{2}LES CHRONIQUES{/}

Selon toute probabilit\u00e9 le livre des Chroniques, maintenant divis\u00e9 en deux, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 au cours du quatri\u00e8me si\u00e9cle avant notre \u00e8re en m\u00eame temps que ceux d'Esdras et de N\u00e9h\u00e9mie: comparez les derniers versets des Chroniques et les premiers d'Esdras.
C'\u00e9tait comme une nouvelle fa\u00e7on de pr\u00e9senter l'Histoire Sainte apr\u00e8s le premier essai, beaucoup plus ample, que nous avons suivi depuis la Gen\u00e8se jusqu'aux Rois. Ce premier essai avait pris forme tout au long des si\u00e8cles des rois et des proph\u00e8tes, il refl\u00e9tait avant tout l'esprit des groupes proph\u00e9tiques. Mais maintenant l'auteur des Chroniques revenait sur les faits et rassemblait des documents qui permettaient une autre interpr\u00e9tation: il voulait montrer qu'il n'y avait d'avenir pour le peuple juif que dans l'observation de la Loi et le maintien farouche de l'unit\u00e9.
A l'\u00e9poque o\u00f9 ces livres ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits, les Juifs ne formaient plus une nation ind\u00e9pendante, mais une province plus ou moins autonome de l'empire persan. Il y avait parmi eux un d\u00e9sir de plus en plus grand de devenir une "th\u00e9ocratie", ou un royaume de Dieu que les pr\u00eatres gouverneraient en son nom. Ils essayaient d'oublier les administrateurs perses qui les laissaient assez libres et ils organisaient la vie nationale autour du temple et de la Loi de Mo\u00efse. Ils attendaient la venue du "fils de David" et certains disaient: "Si on observait strictement la Loi une journ\u00e9e enti\u00e8re dans tout le pays, le Messie arriverait".
L'auteur demande donc \u00e0 ses contemporains de rester unis dans cette fid\u00e9lit\u00e9, enracin\u00e9s dans leur patrie, soumis aux pr\u00eatres, mettant au-dessus de toute autre pr\u00e9occupation le maintien du culte authentique dans le temple unique de J\u00e9rusalem.
C'est la raison pour laquelle les livres des Chroniques s'int\u00e9ressent presque exclusivement \u00e0 l'histoire des rois de Juda, descendants de David. Alors que l'auteur nous donne une liste des anc\u00eatres de David remontant \u00e0 Adam, il ne dit rien du royaume d'Isra\u00ebl o\u00f9 avait v\u00e9cu la majorit\u00e9 du peuple \u00e9lu parce qu'Isra\u00ebl s'\u00e9tait s\u00e9par\u00e9 du royaume de David. L'auteur nous donne beaucoup de d\u00e9tails pittoresques absents des livres de Samuel et des Rois, mais, en g\u00e9n\u00e9ral, son histoire nous semble irr\u00e9elle. De plus, entra\u00een\u00e9 par sa foi enthousiaste, il prend plaisir \u00e0 exag\u00e9rer les chiffres et n'h\u00e9site pas \u00e0 d\u00e9former la r\u00e9alit\u00e9 pour justifier ses affirmations (comparer [1R_22,30]; [2Ch_20,35]; [1Ch_20,3]).
Quel int\u00e9r\u00eat pr\u00e9sente pour nous la lecture de ce livre? A chaque page, nous trouverons la conviction que le peuple croyant ne doit pas avoir d'autre ambition que de faire la volont\u00e9 de Dieu: les autres succ\u00e8s seront comme des cadeaux. D'autre part, ce livre nous rappelle que le peuple du Christ, bien qu'il soit aujourd'hui sans fronti\u00e8res visibles, et bien qu'il ne soit pas isol\u00e9 des autres peuples, ne peut pas perdre son originalit\u00e9 en s'assimilant purement et simplement \u00e0 eux. Les croyants ne ressembleront jamais tout \u00e0 fait \u00e0 ceux qui ne croient pas et ils ne penseront pas non plus de la m\u00eame mani\u00e8re. Ils ont leur propre mission et ils se pr\u00e9occupent de l'unit\u00e9 visible de l'Eglise autour de ceux que Dieu a choisis du milieu d'eux pour \u00eatre ses repr\u00e9sentants.
