savons que tr\u00e8s peu de choses de ce qu'a \u00e9t\u00e9 la vie de J\u00e9sus avec ses disciples durant les dix-huit mois ou \u00e0 peu pr\u00e8s qu'il a pass\u00e9s avec eux. Jean a pris soin de nous parler des premi\u00e8res rencontres ([Jn_1,29] - [Jn_1,34]). Marc souligne ici l'appel que J\u00e9sus leur a un jour adress\u00e9: "Ce n'est pas vous qui m'avez choisi... ". 

{N}2.25: LES "FR\u00c8RES DE J\u00c9SUS"{/} [Mc_3,31]
Il est \u00e9tonnant que les t\u00e9moignages de l'\u00e9vangile \u00e0 ce sujet soient interpr\u00e9t\u00e9s habituellement avec si peu d'impartialit\u00e9. Faut-il penser que l'insistance (et aprfois les exc\u00e8s) de la pr\u00e9dication catholique au sujet de Marie sont contredits par un examen plus objectif des faits? Il vaudrait mieux faire observer que sur ce point ceux qui nient les t\u00e9moignages et les faits n'ont gu\u00e8re d'autres arguments que des "peut-\u00eatre" et des "on peut penser".
Rappelons tout d'abord que "Marie toujours vierge" n'est pas seulement une "tradition ancienne", comme on le lit jusque sous la plume de certains catholiques, mais que cela fait aprtie de la foi et du Credo. Il n'y a pas l\u00e0 unpieux sentiment \u00e0 propos de faits discutables qui seraient \u00e9trangers \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation. Si Dieu-Fils Unique s'est fait r\u00e9ellement homme, et s'il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u dans un acte libre, digne \u00e0 lafois de Dieu et d'une femme consciente de la gr\u00e2ce unique dont elle \u00e9tait l'objet, laquelle devait \u00eatre sa m\u00e8re au sens le plus fort du terme, il est impossible que Dieu ne l'ait pas faite sienne de fa\u00e7on exclusive et d\u00e9finitive. Aucune personne qui ait eu une exp\u00e9rience spirituelle n'osera mettre ce point en doute. Et c'est ce sentiment -nous parlons d'une intuition de la v\u00e9rit\u00e9 divine- qui est derri\u00e8re l'affirmation constantge de la foi chr\u00e9tienne. Faire toute la lumi\u00e8re sur ce point n'est pas autre chose que r\u00e9v\u00e9ler le visage de Dieu tel qu'il s'est manifest\u00e9 dans l'Ecriture. Et si d'autres \u00e9glises chr\u00e9tiennes continuent d'ignorer cet aspect des merveilles de Dieu, ce n'est pas une raison suffisante pour le taire.
Mais maintenant, est-ce que les textes sont ambig\u00fcs? Nous avons dit d\u00e9j\u00e0 que si les {C}fr\u00e8res de J\u00e9sus{/} \u00e9taient les fils de sa m\u00e8re, l'auteur devait \u00e9crire: \u00ab_ta m\u00e8re et les fils de ta m\u00e8re_\u00bb. Mais cette expression ne se lit nulle part. Bien plus, si les trois \u00e9vangiles synoptiques ont voulu rappeler la r\u00e9ponse de J\u00e9sus \u00e0 ce moment, pourquoi ne l'ont-ils pas confirm\u00e9e par un texte qui convenait parfaitement et que tous connaissaient: \u00ab_je suis devenu un \u00e9tranger pour mes fr\u00e8res, un inconnu pour les fils de ma m\u00e8re_\u00bb ([Ps_69,9]). Car ce psaume est cit\u00e9 en plus de quinze endroits du Nouveau Testament, mais le verset 9 n'appara\u00eet pas, alors qu'il aurait d\u00fb retenir l'attention de l'Eglise si J\u00e9sus avait eu des fr\u00e8res.
Les arguments pour nier que le mot fr\u00e8res d\u00e9signe ici des parents sont tr\u00e8s faibles. Nous n'avons rencontr\u00e9 que les deux suivants. Le premier est: le mot fr\u00e8re peut d\u00e9signer en h\u00e9breu n'importe quel parent, mais l'\u00e9vangile est en grec et le grec a des mots pr\u00e9cis pour distinguer fr\u00e8res et cousins. R\u00e9ponse: dans les textes grecs de la Bible qui traduisent un original h\u00e9breu, on trouve toujours le mot \u00ab_fr\u00e8re_\u00bb pour traduire le {C}fr\u00e8re{/} de l'original, qu'il s'agisse de fr\u00e8res v\u00e9ritables ou de parents: il y a plus de mille exemples dans les LXX. L'autre argument est celui d'un ex\u00e9g\u00e8te qui a vu que dans une \u00e9p\u00eetre (et c'est un cas unique dans le N.T.), Paul a utilis\u00e9 le mot grec \u00ab_cousin_\u00bb ([Col_4,10]), et il conclut: si Paul l'a utilis\u00e9 en cet endroit, pourquoi ne l'a-t-il pas utilis\u00e9 pour nous parler des fr\u00e8res du Seigneur s'ils n'\u00e9taient que des cousins? R\u00e9ponse: Paul a parl\u00e9 d'Aristarque, \u00ab_cousin de Barnab\u00e9_\u00bb parce que c'est ainsi qu'on l'identifiait dans un milieu grec_; mais ailleurs il a parl\u00e9 des \u00ab_fr\u00e8res du Seigneur_\u00bb parce que c'est ainsi qu'on les appelait dans un contexte aram\u00e9en, et m\u00eame en grec l'Eglise avait gard\u00e9 l'expression.
Nous avons dit le poids du t\u00e9moignage de [Mc_15,40] \u00e9paul\u00e9 par [Mc_15,47] \u00e0 propos de Marie m\u00e8re de Jacques m\u00e8re de Jacques et Joseph: et aussit\u00f4t certains \u00e9mettent des hypoth\u00e8ses qui permettraient d'attaquer ce t\u00e9moignage. Mais pourquoi leur faut-il \u00e0 tout prix attaquer ce t\u00e9moignage? Pourquoi la virginit\u00e9 de Marie et la mention de son fils unique leur cause-t-elle un tel malaise? \u00ab_Ils m'ont ha\u00ef sans raison_\u00bb ([Jn_15,25]).

{N}2.26: DU BON USAGE DES SIGNES {/}[Mc_8,12]
{C}Aucun signe ne sera donn\u00e9 \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration{/}. L'expression "cette g\u00e9n\u00e9ration" que nous lisons dans le texte original peut se traduire par {C}ces gens-l\u00e0{/}. De fait, J\u00e9sus a donn\u00e9 bien des signes ([Jn_20,30]) et Jean insiste sur le fait que ses miracles font partie des signes qui permettent de le reconna\u00eetre ([Jn_10,38]). Donc il semble bien qu'ici il refuse de les faire sur commande ([Jn_6,30]) et quand les conditions ne sont pas r\u00e9unies pour qu'on passe du signe \u00e0 la foi ([Jn_6,26]). 
Pourtant il y a d'autres passages o\u00f9 J\u00e9sus se plaint de ce que nous ayons toujours besoin de signes pour croire ([Jn_4,48]). Pour lui le signe que Dieu accorde, tout comme la pri\u00e8re exauc\u00e9e, sont comme le don d'une personne qui se r\u00e9v\u00e8le et c'est ainsi que nous devons les accueillir ([Jn_16,24]). Il semblerait que bien souvent, dans nos rapports avec Dieu, nous consid\u00e9rons la confiance comme une chose difficile et co\u00fbteuse, et il nous semble juste que Dieu ne la r\u00e9clame pas sans avoir donn\u00e9 des preuves claires qu'il nous entend et que notre foi sera r\u00e9compens\u00e9e. Mais \u00e0 partir du moment o\u00f9 nous nous pla\u00e7ons sur ce terrain du donnant donnant, nous passons \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la seule chose qui l'int\u00e9resse. Quel plaisir trouve-t-il \u00e0 ce que nous accomplissions des devoirs religieux ou des bonnes oeuvres ? Il n'en a que faire. Par contre toute sa joie (le mot n'est pas trop fort) est de commencer d\u00e8s ici-bas ce jeu de l'amour r\u00e9ciproque o\u00f9 nous sommes capables de faire un pas en avant pour voir comment il r\u00e9agira, et un second ou un {C}n{/}i\u00e9me pas s'il s'obstine \u00e0 ne pas r\u00e9pondre. C'est cela qui est une approche de la vie \u00e9ternelle.

{N}2.27: CELUI QUI NE CROIRA PAS SERA CONDAMN\u00c9 {/}[Mc_16,16]
Le texte original dit bien: {C}Celui qui ne croira pas sera condamn\u00e9{/}. M\u00eame si nous devons comprendre: "Celui qui se refusera \u00e0 croire", il y a l\u00e0 une menace dont l'interpr\u00e9tation erron\u00e9e a eu des effets incalculables. 
Celui qui {C}ne croit pas{/} est l'un de ceux \u00e0 qui l'on pr\u00e9sente le message. Il refuse de croire bien que des {C}signes {/}accompagnent le message, assez parlants pour qu'on puisse y reconna\u00eetre une volont\u00e9 du Ciel. Il sera {C}condamn\u00e9{/}, c'est-\u00e0-dire que, lors du jugement o\u00f9 il rendra compte de ses actes bons et mauvais, il recevra sur ce point "une" condamnation: il y a eu faute de sa part. C'est cela m\u00eame qu'on lit en [Mt_10,40].
Celui qui croit  et est baptis\u00e9 {C}est sauv\u00e9{/}, c'est-\u00e0-dire qu'il jouit des dons que Dieu r\u00e9serve \u00e0 ceux qui l'ont reconnu en la personne de son Fils et qui, gr\u00e2ce \u00e0 la foi, ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d'une remise en ordre de tout leur \u00eatre. Ceux-ci sont \u00e0 la fois b\u00e9n\u00e9ficiaires et coop\u00e9rateurs du myst\u00e8re de salut que Dieu m\u00e8ne \u00e0 bien au coeur de l'histoire humaine. Car dans cette oeuvre qui int\u00e9resse aussi bien ceux qui sont proches que ceux qui sont au loin, une part essentielle est r\u00e9serv\u00e9e au peuple de Dieu. S'il renon\u00e7ait \u00e0 remplir sa mission, l'humanit\u00e9 serait {C}condamn\u00e9e \u00e0 se perdre{/}, dans tous les sens du terme.
On se demande comment Dieu a permis que ces lignes soient interpr\u00e9t\u00e9es d'une fa\u00e7on tr\u00e8s tendancieuse dans l'Eglise d'occident, et cela jusqu'\u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. Les porteurs de la foi \u00e9taient persuad\u00e9s que tous devaient accueillir leur pr\u00e9dication, m\u00eame s'ils parlaient un langage ha\u00ef ou incompris, m\u00eame si leur pr\u00e9dication n'\u00e9tait pas accompagn\u00e9e par les signes dont parle l'Evangile. Ils voulaient donner \u00e0 tout prix le bapt\u00eame, comme attribuant au rite une efficacit\u00e9 magique. Ils affirmaient, ce que ne dit pas le texte, que celui qui ne croyait pas perdait le salut \u00e9ternel et se trouvait condamn\u00e9 \u00e0 un enfer sans fin. Voir \u00e0 ce sujet l'Introduction \u00e0 Jonas.
Cette interpr\u00e9tation inexacte qui faisait de l'institution eccl\u00e9siale le parti des sauv\u00e9s, face \u00e0 une "masse de perdition", satisfaisait le fonds de violence qui est au coeur de toute communaut\u00e9 quand elle se croit \u00e9lue par le Dieu unique pour donner au monde la seule v\u00e9rit\u00e9. Comment comprendre qu'on ait pu ainsi d\u00e9naturer l'Ecriture et l'\u00e9vang\u00e9lisation sans que Dieu se manifeste par ses proph\u00e8tes ? Il y a l\u00e0 un myst\u00e8re. Reconnaissons cependant que cette vue du monde en noir et blanc sans demi-teintes a encourag\u00e9 chez des millions de croyants une volont\u00e9 de fer pour dominer leurs instincts et souvent faire des choix h\u00e9ro\u00efques: tout plut\u00f4t que p\u00e9cher.

{N}2.28{/}: {N}LA LISTE DES DOUZE {/}[Lc_6,14]
Voir la note plac\u00e9e en [Mc_3,14]. 
Il est certain que J\u00e9sus en a choisi douze, un chiffre plein de sens dans le peuple des douze tribus: [Lc_22,30]; [Ac_1,15] - [Ac_1,26]; [Ap_4,4]; [Ap_21,12].
Il se peut que certains des Douze n'aient pas retenu l'attention de l'Eglise et que la tradition, pr\u00e9occup\u00e9e pour garder une liste de douze, y ait inclus des disciples de la premi\u00e8re heure qui s'\u00e9taient signal\u00e9s \u00e0 l'attention de tous. Il y a des liens, r\u00e9els ou forg\u00e9s par la tradition, entre l'ap\u00f4tre Philippe et le diacre de ce nom ([Ac_6,1] et [Ac_8,1]).
La liste des Douze n'est pas identique dans les trois \u00e9vangiles synoptiques, auxquels il faut ajouter [Ac_1,13]. On ne sait pas s'il faut traduire "Judas de Jacques" par "fils " ou "fr\u00e8re" de Jacques. Cependant on voit qu'il remplace Thadd\u00e9e (appel\u00e9 Lebb\u00e9e dans certains manuscrits anciens) que citent Matthieu et Marc. Thadd\u00e9e est-il le m\u00eame que "Judas de Jacques" ? Ou bien \u00e9tait-il l'un des Douze et se serait-il retir\u00e9, ou aurait-il \u00e9t\u00e9 vite oubli\u00e9, remplac\u00e9 \u00e0 ce moment par Judas de Jacques? Luc nous parle du remplacement de Judas Iscariote ([Ac_1,15]), il n'\u00e9tait pas oblig\u00e9 de nous parler d'autres possibles remplacements, d'autant plus ais\u00e9s qu'il y eut un temps o\u00f9 l'on donnait le titre d'ap\u00f4tres \u00e0 certains qui passaient pour fondateurs d'\u00e9glises. Par ailleurs, il n'y a aucune raison d'identifier Barth\u00e9lemy avec Nathana\u00ebl: le fait que [Jn_1,45] - [Jn_1,50] nous montre ce dernier entre les premiers disciples ne prouve pas qu'il ait \u00e9t\u00e9 du nombre des ap\u00f4tres. 
Simon le {C}z\u00e9lote{/} est appel\u00e9 le {C}canan\u00e9en {/}en [Mt_10,4]. Ce terme, en h\u00e9breu, a le m\u00eame sens que z\u00e9lote: le fanatique. On avait l\u00e0 des terroristes pr\u00eats \u00e0 assaillir les romains ou leurs collaborateurs.

{N}2.29:{/} {N}TA FOI T'A SAUV\u00c9E {/}[Lc_8,43]
De nombreux manuscrits anciens ont pour ce verset un texte plus long et plus proche de [Mc_5,25]. Ce d\u00e9tail compte peu \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la parole de J\u00e9sus: {C}Ta foi t'a sauv\u00e9e{/}. On la trouve chez Matthieu et Marc dans le m\u00eame r\u00e9cit, quatre fois encore dans Luc ([Lc_7,50]; [Lc_17,19]; [Lc_18,42] et [Ac_14,9]). De quelle foi s'agit-il ? Si mal inform\u00e9s qu'aient \u00e9t\u00e9 les malades, ils en savaient assez pour consid\u00e9rer J\u00e9sus comme un proph\u00e8te ([Mc_6,15]), et ils s'\u00e9taient approch\u00e9s de lui avec la m\u00eame certitude: "Dieu a visit\u00e9 son peuple !" ([Lc_7,16]).
Voici donc la foi comme on la rencontre dans le peuple tout simple et sans th\u00e9ologie. Et J\u00e9sus est le premier qui la met en valeur. Si nous nous reportons aux r\u00e9cits de miracles de l'Ancien Testament qui peuvent se comparer avec ceux de l'\u00e9vangile -en fait on ne les trouvera gu\u00e8re que dans les chapitres consacr\u00e9s \u00e0 Elie et Elis\u00e9e ([1R_17,1]; [2R_1,1] - [2R_7,1]) la foi n'est pas absente, mais elle n'est pas le plus important ([Nb_21,9]). Les r\u00e9cits mettent en relief le charisme du proph\u00e8te, et le proph\u00e8te qui, lui, a la foi et le charisme, demande \u00e0 Dieu le miracle. L'\u00e9vangile de son c\u00f4t\u00e9, celui de Marc tout sp\u00e9cialement, t\u00e9moigne de la puissance de J\u00e9sus qui, \u00e0 la diff\u00e9rence du proph\u00e8te, ne demande rien \u00e0 Dieu et donne un ordre. Mais Luc se pla\u00eet aussi \u00e0 rappeler les paroles de J\u00e9sus qui s'efface devant le pouvoir de la foi chez les croyants tout simples. 
Ce pouvoir de la foi est regard\u00e9 de haut par bien des personnes, et l'on pense aussit\u00f4t: "C'est la m\u00eame foi qui am\u00e8ne aux charlatans leur client\u00e8le". On n'y voit qu'une autosuggestion qui en certains cas donne un coup de fouet dont on avait besoin, mais n'a gu\u00e8re de valeur sur le plan m\u00e9dical et encore moins sur le plan religieux. 
La parole de J\u00e9sus nous invite bien plut\u00f4t \u00e0 envier cette foi non instruite qui souvent reconna\u00eet les proph\u00e8tes mais ne fait pas grand usage de l'Eglise install\u00e9e: elle est une de nos grandes richesses. Dans le monde autour de nous, au d\u00e9part de tout ce qui est grand il y a eu la foi, sinon sous la forme: "Dieu a visit\u00e9 son peuple", au moins dans sa version la\u00efcis\u00e9e: "la Providence, ou la chance, nous aidera". Dans toutes les religions ce langage est entendu. 
Cette foi, l'Ancien Testament la montrait en action (relire [He_11,1]) mais il n'en parlait gu\u00e8re. Les \u00e9crits du Nouveau Testament par contre font \u00e0 chaque instant l'\u00e9loge de la foi, mais le plus souvent il s'agit de fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cise de la foi au Christ Seigneur. Car ces livres nous parlent de croyants qui vivent consciemment leur vie nouvelle de baptis\u00e9s, et l'important de la foi "selon le Christ" (voir la note en [Ac_4,12]), c'est qu'elle donne acc\u00e8s aux biens surnaturels. On est donc un peu \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du terrain o\u00f9 se d\u00e9battent les pauvres gens. Mais ici l'\u00e9vangile nous rappelle cette grande majorit\u00e9 de nos fr\u00e8res humains pour qui le pain du lendemain n'est pas assur\u00e9 et pour qui m\u00e9decins et services de sant\u00e9 sont un luxe hors de leur port\u00e9e. Leur foi mal ou peu instruite, tr\u00e8s conditionn\u00e9e par les besoins du moment ([2R_4,39]; [Jn_2,3]), n'en a pas moins de valeur aux yeux de Dieu. Un optimisme irraisonn\u00e9 les invite parfois \u00e0 penser que Dieu doit les tirer d'affaire, et Dieu se reconna\u00eet dans cette id\u00e9e qu'ils se font de lui.

