{2}ESTHER{/}

{K}Le livre d'esther{/}
Le livre d'Esther est un roman plus vrai que bien des livres d'histoire. Si les \u00e9v\u00e9nements dont il est question ici sont fictifs, ils expriment bien l'angoisse, les rancoeurs et les espoirs qui ont \u00e9t\u00e9 pendant des si\u00e8cles ceux des Juifs dispers\u00e9s, souvent pers\u00e9cut\u00e9s. Ils craignaient et m\u00e9prisaient \u00e0 la fois les pa\u00efens au milieu desquels ils vivaient. De l\u00e0 un constant effort pour se gagner la faveur des autorit\u00e9s, des appels \u00e0 Dieu qui ne peut pas permettre que son peuple disparaisse, la pratique d'une solidarit\u00e9 \u00e9troite avec les fr\u00e8res juifs, l'attente du jour o\u00f9 ils pourront se venger de leurs ennemis pour la plus grande gloire de Dieu.
Dans ce contexte humain o\u00f9 l'Evangile n'est pas encore entr\u00e9, le livre d'Esther met en relief la fid\u00e9lit\u00e9 de Dieu \u00e0 sa parole: le peuple juif devait survivre pour que le Christ vienne.
Les Juifs avaient pour coutume de s'envoyer des cadeaux et de c\u00e9l\u00e9brer une f\u00eate aux jours des Purim. Le roman prend pr\u00e9texte de cette coutume et justifie la f\u00eate en racontant une pers\u00e9cution durant laquelle les Juifs furent sauv\u00e9s ce m\u00eame jour gr\u00e2ce \u00e0 l'intervention d'Esther et de Mardoch\u00e9e. Il est int\u00e9ressant de noter que [2M_15,36] parle du jour de Mardoch\u00e9e: il y a certainement une relation entre cette victoire des Juifs et celle racont\u00e9e dans le livre d'Esther.
Comme on le voit, le livre d'Esther est tr\u00e8s juif, mais il a aussi son int\u00e9r\u00eat pour les chr\u00e9tiens d'aujourd'hui, pers\u00e9cut\u00e9s ou \u00e0 peine tol\u00e9r\u00e9s en bien des endroits.
{K}Les deux versions d'Esther{/}
Le livre d'Esther \u00e9tait originairement, dans la Bible h\u00e9bra\u00efque, un r\u00e9cit profane, et il collait tellement \u00e0 la f\u00eate populaire qu'il ne contenait ni pri\u00e8res ni allusion aux promesses de la Bible: Dieu n'y est m\u00eame pas nomm\u00e9. En revanche, celui qui l'a traduit en grec et l'a introduit dans la Bible grecque des Septante y a ins\u00e9r\u00e9 quelques pages magnifiques et tr\u00e8s profond\u00e9ment religieuses, sans parler d'un certain nombre de petites additions qui faisaient allusion \u00e0 la Terre promise, \u00e0 l'histoire sacr\u00e9e, avec, pour commencer le livre et pour le conclure, un "songe de Mardoch\u00e9e"qui \u00e9tend la port\u00e9e du drame \u00e0 la mesure de la vocation d'Isra\u00ebl. Lorsque, en l'an 95 de notre \u00e8re, la communaut\u00e9 juive reconstitu\u00e9e a fix\u00e9 le canon de ses livres sacr\u00e9s, excluant tout ce qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en grec, elle n'a gard\u00e9 que la version primitive. L'Eglise, par contre, a reconnu comme livre inspir\u00e9 la version grecque. Les Bibles protestantes sont revenues au canon juif.
Nous mettons en italiques les paragraphes propres au grec. Ces pages sont parfois plac\u00e9es en bloc \u00e0 la fin du livre h\u00e9breu et forment les chapitres 11 \u00e0 15. On peut aussi, comme nous le faisons, les ins\u00e9rer \u00e0 leur place dans le corps du texte. Nous leur gardons leurs num\u00e9ros de chapitre, mais en italiques.