{N}2.30:{/} {N}LE PROCHAIN {/}[Lc_10,39]
Les commentaires rabbiniques de la Bible les plus anciens -ils sont contemporains des \u00e9vangiles- montrent comment les ma\u00eetres se divisaient sur la question de qui est le prochain. La question pos\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus \u00e9tait donc fort actuelle. Et les interpr\u00e9tations du mot {C}prochain{/} allaient de la famille tr\u00e8s proche aux familiers, \u00e0 tout fr\u00e8re juif, m\u00eame aux pros\u00e9lytes qui ne sont pas encore pleinement juifs. Mais personne n'allait au-del\u00e0 de cette barri\u00e8re \u00e0 la fois nationale et religieuse. 
La r\u00e9ponse de J\u00e9sus est donc absolument neuve. Comme l'a montr\u00e9 le philosophe Henri Bergson, passer du prochain membre du m\u00eame groupe social \u00e0 un prochain qui peut \u00eatre toute autre personne, ce n'est pas seulement un \u00e9largissement, c'est acc\u00e9der \u00e0 un autre monde. L'amour du prochain qu'on essayait de pratiquer entre Juifs et Grecs dans l'Eglise primitive en d\u00e9pit des m\u00e9fiances mutuelles (c'\u00e9tait l'une des grandes pr\u00e9occupations de Paul: [2Co_8,1] - [2Co_9,1]) \u00e9tait une richesse nouvelle donn\u00e9e au monde. Saint Jean, pour sa part le voyait bien comme un commandement tr\u00e8s nouveau ([Jn_13,34]; [1Jn_2,8]). Si aujourd'hui la r\u00e9ponse de J\u00e9sus ne nous semble plus si extraordinaire, c'est tout simplement parce que cette parabole a d\u00e9j\u00e0 transform\u00e9 les consciences. Cependant cet amour du prochain continue d'appara\u00eetre comme une nouveaut\u00e9 dans le monde actuel lorsqu'il ne s'agit pas seulement d'aider un prochain "lointain" dans des cas individuels marginaux, mais que cet amour permet la rencontre d'\u00e9l\u00e9ments sociaux entre lesquels existent des barri\u00e8res.

{N}2.31:{/} {N}LE VISAGE HUMAIN DE DIEU{/} [Lc_18,1]
Ces paraboles o\u00f9 J\u00e9sus donne a Dieu un visage si humain ne manqueront pas de choquer certains de ceux qui ont une formation philosophique. Dans un premier temps, on est \u00e9mu par cette humanit\u00e9 de Dieu_; ensuite, on se reprend et la parabole n'est plus qu'une comparaison \u00e0 laquelle on ne doit pas trop se fier. Dieu n'est-il pas l'Unique et l'Un, le Saint et le Tr\u00e8s-Haut? C'est ici pourtant que la foi voit plus clair que la raison. Le Dieu des philosophes, quand on veut bien lui conc\u00e9der les capacit\u00e9s que poss\u00e8de toute personne digne de ce nom, reste g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l'image des professeurs. J\u00e9sus nous invite \u00e0 voir en lui tout ce que nous admirons chez les gens vraiment intelligents, lesquels manient volontiers l'humour et la fantaisie, chez les amants, qui ne connaissent gu\u00e8re la mesure, chez les parents inquiets pour leurs enfants. Il est bien certain que ces paraboles ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l'origine de peintures de Dieu et de pratiques religieuses qui souvent ont oubli\u00e9 le myst\u00e8re de l'Infini_; il faut toujours nous m\u00e9fier des certitudes de notre pr\u00e9dication et des discours interminables sur celui que notre th\u00e9ologie conna\u00eet si peu. Mais on sera plus indulgent envers les exc\u00e8s de la pi\u00e9t\u00e9 populaire si l'on se rappelle que la mission propre de la r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne est d'ouvrir un \u00e9tat de communion simple et confiante entre Dieu et ses enfants. Elle a laiss\u00e9 \u00e0 d'autres la prosternation et elle ne nous en parle gu\u00e8re que lorsqu'elle \u00e9voque la cit\u00e9 c\u00e9leste: [Ap_4,10]; [Ap_5,14]; [Ap_7,11]...

{N}2.32:{/} {N}C'\u00c9TAIT DANS L'ECRITURE {/}[Lc_24,45]
Luc nous montre J\u00e9sus ressuscit\u00e9 donnant aux ap\u00f4tres et \u00e0 l'Eglise les bases d'une interpr\u00e9tation chr\u00e9tienne des Ecritures ([Lc_24,27] et [Lc_24,46] - [Lc_24,47]). 
{C}Le Messie devait souffrir et ressusciter{/}. Il serait difficile de trouver un seul texte qui le dise explicitement. Mais toute l'histoire biblique est faite de morts et de r\u00e9surrections. Plusieurs psaumes sont l'action de gr\u00e2ces d'un fid\u00e8le qui s'est vu au bord de la tombe et \u00e0 qui Dieu a rendu la vie. Le fameux po\u00e8me du Serviteur qu'on lit en [Is_53,1] parle sans aucun doute, dans l'intention de l'auteur, de la minorit\u00e9 fid\u00e8le qui assurera le futur d'Isra\u00ebl. Mais de fait Dieu a voulu qu'il parle de cette minorit\u00e9 fid\u00e8le sous la figure d'{C}un{/} Serviteur. Dieu a permis qu'il parle de mort injuste et de r\u00e9surrection, de pardon des p\u00e9ch\u00e9s et d'une post\u00e9rit\u00e9 de justes, pour exprimer le destin de ce peuple fid\u00e8le. C'est assez pour que nous appliquions ce texte \u00e0 celui qui r\u00e9sumait en sa personne la "descendance d'Abraham" et le destin du peuple \u00e9lu. 
Une parole de J\u00e9sus en [Jn_10,35] nous rappelle qu'on ne peut changer l'Ecriture. On pourra dire qu'en tel ou tel endroit les mots ont d\u00e9pass\u00e9 la pens\u00e9e de l'auteur, qu'ils sont arriv\u00e9s l\u00e0 par hasard... C'est un fait qu'ils y sont, et m\u00eame s'il faut d'abord chercher l'essentiel du message, le mot qui surprend, ou l'image insolite doivent toujours \u00eatre re\u00e7us comme un appel \u00e0 la r\u00e9flexion. Dans une discussion l'opposant pourra dire que la r\u00e9ponse de J\u00e9sus en [Jn_10,35] n'\u00e9tait pas contraignante et qu'il tirait \u00e0 lui le texte; de m\u00eame il sera fort difficile de lui prouver par A plus B que l'Ecriture annon\u00e7ait la mort et la r\u00e9surrection de J\u00e9sus si au d\u00e9part il n'a pas reconnu J\u00e9sus comme le Messie. Une discussion purement rationnelle des textes ne m\u00e8nera que tr\u00e8s rarement \u00e0 la foi: dans l'\u00e9pisode de la Tentation en [Mt_4,1] et [Lc_4,1], le d\u00e9mon fait un excellent usage des textes qu'il cite.
C'est que l'interpr\u00e9tation chr\u00e9tienne de l'Ecriture ne se limite pas \u00e0 une recherche rationnelle qui remet les textes dans leur contexte pour ne rien dire de plus que ce que l'auteur sacr\u00e9 a voulu dire. Lorsque J\u00e9sus dit: "C'\u00e9tait dans l'Ecriture", il ne s'agit pas d'abord de prouver que c'\u00e9tait \u00e9crit. Il vaudrait mieux dire que la r\u00e9surrection de J\u00e9sus donne \u00e0 l'Ecriture une dimension qui lui \u00e9chappait auparavant. Il y avait d\u00e9j\u00e0 une interpr\u00e9tation juive qui se brodait \u00e0 mesure que s'\u00e9largissait l'exp\u00e9rience du peuple de Dieu, mais maintenant les faits nouveaux obligeaient \u00e0 une relecture des textes. En [Mt_13,52], n'est-il pas question d'un ma\u00eetre de la Loi qui, apr\u00e8s avoir fait l'exp\u00e9rience du Royaume de Dieu, d\u00e9couvre des tr\u00e9sors nouveaux dans le texte ancien ?
La lettre est un instrument avec lequel l'Esprit joue librement, et l'exp\u00e9rience de tous les jours nous enseigne que la sagesse du livre sacr\u00e9 p\u00e9n\u00e8tre dans les coeurs sans toujours passer par les chemins de la logique. Bien souvent une image sugg\u00e8re une ligne de pens\u00e9e, on fait le rapprochement avec d'autres images que nous offre le livre, avec d'autres passages o\u00f9 se retrouvent les m\u00eames mots, et les fils se nouent pour \u00e9tablir une interpr\u00e9tation ou pour d\u00e9couvrir le jeu de Dieu dans les situations que nous vivons. 
Le croyant, ou le proph\u00e8te qui relit l'Ecriture ne trahit pas les textes, mais il leur donne une vie nouvelle et, au terme, il aura fait oeuvre po\u00e9tique, au sens premier de ce mot: le po\u00e8te est celui qui cr\u00e9e. La po\u00e9sie ne rel\u00e8ve pas d'abord du genre didactique, et c'est la m\u00eame chose \u00e0 un niveau plus \u00e9lev\u00e9 pour l'Ecriture. Dieu est tout aussi po\u00e8te que professeur -et m\u00eame un peu plus, et c'est l'Esprit Saint qui insinue la v\u00e9rit\u00e9 au del\u00e0 de la lettre. Que cela plaise ou non, ce type d'interpr\u00e9tation po\u00e9tique ou proph\u00e9tique est g\u00e9n\u00e9ralement plus puissant que l'ex\u00e9g\u00e8se rationnelle pour illuminer l'esprit. Le danger d'\u00e9lucubrations farfelues ou perverses existe toujours, et la seconde lettre de Pierre s'\u00e9l\u00e8ve fortement contre les{C} interpr\u00e9tations personnelles{/} ([2P_1,20]). Voir la note plac\u00e9e en cet endroit sur l'Inspiration de la Bible. C'est pour cela qu'on lit l'Ecriture en Eglise; cela ne veut pas dire qu'on se contente de r\u00e9p\u00e9ter ce qu'ont dit les anciens ou ce que dit la hi\u00e9rarchie, mais on regarde suffisamment autour de soi pour s'assurer qu'on reste dans le fil de la tradition et qu'on ne se perd pas.
C'est ainsi qu'a proc\u00e9d\u00e9 la proph\u00e9tie dans l'Eglise primitive, et l'Ecriture nous en a laiss\u00e9 deux mod\u00e8les insurpassables avec la lettre aux H\u00e9breux et l'Apocalypse. Un livre a facilit\u00e9 l'essor de cette proph\u00e9tie, et c'est celui des Psaumes. On croyait qu'il \u00e9tait tout entier l'oeuvre de David, et par ailleurs le Messie \u00e9tait fils de David. Ces deux donn\u00e9es r\u00e9unies ont amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper maintes recherches sur tel ou tel verset des psaumes. On reconstruisait les soucis et la pri\u00e8re de David, et \u00e0 partir de l\u00e0 on cherchait \u00e0 comprendre mieux le myst\u00e8re du Christ. 
Dans les deux passages de Luc que nous avons cit\u00e9s, J\u00e9sus s'en tient \u00e0 ce qui sera la base de la pr\u00e9dication apostolique, et c'est \u00e0 ces premi\u00e8res le\u00e7ons que Luc se r\u00e9f\u00e8re quand il nous dit que J\u00e9sus a instruit ses ap\u00f4tres par l'Esprit Saint apr\u00e8s la R\u00e9surrection ([Ac_1,2]).

{N}2.33: LE VERBE, DIEU OU PAS DIEU ?{/} [Jn_1,1]
{C}Et le Verbe \u00e9tait Dieu{/}. y la Palabra era Dios Cette affirmation a \u00e9t\u00e9 discut\u00e9e, non seulement parce qu'elle demande un minimum de r\u00e9flexion, mais surtout pour des questions de pr\u00e9jug\u00e9s doctrinaux. C'est le cas pour les T\u00e9moins de J\u00e9hovah qui n'h\u00e9sitent pas \u00e0 traduire: "la Parole \u00e9tait un dieu". Et pour justifier une telle traduction ils s'appuient sur le texte [Jn_10,34] - [Jn_10,36]: le mot grec Theos, disent-ils, peut signifier un dieu aussi bien que Dieu, et lorsque il s'agit de Dieu, il y a toujours l'article en grec: O Theos, {C}le Dieu{/}. Mais ici il n'y a pas d'article, donc: un dieu.
Ceci est tr\u00e8s vite dit et la r\u00e9alit\u00e9 est assez diff\u00e9rente. Lorsqu'on a affaire, non \u00e0 un sujet mais \u00e0 un attribut, comme c'est ici le cas avec \u00ab_\u00e9tait Dieu_\u00bb, le grec biblique met l'article si \u00ab_Dieu_\u00bb est consid\u00e9r\u00e9 comme une personne, et il ne le met pas si \u00ab_Dieu_\u00bb signifie en r\u00e9alit\u00e9 la nature divine. Bien s\u00fbr celui qui est Dieu (o\u00f9 les personnes qui sont Dieu) ne font qu'un avec  la nature divine, mais ce n'est pas la m\u00eame chose. Donc sans article si l'on dit ce-que-Dieu-est, et avec article si l'on d\u00e9signe celui-qui est-Dieu.
Nous en avons un exemple au livre des Rois. En [1R_8,60] Salomon d\u00e9clare: "ainsi tous les peuples de la terre sauront que Yahv\u00e9 est Dieu et qu'il n'y en a pas d'autre que lui." Et Dieu est sans article: seul Yahv\u00e9 est Etre divin. Par contre en [1R_18,21] Elie dit au peuple: "Si Yahv\u00e9 est Dieu, suivez-le, si c'est Baal, suivez-le". Et Dieu est avec article parce que le choix est entre deux personnes. On verra de m\u00eame en [Dt_32,39] et [Jos_2,11] deux exemples de "Dieu" sans article, chaque fois pour dire que Yahv\u00e9 est bien Etre tout-puissant et souverain. 
Si l'on passe au Nouveau Testament, on trouve une nouvelle donn\u00e9e. Nous avons rappel\u00e9 dans le commentaire de [Jn_20,11] que d\u00e8s les jours de la R\u00e9surrection et de la Pentec\u00f4te la foi chr\u00e9tienne avait acquis la certitude que J\u00e9sus \u00e9tait Fils de Dieu dans le sens le plus fort du terme et que tr\u00e8s vite on avait jou\u00e9 sur les mots Dieu et Seigneur pour d\u00e9signer le P\u00e8re et le Fils sans que ce dernier soit priv\u00e9 de son rang divin. Et il est facile de voir que Paul les nomme toujours c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te: pour lui Dieu est le P\u00e8re, et, d'accord avec ce que nous avons dit sur l'usage de l'article en grec, Paul \u00e9crit toujours: {C}le Dieu,{/} car c'est la personne du P\u00e8re. 
Dans ces conditions, si Jean voulait dire que le Verbe \u00e9tait de nature divine, entendons: partageait la nature divine de Dieu-P\u00e8re, mais sans \u00eatre la m\u00eame personne que le P\u00e8re, il ne pouvait pas s'exprimer autrement qu'il ne l'a fait: {C}le Verbe \u00e9tait Dieu{/}, sans l'article. Et aussit\u00f4t apr\u00e8s il dit: {C}Il \u00e9tait au commencement aupr\u00e8s de Dieu{/}: et c'est \u00able Dieu", avec article, car il dit que le Verbe \u00e9tait aupr\u00e8s de la personne de Dieu-P\u00e8re. 
Il est bien vrai que d\u00e8s le d\u00e9but de l'Eglise, aussi bien pour les Juifs que pour les Grecs la foi chr\u00e9tienne en J\u00e9sus Fils de Dieu n\u00e9 de Dieu et partageant le myst\u00e8re divin du P\u00e8re \u00e9tait un d\u00e9fi \u00e0 la raison philosophique et aux religions qu'on avait enseign\u00e9es - et c'est encore la m\u00eame chose pour les T\u00e9moins de J\u00e9hovah. Mais traduire: le Verbe (ou la Parole) \u00e9tait un dieu, c'est proprement absurde, - et s'ils veulent \u00eatre cons\u00e9quents avec leur argument, ils doivent traduire \u00e9galement en [Jn_16,27]: Je suis sorti d'un dieu ! Car l\u00e0 aussi il n'y a pas d'article.

{N}2.34: ISRA\u00c9LITES ET SAMARITAINS{/} [Jn_1,47]
{C}Voici un vrai Isra\u00e9lite{/}. Lorsque l'Evangile de Jean parle du Messie, il recourt habituellement, non au vocabulaire habituel des Juifs, mais \u00e0 celui des Samaritains, h\u00e9ritiers lointains du royaume d'Isra\u00ebl et des tribus du nord. Il a parl\u00e9 d'{C}Elie{/}, le grand proph\u00e8te d'Isra\u00ebl, du {C}Proph\u00e8te{/} mentionn\u00e9 par le Deut\u00e9ronome [Dt_18,15], un des livres qui figuraient \u00e9galement dans la Bible des Samaritains; au v.45 la phrase est gauche et tout l'accent est sur {C}: dont a parl\u00e9 Mo\u00efse dans la Loi, {/}car les Samaritains revendiquaient Mo\u00efse, mais non les proph\u00e8tes presque tous jud\u00e9ens; J\u00e9sus est le {C}fils de Joseph{/}, un nom cher aux gens du nord, car c'\u00e9tait le territoire des tribus de Joseph;  et Nathana\u00ebl r\u00e9pond: {C}Tu es le Roi d'Isra\u00ebl{/}. J\u00e9sus reprend en \u00e9voquant le songe de Jacob \u00e0 B\u00e9thel, un homme et un lieu qui sont encore typiquement samaritains. 
Tout ceci nous invite \u00e0 penser que certaines parties de l'\u00e9vangile de Jean ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites pour les Samaritains ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, pour des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes de l'autre rive du Jourdain  o\u00f9 l'on se sentait plus proche des Samaritains que des Juifs. Au chapitre 4 l'entretien exceptionnellement long avec la Samaritaine montrera les m\u00eames caract\u00e9ristiques, jusqu'\u00e0 la r\u00e9plique du v.42, car l'expression {C}Sauveur du monde{/} semble bien \u00eatre n\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque dans la province de Samarie. Dans les chapitres qui suivent Jean \u00e9crira \u00e0 bien des reprises: "les Juifs", comme parlant d'un groupe \u00e9tranger. 
La d\u00e9couverte en Chine de documents importants provenant des chr\u00e9tiens dits Nestoriens qui y port\u00e8rent l'Evangile d\u00e8s le sixi\u00e8me si\u00e8cle a jet\u00e9 quelque lumi\u00e8re sur leurs traditions anciennes. Ils venaient des pays situ\u00e9s \u00e0 l'est du Jourdain  et consid\u00e9raient Jean comme un de leurs ap\u00f4tres; en revanche leurs traditions regardaient avec m\u00e9fiance les Juifs de Jud\u00e9e.

{N}2.35: LES SYMBOLISMES DE L'\u00c9VANGILE DE JEAN{/} [Jn_2,11]
Il est certain que l'Evangile de Jean s'est appliqu\u00e9 \u00e0 retrouver le symbolisme de maints d\u00e9tails des \u00e9v\u00e9nements dont il svsit \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin: il en trouvait la cl\u00e9 dans sa connaissance des Ecritures. Aujourd'hui beaucoup poseront la question: tous ces symbolismes \u00e9taient-ils voulus par Dieu? J\u00e9sus les avait-il pr\u00e9sents \u00e0 l'esprit lorsqu'il agissait? Ne sont-ils pas une interpr\u00e9tation de Jean, admirable peut-\u00eatre, mais toute subjective? 
Il est impossible de donner une r\u00e9ponse simple \u00e0 cette question. Nous avons eu l'occasion de rappeler qu'il n'y a jamais eu \u00ab_une_\u00bb interpr\u00e9tation de l'Ecriture. Elle est \u00ab_porteuse de l'esprit_\u00bb ([2Tm_3,16]) et c'est l'Esprit qui enseigne \u00e0 chacun une partie des tr\u00e9sors qu'elle renferme. Nous indiquons ici quelques sybolismes qui semblent avoir \u00e9t\u00e9 inscrits par Jean dans son r\u00e9cit des noces de Cana.
{N}CANA{/}
L'\u00e9vang\u00e9liste a gard\u00e9 en m\u00e9moire cet \u00e9v\u00e8nement de Cana, mais il le relit maintenant \u00e0 la lumi\u00e8re de la R\u00e9surrection et les rapprochements symboliques se multiplient pour que se r\u00e9v\u00e8le maintenant la joie des Noces de Dieu avec l'humanit\u00e9.
Les premiers mots du r\u00e9cit situent la f\u00eate dans le temps: le troisi\u00e8me jour. C'est le dernier jour de la "semaine inaugurale" qui suit le Prologue de l'\u00e9vangile de Jean, c'est donc le septi\u00e8me jour depuis le d\u00e9but du minist\u00e8re en Galil\u00e9e, dans la pr\u00e9sentation qu'en fait le quatri\u00e8me \u00e9vang\u00e9liste.
Ce troisi\u00e8me jour replace l'\u00e9v\u00e8nement dans l'histoire du salut. Lors de la th\u00e9ophanie et de la conclusion de l'Alliance au Sina\u00ef, en effet, Dieu avait dit \u00e0 Mo\u00efse: {C}"Va vers le peuple et fais-les se sanctifier aujourd'hui et demain..._; et qu'ils soient pr\u00eats au troisi\u00e8me jour, car le troisi\u00e8me jour, le Seigneur descendra, aux yeux de tout le peuple, sur la montagne du Sina\u00ef."{/}[Ex_19,10] - [Ex_19,11]).
Mais le troisi\u00e8me jour rappelle encore au croyant la R\u00e9surrection du Christ et les promesses de la vie \u00e9ternelle.
Cependant \u00e0 Cana, son "heure n'est pas encore venue", heure de la passion et de la croix, mais heure aussi o\u00f9 \u00e9clatera sa Gloire de Fils de Dieu et son amour pour les hommes.
"La m\u00e8re de J\u00e9sus", la premi\u00e8re mentionn\u00e9e dans le r\u00e9cit, intervient discr\u00e8tement aupr\u00e8s de son fils_; elle est attentive au manque de vin sans lequel la f\u00eate ne sera pas pleinement r\u00e9ussie. Marie, fille d'Isra\u00ebl, pr\u00e9sente \u00e0 son fils la d\u00e9tresse de son peuple_; avec lui, elle attend le salut qui lui a \u00e9t\u00e9 promis. A la requ\u00eate de sa m\u00e8re, J\u00e9sus r\u00e9pond sur un tout autre registre: "{C}Femme, qu'y a-t-il entre moi et toi?{/} " Qu'y a-t-il de commun en effet entre le manque de vin, incident regrettable, mais cependant banal, et le "{C}premier des signes{/}" par lequel J\u00e9sus manifeste sa gloire: d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, il instaure le royaume de Dieu sur la terre. 
La r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l'Heure, insiste sur cette distance entre le fait ponctuel et la r\u00e9v\u00e9lation messianique de l'\u00e9v\u00e8nement. Marie comprend que la r\u00e9ponse de J\u00e9sus l'entra\u00eene infiniment au-del\u00e0, alors elle ordonne aux servants: "{C}Tout ce qu'il vous dira, faites-le{/}"_; \u00e0 son tour elle les convie \u00e0 l'attitude fondamentale qui la fait vivre et agir depuis le jour de l'Annonciation: {C}Je suis la servante du Seigneur, qu'il soit fait selon ta parole{/} ([Lc_1,38]).
Marie se r\u00e9v\u00e8le sous son double visage: comme fille d'Isra\u00ebl, la voici solidaire de son peuple, comme m\u00e8re de J\u00e9sus, elle est d\u00e9j\u00e0 la figure de l'Eglise, l'Isra\u00ebl de Dieu.
J\u00e9sus fait couler le vin sur la table de Cana, en utilisant les jarres de pierre qui contenaient l'eau des purifications rituelles, symbole cultuel du juda\u00efsme. Ce vin donn\u00e9 \u00e0 profusion et gard\u00e9 jusqu'\u00e0 ce jour, proclame l'\u00e9closion de l'Alliance nouvelle, annonc\u00e9e par les proph\u00e8tes et inaugur\u00e9e en J\u00e9sus Christ.
Ainsi l'histoire de l'humanit\u00e9 n'a plus que deux temps: le temps de la promesse et le temps de l'accomplissement. Par son myst\u00e8re pascal le Christ porte \u00e0 sa pl\u00e9nitude et transfigure cette histoire: il invite l'humanit\u00e9 \u00e0 participer au festin \u00e9ternel des Noces de l'Agneau ([Ap_19,9]).

{N}2.36: JE SUIS DESCENDU DU CIEL{/} [Jn_6,33]
{C}Celui qui descend du ciel et donne la vie au monde, c'est lui le pain de Dieu.{/}  Sept fois dans ce chapitre nous trouvons ces mots: {C}descendu du ciel{/}. C'est assez pour nous faire comprendre que pour Jean cette affirmation est essentielle. Elle est tr\u00e8s difficile \u00e0 recevoir pour quiconque a une formation quelque peu rationaliste: comment le Fils, s'il est Dieu, peut-il descendre du ciel ? Au quatri\u00e8me si\u00e8cle on accusait les Nestoriens de diviser le Christ: ils insistaient tellement, disait-on, sur la r\u00e9alit\u00e9 humaine de J\u00e9sus, qu'ils en faisaient une personne \u00e0 part du Fils de Dieu. C'\u00e9tait un peu comme si du haut du Ciel le Fils \u00e9ternel s'\u00e9tait uni \u00e9troitement \u00e0 un homme qu'il pilotait en quelque sorte pour prendre \u00e0 son compte tout ce que ferait cet homme exceptionnel. Que les Nestoriens aient commis ou non cette erreur, c'est un fait que nous-m\u00eames la commettons tr\u00e8s habituellement. Il y a une fa\u00e7on tr\u00e8s commune de parler de J\u00e9sus, qui met une grande distance entre lui et le myst\u00e8re de Dieu o\u00f9 demeure le Fils \u00e9ternel.
Ici, comme il l'a fait en bien d'autres passages, Jean nous oblige \u00e0 ne pas nous laisser \u00e9garer par nos formules. C'est bien le Verbe ou Fils de Dieu tout entier {C}qui est descendu du ciel{/}. Il ne s'est pas simplement uni intimement \u00e0 un homme nomm\u00e9 J\u00e9sus: il est devenu cet homme. On dira: Le Fils ne peut pas perdre sa condition divine et la changer contre une condition humaine. Bien s\u00fbr, il ne perd pas sa nature divine, mais elle est tout enti\u00e8re dans sa fa\u00e7on d'\u00eatre cet homme. Cet abaissement du Fils-Dieu ([Jn_1,18]) ne peut que choquer notre raison et va \u00e0 l'encontre de la conception de l'\u00eatre divin telle qu'on la trouve chez les philosophes pa\u00efens comme Aristote. Cependant on le retrouve dans tous les textes du Nouveau Testament qui nous parlent du myst\u00e8re du Fils: voir [Jn_3,32]; [Jn_6,62]; [Jn_8,14] et la note en [Ph_2,6]. 

{N}2.37: LA CRISE DES DISCIPLES{/} [Jn_6,66]
Seul Jean nous parle d'une telle crise dans l'audience de J\u00e9sus et de l'\u00e9loignement de nombreux disciples, bien que les synoptiques aussi laissent entendre une r\u00e9duction du mouvement qui l'entoure. [Mc_9,30] nous dit, quelque temps plus tard que "J\u00e9sus allait de place en place et qu'il ne voulait pas qu'on sache o\u00f9 il \u00e9tait car il \u00e9tait occup\u00e9 \u00e0 instruire ses disciples". On peut donc penser que ce n'\u00e9taient plus des foules qui accouraient, et, si nous prenons note de ce que dit Jean dans ce paragraphe, on comprend mieux comment, dans les autres \u00e9vangiles, J\u00e9sus passe de l'enseignement aux foules \u00e0 la formation des vrais fid\u00e8les.
Mais s'il y a eu crise, et grave, quelle en \u00e9tait la raison ? Jean donne une double r\u00e9ponse. La premi\u00e8re, c'est que la foule est d\u00e9\u00e7ue par le messianisme (d'autres diront: le refus de messianisme) de J\u00e9sus. Chacun en Isra\u00ebl se faisait sa propre id\u00e9e du Messie, mais il y avait un point commun et c'\u00e9tait la restauration nationale. Or, lorsque la popularit\u00e9 de J\u00e9sus est \u00e0 son comble, il se d\u00e9robe. [Mc_6,45] confirme \u00e0 sa mani\u00e8re la d\u00e9sillusion que Jean nous rapporte en [Jn_6,14] - [Jn_6,17].
La seconde raison est plus profonde. Refuser le messianisme tel que le peuple l'entendait, cela ne mettait pas en cause l'enseignement de J\u00e9sus; ici par contre Jean a voulu nous faire saisir l'incapacit\u00e9 des sympathisants \u00e0 se hisser au niveau de la r\u00e9v\u00e9lation que J\u00e9sus leur apportait. On l'estimait \u00e9norm\u00e9ment comme Ma\u00eetre, on s'\u00e9merveillait de ses pouvoirs comme gu\u00e9risseur, on croyait que Dieu agissait par lui, mais quand on a commenc\u00e9 \u00e0 sentir ce que J\u00e9sus portait en lui on l'a abandonn\u00e9. Nous connaissons des personnes qui ne jurent que par tel ou tel grand homme et acceptent comme parole d'\u00e9vangile tout ce qu'il dit. On s'en irrite ou on s'en moque: ces personnes heureusement ne sont pas trop nombreuses et la majorit\u00e9 montre plus de sagesse. Or c'est pr\u00e9cis\u00e9ment cette majorit\u00e9 du peuple juif, que la Loi met en garde contre tout culte de la personnalit\u00e9, qui se scandalise, car J\u00e9sus \u00e9lude toute comparaison et tout effort pour lui trouver une place parmi les Ma\u00eetres ou les Proph\u00e8tes. 
Jean n'a pas forg\u00e9 de toutes pi\u00e8ces le discours du chapitre 6; il doit avoir r\u00e9uni l\u00e0 ce que J\u00e9sus opposait \u00e0 l'esp\u00e9rance messianique telle qu'il la rencontrait dans le peuple. Or J\u00e9sus dit et r\u00e9p\u00e8te qu'il est {C}le pain venu du ciel{/}. Chose plus grave, toutes ses affirmations se d\u00e9marquent de l'Ancien Testament qu'il prend soin de citer. Comme on est loin des \u00e9crits religieux de son temps ou m\u00eame des livres tardifs de l'Ancien Testament ! J\u00e9rusalem, le Temple, les soupirs d'Isra\u00ebl opprim\u00e9, la compassion de l'Eternel pour son peuple... Tout au contraire J\u00e9sus semble ne s'int\u00e9resser qu'\u00e0 une d\u00e9couverte du P\u00e8re dans le Fils: c'est l\u00e0 qu'est le royaume. Et si l'heure est unique, c'est parce que Dieu s'est rendu pr\u00e9sent.
 Les disciples font marche arri\u00e8re parce qu'ils ne sont pas pr\u00eats \u00e0 abandonner tout leur h\u00e9ritage religieux pour la seule foi en celui qui exerce sur eux une telle attirance: non seulement l'\u00e9couter et le croire, mais croire en lui. Qui le leur reprocherait {C}? Nul ne peut venir \u00e0 moi si cela ne lui a pas \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par le P\u00e8re{/} (65). J\u00e9sus ne leur avait jamais dit de renier leurs pratiques religieuses, mais elles devaient \u00eatre coiff\u00e9es par quelque chose d'un tout autre ordre: la recherche et l'exp\u00e9rience d'une communion avec Dieu par le Fils, et gr\u00e2ce \u00e0 une vie dans l'Esprit. Il est facile de voir que cette crise des disciples de J\u00e9sus est toujours latente dans le monde chr\u00e9tien: l'id\u00e9e que le tout de Dieu et de l'univers nous soit offert aujourd'hui m\u00eame en lui et seulement en lui est intol\u00e9rable pour les sages, et certains n'auront pas de cesse qu'ils n'aient fait de J\u00e9sus l'un des plus grands ou m\u00eame le plus grand parmi les hommes, mais sans plus {C}croire en lui{/}.

{N}2.38: IL N'Y A PAS D'AUTRE NOM{/} [Ac_4,12]
{C}Le salut ne se trouve en aucun autre{/}. On peut se demander ce que Pierre entend par {C}salut{/}. Dieu s'\u00e9tait toujours manifest\u00e9 comme l'unique Sauveur de son peuple et le seul{C} Nom par qui les hommes devaient \u00eatre sauv\u00e9s{/}. Mais maintenant, comme Pierre le proclame, toute l'oeuvre de Dieu en Isra\u00ebl passera par ce Messie d\u00e9j\u00e0 install\u00e9 \u00e0 sa droite ([Ps_110,1]). Le {C}salut qui ne se trouve en aucun autre{/}, c'est d'abord la "d\u00e9livrance d'Isra\u00ebl" ([Lc_2,25]) que bien des auditeurs de Pierre attendent. Et Pierre n'h\u00e9site pas \u00e0 promettre des temps meilleurs ([Lc_3,20]).
Mais les proph\u00e8tes n'ont jamais s\u00e9par\u00e9 le salut d'Isra\u00ebl d'un renouveau int\u00e9rieur des croyants. Et les ap\u00f4tres vont tout de suite mettre l'accent sur ce salut apport\u00e9 \u00e0 ceux qui croient; on ne parle pas de chr\u00e9tiens mais de "sauv\u00e9s" ([Lc_2,47]). Nul doute qu'ils avaient conscience d'\u00eatre sauv\u00e9s, et ils le d\u00e9couvraient dans leur vie quotidienne. Mais cela pouvait-il durer ? Dans l'enthousiasme du premier moment, celui qui a cru se sent renouvel\u00e9 et a l'impression que ses probl\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9solus. Plus simplement, comme disent bien des personnes: "Hier cela me paralysait, aujourd'hui je ne m'en fais plus un monde". La pr\u00e9sence d'une personne aim\u00e9e qui devient le centre de notre existence suffit pour nous redonner vie: J\u00e9sus \u00e9tait aim\u00e9. Et ne parlons pas du don de l'Esprit.
Ils n'auraient jamais pens\u00e9 \u00e0 renier le pass\u00e9 d'Isra\u00ebl, la r\u00e9v\u00e9lation faite aux proph\u00e8tes, les ressources et la foi de la communaut\u00e9 juive, laquelle avait produit des ap\u00f4tres et des martyrs, sans compter une multitude de justes humbles et anonymes{N}. {/}Ils se voulaient fid\u00e8les \u00e0 la Loi ([Dt_30,10]; [Is_51,7]; [1M_1,57]; [Ps_1,2]) et \u00e0 l'Alliance ([1M_2,20]; [Ps_78,37]), et c'\u00e9tait l\u00e0 une fa\u00e7on de vivre la foi, comme le montre le grand chapitre 11 de la lettre aux H\u00e9breux. Mais ce n'est pas la m\u00eame chose de croire en Dieu \u00e0 partir des interventions de sa Providence, ou bien de croire en l'alliance de Dieu avec Isra\u00ebl, \u00e9crite dans l'histoire comme dans l'Ecriture; ou bien de recevoir J\u00e9sus comme le Fils unique, Dieu incarn\u00e9 venu parmi nous pour partager notre condition. Cet \u00e9v\u00e9nement unique est plus puissant qu'aucune autre r\u00e9v\u00e9lation pour amener le coeur humain \u00e0 la confiance en Dieu P\u00e8re, et \u00e0 l'humilit\u00e9 et l'amour vrai, \u00e0 l'exemple de J\u00e9sus. 
Donc, avec J\u00e9sus, la foi avait acquis une dimension nouvelle. C'est ainsi que les lettres de Paul ne parlent pas seulement de la foi{C} au{/} Christ ([Ac_20,21]; [Ga_2,16]... ) mais de la foi {C}du {/}Christ, c'est-\u00e0-dire propre des chr\u00e9tiens, qui s'appuie sur le Christ, qui est selon le Christ ([Ac_3,16]; [Rm_3,22]; [Ph_3,9]... ). Que la foi {C}du{/} Christ ait transform\u00e9 le panorama psychologique et spirituel du croyant, nous en avons la preuve dans le don de l'Esprit qui accompagnait le bapt\u00eame. Il n'y avait pas l\u00e0 seulement un charisme, une faveur sensible destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9compenser le croyant: un monde nouveau lui \u00e9tait ouvert et s'\u00e9tait ouvert en lui.
Ce salut personnel, qui tiendra vite la premi\u00e8re place dans l'Eglise, c'est un renouveau en profondeur de l'\u00e2me croyante. Il y a d'abord un pardon des p\u00e9ch\u00e9s. Car J\u00e9sus a mis le p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvert comme on ne l'avait pas fait avant lui: il suffit de lire le Sermon sur la Montagne. Le p\u00e9ch\u00e9, c'est aussi pour certains des auditeurs de Pierre, le fait d'avoir approuv\u00e9 la condamnation de J\u00e9sus, et pour tous les autres, d'avoir fait la sourde oreille \u00e0 ses appels. Mais maintenant Dieu offrait une r\u00e9conciliation beaucoup plus profonde que celles du pass\u00e9, essentiellement parce qu'il avait d\u00e9couvert son immense amour et sa puissance de pardon, par la croix de J\u00e9sus. M\u00eame si les premiers croyants ne savaient pas encore bien exprimer leur foi en ce Fils de Dieu, ils \u00e9taient conscients d'avoir tout gagn\u00e9: ils \u00e9taient, pour reprendre le langage des proph\u00e8tes, le "reste d'Isra\u00ebl" et les "sauv\u00e9s de Sion" ([Is_4,3]).
Donc, lorsque Pierre dit que celui qui croit est sauv\u00e9, il ne s'agit pas d'abord d'\u00e9chapper \u00e0 une condamnation ou \u00e0 une apocalypse imminente ([Ac_2,21]) comme on l'a pens\u00e9 durant les premi\u00e8res ann\u00e9es de l'Eglise ([1Th_5,1] - [1Th_5,4]; [2Th_1,6]). Le salut, c'est une pl\u00e9nitude. Les sauv\u00e9s sont devenus partie prenante d'un peuple \u00e9lu; ils sont \u00e0 la fois b\u00e9n\u00e9ficiaires et coop\u00e9rateurs du myst\u00e8re de salut que Dieu m\u00e8ne \u00e0 bien au coeur de l'histoire humaine. Et, lorsqu'ils regardent autour d'eux, il leur para\u00eet sans aucun doute possible que ce salut est propre \u00e0 ceux qui ont cru au Christ et sont entr\u00e9s dans l'Eglise par le bapt\u00eame. 
Lorsque Pierre dit, non seulement pour Isra\u00ebl, mais pour tous les peuples: {C}Aucun autre Nom sous le ciel n'a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 aux hommes{/}, il ne limite pas l'oeuvre de salut \u00e0 quelques uns. Il n'exclut pas le travail de Dieu dans cette grande part de l'humanit\u00e9 qui ne conna\u00eetra pas le Christ: il parle pour ceux qu'il a devant lui, peuple choisi par Dieu pour porter ses myst\u00e8res. Et il ne dit pas non plus que ceux qui ne croient pas seront condamn\u00e9s, mais qu'ils perdent ce salut qui \u00e9tait le grand don de Dieu. 

{N}2.39: BAPTEME ET IMPOSITION DES MAINS{/} [Ac_8,14]
Ce paragraphe distingue le bapt\u00eame de l'imposition des mains qui conf\u00e8re l'Esprit ([Ac_19,6]). Les deux sont distingu\u00e9s nettement en [He_6,2]. Par contre les \u00e9vangiles parlent du bapt\u00eame dans l'Esprit Saint, qui n'est autre que le bapt\u00eame chr\u00e9tien, et l'opposent au bapt\u00eame d'eau qui \u00e9tait celui de Jean Baptiste. 
Il faut ici rappeler les paroles de Pierre en [Ac_10,47]: {C}ceux qui ont re\u00e7u l'Esprit Saint tout comme nous{/}. Si l'on s'attache \u00e9galement au d\u00e9tail des explications de Pierre en [1P_11,16], on conclura que d\u00e8s les premiers jours ils ont voulu transmettre par une imposition des mains (voir [Nb_27,18]), le don qu'ils avaient re\u00e7u. Peut-\u00eatre J\u00e9sus leur en avait-il dit quelque chose en ces jours qui suivirent la R\u00e9surrection et durant lesquels il leur donna ses instructions{C} par l'Esprit Saint{/}: [Ac_1,2]. En revanche ils ne parlaient pas du bapt\u00eame "dans l'Esprit" comme J\u00e9sus l'avait dit. Il semble donc bien que d\u00e8s les origines l'initiation chr\u00e9tienne a comport\u00e9 les deux rites et on peut seulement se demander si ils \u00e9taient li\u00e9s ou s'il y avait un intervalle entre les deux. D'autre part il est certain que l'imposition des mains est devenue sans aucune rupture de sens ou de pratique notre confirmation. 
Les controverses modernes sur un bapt\u00eame de l'Esprit qui serait ind\u00e9pendant, m\u00eame du sacrement de confirmation, sont dues \u00e0 la conjoncture actuelle. Comme le bapt\u00eame et la confirmation sont donn\u00e9s le plus souvent sans qu'ait eu lieu le processus normal de conversion et de d\u00e9couverte du Christ Seigneur qui leur donne leur plein sens, les manifestations visibles, disons charismatiques, de l'Esprit sont plus rares ou plus discr\u00e8tes. Aussi semble-t-il important dans certains groupes de reprendre ce processus, avec l'espoir souvent r\u00e9compens\u00e9 d'obtenir de telles gr\u00e2ces. Mais vouloir que l'Esprit ne soit pas donn\u00e9 par la confirmation et qu'il faille y ajouter d'autres rites, ce serait sans doute m\u00e9priser la voie commune et traditionnelle de la vie chr\u00e9tienne.

{N}2.40: LE DECRET DE JERUSALEM {/}[Ac_15,22]
Nous avons dit dans le commentaire de [Ac_15,22] que tr\u00e8s probablement Luc a joint ici en un seul r\u00e9cit la rencontre de J\u00e9rusalem et le d\u00e9cret pris par Jacques pour son propre dioc\u00e8se \u00e0 majorit\u00e9 juive. Il faut noter que divers manuscrits -appartenant au groupe dit occidental ont un texte diff\u00e9rent pour les versets 20 et 29: les prohibitions sont partiellement ou tatalement supprim\u00e9es et en revanche on demande aux chr\u00e9tiens non -Juifs de respecter la grande loi de charit\u00e9d\u00e9j\u00e0 inscrite dans le L\u00e9vitique [Lev_19,18] et [Lev_19,34]: ne faites pas \u00e0 autrui ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse. 
Quand on examine ce chapitre avec celui de Paul en Galates 2, bien des d\u00e9tails montrent que la rencontre a d\u00fb se d\u00e9rouler dans le cadre de la f\u00eate de la D\u00e9dicace du Temple. De l\u00e0 vienent le texte d'Amos avec la mention de la tente de David, qui n'est autre que le Temple, et les ap\u00f4tres compar\u00e9s aux colonnes du Temple [Ga_2,9] et l'allusion au joug \u00abque nos p\u00e8res n'ont pas \u00e9t\u00e9 capables de porter\u00bb. Suivant l'exemple de mod\u00e9ration donn\u00e9 par les Juifs eux-m\u00eames pour les pros\u00e9lytes qui venaient \u00e0 eux, l'Eglise allait plus loin encore, leur donnant la libert\u00e9 vis-\u00e0-vis des interdits du pur et de l'impur. 
Il semble donc bien que le texte a \u00e9t\u00e9 retouch\u00e9 plus tard pour le mettre en accord avec le d\u00e9cret mentionn\u00e9 en [Ac_21,25], lequel \u00e9tablissait ces prohibitions pour les r\u00e9gions voisines de la Palestine.

{N}2.41: "J\u00c9SUS, LE SEIGNEUR": EST-CE UNE INVENTION DE LA FOI?{/}[Rm_1,5]
La figure de J\u00e9sus, telle qu'elle ressort des \u00e9vangiles de Matthieu, de Marc et de Luc, est celle d'un Rabbi, d'un ma\u00eetre de la Loi dans la plus pure tradition du peuple d'Isra\u00ebl [Jn_3,2]. M\u00eame si, dans la suite, on a donn\u00e9 aux conflits avec les Pharisiens un peu plus d'importance qu'ils n'en avaient eue, on n'en a pas oubli\u00e9 pour autant que l'enseignement de J\u00e9sus \u00e9tait proche de celui des Pharisiens sur bien des points [Mc_2,16]; [Mc_12,28]; [Mc_12,32]. Disciples ou opposants, ils le voyaient comme un ma\u00eetre de la Loi autodidacte [Jn_7,15]. Comment donc est-on pass\u00e9 de l\u00e0 \u00e0 la figure du Christ telle qu'elle appara\u00eet tout sp\u00e9cialement dans les lettres de Paul: le Seigneur de l'histoire, le nouvel Adam, celui qui a re\u00e7u le "Nom" incommunicable?
La r\u00e9surrection de J\u00e9sus a \u00e9t\u00e9 crue par les ap\u00f4tres et par toute la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, laquelle est n\u00e9e de cette certitude. Qu'il soit le Messie, on n'en doutait pas_; qu'il soit Fils de Dieu dans un sens tr\u00e8s sp\u00e9cial, tout autre que ce que les Juifs entendaient sous ce terme, on le croyait \u00e9galement. Mais il a fallu bien du temps pour en tirer toutes les cons\u00e9quences, et il est s\u00fbr que ce passage a \u00e9t\u00e9 plus difficile pour ceux qui avaient connu personnellement J\u00e9sus et l'avaient vu \u00e0 travers les lunettes de leur culture juive. Non pas parce que J\u00e9sus n'aurait pas \u00e9t\u00e9 pleinement Juif jusqu'en sa fa\u00e7on d'enseigner, mais parce que ce qu'ils avaient aim\u00e9 chez lui les emp\u00eachait de voir plus loin. Ils se retrouvaient certainement dans la lettre de Jacques, le plus "juif" des \u00e9crits apostoliques; l'auteur de cette lettre, tout en reconnaissant J\u00e9sus comme "notre Seigneur", voit d'abord en lui le ma\u00eetre d'une loi nouvelle qui reprend le meilleur de l'Ancien Testament (2,1 et 8).
Les communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes de Palestine vont donc s'attacher \u00e0 cette image qui leur est rest\u00e9e du rabbi galil\u00e9en, pouss\u00e9es dans cette voie par le groupe de Nazareth, les "fr\u00e8res de J\u00e9sus" [Gal_1,19]. Il avait ressuscit\u00e9, bien s\u00fbr, mais il n'avait pas remis l'horloge du monde \u00e0 z\u00e9ro, et son h\u00e9ritage, c'\u00e9tait d'abord une morale \u00e9pur\u00e9e. En quelques g\u00e9n\u00e9rations ces "jud\u00e9o-chr\u00e9tiens" vont se retrouver comme \u00e9trangers \u00e0 la foi de l'Eglise dont le centre sera pass\u00e9 entre temps de J\u00e9rusalem \u00e0 Rome.
C'est l\u00e0 que Paul a jou\u00e9 le r\u00f4le d\u00e9cisif sans l'avoir choisi. Il n'a pas invent\u00e9 le Christ Seigneur et R\u00e9dempteur: il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans les premi\u00e8res proclamations de Pierre [Ac_2,32]; [Ac_3,15]. Mais Paul n'avait pas \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 (et en m\u00eame temps limit\u00e9) par l'image et les paroles du rabbi galil\u00e9en; tout au contraire sa conversion avait \u00e9t\u00e9 une rencontre avec Dieu lui-m\u00eame en la personne de J\u00e9sus, et il avait pris de la hauteur par rapport \u00e0 la pr\u00e9dication itin\u00e9rante du Ma\u00eetre [2Cor_5,16].
Si J\u00e9sus n'avait pas ressuscit\u00e9, il serait rest\u00e9 un ma\u00eetre: jusque l\u00e0 ses paroles \u00e9taient peut-\u00eatre plus importantes que lui-m\u00eame.  Mais d\u00e9j\u00e0 le corps disparu du tombeau au matin de P\u00e2ques, si c'\u00e9tait vrai, c'\u00e9tait une d\u00e9chirure dans les lois de l'univers. Ensuite, toutes les apparitions du ressuscit\u00e9 portaient un seul message: J\u00e9sus Seigneur ! On \u00e9tait loin de J\u00e9r\u00e9mie aur\u00e9ol\u00e9 de gloire, ou d'Elie emport\u00e9 vers le ciel. A la Pentec\u00f4te Pierre a dit que par cette r\u00e9surrection Dieu venait de r\u00e9habiliter son "saint Serviteur" [Ac_3,13], mais il ajoutait: "Dieu l'a fait Seigneur". Bien vite il faudra reconna\u00eetre en J\u00e9sus le "fils de la femme enlev\u00e9 au ciel pour y prendre en mains le Livre de l'Histoire " [Ap_12,5]; [Ap_5,7]. Paul et Jean ont le droit de parler car ils sont de vrais t\u00e9moins: tous les deux ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 jeter l\u00e0-haut un petit coup d'oeil [Ap_4,1]; [2Cor_12,2].
Maintenant, c'\u00e9tait la personne de J\u00e9sus qui donnait la cl\u00e9 de ses paroles, car il \u00e9tait Dieu n\u00e9 de Dieu. Lorsque Paul parlera du Christ comme de "l'image de Dieu" [Col_1,15], il ne nous invitera pas d'abord \u00e0 retrouver dans les gestes de J\u00e9sus la bont\u00e9 du P\u00e8re: il pensera plus imm\u00e9diatement au Fils qui, depuis les origines, est la manifestation, et la projection, et la sagesse active du Dieu \u00e9ternellement invisible. Et c'est lui qui a travers\u00e9 le temps, et notre histoire, pour que, par lui, toute la cr\u00e9ation et l'histoire des hommes retournent dans le myst\u00e8re divin [Col_1,20].
Dans les \u00e9vangiles, J\u00e9sus ne voulait \u00eatre que l'annonciateur du Royaume de Dieu. Mais avec Paul, il n'y a plus de Royaume que dans le Fils fait homme et ressuscit\u00e9 [Col_3,1]. L\u00e0 se situe le foss\u00e9 entre la foi chr\u00e9tienne et la position de ceux qui, parmi les Juifs, \u00e9prouvent le plus de sympathie pour la figure de J\u00e9sus. Ce n'est pas Paul qui a \u00e9lev\u00e9 un mur d'incompr\u00e9hension: le scandale \u00e9tait dans la r\u00e9surrection de J\u00e9sus, tout autant que dans sa mort sur la croix.
Le scandale n'est pas moins grand pour le chr\u00e9tien d'aujourd'hui. Nous avons beau avoir la foi, parfois le doute nous assaille: est-ce que tout cela est s\u00fbr ? Et bien des livres \u00e9crits par des incroyants, ou m\u00eame par des chr\u00e9tiens instruits, vont conforter nos doutes: "La r\u00e9surrection ? Il n'y a pas d'autre base qu'un tombeau trouv\u00e9 vide... -et encore, le sait-on ?... Ensuite on a interpr\u00e9t\u00e9, on a cru voir... On l'a dit ressuscit\u00e9, c'\u00e9tait une fa\u00e7on de lui donner une aur\u00e9ole et de r\u00e9affirmer l'esp\u00e9rance de la communaut\u00e9..."
Toutes ces raisons pourtant n'ont pas raison d'une conviction intime au coeur du croyant; un instinct de Dieu lui dit que la v\u00e9rit\u00e9 est dans le myst\u00e8re et non dans les interpr\u00e9tations qui pr\u00e9tendent l'\u00e9liminer [1Jn_2,27]. Nous disons bien: "un instinct de Dieu", car ce n'est pas une question de sentiment. Nous croyons, cela veut dire d'abord que nous recevons le t\u00e9moignage des ap\u00f4tres et de l'Eglise, et nous croyons comme ils  ont cru. Mais si nous accueillons la foi, Dieu ne nous laissera pas seuls face \u00e0 nos doutes, car il y a une promesse pour celui qui croit: le don de l'Esprit Saint [Ac_2,38]. Les textes bibliques de l'Ancien comme du Nouveau Testament disent clairement qu'il n'y aura pas de foi qui tienne sans une exp\u00e9rience spirituelle [Heb_12,18] - [Heb_12,24], et c'est encore plus vrai pour ceux qui vivent, comme c'est souvent notre cas, dans une civilisation imperm\u00e9able \u00e0 la foi [1Cor_12,3]. 

{N}2.42: LE VOCABULAIRE DE LA JUSTIFICATION{/} [Rm_3,20]
Au moment o\u00f9 nous abordons les textes si importants de Paul sur la "_justification_", il et bon de pr\u00e9ciser le sens des mots qu'il emploie et qu'il nous faudra bien exprimer en notre langage qui n'est plus le sien. La diff\u00e9rence d'ailleurs n'est pas seulement entre le grec et le fran\u00e7ais_; Paul emprunte ici les mots de la Bible grecque des Septante, laquelle avait fix\u00e9 dans une certaine mesure le langage religieux des Juifs de langue grecque, et ces mots doivent \u00eatre compris \u00e0 la lumi\u00e8re des exp\u00e9riences religieuses de l'Ancien Testament.
Notre vocabulaire de la justification et de la gr\u00e2ce a \u00e9t\u00e9 fortement marqu\u00e9 par d'interminables controverses th\u00e9ologiques et par les pol\u00e9miques entre Catholiques et Protestants du seizi\u00e8me au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle. Nos anc\u00eatres d'avant le Christ n'en \u00e9taient pas l\u00e0. Le vocabulaire de la r\u00e9demption, du p\u00e9ch\u00e9, de la justification, est parti de l'exp\u00e9rience de l'alliance entre une personne, ou un groupe, et une autre personne ou un autre groupe plus fort qui va devenir son protecteur. Le plus fort conc\u00e8de une alliance avec des devoirs r\u00e9ciproques. Il arrive que l'inf\u00e9rieur {C}se rebelle{/}, qu'il {C}p\u00e8che{/} contre son suzerain ([2R_18,14]; [Ez_17,15]) et le {C}trahisse{/}.  De son c\u00f4t\u00e9 le suzerain peut appr\u00e9cier la fid\u00e9lit\u00e9 de son alli\u00e9 et le consid\u00e9rer comme {C}juste{/}.
Nous avons l\u00e0 les mots de l'Alliance. Bien s\u00fbr, on ne doute pas de la mis\u00e9ricorde de Dieu, on sait qu'il pardonne, on sait qu'on a moins de m\u00e9rites qu'on n'a commis de r\u00e9bellions, mais on fait ce qu'on peut pour \u00eatre fid\u00e8le et on ne doute pas que si l'on met en pratique les commandements de l'Alliance, on m\u00e9ritera un regard favorable de Dieu sur son peuple. Les proph\u00e8tes feront progresser l'attente du jugement: alors Dieu {C}justifiera{/} les siens, c'est-\u00e0-dire qu'il les reconna\u00eetra comme justes et les \u00e9pargnera. Une autre id\u00e9e se fait jour: le peuple a besoin d'une conversion et c'est Dieu qui en prendra l'initiative ([1R_18,37]): mais ce n'est pas le mot justification.
Apr\u00e8s l'Exil, dans la pri\u00e8re des Psaumes, nous voyons se d\u00e9velopper le d\u00e9sir du croyant sinc\u00e8re d'accomplir de son mieux les pr\u00e9ceptes de la Loi, sachant que celui qui les met en pratique vivra par eux ([Lv_18,5]). Sachant sa faiblesse, il ne cessera de demander \u00e0 Dieu un coeur pur dispos\u00e9 \u00e0 observer sa Loi. Mais si l'on dit que Dieu justifie, cela signifie toujours qu'il reconna\u00eet la justice de quelqu'un et qu'il la proclame.
C'est \u00e0 peu pr\u00e8s ainsi que s'exprimait la foi des croyants d'origine juive, ou convertis \u00e0 la religion juive \u00e0 qui Paul s'adressait. Or voici qu'il propose une r\u00e9orientation radicale des mots et de l'attitude religieuse. Jusque l\u00e0, la justification d\u00e9pendait avant tout de l'homme et de sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 mettre en pratique les pr\u00e9ceptes de la Loi. La justice \u00e9tait bien un ensemble de qualit\u00e9s r\u00e9unies dans le coeur et la vie du croyant, mais on les appr\u00e9ciait d'abord comme une perfection morale et l\u00e9gale qui m\u00e9ritait la bienveillance de Dieu. La relation avec Dieu restait en bonne part juridique: la Loi \u00e9tablissait un code de droits et de devoirs, et m\u00eame si la pi\u00e9t\u00e9 trouvait \u00e0 s'y exprimer largement, la personne se faisait responsable de sa propre justification.
Mais voici que Paul d\u00e9couvre la valeur universelle de la venue du Christ, c'est-\u00e0-dire du Messie. Par lui, et gr\u00e2ce \u00e0 la foi, Dieu remet en ordre la personne humaine. Le mot grec que Paul reprend signifiait \u00e0 la fois justice et processus de justification (devenir juste, ou rendre juste, ou reconna\u00eetre comme juste). Maintenant ce sera une refonte de la personne au plus profond d'elle-m\u00eame: la foi chr\u00e9tienne ouvre l'esprit et le situe au coeur de la v\u00e9rit\u00e9. Si le mot justi-fier nous \u00e9gare, il est facile de le remplacer par d'autres mots fran\u00e7ais qui ont une origine tr\u00e8s proche: recti-fier, r\u00e9-habiliter, r\u00e9-ordonner, r\u00e9-ajuster, r\u00e9-former...
Ce retournement du mot s'accompagnera d'une \u00e9volution du mot {C}achat {/}ou {C}r\u00e9demption {/}(voir la note en [Mt_20,28]). Par ailleurs, le fait que la justice nouvelle soit une perfection int\u00e9rieure, oeuvre de Dieu, am\u00e8ne \u00e0 resituer l'un par rapport \u00e0 l'autre les mots {C}saint {/}et {C}juste{/}.
Pour l'Ancien Testament, la saintet\u00e9 est le propre de Dieu, ce qui exprime son myst\u00e8re, ce qui le maintient \u00e0 distance de tout ce qui n'est pas lui et de tout ce qu'on peut dire de lui. Saint s'oppose \u00e0 profane. On appelle saints, dans le livre de Daniel et dans les psaumes, les \u00eatres c\u00e9lestes qui sont proches de Dieu, nous dirions: les anges ([Dn_4,10] et [Dn_4,14]; [Ps_89,6]). Dans le domaine des terriens, le mot saint s'applique aux personnes et aux choses qui sont {C}consacr\u00e9es {/}\u00e0 Dieu, et qui pour autant ob\u00e9issent \u00e0 des lois diff\u00e9rentes de celles qui sont propres aux {C}profanes{/}_; ainsi sont les pr\u00eatres, le Sanctuaire, les objets du culte. M\u00eame lorsque Dieu dit_\u00e0 tout le peuple: "_Soyez saints parce que je suis saint_", le mot n'a pas le sens que nous lui donnerions aujourd'hui: il associe \u00e0 l'id\u00e9e de justice celle d'\u00eatre un peuple diff\u00e9rent des autres parce que consacr\u00e9 \u00e0 Dieu. Dans l'Ancien Testament, lorsqu'on veut exprimer qu'une personne est parfaite aux yeux de Dieu et qu'elle lui est agr\u00e9able, on utilise les mots {C}juste{/} ou {C}pieux{/}.
Mais \u00e0 partir du moment o\u00f9 la {C}justice{/} devient une refonte de la personne et lui ouvre l'acc\u00e8s \u00e0 Dieu le plus direct qui soit, on comprend qu'elle devienne synonyme de {C}saintet\u00e9{/}. En deux endroits nous trouvons les deux mots associ\u00e9s, et dans un ordre diff\u00e9rent ([1Co_6,11]; [Ap_22,11]), ce qui montre que ce ne sont pas deux \u00e9tapes successives, ou deux actions diff\u00e9rentes de Dieu, sinon deux mots dont le sens se compl\u00e8te pour une personne famili\u00e8re du langage grec des Septante. Tr\u00e8s habituellement, le mot saint garde chez Paul le sens de "_consacr\u00e9 \u00e0 Dieu_", et c'est ainsi que nous rencontrons souvent l'expression "_{C}les saints{/}_" pour d\u00e9signer les chr\u00e9tiens. Mais aussi Paul montre que ceux qui sont ainsi consacr\u00e9s \u00e0 Dieu doivent \u00eatre sans tache et irr\u00e9prochables, c'est-\u00e0-dire saints au sens o\u00f9 nous l'entendons ([1Co_1,8]; [Col_1,22])_; cette saintet\u00e9 chr\u00e9tienne sera une imitation de la perfection divine ([Mt_5,45]). 

{N}2.43: IL N'Y A PAS DE PROCLAMATION SANS RISQUES{/} [Ga_5,1]
{C}Croyez-vous que je serais encore pers\u00e9cut\u00e9 ?{/} (v.11). Celui qui \u00e9crit ces lettres est le m\u00eame Paul que les Juifs poursuivent de ville en ville. Et s'il a \u00e9t\u00e9 ainsi pers\u00e9cut\u00e9, ce n'est pas un hasard. Que son caract\u00e8re absolu lui ait attir\u00e9 bien des ennemis, c'est probable, mais cela n'explique pas le plus important.
Rappelons-nous que Dieu l'avait choisi comme ap\u00f4tre du monde gr\u00e9co-romain, et il \u00e9tait de fait impossible d'\u00e9vang\u00e9liser en quelques ann\u00e9es ce monde pa\u00efen sans s'appuyer sur les innombrables communaut\u00e9s juives qui depuis des si\u00e8cles s'\u00e9taient form\u00e9es dans toutes les villes de l'Empire. Durant les cinq si\u00e8cles ant\u00e9rieurs \u00e0 J\u00e9sus les immigrants juifs et leurs communaut\u00e9s avaient pr\u00e9par\u00e9 le chemin \u00e0 la diffusion de la Parole de Dieu, tissant avec leur entourage des liens parfois agressifs, mais aussi se gagnant bien des sympathies et faisant des adeptes.
Paul devait donc partir de l\u00e0 et rencontrer dans ces communaut\u00e9s juives les premiers "Grecs" qui ensuite atteindraient les autres. Mais qu'arriverait-il si la majorit\u00e9 des Juifs, suivant l'exemple de ceux de Palestine, refusaient de croire ? On pouvait alors chercher \u00e0 se maintenir sans heurter, se pr\u00e9senter discr\u00e8tement comme une secte juive attach\u00e9e \u00e0 la personne et \u00e0 l'enseignement de J\u00e9sus, essayer d'atteindre quelques non-Juifs sans offenser les Juifs. Bien que minoritaires, ils \u00e9taient tr\u00e8s puissants dans l'Empire Romain, de sorte que leur hostilit\u00e9 attirerait sur l'Eglise les p\u00e9rils les plus graves et risquait de museler l'apostolat chr\u00e9tien. Sans doute fallait-il compter avec le temps.
Mais justement Paul choisit le risque. Il presse les Juifs de se convertir, de reconna\u00eetre celui sans lequel ils perdent leur chemin et s'\u00e9loignent des promesses de Dieu, et s'ils refusent de croire, il se s\u00e9pare d'eux. Cette rupture douloureuse sera \u00e0 l'origine des premi\u00e8res pers\u00e9cutions contre les Chr\u00e9tiens. Paul lui-m\u00eame en sera la victime. Mais c'est cette attitude d\u00e9cid\u00e9e et l'affirmation forte et claire de J\u00e9sus Seigneur et Sauveur qui donnera aux premi\u00e8res communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes leur dynamisme apostolique. M\u00eame si aujourd'hui nous avons pris conscience d'une certaine violence inclue dans cette pr\u00e9dication intr\u00e9pide, il faut avoir le courage de regarder en face le chemin que Paul a choisi: c'\u00e9tait celui de J\u00e9sus lui-m\u00eame.

{N}2.44: LE MYST\u00c8RE DU FILS{/} [Ph_2,6]
Ce texte de Paul est l'un des plus importants du Nouveau Testament. On sait que, d\u00e8s les premiers jours de la pr\u00e9dication apostolique, le grand probl\u00e8me de la foi a \u00e9t\u00e9 de situer le Christ par rapport au Dieu unique, son P\u00e8re. Le point de d\u00e9part de tout effort pour pr\u00e9ciser la foi \u00e9tait la certitude de que J\u00e9sus est "le Fils"; c'\u00e9tait l\u00e0 "son nom", au sens biblique du terme ([He_1,4]), c'est-\u00e0-dire ce qui exprimait l'essentiel de son \u00eatre et de sa mission. La R\u00e9surrection l'avait montr\u00e9, et lorsque les ap\u00f4tres essayaient de mettre un ordre dans leurs souvenirs, ils retrouvaient en maintes paroles et insinuations de J\u00e9sus, tout autant que dans ses attitudes, une confirmation de cette \u00e9vidence: venu apr\u00e8s tous les proph\u00e8tes et serviteurs [Mc_12,6], il avait agi avec l'autorit\u00e9 et la libert\u00e9 du Fils ([Mt_11,26]). Les premi\u00e8res pr\u00e9dications de Pierre affirment la glorification de J\u00e9sus Messie ([Ac_3,13]) et son \u00e9l\u00e9vation \u00e0 un rang divin ([Ac_2,33]): durant quelque temps on se contentera de ce vocabulaire. Mais ici Paul va retrouver la trajectoire du Fils de Dieu qui s'est abaiss\u00e9 jusqu'\u00e0 nous. 
Il est clair que dans ces lignes Paul reprend pour l'appliquer au Christ la proph\u00e9tie du Serviteur que nous lisons en [Is_52,13] - [Is_53,12]: le Serviteur de Yahv\u00e9 atteindra la gloire en passant par l'humiliation, et ses souffrances feront de lui le R\u00e9dempteur. Mais Paul va recentrer ce texte sur la libre d\u00e9cision du Christ qui renonce \u00e0 tout pour se faire rien.
{C}Lui qui jouissait de la fa\u00e7on d'\u00eatre de Dieu.{/} Nous parlons de {C}fa\u00e7on d'\u00eatre,{/} puis de {C}condition, {/}alors que Paul garde le m\u00eame mot aux versets 6 et 7, et ce mot grec signifie plus pr\u00e9cis\u00e9ment: "_la forme_", non pas seulement, comme en fran\u00e7ais, ce que notre oeil reconna\u00eet,  mais la fa\u00e7on d'\u00eatre d'une personne, ce qui la situe. En fran\u00e7ais {C}condition{/} va bien avec {C}serviteur{/}, mais si l'on parle de condition divine, le risque est grand de ne voir l\u00e0 qu'un rang divin donn\u00e9 \u00e0 quelqu'un qui n'est pas r\u00e9ellement Dieu. Or Paul veut dire que le Christ jouissait de la{C} fa\u00e7on d'\u00eatre qui est propre de Dieu, {/}c'est \u00e0 dire la nature de Dieu avec sa gloire et sa majest\u00e9. 
{C}Il a pris la condition de serviteur{/}. Il est vrai que le sens premier du mot grec est{C} {/}"_esclave_". Mais, esclave, J\u00e9sus ne l'a jamais \u00e9t\u00e9. M\u00eame si on voulait que le supplice de la croix ait \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 aux esclaves, le texte distingue cette condition humble de l'acceptation de la croix. Le mot grec doit donc \u00eatre compris dans le sens de {C}serviteur{/} qu'il a tr\u00e8s souvent dans la Bible, Mo\u00efse, {C}serviteur{/} de Dieu... , Paul, {C}serviteur {/}de J\u00e9sus Christ. Paul a voulu exprimer fortement l'abaissement du Christ, mais il avait aussi sous les yeux la proph\u00e9tie du Serviteur. Le Christ s'est vid\u00e9 de la fa\u00e7on d'\u00eatre propre de Dieu et il a pris une fa\u00e7on d'\u00eatre pleinement humaine, celle du Serviteur r\u00e9dempteur.
Nous avons ici une approche extr\u00eamement profonde du myst\u00e8re de J\u00e9sus Fils de Dieu. Son identit\u00e9, ou sa personnalit\u00e9, est tout enti\u00e8re dans cet {C}abaissement {/}suivi d'une {C}\u00e9l\u00e9vation{/}, ou exaltation, qui fait l'\u00e9merveillement de Paul. Il faut reconna\u00eetre que, lorsque nous parlons du myst\u00e8re de la Trinit\u00e9, nous nous contentons trop souvent de mots, gardant inconsciemment l'image de trois personnes semblables qui, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, sont install\u00e9es dans une commune nature; et sans le dire, nous imaginons Dieu install\u00e9 dans une \u00e9ternit\u00e9 immuable et immobile, comme le voulait Aristote. On oublie que Dieu est {C}le P\u00e8re{/}, le P\u00e8re de qui tout proc\u00e8de. 
Le Fils partage tout ce qu'est Dieu P\u00e8re, il en est l'image, mais il est Dieu d'une fa\u00e7on toute diff\u00e9rente. Il ne faudrait pas trop presser \u00e0 ce sujet le mot {C}image{/} car il fait partie d'une s\u00e9rie de termes qui approchent de fa\u00e7on diff\u00e9rente la relation du Fils au P\u00e8re: le Verbe, l'Image ([Col_1,15]), l'Irradiation ([He_1,1])... Le Fils n'est ni une r\u00e9plique ni un rival du P\u00e8re. Si le P\u00e8re projette son Verbe dans l'\u00e9ternit\u00e9, c'est parce que la dynamique de l'amour est inscrite au coeur m\u00eame du Dieu-Amour. La totale g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et communication de soi qui est propre du P\u00e8re fait surgir cette autre face de l'amour qui consiste \u00e0 renoncer \u00e0 soi-m\u00eame: le propre du Fils sera de se perdre lui-m\u00eame pour \u00eatre repris en Dieu. 
Donc, lorsque Paul nous dit que le Christ {C}s'est vid\u00e9 de lui m\u00eame{/}, cet abaissement est ant\u00e9rieur aux {C}humiliations {/}que J\u00e9sus \u00e9prouve dans sa nature humaine. Lorsque Paul dit qu'il {C}n'a pas d\u00e9fendu son \u00e9galit\u00e9 avec Dieu{/}, il ne s'agit pas seulement de privil\u00e8ges, ou d'un bien-\u00eatre que J\u00e9sus aurait pu garder au milieu des hommes: c'est en Dieu que le Fils s'est vid\u00e9 de lui-m\u00eame. Mais le mouvement par lequel le P\u00e8re projette son Verbe dans l'\u00e9ternit\u00e9 se prolonge par la cr\u00e9ation de l'univers. Et c'est dans cet univers cr\u00e9\u00e9 que le Fils atteint le terme de son abaissement. Dans l'\u00e9ternit\u00e9 il s'abaisse et il retrouve les richesses du P\u00e8re et, si l'on nous pardonne ces expressions humaines, il donne \u00e0 la vie divine son rythme ou sa respiration. Mais son entr\u00e9e dans l'univers d\u00e9termine le moment \u00e0 partir duquel le temps se d\u00e9ploie, avant et apr\u00e8s son incarnation. En cemoment il va na\u00eetre dans un secteur de notre monde et il fera l'exp\u00e9rience de nos limites, \u00e0 commencer par l'exp\u00e9rience d'un temps qui m\u00e8ne \u00e0 la mort toutes les cr\u00e9atures. 
Nous savons que le Fils est venu {C}chercher et sauver ce qui \u00e9tait perdu{/} ([Lc_19,10]), que Dieu l'a envoy\u00e9 {C}pour faire face au p\u00e9ch\u00e9{/} ([Rm_8,3]). Dans ces conditions, si son incarnation a pour objet de r\u00e9parer une chute originelle, comment peut-on dire que l'abaissement du Fils est l'expression \u00e9ternelle de sa personne? Ici il n'y a pas de r\u00e9ponse, car nous ne pouvons comprendre ni l'\u00e9ternit\u00e9 ni les rapports de l'\u00e9ternit\u00e9 et du temps: pour Dieu il n'y a ni avant ni apr\u00e8s. La Bible nous impose une vue de l'histoire o\u00f9 se succ\u00e8dent cr\u00e9ation, p\u00e9ch\u00e9 et r\u00e9demption, mais dans le monde de Dieu tout ne fait plus qu'un. 
Nous trouvons d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, dans le myst\u00e8re divin, le mod\u00e8le que J\u00e9sus proposera \u00e0 ses disciples (les th\u00e9ologiens aiment garder \u00e0 ce propos le mot grec "k\u00e9nose" qui signifie tout simplement "se r\u00e9duire \u00e0 rien"). Et l'on peut noter que, selon [Mc_8,34] et plus encore [Lc_8,23] et [Jn_12,24], J\u00e9sus parle de cette perte de soi, non comme d'un {C}devoir{/} qu'il imposerait \u00e0 ses disciples, mais d'une {C}n\u00e9cessit\u00e9{/} pour tous. 
La R\u00e9surrection du Christ, que l'Eglise place au coeur de son culte, n'est donc pas seulement une glorification de J\u00e9sus que nous c\u00e9l\u00e9brons parfois sans trop y croire. Ce n'est pas seulement un honneur posthume que Dieu lui aurait attribu\u00e9, une immortalit\u00e9 d'une cat\u00e9gorie un peu sup\u00e9rieure \u00e0 celle que nous esp\u00e9rons nous-m\u00eames_; ce n'est pas seulement le retour \u00e0 la vie d'un certain J\u00e9sus gr\u00e2ce auquel le Fils aurait \u00e9t\u00e9_pr\u00e9sent sur terre tout en restant l\u00e0-haut: c'est en toute v\u00e9rit\u00e9 le retour du Fils au P\u00e8re: le Fils "abaiss\u00e9 pour un moment au dessous des anges" ([Hb_,9]) va retrouver le Nom et la Gloire divine. Nous disons bien {C}retrouver {/}le Nom et la Gloire, car Jean le dit express\u00e9ment en [Jn_17,5]. Il est au terme vrai Dieu et vrai homme, c'est l'homme en Dieu, ou l'homme glorifi\u00e9. {C}J\u00e9sus Christ est Seigneur{/}; et il ram\u00e8ne avec lui toute la cr\u00e9ation ([Col_1,20]).
Cette vision du Fils, Seigneur, \u00e0 qui le P\u00e8re donne le {C}Nom{/} incommunicable, ce n'est pas une vue qui serait propre \u00e0 Paul et qu'il aurait \u00e9labor\u00e9e \u00e0 ses risques et p\u00e9rils, nous en retrouvons les grandes lignes tout au long de l'Evangile de Jean. Qu'on relise entre autres l'introduction au lavement des pieds: \u00ab_J\u00e9sus savait que le P\u00e8re avait tout remis entre ses mains et qu'il retournait \u00e0 Dieu comme il \u00e9tait venu de Dieu_\u00bb ([Jn_13,3]): c'est le retour du Fils, porteur de tout l'univers. 
La personne myst\u00e9rieuse du Fils a donc deux faces: dans notre monde et dans le temps, on ne voit que la trajectoire de J\u00e9sus dont Marie et les ap\u00f4tres ont \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins. Cette manifestation d'ailleurs, comme un choc ou un cri, \u00e9veillait avant et apr\u00e8s elle bien d'autres descentes du Fils-Sagesse divine dans notre monde ([Sg_9,10]; [Si_24,8]; [Jn_1,5] et [Jn_8,1] - [Jn_8,10]) et leur apportait un point final. Et l'autre face ne fait qu'un avec l'\u00e9ternit\u00e9, elle est la loi profonde de l'Amour-Dieu: le Fils na\u00eet de Dieu P\u00e8re, mais c'est pour s'effacer et se perdre, puis \u00eatre repris. Alors se consomme la jouissance mutuelle des Personnes divines, mais Paul ne nous m\u00e8ne pas jusque l\u00e0: l'\u00e9vangile de Jean nous en dira quelques mots ([Jn_14,1] - [Jn_17,1]). 
Reconnaissons que notre langage est incapable de faire le tour du myst\u00e8re de Dieu. Durant des si\u00e8cles les chr\u00e9tiens se sont d\u00e9chir\u00e9s au nom de leurs expressions diff\u00e9rentes de la foi au lieu d'accepter humblement que d'autres soient plus sensibles \u00e0 tel ou tel aspect du myst\u00e8re. Il n'y a pas qu'une fa\u00e7on d'exprimer la foi: sinon l'Eglise n'aurait pas re\u00e7u \u00e0 la fois l'Evangile de Marc et celui de Jean. 

{N}2.45: LE CHRIST, PRINCIPE ET FIN DE L'UNIVERS{/} [Col_1,15]
Il est facile de voir que le passage [Col_1,15] - [Col_1,20] est un hymne. C'est un peu comme une parenth\u00e8se dans le texte, car sans lui on passerait tr\u00e8s normalement du verset 14 au verset 21, mais on ne peut pas dire qu'il a \u00e9t\u00e9 ins\u00e9r\u00e9 plus tard dans la lettre de Paul, car il sert de conclusion \u00e0 la pri\u00e8re qui le pr\u00e9c\u00e8de et il s'encha\u00eene le plus naturellement du monde avec ce qui suit.
Cette pr\u00e9sentation exceptionnelle de la place centrale qu'occupe le Christ dans le plan de Dieu m\u00e9rite qu'on s'y arr\u00eate. Tout le plan de Dieu cr\u00e9ateur est centr\u00e9 sur le Fils; il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent en Dieu comme l'image du P\u00e8re; apr\u00e8s sa r\u00e9surrection il devient la t\u00eate de ce peuple particulier de Dieu qu'est l'Eglise, mais en m\u00eame temps il est le centre autour duquel se meut toute notre histoire et c'est en lui que l'univers entier atteindra son unit\u00e9.
On sait que d\u00e8s la r\u00e9surrection la premi\u00e8re communaut\u00e9 chr\u00e9tienne a cru au Christ comme au Messie et sauveur d'Isra\u00ebl. Mais aussi, d\u00e8s ce moment elle a cru qu'il \u00e9tait d'origine divine. Il est toujours difficile de pr\u00e9ciser sa pens\u00e9e tant qu'on n'a pas les mots qui conviennent, et c'est pourquoi les premiers chr\u00e9tiens, et tout particuli\u00e8rement les ap\u00f4tres, t\u00e9moins officiels de J\u00e9sus, ont voulu pr\u00e9ciser en quel sens on le disait et on le croyait Fils de Dieu. Car cette expression existait dans la Bible, c'\u00e9tait le titre des rois consacr\u00e9s par Dieu, et ce titre convenait particuli\u00e8rement au Messie-Sauveur. D\u00e8s la R\u00e9surrection s'impose une certitude: J\u00e9sus est le Fils de Dieu; mais le mot restait tr\u00e8s impr\u00e9cis, car il \u00e9tait clair pour tous qu'il n'y a qu'un Dieu et que J\u00e9sus \u00e9tait homme. L'Esprit, nous n'en doutons pas, a sugg\u00e9r\u00e9 les mots. Dans les temps qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la Pentec\u00f4te, la communaut\u00e9 a discut\u00e9 et r\u00e9fl\u00e9chi sur sa foi tout autant qu'elle a pri\u00e9 ([Ac_1,14]). Le t\u00e9moignage de Marie sur la conception de J\u00e9sus a d\u00fb peser fortement: c'est la raison pour laquelle Luc le cite longuement en ses deux premiers chapitres venus tout droit d'un document ancien des \u00e9glises de Palestine.  Le t\u00e9moignage des trois t\u00e9moins de la Transfiguration n'a pas \u00e9t\u00e9 moins important. Mais c'est durant toute la g\u00e9n\u00e9ration qui a vu la pr\u00e9paration des \u00e9vangiles que les proph\u00e8tes de l'Eglise primitive (Paul ap\u00f4tre \u00e9tait reconnu comme l'un d'entre eux) ont fait progresser le vocabulaire chr\u00e9tien; ils ont pr\u00e9cis\u00e9 le sens qu'avait le rang divin accord\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus.
Le premier pas a \u00e9t\u00e9 fait lorsqu'on a donn\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus le titre de{C} Seigneur{/} (voir le commentaire de [Jn_20,11]) et qu'on lui a appliqu\u00e9 sans h\u00e9siter bien des textes de l'Ecriture o\u00f9 le Seigneur n'\u00e9tait autre que Yahv\u00e9-Dieu ([Mt_21,16]; [2Co_3,16]). On affirmait ainsi sans aucun doute possible son rang divin. Les salutations de Paul en ses cartes citent toujours c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te le P\u00e8re et J\u00e9sus comme les auteurs d'une seule gr\u00e2ce: le P\u00e8re est Dieu, et J\u00e9sus est le Seigneur ([1Co_1,3]; [2Co_1,2]). Mais on ne pr\u00e9cisait pas encore la situation et la personnalit\u00e9 du Fils face au P\u00e8re.
Ici nous avons un texte tr\u00e8s riche \u00e0 ce sujet. Nous allons en dire quelques mots. Tout l'arri\u00e8re plan de Paul est biblique. Au livre des Proverbes, dans la partie la plus r\u00e9cente qui doit remonter au 2\u00ba ou au 3\u00ba si\u00e8cle avant le Christ, on lisait un po\u00e8me sur la Sagesse ([Sg_8,22]) o\u00f9 celle-ci est pr\u00e9sent\u00e9e comme une personne: elle d\u00e9signe le plan actif de Dieu sur sa cr\u00e9ation, ant\u00e9rieur \u00e0 l'univers, origine de tout ce qu'il y a d'ordre, de beaut\u00e9 et d'harmonie dans le monde. Elle descend parmi les hommes, car c'est l\u00e0 qu'elle se trouve le mieux \u00e0 sa place, et elle s'installe en Isra\u00ebl pour y inspirer les sages. Dans le livre de Sirac on trouvera de m\u00eame un po\u00e8me sur la Sagesse ([Sg_24,1] - [Sg_24,29]) o\u00f9 elle est de nouveau personnifi\u00e9e. Le sens en est un peu chang\u00e9: la Sagesse d\u00e9signe cette fois l'esprit de la Loi. Elle est descendue du ciel o\u00f9 elle c\u00e9l\u00e9brait le culte divin dans son sanctuaire c\u00e9leste, et elle a pris racine \u00e0 J\u00e9rusalem: c'est elle qu'on retrouve, comme incarn\u00e9e, dans le Livre de la Loi.
On pourra comparer ces textes. M\u00eame si l'hymne des Colossiens leur doit son mouvement, il s'en d\u00e9gage et se montre beaucoup plus audacieux: le Christ y a un rang, une r\u00e9alit\u00e9, une seigneurie sur le monde qui manquaient aux textes sur la Sagesse.
15. {C}Il est l'image du Dieu qu'on ne saurait voir{/}. El es la imagen del Dios que no se puede ver. O\u00f9 Paul a-t-il trouv\u00e9 ce mot {C}image {/}qu'il applique au Christ et qui n'est pas dans les textes sur la Sagesse ? S\u00fbrement il a pens\u00e9 \u00e0 [Gn_1,27]. Il a appliqu\u00e9 au Fils de l'Homme ce qui y est dit de l'homme, comme [He_2,6] le fait en interpr\u00e9tant le Psaume 8. On ne trouve presque nulle part dans la Bible le mot image associ\u00e9 \u00e0 Dieu, car on sait que les images de Dieu sont totalement exclues. Pourtant il y a [Nb_12,8] o\u00f9 Mo\u00efse contemple l'image de Dieu, [Ps_17,15] et [Ez_1,28]. M\u00eame [Dt_4,12] qui r\u00e9affirme: "vous n'avez pas vu d'image, vous n'avez qu'entendu la voix" devait l'inciter \u00e0 voir dans le Fils fait homme l'image du P\u00e8re invisible.
16{C}. Pour toute cr\u00e9ature il est le premier-n\u00e9{/}. para toda criatura es el Primog\u00e9nito. Nous avons mis {C}pour{/} et non pas {C}de {/}(premier-n\u00e9 de toute cr\u00e9ature). Car dans la Bible le premier-n\u00e9 occupe un rang sp\u00e9cial, il n'est pas seulement le premier des fr\u00e8res. Le Christ n'est pas cr\u00e9\u00e9: Paul se garde bien de le dire alors que la Sagesse est "cr\u00e9\u00e9e" en [Pr_8,22], et qu'elle l'est aussi en [Si_24,8] et [Si_24,9], m\u00eame si elle est sortie de la bouche de Dieu. Lui est l'image \u00e0 partir de laquelle {C}tout a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9{/}. On ne peut pas faire de lui une supercr\u00e9ature ant\u00e9rieure \u00e0 toute la cr\u00e9ation (comme le voudraient les T\u00e9moins de J\u00e9hovah), car avant la cr\u00e9ation il n'y a que Dieu, et que peut-il y avoir en Dieu qui ne soit pas \u00e9ternel et un avec lui ? S'il \u00e9tait alors{C} le Fils{/} ([He_1,2] et [He_1,4]), c'est parce qu'il n'\u00e9tait pas cr\u00e9ature.
{C}Et tout a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour lui{/}. Todo fue hecho para \u00e9l. Autre \u00e9l\u00e9ment nouveau. Celui qui servait la Sagesse obtenait les faveurs de Yahv\u00e9 ([Pr_8,35]), mais ici c'est au Christ que tout retourne. Comme le disait d\u00e9j\u00e0 [1Co_15,24], il ne remettra le Royaume que lorsque l'univers entier lui aura \u00e9t\u00e9 soumis.
17. {C}Tout se tient en lui{/}. Todo se mantiene en \u00e9l. Voici le principe d'unit\u00e9 de l'univers: rappelons que pour les Grecs, {C}le tout{/}, c'est aussi l'univers. 
19-20. {C}Tout est r\u00e9concili\u00e9 avec Dieu{/} apr\u00e8s que le sang de sa croix a r\u00e9tabli la paix. La r\u00e9demption n'est donc pas seulement une r\u00e9paration des fautes que nous avons commises, elle est une donn\u00e9e d'ordre cosmique. Il y a l\u00e0 un point qui nous \u00e9chappe, car l'id\u00e9e que nous avons de l'univers est celle que nous donne la science \u00e0 partir de ce que nous voyons, et nous y voyons un ordre purement mat\u00e9riel et physique: des vitesses, des distances, des ann\u00e9es lumi\u00e8re. Mais nous ne savons pas comment un esprit voit tout cet ensemble, car pour lui les distances n'existent pas: et quelle est la r\u00e9alit\u00e9 de l'univers sous le regard de Dieu ? Toutes les interpr\u00e9tations sont donc possibles, et Paul nous affirme que l'oeuvre accomplie par le Fils, mort en Palestine il y a deux mille ans, ach\u00e8ve l'ordre de l'univers.
24. {C}Ce qui manque aux souffrances du Christ{/}. Paul ne pense sans doute pas \u00e0 un certain prix qu'il faudrait payer pour compenser aux yeux de Dieu la dette de nos p\u00e9ch\u00e9s, encore moins \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 pour nous de compl\u00e9ter la somme. Il est bien plus probable qu'il a la vision d'un monde dans lequel les d\u00e9sordres caus\u00e9s par le p\u00e9ch\u00e9 exigent une compensation si pour r\u00e9tablir 

{N}2.46: LA FEMME ET LE DRAGON{/} [Ap_12,1]
Cette vision de la femme reprend le soleil, la lune et les \u00e9toiles du songe de Joseph en [Gen_37,9], mais le r\u00f4le du soleil et de la lune font tout de suite penser \u00e0 la femme du [Ct_6,10]. Dans la Gen\u00e8se il s'agissait de Joseph au milieu de ses fr\u00e8res, dans le Cantique c'\u00e9tait Isra\u00ebl au milieu des nations (voir les lignes pr\u00e9c\u00e9dentes du Cantique en [Ct_6,8] - [Ct_6,9]). Ici il semble que la femme soit au centre de la cr\u00e9ation. Le chapitre se pr\u00e9sentera comme une continuation de [Gn_3,15] mais sans ignorer Emmanuel et sa m\u00e8re en [Is_7,14] (et [Mi_5,2]). 
Ce chapitre est un de ceux qui paraissent trahir le m\u00e9lange de diff\u00e9rentes pi\u00e8ces et bien des solutions ont \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9es pour le r\u00e9organiser ou pour en retrouver les \u00e9l\u00e9ments originels; la multiplicit\u00e9 des essais montre qu'aucun ne s'impose. Ce chapitre se divise facilement en deux temps, tout comme le premier chapitre des Eph\u00e9siens: d'abord ce qui se passe dans le plan \u00e9ternel de Dieu, ensuite sa r\u00e9alisation sur la terre; c'est tr\u00e8s conforme \u00e0 la vision de l'histoire qu'ont les apocalypses.
1-2: la femme et l'Incarnation au centre du plan de Dieu sur l'univers.
3-4a: la pr\u00e9sentation du dragon, ange puissant. On dit que c'est celui qui provoquera la r\u00e9bellion dans la sph\u00e8re c\u00e9leste, mais non pas qu'elle a lieu \u00e0 ce moment.
4b-6: le dragon a d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9vorer le fils de la femme, et Dieu intervient: le fils sera ma\u00eetre des nations, m\u00eame si la femme d\u00e9sormais doit vivre au d\u00e9sert (comme la m\u00e8re de l'Emmanuel).
7-9: division du monde des esprits et expulsion des mauvais.
10-12: le choeur (au sens de la trag\u00e9die antique) loue les d\u00e9cisions de Dieu.
13-18: on passe aux cons\u00e9quences de cette crise dans le temps et l'histoire. C'est l'Eglise qui est en cause, au lendemain de la R\u00e9surrection. Mais il est difficile d'interpr\u00e9ter le fleuve que le dragon vomit derri\u00e8re la femme. En 17-18 on en vient aux pers\u00e9cutions contre les chr\u00e9tiens de l'Empire auxquels Jean s'adresse.
Si nous voulons maintenant pr\u00e9ciser le sens de la vision, il faut la resituer dans le livre. Voir \u00e0 ce sujet la note plac\u00e9e en [Ap_8,1]. La vision des deux t\u00e9moins, au chapitre 11, c'est l'\u00e9vang\u00e9lisation et l'appel \u00e0 la conversion tout au long de l'histoire. Maintenant, la vision de la Femme et du Dragon pr\u00e9sente les protagonistes de la lutte qui occupera les chapitres suivants. La Femme est l'humanit\u00e9 \u00e9pous\u00e9e par Dieu. Ne disons pas l'Eglise, car elle \u00e9tait l\u00e0 avant le Christ et c'est elle qui l'a mis au monde, mais \u00e0 chaque \u00e9poque elle s'identifie avec le peuple sauv\u00e9. Avant le Christ, elle \u00e9tait l'\u00e9pouse du Cantique, toute en attente de la visite de son Roi. Ensuite, elle ne fait qu'un avec ses fils qui, maintenant, sont ceux de l'Evangile, t\u00e9moins et proph\u00e8tes de J\u00e9sus; car dans la culture h\u00e9bra\u00efque {C}les fils de... {/}qu'ils soient ceux d'Adam, ou de B\u00e9lial, ou des proph\u00e8tes, d\u00e9signent une collectivit\u00e9 qui ne fait qu'un avec le p\u00e8re l\u00e9gendaire auquel ils se rattachent.
Ici Jean gard\u00e9 ce langage, mais il y a un \u00e9l\u00e9ment nouveau: la m\u00e8re de J\u00e9sus est une personne concr\u00e8te, et du coup la Femme sort du monde des symboles pour s'incarner en Marie. 
Si Jean reconna\u00eet en Marie la Femme, aussi bien \u00e0 Cana qu'au calvaire, il est tout aussi l\u00e9gitime de garder ici cette identification. Par contre ce serait une erreur de penser que le {C}signe impressionnant{/} soit une fa\u00e7on de d\u00e9signer de fa\u00e7on exclusive telle personne ou telle communaut\u00e9 que Jean avait en t\u00eate: la proph\u00e9tie donne un signe qui couvre l'ensemble du temps, et ensuite Jean l'applique, ou nous l'appliquons, avec du plus ou avec du moins, aux \u00e9v\u00e9nements et aux personnes qui se situent dans la ligne indiqu\u00e9e. La figure de la Femme au centre de l'Apocalypse est extr\u00eamement importante car, m\u00eame si la Bible est presque enti\u00e8rement domin\u00e9e par le point de vue des hommes et n'est tiss\u00e9e que d'exp\u00e9riences faites par des hommes, l'un des traits dominants de la r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne, et ce qui donne son identit\u00e9 \u00e0 la foi, c'est de concevoir toute la relation des hommes \u00e0 Dieu comme la pr\u00e9paration d'un mariage grandiose. Le Cantique et le signe de la Femme expriment ce qui est au coeur de toute la r\u00e9v\u00e9lation proph\u00e9tique. De m\u00eame il est certain que lorsque l'Eglise d\u00e9fend la pr\u00e9destination de Marie, sa virginit\u00e9 perp\u00e9tuelle et sa pr\u00e9sence dans toute l'oeuvre du salut, elle affirme un des traits essentiels du Dieu de la Bible: ne pas reconna\u00eetre les privil\u00e8ges de Marie, ce n'est pas retrouver Dieu seul, c'est adult\u00e9rer le visage que Dieu a voulu donner de lui-m\u00eame.
Mais c'est un fait aussi qu'en notre si\u00e8cle la pi\u00e9t\u00e9 mariale a envahi bien des domaines dont auparavant elle \u00e9tait absente. Dans les si\u00e8cles pass\u00e9s, la m\u00eame foi et la m\u00eame vision de Dieu et du Christ-Epoux s'appuyaient sur des convictions et sur une pi\u00e9t\u00e9 diff\u00e9rentes. Une pl\u00e9iade d'amoureux de Dieu se sont retrouv\u00e9s dans l'Epouse du Cantique tout en y voyant avant tout la figure de l'Eglise: ils se savaient partie prenante du myst\u00e8re et de la pr\u00e9destination de Dieu. Il ne faudrait pas qu'aujourd'hui l'identification de Marie avec la Femme soit une fois de plus une fa\u00e7on de sous-estimer notre propre vocation et l'amour unique dans lequel le P\u00e8re nous a connus. J\u00e9sus a invit\u00e9 ses ap\u00f4tres \u00e0 croire qu'ils \u00e9taient au centre du dessein de Dieu, plut\u00f4t que d'envier les plus grands saints du pass\u00e9 et de vivre par personne interpos\u00e9e.

{N}2.47: PROPH\u00c9TIES{/} [Ap_20,7]
Nous observons ici un brusque changement de vitesse de la vision proph\u00e9tique. Jean a parl\u00e9 longuement de l'idol\u00e2trie romaine et des pers\u00e9cutions du pouvoir totalitaire, puis, avec le chapitre 20 nous sommes entr\u00e9s dans les temps qui suivent et Jean n'y voit apparemment que le bonheur de la paix retrouv\u00e9e. La b\u00eate totalitaire et le faux Christ -des institutions plut\u00f4t que des personnes, ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s au feu \u00e9ternel, et les supp\u00f4ts de Satan ont \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9s purement et simplement ([Ap_19,21]). Ce n'est qu'apr\u00e8s ces mille ans de paix r\u00e9sum\u00e9s en quelques lignes, que le d\u00e9mon se remet au travail; en deux paragraphes la grande r\u00e9volte (Paul parlera de {C}l'apostasie{/} en [2Th_2,3]) est mat\u00e9e et l'histoire se termine avec le d\u00e9mon renvoy\u00e9 \u00e0 l'enfer.
Nous retrouvons ici ce qui d\u00e9j\u00e0 se notait chez les proph\u00e8tes de l'Ancien Testament: la proph\u00e9tie voit dans les \u00e9v\u00e9nements du moment une pr\u00e9sence avant terme du Jugement, elle passe par-dessus tout ce qu'ils ont de positif et ne veut montrer que ce qui en eux appelle une intervention de Dieu. Ensuite, tout le temps qui s'\u00e9coulera entre la fin du syst\u00e8me actuel condamn\u00e9 et la fin de l'histoire n'est plus qu'un grand flou: le proph\u00e8te n'\u00e9tait pas l\u00e0 pour d\u00e9crire d'avance le d\u00e9roulement de l'histoire.
Il y a une continuit\u00e9 entre la proph\u00e9tie de l'Ancien Testament et la proph\u00e9tie chr\u00e9tienne. M\u00eame si la R\u00e9v\u00e9lation se ferme, et de fa\u00e7on d\u00e9finitive, avec l'Apocalypse, le charisme proph\u00e9tique ne s'\u00e9teint pas pour autant. Bien des personnes, aujourd'hui, se tournent vers les messages c\u00e9lestes, d'autant plus nombreux que le monde s'est consid\u00e9rablement agrandi et que les r\u00e9volutions en cours ont mis \u00e0 bas nos certitudes. Quelle que soit la part de la cr\u00e9dulit\u00e9 et de l'illusion dans les messages c\u00e9lestes qui fleurissent un peu partout, il serait tr\u00e8s injuste de m\u00e9priser tous ces avertissements; ils proviennent bien souvent de "proph\u00e8tes" dont le charisme est difficile \u00e0 r\u00e9cuser. La plupart du temps ils ne font que nous redire de fa\u00e7on pressante, avec des images qui frappent l'imagination et emportent la conviction, les appels de l'Evangile \u00e0 la conversion et l'imminence du jugement de Dieu sur les syst\u00e8mes idol\u00e2triques qui nous emprisonnent. M\u00eame si leur message n'apporte rien de plus que ce que nous trouvons dans l'Ecriture lue avec foi, ces proph\u00e9ties ne sont pas inutiles, car elles touchent ceux \u00e0 qui l'Eglise ou les circonstances n'ont pas permis d'entrer dans la Bible. 
Il ne s'agit donc pas d'ignorer la proph\u00e9tie chr\u00e9tienne de notre temps du haut de notre science th\u00e9ologique, souvent tr\u00e8s rationaliste; l'Esprit et les esprits sont tout aussi n\u00e9cessaires que les pr\u00e9lats dans la vie de l'Eglise, m\u00eame s'ils touchent au monopole de l'autorit\u00e9. Par contre il faut lui appliquer les crit\u00e8res de la Bible. Nous devrons \u00e9couter les avertissements, pr\u00eater attention aux signes prochains qui nous sont indiqu\u00e9s; mais par contre tout ce qui, dans ces messages, voudrait nous renseigner sur ce qui arrivera, doit \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 l'illusion et aux limites humaines du proph\u00e8te, non \u00e0 l'Esprit de Dieu.

{N}2.48: LE SALUT DES NON CHR\u00c9TIENS{/} [Ap_22,3]
Le Nouveau Testament, parole d\u00e9finitive, ne devrait-il pas  nous en dire quelque chose ? Il n'en est rien, et pour l'Apocalypse qui conclut le livre, il n'est question pour les temps nouveaux que d'une lutte sans merci des puissances du mal, install\u00e9es dans toutes les sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9, contre l'Eglise naissante. A aucun moment il n'a mentionn\u00e9 cette majorit\u00e9 des hommes qui n'ont \u00e9t\u00e9 ni les t\u00e9moins de la Parole, ni les instruments du mal.
Il en va de m\u00eame dans les lettres de Paul: les non chr\u00e9tiens sont {C}ceux du{/} {C}dehors_;{/} ils sont un {C}monde{/} dans lequel l'esprit mauvais agit librement. M\u00eame le texte de [1Tm_2,4] ({C}Dieu veut que tous les hommes soient sauv\u00e9s...){/} ignore notre question, car il ne dit rien de plus que la volont\u00e9 divine de faire parvenir \u00e0 tous les hommes le message du salut.
Ignorer \u00e0 ce point ceux qui sont le plus grand nombre pourrait faire du christianisme un message sectaire: nous avons dit un mot de ce "hors de l'Eglise pas de salut" \u00e0 propos de [Mc_16,16]. Il ne faut cependant pas nous \u00e9tonner: les livres du Nouveau Testament s'adressaient \u00e0 de petites communaut\u00e9s dont l'univers se limitait au monde gr\u00e9co-romain et dont les probl\u00e8mes n'allaient gu\u00e8re au-del\u00e0 de leur cit\u00e9. L\u00e0 \u00e9tait le combat pour ces chr\u00e9tiens souvent mal vus ou d\u00e9j\u00e0 pers\u00e9cut\u00e9s: ils fallait leur dire que de leur fid\u00e9lit\u00e9 d\u00e9pendait le salut du monde. 
Rien pourtant, dans l'Evangile, ne justifie une discrimination \u00e0 l'\u00e9gard de ceux qui n'ont pas re\u00e7u la r\u00e9v\u00e9lation biblique: voyons comment J\u00e9sus agit avec les non Juifs en [Mc_7,24] - [Mc_8,10]. Et de m\u00eame la parabole du Jugement dernier ([Mt_25,31]) ne fait aucune distinction entre croyants et non-croyants. C'est assez pour nous inviter \u00e0 reposer le probl\u00e8me du salut de ceux qui n'ont pas re\u00e7u la foi. La question d'ailleurs n'est plus aujourd'hui de savoir si Dieu a l'esprit assez large pour s'int\u00e9resser \u00e0 "ceux du dehors", mais de comprendre comment il a dispos\u00e9 l'histoire humaine de fa\u00e7on que tous soient sauv\u00e9s par l'unique Sauveur, mais que seule une minorit\u00e9 doive conna\u00eetre le Fils fait homme. Pourquoi des vocations si oppos\u00e9es: conna\u00eetre et ne pas conna\u00eetre la grande manifestation divine ? Si nous croyons que Dieu agit avec une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 sans bornes et sans distinction de personnes, comment voir l\u00e0 une oeuvre digne de lui ?
Certains croyants aujourd'hui aimeraient penser que seuls le langage et la culture nous s\u00e9parent de ceux qui ne partagent pas nos convictions et que la v\u00e9rit\u00e9 est \u00e0 retrouver au-del\u00e0 de nos croyances. La r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne s'oppose \u00e0 ce genre de concessions: m\u00eame si nous acceptons que Dieu se soit manifest\u00e9 de bien des fa\u00e7ons et que d'autres religions s'appuient sur des proph\u00e8tes qui ne sont pas les n\u00f4tres, mais que nous devons respecter, le Fils, lui, est unique tout comme Dieu est un. 
Cependant, sans renier l'universalit\u00e9 du salut chr\u00e9tien, nous pouvons \u00e9largir notre vision traditionnelle. Durant des si\u00e8cles on a voulu se rassurer en rabaissant ces autres sagesses et religions: ce ne sont que que balbutiements humains, disait-on, l\u00e0 o\u00f9 Dieu nous donne la pleine lumi\u00e8re. Pourquoi ne pas reconna\u00eetre qu'il y a l\u00e0 deux chemins tr\u00e8s diff\u00e9rents, mais \u00e9galement voulus par Dieu, m\u00eame si l'Esprit du mal y a sem\u00e9 la confusion ?
Nous croyons en notre vocation privil\u00e9gi\u00e9e, mais nous ne pouvons pas en conclure que Dieu ne sauve les autres que "par dessus le march\u00e9". Dieu sauve les uns en se manifestant, et il en sauve d'autres en les laissant chercher ([Ac_1,27]); cette contradiction apparente est sans doute une exigence de la "saintet\u00e9" de Dieu. Car Dieu se d\u00e9couvre tout en restant cach\u00e9_; il ne peut pas promettre et s'engager quelque part sans aussit\u00f4t replonger dans le myst\u00e8re ou, si l'on pr\u00e9f\u00e8re, nous replonger dans notre condition de cr\u00e9ature. 
Dieu est Saint: cela signifie qu'il nous \u00e9chappe toujours, et d'autant plus que nous sommes t\u00e9moins de son action toujours impr\u00e9visible. Les \u00e9v\u00e9nements que nous vivons, avec leur bonne part de trag\u00e9dies et de scandales, nous apparaissent alors comme un jeu divin: nous les voyons se d\u00e9rouler sur un fond de r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 il n'y a plus que le myst\u00e8re de la libert\u00e9 divine. {C}Notre Dieu est un feu d\u00e9vorant {/}([Dt_4,24]), et nous restons interdits face aux initiatives et \u00e0 l'exub\u00e9rance de ses richesses insaisissables, souvent redoutables.
Pas de t\u00e9n\u00e8bres en Dieu: en lui tout est lumi\u00e8re ([1Jn_1,5]). Mais cette lumi\u00e8re n'est pas la n\u00f4tre et elle nous aveugle. On pourra donc parler d'une face obscure de Dieu, obscure pour nous, bien entendu. Quel est le croyant qui, sortant de la pri\u00e8re, ne se retrouve pas soudain d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par un malheur impr\u00e9vu: "Comment Dieu peut-il permettre... ?" 
Ce myst\u00e8re d'une lumi\u00e8re qui se donne et qui se refuse est au coeur de l'oeuvre du salut. Les tensions qui en Dieu m\u00eame se nouent et s'ach\u00e8vent dans le retour \u00e0 l'unit\u00e9 des Personnes divines, sont la raison derni\u00e8re des contradictions inscrites dans le plan de salut avec ses chemins divers. 
Le Dieu Saint a voulu la chose la plus inconcevable pour la raison humaine: faire que des \u00eatres cr\u00e9\u00e9s reviennent \u00e0 lui dans son \u00e9ternit\u00e9. Il a pris l\u00e0 des risques \u00e9tonnants: que peuvent-ils et que doivent-ils conna\u00eetre de Dieu? Quelles exp\u00e9riences doivent-ils faire au cours de leur existence si limit\u00e9e dans le temps, que doivent-ils deviner de l'Etre sup\u00e9rieur dont ils proviennent pour que leur vie pr\u00e9sente soit un pr\u00e9lude de l'\u00e9ternit\u00e9 ? Quels traumatismes leur sont-ils n\u00e9cessaires pour les pr\u00e9parer \u00e0 cette m\u00e9tamorphose ? 
Mais il y a plus. La Bible nous laisse clairement entendre que dans ce monde cr\u00e9\u00e9 par Dieu, un \u00eatre sup\u00e9rieur rebelle \u00e0 Dieu a pes\u00e9 lourdement dans notre histoire. Quelle que soit l'id\u00e9e qu'un chr\u00e9tien se fasse du d\u00e9mon, il ne pourra pas le nier sans enlever quelque chose au salut apport\u00e9 par J\u00e9sus. Nous en avons dit quelques mots dans un paragraphe ant\u00e9rieur. Or c'est la mani\u00e8re habituelle de Dieu que de respecter les volont\u00e9s libres qui se sont dress\u00e9es contre lui: il sait reprendre son oeuvre \u00e0 partir de ce qu'on a g\u00e2ch\u00e9. Voici donc une humanit\u00e9 profond\u00e9ment ali\u00e9n\u00e9e dans laquelle Dieu met en oeuvre une sagesse tr\u00e8s haute et qui nous d\u00e9passe. Nous connaissons tr\u00e8s mal le jeu qu'il m\u00e8ne sur les terres qu'on croit lui avoir prises, m\u00eame si la Bible nous a d\u00e9voil\u00e9 les grandes lignes de cette r\u00e9demption.
Nous devons donc \u00eatre tr\u00e8s r\u00e9serv\u00e9s lorsque nous cherchons \u00e0 \u00e9valuer les valeurs spirituelles des diverses religions. On le fait g\u00e9n\u00e9ralement avec l'id\u00e9e que tous les hommes devraient se retrouver unis dans une m\u00eame religion_; mais est-ce \u00e0 nous d'en d\u00e9finir l'esprit? Dieu partage-t-il nos pr\u00e9jug\u00e9s sur ce qui est spirituel et ce qui ne l'est pas? La recherche de l'int\u00e9riorit\u00e9, lorsqu'on n'est pas poss\u00e9d\u00e9 d'abord par l'amour filial et le d\u00e9sir d'une rencontre, est-elle un fruit de l'Esprit? Et l'adoration, quel go\u00fbt a-t-elle pour Dieu si on le maintient \u00e0 distance? Nous savons que l'esprit rebelle est homicide ([Jn_1,44]) et qu'il se pla\u00eet \u00e0 corrompre, mais il tol\u00e8re volontiers les bonnes oeuvres, et la religion, et les miracles, et la sagesse, quand il les a vid\u00e9es de ce que Dieu appr\u00e9ciait davantage.
{C}Il est inutile d'en dire plus pour montrer \u00e0 quel point l'oeuvre du salut nous d\u00e9passe. Impossible de comparer les m\u00e9rites des uns et des autres_; erreur que de vouloir d\u00e9cider de ce qui est spirituel, d\u00e8s qu'on a perdu le point de rep\u00e8re qui est le Christ. En revanche nous pouvons penser que dans cette confusion Dieu gagne et sauve sur tous les tableaux, m\u00eame s'il nous demande d'y apporter la lumi\u00e8re et d'\u00eatre les t\u00e9moins de l'unique Sauveur.{/}
Dieu a pr\u00e9vu que des peuples entiers ne conna\u00eetraient pas le Sauveur durant leur vie sur terre, car cela est bon et n\u00e9cessaire, au moins dans l'\u00e9tat pr\u00e9sent de l'humanit\u00e9. Ils chercheront \u00ab_le divin_\u00bb \u00e0 leurs risques et p\u00e9rils, m\u00eame si Dieu se r\u00e9serve de leur donner l'illumination int\u00e9rieure ([Jn_1,9]). Leur ignorance m\u00eame au sujet du Christ les aura aid\u00e9s \u00e0 approfondir d'autres aspects de la condition humaine. Dieu ne les a-t-il pas confi\u00e9s, plus que nous, \u00e0 la M\u00e8re Nature? Ne disons pas qu'ils ont \u00e9t\u00e9 moins aim\u00e9s: Dieu aime chacun et chacune d'un amour total qui les transfigurera dans toutes leurs dimensions lorsque l'heure sera venue: aucun d'eux ne regrettera d'avoir fait son chemin sans les richesses (mais aussi le poids) de la r\u00e9v\u00e9lation. 
Mais Dieu a voulu se manifester \u00e0 un peuple qu'il a fait sien, car cela aussi \u00e9tait n\u00e9cessaire. L'appel d'Abraham d'abord, l'appel \u00e0 croire au Christ ensuite, ont fait na\u00eetre un peuple, non pas sup\u00e9rieur aux autres, mais diff\u00e9rent. Ce peuple est tr\u00e8s r\u00e9ellement privil\u00e9gi\u00e9 car Dieu s'est donn\u00e9 lui-m\u00eame. Non seulement nous le connaissons, mais nous nous essayons d\u00e8s ici-bas \u00e0 ce qui sera le sort de tous dans l'\u00e9ternit\u00e9, la relation d'amour mutuel dans la tendresse et la fid\u00e9lit\u00e9. Et ce peuple joue un r\u00f4le essentiel dans l'histoire humaine m\u00eame s'il y a inscrit bien des pages peu reluisantes. Parmi ceux qui ont exp\u00e9riment\u00e9 les richesses de l'amour du Christ, qui h\u00e9siterait \u00e0 dire qu'il a re\u00e7u la meilleure part ? Faut-il pour autant penser que ce privil\u00e8ge imm\u00e9rit\u00e9 nous donne une sup\u00e9riorit\u00e9 sur ceux qui n'ont pas \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s ? Saint Paul a r\u00e9pondu \u00e0 cette question dans l'\u00e9p\u00eetre aux Romains ch. 3.
C'est le moment de regarder de plus pr\u00e8s la contrepartie du don de Dieu. Si la r\u00e9v\u00e9lation de la Bible ne nous offrait que s\u00e9curit\u00e9 et faisait de nous des mod\u00e8les de vertu, nous pourrions parler d'in\u00e9galit\u00e9. Mais c'est le Dieu Saint qui nous a fait approcher de lui, et nous allons nous br\u00fbler au feu de sa saintet\u00e9. Qui portera le poids de ce premier commandement: "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton \u00e2me, de toutes tes forces" ? Et qui fera mieux que ces ap\u00f4tres \u00e0 qui J\u00e9sus reprochait \u00e0 chaque instant leur peu de foi ? L'histoire biblique est celle d'une longue s\u00e9rie de trahisons et d'incompr\u00e9hensions qui trouvent leur digne suite dans l'histoire de l'Eglise. Dieu a toujours permis que son peuple manque les occasions historiques et qu'il ne livre qu'au compte-gouttes le message dont il \u00e9tait porteur. Le peuple choisi est donc plus que tout autre un peuple de p\u00e9cheurs, et voici l'\u00e9quilibre r\u00e9tabli ([Ml_1,11] - [Ml_1,12]). 
Il faudrait beaucoup de suffisnce pour croire que nous atteindrons intellectuellement un lieu plus \u00e9lev\u00e9 d'o\u00f9 nous pourrons juger et m\u00e9langer les religions. La Bible reste \u00e0 part car elle est port\u00e9e par les mots {C}\u00e9lection{/} et {C}gr\u00e2ce{/}. Passer l'\u00e9lection sous silence, ce serait renier toute l'histoire biblique. Et cette \u00e9lection est confirm\u00e9e par le mot {C}gr\u00e2ce{/} que seule la foi chr\u00e9tienne met au centre de nos relations avec Dieu. Nous avons re\u00e7u la meilleure part et il n'est pas question de le nier: nous avons d\u00e8s ici-bas ce qui sera la richesse de l'\u00e9ternit\u00e9, le regard mutuel dans l'amour. Le Seigneur lui-m\u00eame nous a demand\u00e9 de lui faire des disciples dans toutes les nations ([Mt_28,19]).
Cette situation privil\u00e9gi\u00e9e nous incite \u00e0 porter la lumi\u00e8re \u00e0 ceux qui ne partagent pas notre foi, mais ce serait une erreur de croire que le Seigneur les traite moins bien que nous: m\u00eame si nous nous voyons plus riches, cette sup\u00e9riorit\u00e9 n'est que pour un temps. Lorsque nous passerons \u00e0 l'\u00e9ternit\u00e9, riches et pauvres se retrouveront sur un pied d'\u00e9galit\u00e9: les enfants de Dieu dispers\u00e9s deviendront les pierres vivantes d'une seule humanit\u00e9. C'est alors que les pauvres (s'il est permis d'appeller ainsi ceux qui n'ont pas connu le Sauveur) verront celui qu'ils ne connaissaient pas. Dieu attend ce moment pour les combler d'une mani\u00e8re qui laissera muets les privil\u00e9gi\u00e9s. Un renversement de toutes choses inaugure l'\u00e9ternit\u00e9 ([Mt_19,28]; [Ac_3,21]; [Ap_21,5]).
Alors on comprendra que tous les chemins \u00e9taient n\u00e9cesaires, non pas d'abord compte tenu de la nature humaine, mais bien davantage encore {N}pour que{/} la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et les fantaisies de l'Amour-Dieu puissent se satisfaire pleinement.

{N}2.49: VISIONS ET ANGES{/} [Gn_16,1]
Que faut-il penser de ces apparitions d'anges ? Ont-elles vraiment eu lieu ou s'agit-il simplement d'une fa\u00e7on de parler ? Pr\u00e9cisons:
-_Il ne faut pas confondre les anges avec l' Ange de Yahv\u00e9. Ce n'est que dans les derniers livres de l'Ancien Testament (et naturellement, dans le Nouveau Testament) qu'il s'agit d'anges au sens actuel du mot: des cr\u00e9atures spirituelles qui ont leur place dans l'ordre du monde et dans le salut des hommes ([Za_1,1] et [Za_2,1]; [Dn_9,21]; [Dn_10,21]). Par contre les anciens Isra\u00e9lites parlaient de  l'Ange de Yahv\u00e9, ou d'un messager de Yahv\u00e9, pour exprimer beaucoup de choses qu'ils ne pouvaient expliquer, mais o\u00f9 ils voyaient une intervention divine. Quand une \u00e9pid\u00e9mie d\u00e9truit providentiellement l'arm\u00e9e assyrienne, c'est l'Ange de Yahv\u00e9 ([Is_37,36]; [2S_24,16]). Les Isra\u00e9lites savaient que personne ne peut voir Dieu; aussi quand quelqu'un avait une vision, ils parlaient de l'Ange de Yahv\u00e9 ([Jg_6,11]).
-_Toute la Bible montre que Dieu se r\u00e9v\u00e8le de bien des mani\u00e8res \u00e0 ceux qui le cherchent. Il parle par les \u00e9v\u00e9nements; il \u00e9claire le coeur de ceux qui lisent sa parole; il parle au travers des intuitions et des songes, et parfois, comme pour les proph\u00e8tes, plus directement et d'une mani\u00e8re intime et spirituelle.
-_Nous ne pouvons pas cependant prendre au pied de la lettre tout ce qui se dit des apparitions ou des paroles re\u00e7ues de Dieu, parce que les peuples anciens ne s'exprimaient pas comme nous. Quand quelqu'un se posait des questions, ou \u00e9tait tent\u00e9 par le mal, ils exprimaient parfois cette m\u00e9ditation int\u00e9rieure par un dialogue entre diff\u00e9rents personnages, et disaient que le diable, ou Dieu, dialoguait avec cette personne ([Jos_7,10]; [1R_3,4]).
-_Il est fort probable que Dieu n'agissait pas avec les peuples anciens de la Bible de la m\u00eame fa\u00e7on qu'il le fait avec nous. Maintenant, apr\u00e8s la venue du Christ, nous avons tout en lui et dans son Eglise, et Dieu r\u00e9serve g\u00e9n\u00e9ralement visions et apparitions pour ceux qu'il conduit par un chemin sp\u00e9cial. En revanche, au cours des premiers si\u00e8cles de la Bible, Dieu se r\u00e9v\u00e9lait sans  doute davantage par ces moyens plus visibles mais inf\u00e9rieurs.

{N}2.50: RELIGION ET FOI{/} [Dt_4,32]
Ces deux termes reviennent constamment lorsque nous parlons de notre relation \u00e0 Dieu. Encore faut-il savoir ce que nous entendons par "religion" et ce que nous disons quand nous parlons de la foi.
Les peuples de l'antiquit\u00e9 et beaucoup d'hommes aujourd'hui sont "religieux": ils croient que le monde dans lequel ils vivent est l'oeuvre d'un Dieu cr\u00e9ateur "qui a fait le ciel et la terre et tout ce qu'ils contiennent". C'est pourquoi nous trouvons dans toutes les religions de l'antiquit\u00e9, comme aux premi\u00e8res pages de la Bible, des r\u00e9cits de cr\u00e9ation, des r\u00e9cits qui expliquent l'origine du monde et de l'homme. Puisque le Cr\u00e9ateur est ainsi l'auteur de la Cr\u00e9ation, lui seul peut en donner les r\u00e8gles de fonctionnement: toutes les religions ont donc associ\u00e9 tout naturellement \u00e0 leurs r\u00e9cits des origines des prescriptions d'ordre moral.
Le Dieu de la religion (ou les dieux, car le polyth\u00e9isme est tr\u00e8s r\u00e9pandu), est servi par un clerg\u00e9 qui, au nom du peuple, le remercie des biens qu'il donne aux hommes et le prie pour qu'il renouvelle ses bienfaits au cours de l'ann\u00e9e qui vient. Ainsi les f\u00eates religieuses sont-elles d'abord et avant tout faites d'actions de gr\u00e2ces et de pr\u00e9mices, comme nous le voyons encore \u00e0 travers les textes rituels de l'Ancien Testament. La religion est par nature conservatrice, puisqu'elle assure la bonne marche du monde; elle est sans "esp\u00e9rance" puisque l'homme n'a rien de nouveau \u00e0 esp\u00e9rer, mais seulement \u00e0 attendre que demain lui donne comme aujourd'hui ce dont il a besoin en ce monde.
En ouvrant la Bible, en faisant notre "profession de foi", nous reconnaissons que nous sommes nous aussi un peuple religieux; ne disons-nous pas: "Je crois en Dieu Tout-Puissant, Cr\u00e9ateur du ciel et de la terre" ? Mais cette religion que nous confessons a \u00e9t\u00e9 totalement transfigur\u00e9e par la foi: le Dieu cr\u00e9ateur s'est "r\u00e9v\u00e9l\u00e9", s'est manifest\u00e9 au peuple d'Isra\u00ebl qu'il a choisi de toute \u00e9ternit\u00e9 pour \u00eatre son "t\u00e9moin au milieu des nations". Au long des si\u00e8cles, Dieu s'est "r\u00e9v\u00e9l\u00e9" dans l'histoire m\u00eame d'Isra\u00ebl: il conduit son peuple, comme un p\u00e8re guide son enfant ([Dt_1,31]), vers une pl\u00e9nitude que l'homme ne peut concevoir ni m\u00eame imaginer ([Ep_1,15] - [Ep_1,23]; [Ep_3,14] - [Ep_3,21]; [Col_1,9] - [Col_1,14]; [Col_1,25] - [Col_1,27]).
Dieu s'est fait conna\u00eetre tel qu'il est et il entra\u00eene l'homme vers une communion d'amour \u00e9ternel avec lui ([Jn_17,21]). C'est pourquoi l'esp\u00e9rance, du moins telle que Paul nous l'a d\u00e9finie ([Rm_8,24] - [Rm_8,25]) est au coeur m\u00eame de notre foi, et si notre action de gr\u00e2ces s'\u00e9l\u00e8ve toujours vers Dieu pour les biens re\u00e7us de lui, elle s'\u00e9l\u00e8ve plus encore, infiniment plus, vers ce P\u00e8re "qui vous a autoris\u00e9s \u00e0 partager l'h\u00e9ritage avec les saints dans la lumi\u00e8re", vers celui "qui nous a arrach\u00e9s au pouvoir des t\u00e9n\u00e8bres et nous a fait passer dans le Royaume du Fils bien-aim\u00e9" ([Col_1,12] - [Col_1,13]).

{N}2.51:{/} {N}DIEU SAUVE LES HOMMES DE TOUTE RELIGION {/} [Jon_4,1]
Jonas n'aime pas les pa\u00efens, et si Dieu les sauve, il n'a pas envie d'en faire les frais. Mais ces petitesses ne doivent pas nous cacher un scandale dont Dieu semble \u00eatre le responsable. Comment comprendre que Dieu sauve tous les hommes, si en m\u00eame temps la Bible nous dit que seul Isra\u00ebl a \u00e9t\u00e9 choisi, que seul J\u00e9sus a les paroles de vie, que sans le bapt\u00eame nous ne sommes pas sauv\u00e9s? Dieu parle-t-il deux langages? Ou bien devons-nous croire que le salut chr\u00e9tien n'est qu'un parmi tous ceux que Dieu a donn\u00e9s aux peuples de diff\u00e9rentes cultures et religions?
L'un des premiers \u00e0 se poser la question, le philosophe et martyr saint Justin a pens\u00e9 que bien avant J\u00e9sus le Verbe \u00e9tait pr\u00e9sent dans le monde comme une semence, et qu'il avait \u00e9clair\u00e9 les sages de toute religion. Saint Augustin par contre, prenant au pied de la lettre Mc 16,16 "celui qui ne croira pas sera condamn\u00e9", se voit oblig\u00e9 de d\u00e9montrer que tout ce que les non chr\u00e9tiens font de bien est le fruit de l'orgueil. Cette solution radicale encourageait la ferveur des baptis\u00e9s et l'Eglise l'adopta aussit\u00f4t..
C'est que l'Eglise s'\u00e9tait bien vite assise sur le tr\u00f4ne de gloire qui revenait au Christ, son \u00e9poux. Puisqu'il \u00e9tait le seul sauveur, elle se voulait l'interm\u00e9diaire que personne ne pourrait ignorer sans se perdre pour toujours. Il \u00e9tait bien vrai que dans le plan de Dieu le myst\u00e8re de l'Eglise embrassait l'humanit\u00e9 enti\u00e8re, mais on confondait deux questions : L'Eglise est-elle n\u00e9cessaire pour le salut de l'histoire humaine? et : N'y a-t'il de salut que pour ceux qui ont une place dans la structure eccl\u00e9siale?
L'Eglise d'Occident \u00e9taya cette derni\u00e8re position gr\u00e2ce \u00e0 une interpr\u00e9tation du p\u00e9ch\u00e9 originel dont Augustin avait donn\u00e9 les grandes lignes (voir le commentaire de [Gen_3,1] et de [Rom_5,12]). On affirmait sans sourciller que par suite du p\u00e9ch\u00e9 de Monsieur Adam, tous les hommes \u00e9taient condamn\u00e9s \u00e0 l'enfer, sauf ceux qui seraient baptis\u00e9s, ou au moins auraient d\u00e9sir\u00e9 le bapt\u00eame.
C'est seulement dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle que le mur a craqu\u00e9 officiellement. Au cours des trois si\u00e8cles ant\u00e9rieurs cette condamnation sans appel de toutes les religions et de cette majorit\u00e9 des hommes qui n'est pas entr\u00e9e dans la mouvance chr\u00e9tienne avait r\u00e9volt\u00e9 d'innombrables esprits ouverts, frayant le chemin \u00e0 l'ath\u00e9isme occidental, mais l'Eglise (il faudrait dire : les Eglises) n'avaient pas boug\u00e9. Il ne faut donc pas s'\u00e9tonner si aussit\u00f4t reconnue la volont\u00e9 de Dieu de sauver tous les hommes (et pas seulement "\u00e0 condition qu'ils croient et deviennent catholiques") beaucoup de chr\u00e9tiens ont commenc\u00e9 \u00e0 douter de leur foi.
On ne domine pas en quelques ann\u00e9es un revirement d'une telle ampleur et sans doute nous serons incapables, avant longtemps, de bien voir \u00e0 la fois comment Dieu aime et sauve tous les hommes, et comment l'appel \u00e0 la foi que nous avons re\u00e7u est une gr\u00e2ce unique. Il ne faudra pas oublier qu'avec J\u00e9sus nous avons beaucoup plus que n'importe quel Jonas ou Salomon [Mt_12,41], ou n'importe quel sage ou proph\u00e8te d'orient ou d'occident [Ac_4,12].

{N}2.52: L'ENFERT{/} [Mt_10,17]
{C}M\u00e9fiez-vous des hommes{/}. Ce point sera d\u00e9velopp\u00e9 en [Jn_15,18]. 
{C}Vous serez fouett\u00e9s dans les synagogues{/}. Dans les cit\u00e9s du monde romain les diverses collectivit\u00e9s ethniques avaient leur organisation propre. Les Juifs avaient leur synagogue et avaient la facult\u00e9 de punir certains d\u00e9lits selon leurs propres lois ([Ac_9,2]).

{N}2.53: LA SAGESSE DE J\u00c9SUS{/}[Mc_6,1]
{C}Ce n'est que le charpentier{/}. Nous avons l\u00e0 le seul endroit o\u00f9 J\u00e9sus est appel\u00e9 fils de Marie. De la part de Juifs qui auraient d\u00fb l'appeler: \u00ab_le fils de Joseph_\u00bb, l'expression est choquante, presque une insulte. Mais certains manuscrits anciens lisent: le fils du charpentier, ce que confirme Orig\u00e8ne lorsqu'il dit que nulle part dans l'\u00e9vangile J\u00e9sus n'est appel\u00e9 \u00ab_le charpentier_\u00bb. D'autres manuscrits lisent: \u00ab_le fils du charpentier et de Marie_\u00bb. Le texte actuel a d\u00fb \u00eatre modifi\u00e9 par respect pour Marie.

{N}2.54: PUR ET IMPUR {/}[Mc_7,14]
Un des points essentiels de la religion juive \u00e9tait de se maintenir pur: on ne pouvait prendre part au culte sans \u00eatre en \u00e9tat de puret\u00e9. Ce terme "puret\u00e9" n'avait pas le sens que nous lui donnons aujourd'hui. Un homme \u00e9tait pur s'il n'\u00e9tait pas contamin\u00e9, m\u00eame sans s'en rendre compte, par des choses interdites par la Loi.
Par exemple, la viande de porc et de lapin \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e impure et on ne pouvait en manger. Une femme qui avait ses r\u00e8gles ou quelqu'un qui avait des h\u00e9morragies \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme impur pendant un certain nombre de jours: personne ne pouvait les toucher. Un l\u00e9preux \u00e9tait impur jusqu'\u00e0 sa gu\u00e9rison. Si un insecte tombait dans de l'huile, l'huile \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme impure et il fallait la jeter. Si quelqu'un \u00e9tait contamin\u00e9, m\u00eame si ce n'\u00e9tait pas de sa faute, il devait se purifier, g\u00e9n\u00e9ralement avec de l'eau, et quelquefois en offrant des sacrifices fort co\u00fbteux.
Ces lois avaient \u00e9t\u00e9 utiles pour prot\u00e9ger la foi des Juifs qui vivaient en pays pa\u00efens. Comment auraient-ils pu maintenir leur foi en un seul Dieu s'ils avaient d\u00fb se m\u00e9langer \u00e0 d'autres peuples, les avoir pour amis et imiter leurs coutumes ? Mais de fait, avec tant de pratiques religieuses \u00e0 observer, les Juifs devaient rester \u00e0 part de ceux qui ne partageaient pas leur foi.
J\u00e9sus enl\u00e8ve \u00e0 tous ces rituels leur caract\u00e8re sacr\u00e9: dans la cr\u00e9ation de Dieu rien n'est impur; toucher les malades, les cadavres ou du sang n'offense pas Dieu. Que nous mangions d'un plat ou d'un autre ne saurait offenser Dieu. Le p\u00e9ch\u00e9 est quelque chose qui sort du coeur et non quelque chose que nous faisons sans le vouloir.
Il est vrai que l'Ancien Testament enseigne ces concepts de puret\u00e9 et d'impuret\u00e9, mais ces lois ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites il y a tr\u00e8s longtemps et, comme le dira Paul dans l'\u00e9p\u00eetre aux Galates ([Ga_4,1] -[Ga_4,7]), le peuple de Dieu \u00e9tait alors comme un enfant \u00e0 qui l'on doit donner des r\u00e8gles pr\u00e9cises pour le former. Et l'ap\u00f4tre nous dit: lorsque est venue la "pl\u00e9nitude des temps", lorsque le peuple de Dieu est devenu adulte, ces r\u00e8gles ont perdu leur raison d'\u00eatre.
Il est tout \u00e0 fait l\u00e9gitime que des chr\u00e9tiens adoptent un mode de vie v\u00e9g\u00e9tarien, que des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes consid\u00e8rent le refus de l'alcool et du tabac comme un t\u00e9moignage qui aide leur milieu. Mais il ne faut pas qu'ils disent pour autant que cela fait partie de la foi, ni qu'ils jugent ceux qui gardent leur libert\u00e9 par rapport \u00e0 tout cela. Sinon ils porteraient atteinte \u00e0 la transcendance du salut chr\u00e9tien qui d\u00e9passe toute question de "manger et de boire" ([Rm_14,17]).

{N}2.55: LE NOM DE JESUS{/} [Mc_6,1]
Au jour de la R\u00e9surrection, la nature humaine de J\u00e9sus a commenc\u00e9 \u00e0 participer pleinement \u00e0 la gloire divine. Maintenant J\u00e9sus est "Fils de Dieu avec puissance" ([Rm_1,4]). Il nous demande de croire en son Nom, c'est-\u00e0-dire en la puissance divine qu'il vient de recevoir.
Le Nom est un terme presque d\u00e9pourvu de sens pour nous, tandis que, pour les Juifs, ce terme signifiait la pr\u00e9sence active de Dieu. Cela leur permettait de parler de la myst\u00e9rieuse pr\u00e9sence de Dieu dans le monde sans n\u00e9gliger sa grandeur. Par exemple, on ne dit pas que Dieu marchait avec les H\u00e9breux vers la Terre Promise (puisque Dieu ne marche pas), mais on dit que son Nom ([Nb_6,27]) ou sa Face ([Ex_33,15]) les accompagnait. De m\u00eame on disait que son Nom demeurait dans le temple, et de l\u00e0 b\u00e9nissait toutes les activit\u00e9s de son peuple ([1R_8,27]).
Paul nous dit que J\u00e9sus ressuscit\u00e9 a re\u00e7u ce Nom, ou cette puissance et pr\u00e9sence qui d\u00e9passe tout autre ([Ph_2,9]). J\u00e9sus, qui le re\u00e7oit du P\u00e8re, n'est pas moins que lui. Il ne re\u00e7oit pas la Gloire et le Nom comme on re\u00e7oit un titre ou un honneur puisque la Gloire divine ne peut \u00eatre qu'\u00e0 Dieu. Si J\u00e9sus re\u00e7oit un titre divin, c'est parce qu'il avait d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u du P\u00e8re la divinit\u00e9.
Voici donc que le Christ, devenu Seigneur, commence \u00e0 diriger l'histoire humaine et notre parcours personnel vers lui. Les ap\u00f4tres sont envoy\u00e9s dans le monde pour le gu\u00e9rir et le sanctifier. Les miracles et gu\u00e9risons dont cette page montre l'importance ne sont pas des fins en eux-m\u00eames, mais des signes. Le but de l'\u00e9vang\u00e9lisation est que toute la cr\u00e9ation (v.15) se rassemble autour du Fils de Dieu fait homme, par l'action de l'Esprit Saint. 
Celui qui ne croira pas sera condamn\u00e9. Il y a l\u00e0 une menace dont l'interpr\u00e9tation erron\u00e9e aurait des effets incalculables. M\u00eame si, dans le pass\u00e9 on y a vu une condamnation \u00e0 l'enfer, le sens du texte est autre.
Celui qui ne croit pas est l'un de ceux \u00e0 qui l'on pr\u00e9sente le message et qui, en m\u00eame temps, a vu et re\u00e7u des signes assez parlants pour qu'il puisse y reconna\u00eetre la main de Dieu. Il sera condamn\u00e9, c'est-\u00e0-dire que, lorsqu'il rendra compte de ses actes bons et mauvais, il recevra sur ce point "une" condamnation: m\u00eame s'il a \u00e9t\u00e9 victime de bien des influences, il devra reconna\u00eetre que ce jour-l\u00e0 il y a eu faute, et peut-\u00eatre grave, de sa part. Par contre, celui qui croit  et est baptis\u00e9 est sauv\u00e9, c'est-\u00e0-dire qu'il jouit des dons que Dieu nous donne par son Fils J\u00e9sus: il a \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9 en profondeur et sa vie a pris un autre sens. Il participera \u00e0 la mission du peuple de Dieu dans l'histoire, une oeuvre myst\u00e9rieuse autant que grandiose sans laquelle l'humanit\u00e9 serait condamn\u00e9e \u00e0 se perdre, dans tous les sens du terme.
Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru (17). Les Actes des Ap\u00f4tres nous racontent quelques uns de ces signes et de ces miracles dans les premiers temps de l'Eglise. Aujourd'hui m\u00eame on les observe partout o\u00f9 les croyants veulent \u00e9vang\u00e9liser avec l'Evangile.

{N}2.56: LES CHATIMENTS DE DIEU{/} [Lc_13,1]
Dans ce passage J\u00e9sus met en cause l'id\u00e9e que nous nous faisons des ch\u00e2timents de Dieu. On ne peut pas croire en Dieu sans croire \u00e0 la justice. Chez les Grecs, qui avaient des dieux capricieux et peu honn\u00eates, la Justice \u00e9tait une force divine sup\u00e9rieure aux dieux. Mais on se fait toujours le centre du monde et on se croit toujours meilleur que les autres. Si le malheur tombe sur un autre, on pense que c'est juste, mais quand c'est notre tour, on demande: "Qu'est-ce que j'ai fait \u00e0 Dieu pour que cela m'arrive ?"
L'Evangile appuiera sur plusieurs aspects de la question. Premi\u00e8rement, essayons de d\u00e9passer l'esprit de clan ou de parti (voir [Lc_6,32]): le mal fait par nos ennemis n'est pas pire que celui que nous faisons.
Ensuite, la justice de Dieu d\u00e9passe de beaucoup la n\u00f4tre, elle ne se r\u00e9alise vraiment que dans l'autre monde (le cas de Lazare: [Lc_16,19]).
Les malheurs qui nous apparaissent ici-bas comme des "ch\u00e2timents de Dieu" ne sont que des signes, des mesures p\u00e9dagogiques dont Dieu se sert pour nous faire prendre conscience du p\u00e9ch\u00e9: car Dieu dans son amour tire le bien du mal pour celui qui met en lui sa confiance. Et souvent Dieu convertit un p\u00e9cheur en lui faisant une gr\u00e2ce inesp\u00e9r\u00e9e (voir le cas de Zach\u00e9e: [Za_19,1])
Pourquoi parle-t-on tellement des ch\u00e2timents de Dieu dans l'Ancien Testament ? Pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la Bible s'adressait \u00e0 un peuple encore bien ignorant. Ces croyants ne savaient rien de l'au-del\u00e0, et il fallait leur montrer des ch\u00e2timents de Dieu dans cette vie pour qu'ils croient en sa justice. De fait, Dieu continue de donner de tels signes, aussi bien pour les personnes que pour les collectivit\u00e9s. Il est bon de savoir les reconna\u00eetre, m\u00eame sachant que ce n'est pas l\u00e0 le dernier mot de la justice de Dieu.

